SÉTON ET GUÉRISON
Perrinot, âgée de vingt-deux ans, domestique, d'une constitution ibrte, d'un tempérament sanguin, fit une chute delà hauteur de deux mètres, sur le coude, et se fractura la partie moyenne de l'humérus droit; la fracture était compliquée d'une plaie profonde, qui pénétrait jusqu'à l'os.
|,e premier jour, le bras fut maintenu dans un appareil provisoire peu méthodique. Ce ne fut que le lendemain, à son entrée dans un hôpital, que les fragments furent ramenés à une bonne position, et maintenus au moyen d'un bandage simple avec des attelles de bois.
Tous les jours il fallait panser la plaie, par conséquent imprimer au membre un mouvement indispensable.
Après un laps de temps de trente jours, il n'y avait pas le moindre signe de consolidation; application d'un bandage dextrinié et fenestré au niveau de l'ouverture. De cette manière on pouvait nettoyer la plaie, qui suppurait beaucoup, et laisser le membre continuellement dans la même position. L'introduction d'un stylet faisait reconnaître une esquille mobile entre les deux fragments; aussi, pour provoquer sa sortie spontanée, on introduisait chaque jour une mèche de charpie jusqu'au fond de la plaie.
La malade était depuis quatre mois et demi à l'hôpital ; elle éprouvait des douleurs très-intenses au niveau de la fracture. Désespérant de son état, elle sortit malgré les avis des chirurgiens. Elle resta six semaines chez elle, en proie à de vives douleurs. Elle entra à l'ITôtel-Dieu le 24 avril 1841 , dans le i service de M. Roux; l'accident était survenu le 14 novembre 1840.
Elle avait conservé son embonpoint; la figure respirait la santé, le membre droit, surtout le bras, était légèrement atrophié; au côté externe une ouvertture fistuleuse donnait issue à une quantité peu considérable de pus.
En imprimant des mouvements au bras, on déterminait de la douleur, et l'on sentait une grande mobilité entre les deux fragments. On constatait, au moyen d'une sonde, la dénudation de l'os.
M. Roux choisit de suite la méthode du selon, que la malade avait refusée là l'hôpital où elle avait d'abord été traitée.
Il fit une incision au niveau de la fistule, rencontra une virole osseuse très-faible, qui céda au moindre choc d'une pjnee. Ce fut dans cette virole, on plutôt dans cette coque osseuse, qu'était placée l'esquille interposée entre îles deux fragments. On fit facilement l'extraction de cette esquille, très-
1 Hazeltedex Hôpitaux, 184-2. )>.437.
FRACTURES MVEKSES.
rugueuse et complètement dénuée de périoste. Lue mècbeâ séton lut passée à travers le bras, entre les deux fragments, et laissée pendant huit jours. Suppuration assez abondante. Bandage inamovible pepdant quatre mois, sans aucun résultat avantageux. Cependant il existe, cuire les deux fragments, un tissu fibreux de nouvelle formation; la plaie est bien cicatrisée; mais le membre plie toujours eu deux ; il n'y a aucune action musculaire.
Sortie pour un mois, elle rentre le 10 octobre. M. Maisonneuve, chargé du service, sans se désespérer sur l'inefficacité du premier séton appliqué par M. Roux, en applique un second, beaucoup plus gros que le premier.
La présence de cette mèche pendant quinze jours détermine une tuméfaction générale du membre et une suppuration abondante.
Le séton enlevé, l'inflammation et la suppuration disparaissent rapidement. Le membre est retenu au moyen d'une attelle coudée.
Le 50 décembre la mobilité n'existe presque plus.
Le 26 janvier ou a la sensation d'une bonne consolidation.
Elle sort le 1 7 mars 1842, sans pouvoir élever encore le bras ; mais les douleurs ont disparu et la continuité entre les deux fragments est bien établie.
Le 10 août on sent un cal osseux solide, seulement il existe une roideur dans toutes les articulations du coude et de la main.
La pseudarthrose dont il s'agit avait un caractère de gravité que Ton rencontre rarement; elle datait de plus d'un an, elle avait résisté à deux opérations, à l'extraction d'une esquille, au séton lui-même. Ce n'est que dans l'application des détails opératoires que M. Maisouneuve puisa la résolution d'insister de nouveau sur un moyen qui avait échoué entre les mains d'un chirurgien habile. Il lit remarquer que, pour être efficace, 1° le séton doit être large; 2U qu'il doit trouver le tissu fibreux intermédiaire aux fragments; 5U qu'il doit rester en place pendant quinze jours au moins.
Aussi, le beau succès obtenu dans cette circonstance, alors qu'il ne parais-] sait plus y avoir qu'à désespérer, doit-il soutenir le courage des chirurgiens et des malades.