MALADIES ORGANIQUES DU PÉRIOSTE
Les maladies qui constituent ce groupe sont de beaucoup les plus nombreuses et les plus importantes. Je dirai même que si les lésions traumatiques nous ont offert quelque intérêt] c'est principalement à cause de leurs rapports avec ces affections, dont elles sont dans un grand nombre de cas les causes déterminantes. Si nous exceptons, en effet, le résultat immédiat que le décollement du périoste, «-ou sa destruction par un agent traumatique, peut déterminer sur un os, en le privant d'une partie de ses moyens de nutrition, nous voyons que les phénomènes morbides auxquels les plaies et les contusions peuvent donner lieu sont dues pour la plupart à l'inflammation consécutive, soit du tissu osseux, soit de la membrane périoa tique elle-même. Or, l'inflammation rentre évidemment dans
I e PÉRIOSTE El SES MALADIES. 45 [e cadre des maladies organiques dont nous avons maintenant à n(>lls occuper; c'en es1 même le phénomène le plus général, el comme il domine presque tous les autres, c'<*st lui qui ! devra nous occuper d'abord.
Quand on se rappelle la structure et la vitalité du périoste, il est facile de concevoir que l'inflammation, ce grand phénomène morbide que l'on rencontre comme condition essentielle dans la production de la plupart des maladies des organes riches en vitalité, ne pouvait manquer de jouer un rôle important dans les affections du périoste, qui par sa structure eellulo-vasculaire se place au rang des tissus les plus vivants dé l'économie. En effet, si nous jetons un coup d'œil sur les altérations organiques de cette membrane, nous leur reconnaissons cà la plupart une origine inflammatoire, tels sont les abcès, le ramollissement, l'induration, la gangrène, les productions osseuses, gommeuses, etc. Et si quelques autres produits |l tels que les fongus, les polypes, les cancers, etc., semblent s'y (soustraire, ils sont au moins le plus souvent accompagnés d'altérations secondaires qui s'y rapportent.
Avant donc d'examiner en particulier chacune des maladies du périoste, nous allons jeter un coup d'œil sur son inflammation considérée d'une manière générale.
DE L'INFLAMMATION DU PÉRIOSTE OU PÉRIOSTITE.
L'inflammation affecte dans ce tissu, comme dans la plupart des autres, des formes infiniment variées, que, pour la facilité de la description, l'on a coutume de grouper en deux grandes classes : forme aiguë, forme chronique. Entre ces deux extrêmes adoptés comme types fondamentaux se trouve unemullitude de modifications qui s'éloignent ou se rapprochent plus ou moins de l'un ou de l'autre. La nature, ici comme ailleurs, se joue de nos classifications arbitraires ; et ce serait une erreur de croire que nous dussions ne rencontrer jamais que les formes auxquelles nous sommes convenus d'assigner un nom.
Nous adopterons cependant la marche généralement suivie,
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avec celte différence seulement qu'au lieu de prendre cette distinction de forme chronique et aiguë pour luise fondamentale de notre description, nous ne nous en servirons que comme division secondaire et souvent môme nous la négligerons entièrement, lorsqu'elle ne nous paraîtra plus utile.
Court historique . — Le temps n'est pas éloigné où les pathologistes, considérant Je périoste comme partie intégrante du système osseux, ne décrivaient les maladies de cette membrane que de concert avec les maladies des os. Nos meilleurs traités de chirurgie ne contiennent presque rien de spécial sur son inflammation. On trouve cependant çà et là quelques bons préceptes relatifs à cette affection considérée dans certains points spéciaux de l'organisme. Ainsi la variété de panaris connue sous le nom deparonichyamaligna, certaines tumeurs douloureuses des os avaient déjà fixé l'attention des observateurs; mais tous ces faits restaient épars, personne n'avait songé à les réunir, à les comparer pour en tirer des préceptes généraux, applicables à toutes les variétés et capables de guider le praticien dans le dédale des individualités morbides.
Ce n'est guère qu'à dater de 1818, époque à laquelle Crampton publia un beau mémoire sur la périostite aiguë et chronique, que cette maladie a été étudiée comme affection particulière. Avant lui cependant quelques monographies, parmi lesquelles je citerai la dissertation latine de Busch, avaient été publiées sur celte affection; mais elles n'avaient point eu de retentissement, et la science, tout en s' enrichissant des observations qu'elles contiennent, ne s'en était pas approprié la parlie dogmatique. Depuis quelques années, Usker Pearsons, le professeur Graves de Dublin et Lobstein, dans son Traité d!anatomie pathologique, ont ajouté quelques nouvelles observations à celles de Cramplon.
Analomie pathologique. — Les altérations pathologiques que le périoste présente dans le cas d'inflammation de son tissu sont nombreuses et variées. Mais si, faisant abstraction des diverses productions morbides sur lesquelles nous serons obligés de revenir plus tard, quand nous les décrirons chacunfl
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en particulier, comme autanl de maladies distinctes, nous ne considérons ici que les altérations intrinsèques du périoste luimême nous voyons qu'elles se réduisent à peu de chose. Lobstein les distingue cependant en trois groupes pour les faire rentrer dans sa classification générale des inflammations. Dans la phlogose simple, dit-il, le périoste est plus ou moins richement injecté, son tissu est raréfié, il est infiltré de sérosité el adhère moins à la surface de l'os. Ordinairement le tissu cellulaire et les parties molles les plus voisines participent à cet état d'injection et d'infiltration. Les cas dans lesquels on observe le périoste ainsi altéré sont, d'après les recherches du même auteur, ceux où existent dans son voisinage des ulcères chroniques ou d'anciennes cicatrices.
Dans un autre degré qu'il appelle épiphlogose, et dans lequel il distingue un état aigu et un état chronique, il dit que le périoste est plus épais, plus dense, d'une couleur rouge, et offre des signes marqués de sensibilité. Tel est, entre autres, son aspect lors de la formation du cal, et pendant le travail organique qui a pour objet la régénération de l'os après la nécrose. Alors aussi, le périoste est manifestement injecté, gonflé et abreuvé d'un fluide gélatineux, gluant et rougecàtre, susceptible de se coaguler et de subir des métamorphoses organiques.
Lorsque l'épiphlogose est chronique, dit le même observateur, le périoste épaissi est d'un tissu plus dense que dans le cas précédent et offre quelquefois une dureté coriace ou une texture ligamenteuse. Son adhérence à l'os est très-forte, et lorsqu'on l'en détache, on aperçoit à la surface de ce dernier un grand nombre de sillons longitudinaux qui donnent à sa substance compacte une apparence fibreuse, pareille à celle des os du fœtus.
Cet épaississemenl du périoste peut se rencontrer encore, sans augmentation des adhérences qui l'unissent càl'os.
Bichat cite un cas remarquable d'hypertrophie du périoste où celle membrane se détachait des os avec une facilité extrême.
Obs. X.— « Je me rappelle, dit-il, l'observation d'un homme affecté d'éléphantiasis, et ep même temps d^un' gonflement élans le tissu compact du tibia, <pii avait pris une épaisseur remarquable : le périoste de cet os était très-épais, si peu adhérent à l'os, que le plus léger effort suffit pour l'enlever dans toute son étendue, et à Qbres tellement prononcées qu'on l'aurait pris pour une portion de l'aponévrose plantaire ou palmaire lorsqu'il en fut séparé. »
A l'état d'hyperplilogose, le périoste est encore épaissi, mais on quelque sorte fongueux, et de la consistance d'une membrane muqueuse; c'est ainsi qu'on le trouve quand il est en contact avec un abcès, et qu'il fait partie de ses parois, ou bien quand il s'est amassé du pus entre lui et l'os. Dans ce cas, il a changé de fonctions. Au lieu de fournir une lymphe plastique et organisable, il sécrète une matière nuisible, propre à attaquer les parties avec lesquelles elle est en contact. Peu à peu la maladie fait des progrès, l'os finit par être érodé, et le périoste ramolli, usé et détruit.
Enfin, dans un dernier degré d'inflammation, que l'on peut, appeler gangreneuse, le périoste, ramolli et frappé de mort, se détache tantôt sous formes de longs filaments blanchâtres, tantôt sous l'aspect de lames d'une couleur livide, selon la cause qui a produit la gangrène. On observe celte altération clans le scorbut, dans certains phlegmons érysipélateux des membres.