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CHAPITRE II

ALTÉRATION DANS LES MOUVEMENTS DE l'aUTICULATION.

Ce signe est peut-être le plus constant de ceux qu'on observe dans la coxalgie; il se manifeste dès le début de l'affection, avant même que l'attention du malade ait été éveillée par la douleur. Il n'est pas rare de voir des enfants qui, déjà sous l'influence d'une coxalgie commençante, n'en continuent pas moins de se livrer aux jeux et aux exercices propres à leur ,î^e.

DE LA COXALGIE. 267 sans accuser encore aucune don leur, et chez lesquels cependant l'œil perspicace d'une mère ou d'un médecin aperçoil déjà quelque incertitude dans la démarche.

A celte période, l'exploration, même la plus attentive, permet à peine de reconnaît quels sont les mouvements qui se trôuveni gênés ou amoindris. Ce n'est qu'en voyant le malade marcher que l'on reconnaîl celle altération.

Chez les petits enfants qui n'offrent pas la ressource de la marche, la chose est plus difficile encore. . M. Guersant fils a bien voulu me communiquer un moyen de diagnostic qu'il emploie avec le plus grand avantage, depuis plusieurs années, à l'hôpital des Enfants. Ce signe consiste dans une certaine roideur qui existe dans les mouvements de rotalion de la cuisse. Pour le percevoir, on explore successivement, en les comparant, les mouvements du membre sain et du membre malade, et, avec un peu d'habitude, on distingue clans ce dernier une roideur manifeste.

Plus tard, les mouvements se limitent de plus en plus ; celui d'extension surtout et celui de latéralité paraissent évidemment plus bornés ; et, pour marcher ou courir, les malades, obligés d'emprunter à l'articulation lombo-pelvienne ou coxo-fémoralc de l'autre côté ce qui manque aux mouvements du côté malade, présentent dans leur démarche un aspect tout particulier, et qui souvent, à lui seul, peut faire présumer l'existence de la coxalgie.

Enfin, il arrive un moment où les mouvements sont limités dans des bornes si étroites, que la cuisse semble ankyloséc sur le bassin.

Les causes qui peuvent amener ce résultat sont de plusieurs ordres : au premier rang se place la douleur. Nous avons établi précédemment que ce phénomène était généralement exagéré par la pression des surfaces articulaires l'une contre l'autre, par les mouvements spontanés ou communiqués; or, il est facile de comprendre que, pour se soustraire à celte sensation pénible, le malade devra limiter de lui-même et instinctivement les mouvements de l'articulation, el que cette limite, pour ainsi

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dire volontaire, sera soumise à l'intensité de la cause, par conséquent aussi au degré d'irritation dont les parties articulaires seront le siège. La douleur, comme on le comprend bien, n'agit ici que comme cause excitatrice, et c'est aux muscles que l'on doit véritablement rapporter la limitation des mouvements. Ces organes se contractent pour ainsi dire inslinctivcmeul, et comme leur intervention est à chaque instant sollicitée, bientôi ils prennent l'habitude de cette nouvelle fonction et s'y accommodent, de sorte qu'on les voit, au bout d'un certain temps, affectés d'une véritable contracture. Cette contracture n'est pas la même chez tous les muscles groupés autour de l'articulation; elle n'affecte d'abord que ceux qui se trouvent dans la sphère des mouvements douloureux, et ce n'est que par l'extension graduelle de cette sphère qu'un plus grand nombre de muscles se trouvent ainsi contracLurés. Le tissu cellulaire intermédiaire ne tarde pas à participer à l'altération : le défaut de mouvement lui permet de revenir sur lui-même, lui fait perdre son extensibilité, sa souplesse, puis, comme nous le verrons plus bas, à celte cause primitive vient se joindre, dans une période plus avancée, l'influence de l'inflammation chronique qui a envahi tous les tissus, les muscles, les ligaments eux-mêmes.

Il est une autre cause, moins connue <les auteurs contemporains, et signalée récemment dans plusieurs mémoires remarquables, par M. Bonnet, de Lyon1, et Parise2 : c'est la distension de la capsule par un liquide.

Nous aurons occasion plus tard de revenir sur les expériences curieuses entreprises par ces observateurs; pour l'instant, il me suffit de dire que si, sur un cadavre, on injecte avec force un liquide dans la cavité coxo-féinorale, le fémur se porte dans la flexion, l'abduction et la rotation en dehors, et y reste fixé; toute tentative pour exécuter les mouvements opposés rompant la capsule, à moins que le liquide ne s'écoule. Ces expériences ont donné constamment les mêmes résultats à leur auteur. Pour

1 Bonnet, Gazelle méd., t. VIII, p. 721. (Mémoire sur les positions des membres dam los maladies articulaires.) - l'arise, Arch. gén. deméd., troisième série, t. XV, p. 1.

ma pari, je les ai répétées el me suis convaincu de leur exactitude.

Or, relativement à la diminution des mouvements, il est facile de voir que cette accumulation considérable de liquide pou! les abolir d'une manière complète, et fixer le membre immobile (dans une certaine position. Une quantité moins considérable entraînera seulement delà gêne; c'est du reste ce que mes expériences m'ont démontré : en répétant les injections par le procédé de M. Bonnet, j'ai vu que la mobilité diminuait graduellement en raison delà quantité de liquide que je faisais pénétrer.

À la rigueur, on peut concevoir, par cette explication, une gène plus ou moins prononcée des mouvements, sans nullement faire intervenir la douleur.

Cependant, en réalité, ces deux eauses doivent être le plus souvent réunies.

Ce n'est pas seulement une accumulation de liquide qui peut amener le résultat dont nous parlons ; toute production, charnue ou autre, développée au fond de la cavité cotyloïde, me parait apte à jouer le même rôle.

Les circonstances dont nous venons de parler agissent surtout au début de la maladie; mais plus tard, quand l'article est envahi par une désorganisation plus avancée, les muscles sont contractures, le tissu cellulaire qui les enveloppe transformé en un tissu lardacé par l'inflammation chronique; des brides fibreuses se sont développées dans les parties voisines, enfin les os eux-mêmes ont leurs surfaces articulaires détruites, leurs rapports sont altérés, ou bien ils ont contracté des adhérences anormales, soit entre eux, soit avec les parties voisines. C'est alors que l'immobilité est véritablement fixe et que les moyens résolutifs, antiphlogistiques cl autres ne sont plus suffisants; que les moyens chirurgicaux, au contraire, trouvent leur indication .

Nous avons parlé de la diminution dans les mouvements de l'article ; il est dos cas où les mouvements se trouvent pervertis: tel est le cas où le mouvement se fait de haut en bas et de bas en liant, de manière à produire alternativement l'allongemenl

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et le raccourcissement, ainsi qu'on l'a observe dans quelques cas rares de luxation spontanée, dans la fosse iliaque.

Une remarque bien importante à l'aire à l'occasion de ce signe, c'est qu'il ne faut pas s'en laisser imposer par un exameri superficiel. On voil des malades dont le membre, à peu près immobile dans son articulation coxo-fémorale , peut encore exécuter des mouvements assez élendus de flexion, d'extension^ d'abduction et d'adduction ; mais en examinant avec soin, on ne tarde pas à reconnaître que ces mouvements se passent dans l'articulation coxo-fémorale du côté opposé et dans l'articulation des dernières vertèbres lombaires : c'est le bassin qui se meut et non le fémur. Les moyens à l'aide desquels nous pouvons arriver à ce diagnostic sont fort simples, ils consistent à fixer solidement le bassin, pendant qu'on cherche à imprimer au membre des mouvements en sens divers.

11 n'est pas aussi facile de reconnaître à quelles lésions anatomiques est due l'altération de la mobilité; cependant, quand la douleur seule s'oppose aux mouvements, on peut, en agissant avec précaution, parvenir à faire mouvoir le membre. Lors, au contraire, qu'il s'y joint une cause mécanique située dans les muscles, dans les tissus fibreux et cellulaire ou dans la capsule synoviale, on se sent arrêté d'une manière immuable, à moins d'elforts qu'il ne faut jamais employer dans une simple exploration.

Nous indiquerons en passant un symptôme assez rare, que l'on n'observe guère que dans certains cas exceptionnels de coxalgie; je veux parler de la crépitation développée dans l'article par les mouvements de la cuisse : ce phénomène a été noté dans plusieurs de nos observations. Il semble avoir été le résultat du frottement des parties cariées ou dépouillées de leurs cartilages.

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