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DATANT DE TROIS MOIS. — RÉDUCTION

Ce n'est pas chose toujours facile que de réduire une luxation scapulo-humérale ancienne, surtout quand cette luxation appartient à la variété sous-pectorale.

Nous venons d'assister à une opération de ce genre, pratiquée avec succès par M. Maisonneuve, et nous croyons être agréable à nos lecteurs en leur faisant part des manœuvres aussi simples qu'ingénieuses employées par ce chirurgien.

Gillet (Charles), boulanger, âgé de trente-sept, ans, demeurant rue de Cléry, 50, eut l'épaule droite luxée, vers les premiers jours d'avril. Quelles manœuvres fit-on à cette époque pour opérer la réduction? Le malade n'en rend pas un compte exact. Toujours est-il qu'elles n'eurent aucun succès, et que le membre resta impotent.

Au bout de deux mois et demi, Gillet se décida à réclamer les secours des notabilités de la science. On lit, à cinq reprises différentes, des tentatives énergiques de réduction, tantôt en s' aidant du chloroforme, d'autres fois sans cet auxiliaire. Toutes les tentatives échouèrent, et l'on conseilla au malade de s'en tenir là, déclarant la luxation irréductible.

Gillet était entièrement résigné à suivre ce conseil, quand un médecin, en qui il avait pleine confiance, lui conseilla de consulter encore M. Maisonneuve. Ce chirurgien fut d'avis que la réduction était possible, et se chargea de l'exécuter; ce qui eut lieu à l'hôpital Cochin, le vendredi 28 juin, en présence de MM. les docteurs Rigal (de Gaillac), de Villebon, Foucault, et de nombreux élèves.

La vedle, M. Maisonneuve avait eu soin, après avoir endormi le malade, de faire exécutera la tète de l'humérus des mouvements étendus et variés, afin de rompre une partie des adhérences. Il avait, en outre, constaté avec soin l'espèce de luxation à laquelle il avait affaire, et qu'il avait reconnue être une luxation sous-pectorale.

Quant à la réduction, voici comment il y lut procédé:

Le malade, dépouillé de sa chemise, est assis sur une chaise basse, le côté

iche tourné du CÔté du mur, où se trouve scellé un anneau de 1er;

1 Gazelle des Hôpitaux. IRf>0, p. 320

i>24 LUXATIONS UIVEUSDS.

I" Un petit COUSSin carré est placé dans le creux de l'aisselle, du côté malade, et maintenu par le plan d'une forte alèze, dont les chefs sont passés dans l'anneau de fer et confiés à deux aides;

2° Une seconde alèze, dont le plein est appliqué sur la voùlc acromiale, sert à fixer le malade; à la chaise, en passant entre ses jambes;

3° Une troisième alèze est appliquée, en forme de lacs, au-dessus du coude, et maintenue à l'aide d'une bande mouillée. Les chefs sont conliés à deux aides ;

4° Une quatrième alèze est appliquée, encore en l'orme de lacs, autour du poignet, et maintenue comme la précédente. Les chefs sont, de même, confiés à deux aides ;

5° Une cinquième alèze est appliquée, par son plein, sur la face antérieure de l'articulation scapulo-humérale, et ses deux chefs, dirigés en arrière, sont confiés à un aide vigoureux ;

0° Le chirurgien, debout, est placé eu dehors du membre, son pied gauche appuie sur la chaise et sous les fesses du malade; son genou, s' élevant jusqu'au niveau de l'aisselle, lui sert à appuyer la main gauche qui, placée en supination, embrasse la partie supérieure du bras, taudis que la main droite saisit le bras malade au niveau du coude.

Tout étant ainsi préparé, on soumet le malade au chloroforme jusqu'à flaccidité complète des muscles, puis on commence la traction horizontale. Après ti'ois ou quatre minutes de tractions graduées, la lète de l'humérus restant toujours engagée sous le grand pubrat, on fait agir les tractions antéro-postérieures au moyen de la cinquième alèze, fout en soutenant énergiquement les tractions horizontales. La combinaison de ces deux mouvements ramène assez facilement la tète huméralc dans l'aisselle; puis faisant cesser toute traction, le chirurgien abaisse vigoureusement l'extrémité inférieure du bras, pendant qu'avec sa main gauche et son genou il élève brusquement la tète de l'os. La luxation se trouve réduite. Le moignon de l'épaule a recouvré sa forme, le bras peut être appliqué au tronc; le coude même peut être porté au-devant de l'épigaslre.

Après s'être assuré que tout est en ordre, M. Maisonneuve lait immédiatement coucher le malade en position horizontale, pour éviter la syncope, puis on enlève les lacs et on reporte le malade dans son lit.

Le premier jour on maintient le bras au-devant de la poitrine, dans la position que conseille M. Velpeau pour la fracture de la clavicule.

Le troisième jour on fait exécuter quelques mouvements à l'articulation.

Et chacun des jours suivants on exerce le membre, pour lui rendre sa mobilité.

JNous signalerons ù nos lecteurs, comme une chose vraiment avantageuse dans ces cas difficiles, la combinaison «les trac-

lions directes sur le bras et l'avant-bras avec les tractions perpendiculaires sur l'extrémité supérieure de l'humérus. .Nous signalerons aussi l'avantage de la fixation du malade à la chaise, idée due à M. Rigal, de Gaillae, et qui, adoptée par M. Maisonneuve, a puissamment contribué au succès.

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