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SIGNE DIAGNOSTIC CERTAIN DES LUXATIONS DE L'ÉPAULE

A l'occasion de deux malades affectés de luxation de l'épaule, M. Maisonneuve a fait part à son auditoire de considérations pratiques qui nous ont paru du plus haut intérêt et qui rendront certainement service à bien des praticiens.

Très-souvent, dit M. Maisonneuve, il arrive que des chirurgiens, même expérimentés, hésitent à se prononcer sur l'existence d'une luxation de l'épaule, et vous connaissez, tous, les savantes dissertations auxquelles a donné lieu le diagnostic différentiel de ces luxations et des fractures du col de l'humérus, voire même de la simple contusion; vous savez que de nombreuses pages ont été consacrées dans les auteurs les plus modernes à celte importante discussion, et bien certainement, après les avoir lues et méditées, vous avez dû rester persuadés que ce diagnostic est un des plus délicats et des plus difficiles de la chirurgie.

Ce n'est pas cependant que rénumération des symptômes relatifs à chaque lésion soit incomplète, bien au contraire: symptômes réels et symptômes trompeurs, symptômes précis et symptômes vagues, tout y est accumulé de telle sorte que le plus habile a peine à s'y reconnaître, et que l'humble praticien ne sait plus du tout à quoi s'en tenir.

1 Moniteur des sciences, 1860, p. 007.

U XATIONS DIVERSES. 521

Puisque l'occasion se présente de voir réunis dans le môme tnomenï deux malades atteints de luxation, deux autres de fracture du col de l'humérus, et un de contusion violente de l'épaule, j'en profiterai pour vous faire apprécier un symptôme bien simple et bien facile à constater, qui vous servira partout e1 toujours pour reconnaître d'une manière certaine, nonseulement la luxation de l'épaule, mais encore toutes les luxalions possibles, du coude, de la cuisse, du genou, de la mâchoire, quel que soit le gonflement des parties voisines. Ce symptôme est basé sur ce fait : que dans toute luxation les mouvements normaux de V articulation sont entravés ou abolis, tandis que dans la simple contusion ces mouvements persistent, et que dans la fracture aux mouvements normaux s'en ajoutent d'autres insolites.

Or voici un malade qui, au milieu d'une pleine santé, éprouve un accident du côté de l'épaule. Est-ce une luxation, une contusion simple, ou bien une fracture du col ou de la tête de l'humérus? — Prenez le bras, essayez de lui faire exécuter les mouvements habituels de l'articulation. Si ces mouvements sont impossibles ou très-limités, nul doute, c'est une luxation. S'ils sont intacts, soyez sûrs que la luxation n'existe pas, et cherchez s'il existe ou non raccourcissement et crépitalion, pour savoir s'il s'agit d'une fracture ou d'une contusion simple.

Des quatre malades que vous venez de voir, il en est deux, le numéro 56 de la salle des hommes et le 19 de la salle des femmes, qui sont atteints de fracture du col. Vous avez vu avec quelle facilité nous avons pu mouvoir le bras dans tous les sens, comment même nous avons pu produire certains mouvements insolites et déterminer la crépitation; il en est deux autres, le i>r> et le 36 de la salle des hommes, qui sont atteints de luxation; vous pouvez constater quelle fixité singulière présente chez eux l'articulation scapulo-humérale, combien sont limités el difficiles les mouvements les plus simples d'adduction, de rotation, de projection en avant ou en arrière, ou mémo d'abduction.

A ce signe seul vous pouvez diagnostiquer une luxation. Maintenant, si vous voulez pénétrer plus profondément dans l'étude des symptômes, libre à vous de les analyser en détail, de constater l'aplatissement et la dépressibilité du moignon de l'épaule, la saillie de la tête numérale dans le creux de l'aisselle, rallongement du membre, toutes choses qui vous indiquenl les nuances delà luxation sous-coracoïdienne ou autre; mais le diagnostic luxation était déjà hors de doute par le fait de l'abolition des mouvements.

Maintenant, ajoute M. Maisonneuve, nous allons procéder à la réduction. Chez le premier malade la luxation date de cinq semaines; les tissus se sont resserrés; la tête de l'os s'est pour ainsi dire creusé dans les parties molles une cavité nouvelle, des adhérences se sont établies; il faudra des efforts énergiques pour ramener les surfaces au contact, aussi nous servironsnous des moufles.

En effet, le malade ayant été placé sur le labouret à luxation et fixé fortement par une ceinture axillaire à un anneau de fer scellé dans la muraille, M. Maisonneuve fixa les lacs extensifs au poignet d'une pari, et au coude; puis, au moyen des moitiés, il porta les tractions jusqu'à deux cent cinquante kilogrammes environ. Après quelques instants de tractions soutenues à ce degré, il sentit la tête de l'os se dégager ; alors, faisant cesser subitement l'extension, il exécuta lui-même un mouvement brusque par lequel la tête dé l'os fut ramenée dans la cavité glenoïde.

Ouant au second malade, la luxation datant seulement de trois jours, l'emploi des moufles ne fut pas jugé nécessaire. M. Maisonneuve se, contenta de fixer le malade à l'anneau contre-extenseur, au moyen d'une alèze passée sous l'aisselle. Il fixa une seconde alèze au poignet, pour faire l'extension, puis, dirigeant la traction avec douceur, il dégagea promptement la tête de l'os, et la ramena dans sa position naturelle.

I l NATIONS DIVERSES.

LUXATION SCÀPULO-HUMÉRALE DROITE 1

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