EN ARRIÈRE
Depuis que Dupuytren, dans son Mémoire sur les (raclures île l'extrémité inférieure du radius, a fait ressortir l'erreur de ses devanciers relativement à la luxation du poignet, la science enregistre avec sollicitude tous les faits qui peuvent se rapporter à cette dernière lésion, dont l'histoire, anéantie par le chirurgien de l'Hôtel-Dieu, se trouve maintenant à reconstruire tout entière.
Déjà MM. Marjolin fils, Padieu, Yoillemier et Scouttetlen, ont publié des observations qui ont été reçues avec un vif intérêt. Je viens, comme eux, apporter le tribut de mon expérience à cette œuvre à peine commencée.
Le fait que je vais rapporter appartient aux luxations du poignet, mais non pas à celles de l'articulation radio-carpienne.
C'est un cas de luxation des deux rangées du carpe entre cllo. Jusqu'à présent je ne sache pas qu'il en existe d'autre dans la science.
Le 13 octobre 1841, pendant l'absence de M. Houx que je remplaçais alors, on apporta dans mon service à l'Hôtel-Dieu, salle Sainte-Marthe, n° 54, un homme de quarante-deux ans, nommé Maupps (Jean), couvreur, qui venait de tomber
1 Mémoires de la Sociûlû (te chirurgie) 1851.
514 LUXATION MÉDIO-CAKH liKNE.
d'une hauteur de treize mètres environ sur le pavé de la rue. Cet homme était mourant, et parmi les nombreuses lésions qu'il présentait, celle dont il s'agit passa presque inaperçue. Ce n'est (pie le lendemain, à l'autopsie, que, frappé de la déformation singulière du poignet droit, j'examinai celte partie avec attention.
Au premier coup d'oeil, le poignet présentait les caractères de la fracture du radius; il, était le siège d'une déformation résultant de ce que la main déviée de l'axe de l'avant-bras, se trouvait portée en arrière, ce qui donnait au membre la ligure d'un 7, mais, par un examen attentif, je m'aperçus bientôt que le siège de la déformation était plus bas que dans la fracture du radius. Le plan antérieur de l'avant-bras, régulier jusqu'au pli transversal du poignet, présentait en ce point une dépression brusque résultant de la translation de la main sur un plan postérieur. Cette translation rendait saillante en avant l'extrémité inférieure des os de l'avant-bras dont je reconnus parfaitement les apophyses styloïdes; la main examinée par sa partie antérieure paraissait raccourcie de plusieurs millimètres, les doigts étaient fléchis et leur extension n'était pas possible sans un effort assez considérable.
Sur sa face postérieure, le membre présentait une déformation correspondante, c'est-à-dire qu'au lieu de se continuer avec le plan de l'avant-bras la main était projetée en arrière, son extrémité supérieure faisait, à quelques millimètres au-dessus des apophyses styloïdes, une saillie de plus de un centimètre par laquelle le doigt explorateur était brusquement arrêté. Elle était moins abrupte cependant que la saillie antérieure formée par les os de l'avant-bras.
Je lis exécuter quelques mouvements en sens inverse à l'avant-bras et à la main pour essayer de percevoir la crépitation, je ne sentis qu'un frottement rude, mais tout à fait différent de la crépitation réelle; puis, dans un effort de traction, je fis brusquement disparaître la difformité. Je la fis du reste bientôt reparaître telle qu'elle était, et c'est dans cet étal que je lis In dissection de la pièce.