PLAIES PAR INSTRUMENTS CONTONDANTS
Ordinairemenl la gravité des lésions est singulièrement augmentée par la solution de continuité de la peau. Ainsi, les vastes contusions des parties molles, les fractures simples ou comminutives, acquièrent, par cette circonstance une gravité remarquable. Or, ici le contraire a lieu. Généralement les plaies contuses du périoste sont moins graves, toutes choses égales (Tailleurs, que la contusion; j'entends parler ici surtout de la contusion avec décollement; et la preuve, c'est qu'une des méthodes de traitement le plus en usage est, comme nous l'avons vu, l'incision du foyer, ce qui transforme alors l'a simple contusion en plaie contuse. La raison principale de celle singularité est que, dans le décollement du périoste par simple contusion, un liquide, le sang, reste interposé entre celle membrane et l'os, et s'oppose à leur cicatrisation, tandis que dans la plaie contuse le sang s'écoule en toute liberté.
11 est cependant une grande question dont la solution, longtemps indécise, a beaucoup occupé les chirurgiens des deux derniers siècles; c'est, celle du recollement du périoste après la dénudation des os. Quoique Félix Wurtz, César Magali, Belloste el d'autres encore eussent, d'après leur expérience, enseigné qu'un os privé de son périoste ne s'exfolie pas toujours, et que Hippocrate eût dit au chapitre xxiv du Traité des plaies de têle, que l'os peut subir un départ quand il a conservé l'empreinte du trait qui a fait la blessure, ou quand il a perdu beaucoup de son périoste, ce qui fait supposer qu'il peut ne pas se nécroser, surtout s'il a perdu peu de sa membrane, l'opinion contraire avait prévalu; il était admis que le fait seul de la dénudation d'un os entraînait inévitablement son exfoliation, la nécrose de ses lames superficielles. Cependant, comme il était impossible, dans un grand nombre de cas, de démontrer anatomiquement le lait, on inventa le mot d'exfoliation insensible 00 moléculaire, dans laquelle chaque molécule nécrosée était éprise isolément parles vaisseaux et éliminée parles sécrétions,
*2 LE PÉRIOSTE Et SES MALADIES.
Plus bas, en parlant de la dénudation 'les os dans les abcès, nous discuterons celte question. Pour l'instant, qu'il me suffise de dire que depuis les expériences de Tenon, Mém. de ï Académie des Sciences, 1758, 572, il est resté démontré et admis que dans beaucoup de circonstances, et surtout dans la dénudation traumatique, cette exfoliation n'est pas indispensable. La science fourmille actuellement de faits qui prouvent cette proposition ainsi formulée par J. L. Petit, dans son aphorisme 24 : « Tous les os qui sont découverts de leur périoste ne s'exfolient pas. » i Je me contenterai de citer les faits suivants :
Obs. VI. — Un cocher tomba de dessus son siège, la roue du carrosse lui passa sur le front; elle lui enleva ensemble la peau et une partie du péricrâne, depuis le milieu du front presque jusqu'à la partie supérieure de] l'occiput. La roue avait approché de si près, que le périoste était, en plusieurs endroits, entièrement séparé des os; la peau était repliée en dessous, de manière que les cheveux piquaient ce qui restait du péricrâne et du périoste, • et causaient d'autant plus de douleur qu'il n'y avait que trois ou quatre jours qu'ils avaient été rasés; le malade avait perdu beaucoup de sang, et il en perdait encore ; le visage et presque toute la tête avaient trempé dans la boue; rien ne paraissait plus hideux. Après avoir lavé le tout avec de l'eau tiède, je dépliai la peau et la replaçai le plus exactement qu'il me fut possible; je la maintins en situation avec quatre bandelettes d'emplâtre d'André de la j Croix; je couvris la tête de compresses épaisses trempées dans de l'eau etj un peu d'eau-dc-vie, et j'assujettis le tout avec un bonnet, retenu par-dessous le menton au moyen d'une fronde ou mentonnière. Le malade fut saigné plusieurs fois en vingt-quatre heures; il observa une diète sévère ; et comme il ne souffrait aucune douleur, je ne levai l'appareil qu'au commencement, du troisième jour ; je trouvai la plaie exactement réunie, et le reste de la tête en bon état : je remis les mêmes compresses trempées et le même bandage; je ne levai ce second appareil que trois jours après, et je trouvai le malade parfaitement guéri en moins de six jours. (J. L. Petit., 56, t. Ier.)
Obs. VIL — Une femme de trente ans, grosse de sept à (mil mois, lui blessée par un des côtés de la trappe d'une cave qui, en se fermant, lui tomba sur la partie moyenne du pariétal droit, lui coupa les tégiimenra jusqu'à l'os, et les replia sur eux-mêmes jusque sur l'oreille. Elle a va il ses cheveux, qui furent coupés et rasés; je replaçai le lambeau, et je le retins en place avec trois bandelettes d'emplâtre d'André de la Croix et' un bandagj convenable; les soins qu'on prit d'ailleurs furent les mêmes que ceux que: nous avons pris pour procurer la réunion de la plaie dans l'observation
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précédente; cependantle suecès ne fut pas le même : il survint un gonfle^ menl considérable el très-douloureux, qui se tennina par une suppuration abondante; je ne fus cependant pas obligé d'ouvrir l'endroit suppuré, parce que le pus s'écoula par-dessous le lambeau. Lorsque la douleur eut cessé, je rapprochai ce lambeau le pins près qu'il me fut possible, et je le maintins en place par les emplâtres, les compresses et le bandage unissant. La malade fut en peu de jours parfaitement guérie.
Obs. VIII. — Une planche glissa de dessus un échafaud, et tomba de huit pieds de haut sur la tête d'un maçon, et le frappa à l'endroit de la suture [amhdoïde où aboutit la sagittale; les téguments furent coupés jusqu'à l'os, el repoussés jusqu'aux attaches des muscles splenius, ce qui formait un lambeau de quatre travers de doigt de long, et de cinq de large, plié sur lui-même. Les cheveux rasés, on rapprocha le lambeau, on le retint en place au moyen d'un bandage. La réunion parut faite le deuxième jour; mais, le troisième, le malade sentit des douleurs à la hase du lambeau; il survint une tension douloureuse, une inflammation accompagnée de fièvre, que les saignées ne purent calmer, enfin il se fit de la suppuration ; c'est alors que je fus appelé; je fis une incision longitudinale depuis le milieu du lambeau jusqu'à la nuque, où il y avait un gonflement si considérable, que cet endroit, au lieu d'être enfoncé, était considérablement élevé; il en sortit beaucoup de sanie, qui aurait causé un abcès considérable et très-dangereux.
Oiis. IX. — J'ai vu, pour ma part, une femme qui fut amenée dans le service de M. Velpeau en 1834, à la Pitié. En tombant d'un quatrième étage, elle rem ontra une poutre, sur laquelle le front heurta violemment à sa partie upérieure, les téguments furent coupés jusqu'à l'os et renversés avec une partie du périoste jusque sur l'occiput. On se conduisit comme dans les cas précédents, et la guérison se fit avec promptitude.
Diagnostic. — Quand la plaie est large, il suffit du plus simple examen pour constater la dénudation de l'os, mais quand elle est étroite, que le périoste n'est détruit ou décollé que dans un petil espace, on peut avoir du doute sur l'étendue de la lésion. Fort, heureusemenl que la chose n'est pas de haute importance, puisque |;, conduite à tenir sera toujours à peu près la même.
Pronostic. — Nous avons vu que les plaies contuses du périoste ne présentaient généralement pas une gravité plus grande que la contusion sans solution de continuité aux téguments;
d'autre pai't, que le décollement traumatique esl loin de s'accompagner toujours de nécrose des os sous-jacents. Ce n'es! pas à dire cependant que ces plaies n'aient aucune gravité; loin de là, elles seront toujours considérées comme sérieuses, à cause des accidents inflammatoires qui les peuvent compliquer, et surtout à cause des lésions osseuses qui les accompagnent souvent, bien qu'elles n'en dépendîmes toujours.
Traitement. — Les anciens, qui croyaient l'exfoliation nécessaire après les plaies conluses avec décollement du périoste, recommandaient de maintenir ces plaies béantes, et d'attendre ainsi la séparation du séquestre. Cette pratique dangereuse esl depuis longtemps abandonnée, et depuis les travaux de Tenon, de Petit, etc., il est de précepte de recouvrir le plus tôt possible l'os dénudé, dans l'opinion où l'on est maintenant que l'exfoliation est due non à la séparation du périoste, mais à l'irritation directe de l'air ou des pièces de pansement. Quant à la plaie elle-même, on la pansera mollement, et le chirurgien se tiendra prêt à combattre toutes les complications qui pourraient se présenter.