DEUXIÈME ESPÈCE. — DEUXIÈME VARIÉTÉ
N 0130. Ankylose dépendant d'une luxation en dehors et en haut: pièce donnée à la Faculté par Lassus; membre gauche.
La tête est remontée dans la fosse iliaque externe, et cela s'est opéré sans que l'on rencontre cette déformation de la fosse iliaque, par suite de laquelle l'épine iliaque antérieure et supérieure est remontée et rapprochée de la ligne médiane, la fosse iliaque interne augmentant de profondeur aux dépens de l'externe, qui diminue. La tubérosité est à peine changée de direction, pas plus que la petite épine sciatique. Cette luxation manque donc du caractère des luxations congénitales; de plus, la cavité cotyloïde ancienne n'a pas les caractères de la cavité articulaire après les luxations congénitales.
Nous sommes donc perlé à penser que c'est une luxation d'une nature toute particulière, dépendant d'une arthrocace sénile dans laquelle la cavité cotyloïde, ramollie, a été entraînée en haut par la tête, qui, plus tard, s'est déformée et s'est ankyloséc avec la cavité.
A l'extérieur, on voit, surtout bien en arrière, la cavité comme allongée et embrassant, en forme d'anse osseuse, la tête. Le ligament capsulaire. eu partie et le Iwurrclet cotyloïïlicn se sont ossifiés en bas et en dedans; l'on
voit que les libres du col se sont comme éparpillées, comme les racines d'une plante pivotante, pour s'irradier en plongeant dans la cavité cotyloïde, avec laquelle elles se continuent. Toute la cavité en haut, au niveau du pubis, en lias, à la tubérosité de l'ischion , s'esl atrophiée, n'éprouvant plus d'action de la part de la tète; l'échancrurc cotyloïde s'est aussi considérablement élargie, en même temps que le plancher de la cavité articulaire est très-mince dans ce point.
Intérieurement, on voit une ligne de substance compacte, indiquant l'aplatissement qu'a subi la cavité pour laisser glisser la tête en haut. Une partie de substance spongieuse, placée au-dessus du col du fémur, indique la partie de la cavité et des ligaments qui ont été entraînés.
Du reste, comme dans toutes les ankyloses, c'est au niveau du coude et dans la concavité que le dépôt de substance a le plus d'épaisseur : ainsi il n'a pas moins de dix-huit millimètres de hauteur.
5° Luxation. — Cette lésion, essentiellement due à la coxalgie, dont elle n'est qu'un épiphénomène, a de tout temps fixé l'attention des observateurs; elle mérite de nous arrêter un instant.
On appelle luxation coxalgique nu spontanée du fémur, celle qui survient sous l'influence d'une maladie organique de la hanche.
Variétés. — Cette luxation a présenté aux observateurs toutes les variétés imaginables : il en est de complètes, et c'est le plus grand nombre; il en est d'incomplètes; que la cavité cotyloïde soit déformée ou intacte, il en est dans lesquelles la capsule articulaire esl encore entière : c'est à cette variété même que M. Parise rapporte certaines luxations congénitales; il explique l'absence de suppuration et de destruction des parties, en disant que chez le fœtus et les enfants très-jeunes, la tête du fémur n'étant point ossifiée, n'est susceptible d'aucun travail pathologique.
D'autres fois, la capsule est rompue ou détruite parla suppuration. Quant à la position de la tête, on l'a trouvée : 1° dans le bassin à travers la cavité cotyloïde (ce n'est véritablement pas là une luxation) ; 2° dans la fosse iliaque externe; 5° dans la fosse ovale; 4° sur le pubis; 5° dans l'échancrure scialique; 6e sur presque tous les points du rebord cotyloïdien.
L'anatomie pathologique de cette lésion,, qui, vu sa Fréquence el la facilité d'eu recueillir les preuves anatomiques, semblerait devoir être connue dans ions ses détails, laisse encore beaucoup à désirer. Les collections périodiques, nos musées, les ouvrages classiques, ne contiennent presque rien à ce sujet. La luxation dans la fosse iliaque est presque la seule dont on ait donné une description satisfaisante.
La tête du fémur, dit M. Humbert, remontée vers la fosse iliaque, se trouve quelquefois comme coiffée par le petit fessier, qui lui donne alors une position plus fixe. Plus souvent elle est placée entre l'os des iles, le petit fessier et le moyen fessier qui la recouvrent ; on conçoit alors qu'elle a moins de fixité, et que la longueur du membre est variable. Là où le point de contact a lieu entre la tête du fémur et l'os iléon, ce dernier présente un enfoncement plus ou moins marqué, résultat de la pression longtemps exercée sur lui; d'un autre côté, la tête du fémur a diminué de volume et s'est aplatie pour toucher à l'iléon, par une surface plus étendue; les fibres musculaires environnantes se sont durcies, ont pris l'aspect d'un tissu blanchtàlre et fibreux qui affermit les nouveaux rapports des* os. L'ancienne cavité cotyloïde a diminué de profondeur et d'étendue ; quelques observateurs l'ont même trouvée oblitérée et remplie par une matière tantôt osseuse, tantôt d'apparence charnue.
Causes el mécanisme. — Nous avons vu déjà, dans le cours de ce travail, combien étaient diverses les opinions relatives au mécanisme de la luxation spontanée du fémur; nous n'y reviendrons pas : seulement nous ferons remarquer qu'on peut les rattacher à cinq théories principales :
1° Dans l'une, la luxation est due à l'accumulation d'un liquide qui, repoussant le fémur, le livre à l'action musculaire : c'est la théorie de .1. L. Petit, que l'on trouve dans les anciens, Hippocrate, Galien, Paul d'Égine, les Arabes, Fabrice d'Aquapendente, qu'ont admise Eieister, Morgagni, Van Swieten, Platner, Brodie, Lesauvage, M. A. Bérard, etc.
2° La seconde, aussi fort ancienne, puisqu'elle remonte à
Asclépiadc le Bithynien, attribue la luxation au développement d'une tumeur qui, remplissant la cavité cotyloïde, en chasse le fémur; quant au siège et à la nature de celte tumeur, il y a dissidence. A. Les uns, avec Gorter, Andry, en font une exostose, un cal, ce qui n'a pas été démontré. B. Pour d'autres, Bichat, Lobstein, Dzondi, etc., c'est un gonflement inflammatoire des cartilages, que l'anatomic pathologique n'admet pas. C. D'autres, avec Valsalva, Portai, Fallope, Morgagni, Boyer, l'attribuent au gonflement du tissu adipeux du fond de la cavité cotyloïde. Quelques faits viennent à l'appui de cette théorie, qui nous paraît vraie pour certains cas. D. Enfin, pour M. Rust, c'est la tête fémorale elle-même qui, se développant outre mesure, ne peut plus être contenue dans le cotyle.
5° La troisième théorie, plus moderne, soutenue par Sabatier, par Paletta, admise par Boyer, M. Fricke, M. Bégin, et presque tous les chirurgiens, ne voit dans la luxation que le résultat de la carie des os, soit des bords de la cavité, soit de la tête du fémur, soit enfin de l'une ou de l'autre : celle doctrine est fondée sur des observations d'anatomie pathologique nombreuses.
4° La quatrième appartient à M. Larrey : ce chirurgien célèbre, qui considérait la luxation coxalgique comme un phénomène extrêmement rare, faisait toujours intervenir quelque cause traumatique dans sa production.
5° Enfin, M. Parise, dont nous avons cité si souvent les recherches intéressantes, laissant de côté toutes ces théories exclusives, pose les conclusions suivantes :
1° Une collection de liquide peut se former dans l'article, et s'accroître sous l'influence d'une irritation, soit primitive, soit consécutive de la synoviale.
2° Le liquide répandu autour de la tête et du col du fémur, étant incompressible, agit comme s'il était contenu dans une cavité osléo-fibreuse irrégulièrement arrondie, formée d'une part par la capsule, d'autre part par le cotyle et. le col du fémur, supposé coupé au point d'insertion du ligament capsu laire.
5° Le liquide pressanl également dans Ions les sens et cherchanl sa condition d'équilibre, fait continuellement effort pour donner à la cavité ostéo-fibreuse la forme qui lui permet de contenir le plus de liquide, c'est-à-dire la forme sphérique : tous les diamètres de celte poche s'accroissent ensemble; et comme le diamètre ilio-fémoral ne peut, s'agrandir que par l'écartement des os, le fémur est éloigné de l'os iliaque : à mesure que le liquide s'accroît, l'écartement augmente.
4° Le sommet de la tête fémorale ne pouvant être amené au bord du colyle par la réplétion simple de la cavité de l'article, il faut que cette cavité s'agrandisse par la dilatation, l'élongalion de la capsule.
5° Cette dilatation se fait plus rapidement en haut et en arrière qu'en dedans et en avant; de là résulte un mouvement de bascule du fémur autour de la partie inférieure de son col, li\<; par le faisceau antérieur et interne de la capsule.
6° Par ce mouvement de bascule, qui s'exécute sous l'influence de la dilatation inégale de la capsule, de l'action prédominante des adducteurs et du poids du membre, le genou est ramené en dedans, et la tête du fémur portée en dehors et en haut, vers l'échancrure postéro-supérieure.
7° Pendant ce temps, le ligament rond est allongé par l'action des muscles qui attirent, le fémur en haut : lorsque la dilatation de la poche ostéo-fibreuse est assez grande pour que son diamètre ilio-fémoral soit agrandi de la profondeur du cotyle, ces muscles entraînent en haut la tête du fémur et la luxent d'abord incomplètement, puis complètement, sur l'échancrure postéro-supérieure.
8° 11 faut deux conditions essentielles pour que la luxation se produise : 1° qu'une collection suffisante de liquide se forme; 2r' que la cavité ostéo-fibreuse ne soit pas perforée; une de ces conditions manquant, la luxation n'a pas lieu. Lorsqu'elles existent, la carie des bords de l'acetabulum et de la tête du fémur rend la luxation plus facile et plus prompte, mais ne peut la produire seule, à moins de destruction osseuse Irèsétend ne.
Quant à nous, nous pensons que le déplacement de la tête peut avoir lieu : 1° par le fail d'une accumulation de liquide dans la cavité, liquide qui repousse la tête du fémur; 2° par le fait du gonflement des parties molles du fond du colyle; 3° par suite de la destruction des bords de cette cavité; 4° par suite de ramollissement et de la destruction plus ou moins complète de la capsule, combinée avec quelque effort du malade luimême, quelque violence extérieure. Ces deux dernières me paraissent les plus fréquentes : nous avons vu, en effet, que la luxation n'arrivait presque jamais que dans la deuxième période delà maladie; par conséquent alors que le membre est fléchi, porté dans l'adduction forcée et la rotation en dedans. Or, dans celte position, la tête de l'os tend à s'écarter du fond de la cavité, et presse sur son bord postérieur. On conçoit alors, surtout si le bord est en partie désorganisé, que le moindre effort exercé sur le fémur, qui représente un bras de levier considérable, suffit pour changer les rapports des surfaces. Les deux premières causes, au contraire, rendent parfaitement compte des luxations qui surviennent à la première période.
Les symptômes auxquels donnent lieu ces déplacements, diffèrent à quelques égards de ceux fournis par les luxations accidentelles ordinaires ; nous n'avons plus ici les mêmes conditions anatomiques.
1° Luxation dans la fosse iliaque; luxation iliaque de M. Gerdy. — Elle est caractérisée, 1° par un raccourcissement plus ou moins considérable : ce n'est plus ici une déformation apparente, mais bien un raccourcissement réel, qui tient à ce que la tête du fémur est remontée au-dessus de la ligne bicotyloïdienne; 2° par une flexion plus ou moins prononcée de la cuisse; 3° par une rotation en dedans. Ce dernier symptôme! si constant dans la luxation traumatique, où il est déterminé par la résistance énorme du faisceau antérieur de la capsula articulaire, manque quelquefois dans la luxation coxalgiqucj lorsque ce faisceau n'existe plus, et le pied est tourné en dehors comme dans la fracture du col du fémur.
Quant au fémur, ou il se forme une place fixe qui lient lieu
d'articulation nouvelle, ou bien, mobile sur la face extérieure de l'os des iles, il monte et descend selon les mouvements, selon le poids qui charge l'extrémité malade, de manière que cette extrémité présente quelquefois dans sa longueur une différence qui peul aller jusqu'à onze centimètres et au delà, surtout vers la fin de la journée ou après une longue course1.
2° Luxât ion dans la fosse ovale; sous-pubienne de M. Gerdy. — Celle-ci est caractérisée par la présence d'une tumeur arrondir, dure, formée par la tête du fémur au-dessous de l'arcade crurale; le membre est allongé de quelques lignes, ou, selon M. Goyrand, allongé à l'œil et raccourci à la mesure; les genoux el les pieds sont tournés en dehors, la jambe est légèrement fléchie, la fesse tendue, aplatie ou creuse; son pli abaissé, les muscles adducteurs soulevés et formant une corde tendue. L'adduction et la rotation en dedans sont impossibles; le malade marche en fauchant.
5° Luxation sur le pubis ; sus-pubienne de M. Gerdy. — Le membre est un peu raccourci, tourné en dehors; la tête du fémur, placée sur le pubis, fait à l'aine une tumeur arrondie sur le eôté interne de laquelle on lent les vaisseaux cruraux; la fesse est aplatie.
4° Luxation dans Véchancrure sciatique; sacro-iliaque de M. Gerdy. — Le membre est un peu plus court, le pied tourné en dedans, la cuisse très-légèrement fléchie, la tête du fémur peut être sentie quelquefois derrière le grand trochanter.
5° Luxation ischiatique. — Je n'en connais pas d'exemples, et je ne sache pas que les symptômes en aient été tracés; je parle de luxation spontanée.
Ods. LXX. — - Suppuration dans l'énarthrose du fémur, et luxation dans la fosse ovale. Guéri ». — Un homme de vingt-doux ans ayant reçu un coup de pied, armé d'un sabot, sur le grand trochanter, il lui survint, deux mois après, un dépôt symptomàtique, quatre travers de doigt au-dessous de cette apophyse; quelque temps après, il en parut deux autres, et sa cuisse devint plus longue : ces dépôts s'étant ouverts, ils furent remplacés par trois
1 Hnmbert, de Morlaix, p. 175.
* Aurrnn. Journal de mdd., p. 258; 1772.
fistules. J'ai vu ce malade dans la deuxième aimée du choc; je lui trouvai le fémur luxé cl logé dans le trou ovalaire; il marchait assez librement] quoiqu'il fût boiteux.
0ns. LXXT. — Coxalgie; luxation produite par de mauvaises manœuvres ; nuérison avec claudication1. — Au mois de mai 1686, une dame m'envoya prier de venir voir son fils, qui se plaignait d'une légère douleur au gros de la fesse qui répondait vers l'aine; ce jeune homme boitait un peu depuis quatre jours, qu'étant assis sur l'herbe, on l'avait tiré par la jambe pendant trois à quatre pas. Aussitôt il ressent une légère douleur en cet endroit, qui avait toujours continué depuis, sans augmenter, même par la marche. J'examinai la partie de tous côtés, sans m'apercevoir d'aucun changement dans sa forme, à la vue ni au toucher. Je trempai un linge plié en quatre dans l'eau-de-vie, que j'appliquai sur l'endroit de la douleur.
Mais la bonne dame voyant que je n'avais employé que des paroles et un remède très-commun, envoya incessamment chercher un remetteur, qui commença par prendre ce pauvre jeune homme sur ses bras, mettant l'un sous ses aisselles et l'autre sous ses jarrets, et il lui mit la tête entre les genoux, ou plutôt les jambes et la tête ensemble, dont il ressentit des douleurs si cruelles, que, depuis ce temps-là, il n'eut plus de repos ni de patience.
Ce remetteur d'os ne s'en tint pas là, il augmenta encore ce tourment par le long tiraillement de deux forts, hommes, auxquels il se joignit, qui achevèrent de lui causer une dislocation complète, qui l'a rendu boiteux pour toujours.
Comme ses douleurs augmentaient sans cesse, il me fit redemander; je lui fis appliquer tous les remèdes pour apaiser les extrêmes douleurs que les violents tiraillements avaient causées, depuis la hanche jusqu'au milieu de la cuisse, et même jusqu'au jarret.
Ses douleurs étant apaisées et la cuisse désenflée et presque dans son état naturel , je commençai pour lors à m'apercevoir que l'os é tait sorti de sa place ; duquel la tète inclinait vers le dedans de la cuisse, sans néanmoins causer d'autres incommodités. Ce jeune homme avait la jambe blessée plus longue de deux pouces (cinquante-quatre millimètres) que la saine; il recommença à marcher, mais en boitant beaucoup. Je l'envoyai à Paris, et l'adressai à MM. Bienaise, Bessière et Tribouleau, qui reconnurent les mêmes signes el lui conseillèrent les bains de Bourbonnc;,ccs bains réveillèrent et même augmenî tèrent la douleur. Alors il retourna à Paris, où on lui conseilla l'air natal et le retour dans son pays. Lorsqu'il futarrivè, j'examinai l'endroil douloureux! qui était considérablement tuméfié, cl j'y trouvai une ondulation fort sensible. Je fis apporter ce malade à Yalognes, el deux ou trois jours après,
1 La Motte, t. II, p. 507.
j'ouvris cet abcès; il en sortit une quantité surprenante d'humeurs glaireuses, crues et sans consistance. Cette ouverture donna lieu à un gonflement très-considérable qui se répandit depuis la hanche jusqu'au doigt du pied.
Six semaines après la guérison de cet abcès, il s'en forma un second vers l'aine, qui se ferma promptement. •
Depuis lors, il s'esl toujours bien porté, et a grandi d'environ quatre puces (onze centimètres) ; la jambe resta plus courte que l'autre de deux pouces (cinquante-quatre millimètres) . 11 boitait, mais marchait sans fatigue.
Ors. LXXII. — Coxalgie sans cause appréciable; première période: plusieurs recrudescences; seconde période : luxation dans la fosse iliaque. Guérison avec, claudication1. — La tille de M. F..., marchand à Paris, I âgée de six ans, ayant en apparence une bonne constitution, la peau un peu brune, les cheveux et les sourcils noirs, sans aucune trace d'engorgement dans les glandes lymphatiques, éprouva dans la hanche gauche, sans avoir fait aucune chute, une douleur sourde qui la faisait boiter. Le médecin ordinaire de la maison, que l'on consulta, attribua cette douleur à la crois- ! sauce, et ne conseilla aucun remède. Il s'était déjà écoulé six mois depuis ! l'invasion "de la maladie, lorsque je fus appelé. L'examen attentif du membre malade me fit apercevoir qu'il était plus long que l'autre d'environ douze millimètres; je conseillai le repos dans le lit, l'application successive de plusieurs vésicatoires volants autour de l'articulation affectée, et l'usage des amers et des antiscorbutiques; quatre vésicatoires furent appliqués dans l'espace d'un mois. La douleur diminua considérablement, et le membre se rétablit dans sa longueur naturelle. L'application d'un cinquième vésicatoire ! fut suivie d'une augmentation si considérable des douleurs, que, pour les ; calmer, il fallut avoir recours aux applications anodines et narcotiques, malgré lesquelles le membre s'allongea de nouveau. Sept ou huit mois se passèrent dans des alternatives d'augmentation et de diminution des douleurs; mais la cuisse resta constamment plus longue que l'autre, et sa longueur alla même en augmentant graduellement.
Enfin, la tête du fémur abandonna la cavité cotyloïde, et monta sur la face externe de l'os des iles; la cuisse malade devint alors plus courte de vingt-sept millimètres que celle qui était saine. Le genou et la pointe du Ipied se tournèrent un peu en dedans, et les douleurs cessèrent presque en- I tièrement. Il ne survint point d'engorgement à la fesse, qui ne présentait I d'autre tuméfaction que celle qui résultait du volume 'de la tète du fémur, Ipar laquelle les muscles fessiers étaient soulevés. Dès lors, je conçus l'espoir I d'une guérison à la faveur d'une articulation contre nature. L'enfant resta lau lit pendant plus de huit mois, la cuisse étendue sur le bassin autant que
1 Boyer, Œuvr. chirurg., t. IV, p. 357.
possible. Au bout de ce temps, le malade ne souffrant plus, et la cuisse J pouvant exécuter de légers mouvements sans douleur, je lui permis de se J lever et de marcher en se soulenant sur des béquilles; peu à peu le membre ■ prit de la force; les mouvements de la cuisse devinrent par degrés plus étendus, et l'enfant se trouva guérie aussi bien que sou étal le permettait.
Dans le môme temps, je fus consulté pour l'enfant d'un voisin de M. F...; c'était une petite fille de quatre ans, chez laquelle la maladie suivit la même marche, et eut la même terminaison heureuse.
Ûds. LXXÏÏI. — Coxalgie, survenue pendant une fièvre continue; luxa-\ tiondans la fosse iliaque ; g uérison Nous avons observé deux rna--| lades chez lesquels la douleur était excessive, et qui ont eu le fémur luxé'J dans le cours d'une fièvre essentielle. L'un était une dame âgée d'environ J (rente ans, qui éprouva une fièvre putride à la suite d'une couche, et l'autre,.! un jeune homme de quatorze ou quinze ans, qui fut attaqué d'une fièvre dcJ mauvais caractère peu de temps après avoir fait une chute qui lui causaJ une douleur sourde dans la hanche gauche, et un peu de difficulté à mar--| cher. Dans ces deux exemples, le fémur fut entraîné en haut et en dehors;;! mais la maladie se borna là, et les malades en furent quittes pour la claudi-fl cation.
Obs. LXXIV. — Coxalgie; premier degré; récidive; second degré:, luxation spontanée du fémur dans la fosse iliaque; g uérison 9 . — Uni jeune homme, dix-neuf ans, constitution strumeuse, entre dans un hôpital pour une fièvre putride dont il guérit bien. Douleur vive dans la hanche droite, étendue à la cuisse et au genou; allongement; claudication; l'exercice, qui fut conseillé, aggrava le mal.
Entrée à la Charité: huit vésicatoires volants; repos absolu pendant trois mois; traitement amer; le malade guérit et sortit.
Au bout de deux ans, réapparition des douleurs combattues par les narcotiques. Dix vésicatoires volaiîts; traitement amer et antiscorbu tique. Là guérison ne se fit pas attendre.
Troisième rechute au bout d'un an, après de nouvelles fatigues. Le traitement ordinaire resta impuissant. L'allongement vint à quatre centimètres puis fut remplacé par un raccourcissement brusque.
Rotation en dedans du pied et du genou; saillie antérieure du grand trochanter et de la tète dans la fosse iliaque.
Emollients : les douleurs cessent. Repos absolu pendant plusieurs mois, m bout desquels le malade marche d'abord avec peine, niais mieux ensuite* lorsque le fémur se fut creusé une nouvelle cavité. Raccourcissement dij quatre centimètres et demi; claudication sans gène nidoulenr.
1 Boyer, Œtwr. chirurg., I. IV, p." 517.
2 Rémond, Journal de chirurgie, médecine, pharmacie, l. XV. p. 430; 1808.
Ous. LXXV. — Luxation clans la fosse iliaque, et suppuration dans l'énarthrose du fémur. Guèrison1. —Une fille de huit ans, étant tombée sur te grand Lrochanter, se donna un contre-coup dans la cavité cotyloïde. La douleur étant supportable, elle la Qt augmenter en ne gardant point le repos. La luxation du fémur se forma d'elle-même deux mois après. Je n'ai vu la malade que dans le cinquième mois; et avec la luxation en arrière et en haut, je lui trouvai un dépôt symptomatique fort considérable dans la partie [moyenne el postérieure de la cuisse. On évacua le pus par deux petites ouvertures, qui ont fait autant de fistules. Dix mois après, une des fistules était fermée; l'autre fournissait très-peu de matière : la malade avait repris l'embonpoint, et je ne l'ai plus revue.
Obs. LXXVI. — Coxalgie au premier degré passée au deuxième; luxation dans la fosse iliaque. Guérison avec claudication -. — Anna Schlcicher, âgée de treize ans, fut amenée à l'hôpital général de Vienne, le 5 septembre 1812, pour une maladie de l'articulation de la hanche à sa troisième période. L'os des iles du côté gauche était de vingt-sept millimètres plus haut, que le droit; la fesse gauche, extraordinaircment tuméfiée, sphérique, tendue, offrait une fluctuation sensible qui annonçait la présence d'une collection de liquide épanché. La tète du fémur paraissait s'être totalement retirée en haut et en dehors, car le membre gauche, très-amaigri, était raccourci de près de treize centimètres et demi, et le pied tourné en dedans. La cuisse était fortement fléchie sur le bassin, et la jambe sur la cuisse. Si l'on essayait d'étendre celte extrémité, en employant toutefois les plus grandes précautions, on occasionnait les douleurs les [dus violentes, surtout au genou. La malade ne pouvait ni marcher, ni se tenir droite; son corps formait, au contraire, un angle presque droit avec le membre sain. Outre cela, il existait chez elle tous les symptômes d'une fièvre hectique. Cette jeune personne, ainsi que sa mère, donnait pour cause à cette maladie une. violence extérieure qui avait d'abord été suivie de douleurs à l'articulation de la hanche, puis d'une claudication continuelle, puis enfin de l'allongement du membre avec les douleurs les plus aiguës au genou. Pendant l'espace de trois ans, ce mal avait éprouvé des alternatives de mieux et de pire. On avait essayé beaucoup de remèdes: enfin, on avait eu recours à l'électricité. La malade croyait devoir attribuer à ce dernier essai le malheureux état où elle se trouvait actuellement; car elle assurait avoir remarqué (pie ses douleurs devenaient toujours plus vives après chaque séance, et que ce moyen avait provoqué le raccourcissement subit du membre et les progrès journaliers de sa maladie.
Puisque, dans de telles circonstances, on ne pouvait espérer de guérison
1 Aurran, Journal de mdd., p. 259; 1772. * Kust, Journal des progrès, t. XUI, p. 248.
radicale, et que la fièvre, la faiblesse de constitution et les souffrances du sujet faisaient craindre une terminaison funeste, il est aisé de voir quejl proposai l'emploi du l'en sous un pronostic fort douteux, et que je ne proma à la malade ni à ses parents une guérison complète de la maladif!, mais seulement d'adoucir ses souffrances, et vraisemblablement de lui eonservej la vie. Encouragée par la vue de quelques malades guéris par le fer rouge] cette fille accepta ma proposition, et l'opération fut remise au lendemain.
11 était impossible d'amener le membre malade dans l'extension, et l'opél ration ne pouvait être exécutée de la manière ordinaire : il fallut placer la malade sur ses mains et sur le côté sain, et la faire maintenir par des aides dans cette pénible situation. Je lui traçai alors circulairemcnt sur la fessequatre raies de feu, de treize à seize centimètres de long; puis, au voisinage de l'articulation, j'appliquai une des grandes faces du cautère, que je laissai opérer assez de temps pour pouvoir établir une fontanelle, si je le jugeas nécessaire. Je n'avais pas encore acbevé ma visite dans la salle voisine, que la malade me fit appeler pour me dire qu'elle pouvait déjà étendre et mouvoir son membre, ce qu'elle n'avait pu faire depuis cinq mois. Tous les médecins qui fréquentent ma section, ainsi que moi, nous pûmes nous assu i er du fait; enfin, après avoir été témoin de ce que cette jeune et turbulente malade exécuta dans ce moment, il serait difficile de faire de l'emploi du fer rouge un panégyrique assez avantageux pour qu'il pût être en rapport avec la promptitude et l'efficacité de ses merveilleux effets en cette occasion. La malade resta dès lors dans un état très-supportable jusqu'à la fin de la i cure, pendant la durée de laquelle on ne remarqua aucun retour de la dou- ■ leur symptomatique du genou. Après la cbute des esebarres, la suppuration de toutes les surfaces cautérisées, non-seulement détermina l'absorption du liquide épanché, mais encore rétablit en quelque sorte l'intégrité relative des mouvements du membre au bout de deux mois. Les progrès de la maladie locale vers la guérison, la disparition des douleurs, contribuèrent puis- • sauraient au rétablissement de la santé. La fièvre hectique diminua peu à i peu, et, par l'emploi alternatif du quinquina, du lichen d'Islande et des fer- ■ rugineux, la malade se rétablit complètement.
Je ménageai par précaution, derrière l'articulation, un cautère qui pût contenir six pois, et je laissai sortir la malade de l'hôpital, eu lui recoin- • mandant de maintenir ce cautère ouvert, et de ne le laisser fermer que lorsqu'on le lui aurait conseillé. Elle suivit mes avis : je le lui fis supprimer quelques semaines après. Elle marche actuellement tenant droit le corpé. ayant pour point d'appui du côté malade les orteils, qui posent sur le sol.
DE LÀ C0XALG1K.