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OBSERVATION VII

Tumeur de la langue. — Ablation avec des ciseaux après hémostasie préalable par les pinces ci arrêt.

X..., dix-sept ans,, salle Saint-Augustin, n° 55, porte sur la partie moyenne de la moitié droite de la langue une tumeur de la grosseur d’une petite noix, développée dans l’épaisseur de l’organe, recouverte par une muqueuse fortement congestionnée et hérissée de papilles hypertrophiées dont la pression fait immédiatement saillir de véritables jets de sang. On ne sent pas de ganglions. Le malade a subi sans succès, dans le service de AL Résilier, différents traitements internes et est envoyé à M. Péan pour être débarrassé de sa tumeur, qui après s’être accrue lentement et d’une façon intermittente pendant trois ans environ, s’est développée continuellement et plus rapidement depuis six mois. L’opération est pratiquée le 28 novembre 187A. Le malade étant chloroformisé, la langue est attirée et maintenue au dehors par une pince à griffes, puis M. Péan place une pince à hémostase longitudinalement sur la partie médiane de la langue; une seconde pince est appliquée transversalement en arrière de la tumeur ; une troisième est placée sur le plancher buccal entre les deux précédentes. Les trois pinces se rencontrent presque par l’extrémité de

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leurs mors, isolant ainsi complètement la partie ou siège la tumeur. Celle-ci est alors rapidement excisée par deux coups de ciseaux; la plaie ne laisse pas échapper uîle goutte de sang. La pince transversale étant retirée la première, on voit un jet sanguin s’échapper de l’ouverture béante de l’artère linguale qui est immédiatement saisie avec une petite pince hémostatique ainsi que deux ou trois autres vaisseaux moins importants. Les deux autres pinces étant à leur tour enlevées, on place encore sur la surface saignante deux ou trois pinces hémostatiques, puis on retire la pince à griffes qui maintenait la langue hors de la bouche. Les suites de l’opération lurent aussi simples que possible; le malade présenta dans la journée un suintement séro-sanguin insignifiant. Des sept pinces qui avaient été laissées à demenre, cinq furent enlevées le lendemain matin, deux seulement furent laissées par prudence quatre ou cinq heures de plus. La cicatrisation était effectuée au bout de dix-huit jours et le malade partait guéri au bout de quatre semaines, sa sortie ayant été retardée par une périostite alvéolo-dentaire consécutive à la carie d’une dent.

Les avantages de cette méthode, pour l’ablation des tumeurs de la langue, sont incontestables; opérant avec ^instrument tranchant et sans être aveuglé par le sang, le chirurgien peut se rendre compte, au fur et à mesure de l’opération, de l’état des tissus qu'il divise. En supprimant complètement l’hémorrhagie contre laquelle Técraseur linéaire et le galvano-cautère ne garantissent pas toujours, ce procédé permet en outre d’administrer le chloroforme sans faire courir au malade les dangers particuliers qui accompagnent -l’emploi des anesthésiques dans les opérations de cette nature.

Pour les ablations totales de la langue, M. Péan se sert encore de pinces très-fortes, plus ou moins coudées, dont le mors inférieur est en forme de trocart. On enfonce ce mors à la base de l’organe, au delà de la partie qui doit être extirpée, tandis que le mors supérieur, plat et rayé, est appliqué au point correspondant de la surface. Pour comprimer la langue il faudra du reste toujours employer des instruments plus résistants que les petites pinces ordinaires destinées seulement à la compression des vaisseaux.

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