D’HÉMOSTASE LE PLUS GÉNÉRALEMENT EMPLOYÉS
Importance de l’hémostase. — Procédés hémostatiques des anciens. — Ambroise Faré et la ligature. — Des moyens qui agissent mécaniquement pour oblitérer les vaisseaux. — De la torsion. — De la compression médiate : Compresseurs de M. Marcellin-Duval. - De la compression immédiate : Presse-artères. Anneaux de plomb et pinces de Percj Pinces de Marcellin-Duval. Serres-fines de Vidal de Cassis. Serres-fortes. — De l'acupressure. — De l’uncipressure. — La ligature et scs inconvénients. — Dangers de la ligature des veines.
Parmi les questions les plus clignes de fixer l’attention des chirurgiens, aucune n’est peut-être plus importante que celle de l’ hémostase, les hémorrhagies ayant été de tous temps regardées comme l’accident le plus redoutable des grandes opérations. Pour se rendre maître du sang qui s’écoulait des gros vaisseaux après les opérations, les anciens appliquaient de l’huile ou de la poix bouillantes sur les plaies, ou en touchaient la surface avec le cautère actuei. C’était pour remplir le même but qu’ils pratiquaient aussi quelquefois des amputations avec des couteaux rougis au feu. Ces moyens, qui étaient à la fois cruels et insuffisants, furent cepen-
DE LA FORCIPRESSURE.
ddnl presque seuls mis en usage jusqu’à Ambroise Paré qui s’immortalisa en conseillant de faire après les opérations la ligature des vaisseaux sectionnés. Plusieurs siècles auparavant, Celse avait déjà indiqué cette méthode (1), mais, comme il arrive souvent, la ligature avait été complètement méconnue des médecins qui vinrent après lui et négligée dans la pratique chirurgicale (2). Employée aujourd’hui par la majorité des chirurgiens qui s’accordent à proclamer sa supériorité, la ligature fut cependant combattue à différentes reprises. Ne voulant pas décrire ici ious les procédés hémostatiques qui ont été successivement inventés pour la remplacer ou seulement y suppléer dans les cas où elle est impraticable, nous allons nous borner à passer en revue les principales méthodes qui agissent mécaniquement sur les vaisseaux pour produire l’hémostase, et qui càce titre méritent d’être comparées à celle qui fait l’objet de ce travail. Laissant donc de côté les styptiques , les absorbants et les caustiques , nous nous occuperons surtout, avec la ligature , de la torsion et des divers modes de compression parmi lesquels nous rangeons X acupressure , X uncipressure et la for'cipressure . Nous ne parlerons pas de la mâchûre , du refoulement, de l’ enclavement , etc., ni de quelques autres procédés qui n’ont qu’un simple intérêt historique.
La torsion paraît avoir été connue de Galien, mais elle était complètement oubliée quand elle fut remise en honneur par Amussat, Velpeau, Fricke, Thierry, etc. Rien qu’on ait beaucoup simplifié de nos jours les procédés anciens de torsion, et, qu’au lieu de quatre pinces comme Amussat, on n’emploie plus aujourd’hui pour l’exécuter qu’une seule pince à laquelle on imprime sept ou huit tours de rotation sur son axe, la plupart des chirurgiens s’accordent à dire que cette opération est beaucoup plus longue et plus difficile à exécuter que la ligature. Son principal
(1) Lacauchie, Esquisse d'une histoire des amputations et particulièrement de la méthode de Celse, 1850.
(2) Vidal de Cassis, 5e édition., t. V
CONSIDERATIONS (IKNKHALKS.
avantage serait même illusoire si, comme le croient quelques auteurs (1), l’extrémité torduedu vaisseau joue dans la plaie le rôle de corps étranger. Enfin la torsion a été accusée de déterminer des inflammations suppuratives le long des vaisseaux et d’exposer plus que la ligature aux hémorrhagies consécutives.
Malgré ces reproches, la torsion n’en est pas moins restée un procédé hémostatique des plus recommandables. Réservée en général pour les petites artères, elle est cependant préférée à la ligature même pour les gros vaisseaux, par quelques chirurgiens parmi lesquels il faut citer Holmes et Th. Bryant en Angleterre et en France M. Tillaux.
La compression est avec la torsion le procédé d'hémostase qui mérite le plus de nous arrêter. La méthode compressive se divise en médiate ou immédiate selon qu’elle agit sur les vaisseaux par l'intermédiaire des parties molles, ou directement sur eux.
La compression médiate est surtout employée pour suspendre la circulation dans le cours des opérations chirurgicales, pour empêcher l’arrivée du sang dans les tumeurs anévrysmales ou arrêter une hémorrhagie accidentelle. On la pratique avec les doigts ou des appareils spéciaux: bandages, garrot, tourniquet, compresseurs, pelote, sac de plomb, etc.
Parmi les instruments qui ont été imaginés pour faire de la compression médiate, nous devons citer d’une façon spéciale les appareils compresseurs de M. le professeur Marcellin-Duval (2). Construits en fil de fer ou en acier bruni, ces instruments sont trèslégers et faciles à appliquer. La pression est exercée au moyen d’une pelote par la seule élasticité des ressorts, et peut être augmentée à volonté au moyen d’une vis. La pelote de pression a été ingénieusement disposée de façon à pouvoir être changée de place, lorsque sa présence devient douleureuse, sans qu’il soit nécessaire de toucher au reste de l’appareil. « Ainsi combiné, l’appareil de
(i) Sédillot et Legouest, Tr. de mèd. opér.
12) Marcellin-Duval, Traité de Thémostasie, 1855-59. Paris. J. -B, Baillière.
DE LA FORCIPRESSURE.
Marcel lin— Du val répond à toutes les indications possibles ; il nous semble assez parfait pour faire oublier tous ceux qui l’ont précédé (1). »
M. Marcellin-Duval a fait construire encore d’autres instruments destinés à l’hémostase et en particuler des pinces spéciales dont nous parlerons à propos de la compression immédiate.
Celle-ci se pratique avec les doigts, les éponges, de la charpie, de f amadou, etc..., appliqués directement sur la surface saignante, soit pendant le cours d'une opération, soit après qu’elle est terminée, quand le sang coule en nappe ou provient de vaisseaux situés trop profondément pour pouvoir être liés ou tordus. Mais cette compression n’a jamais été considérée, par la majorité des chirurgiens, que comme un moyen adjuvant de la ligature ou de la torsion : souvent douloureuse et difficile à appliquer, elle ne convient que contre les hémorrhagies capillaires. Pour l’appliquer à des vaisseaux plus importants et en particulier pour la cure des anévrysmes, on a proposé divers instruments désignés généralement sous le nom de presse-artères (presse-artère de Deschamps, de Dubois, pince anévrysmale de Durest, etc...), qui sont aujourd’hui parfaitement oubliés (2). C’est dans le même mit que Desault imagina de saisir l’artère entre deux petites plaques de bois serrées par un fil, et Percy de passer sous le vaisseau une lame de plomb qu’il repliait sur elle-même de façon a produire l’accolement des parois artérielles.- Pour les artères béantes à la surface d’une plaie, Percy recommande encore de petits anneaux de plomb que l’on porte à l’aide de pinces sur l’extrémité du vaisseau. Cet anneau était aplati fortement sur 1 artère avec une autre pince. Quelques années après, le même chirurgien se faisait le précurseur de la forcipressure, en conseillant de saisir les vaisseaux avec des pinces à arrêt terminées par deux petites plaques mobiles et roulant sur un pivot, afin que l’instrument
(1) Gaujot et Spillmann, Arsenal de la chirurg. contemp.
(2) Follin et Duplay, loco citato.
CONSIDÉRATIONS GENERALES
put être renversé à volonté sur l’une ou l’autre lèvre de la plaie, sans que le vaisseau cessât d’être comprimé. Malgaigne trouve ce procédé inférieur au premier, malgré sa simplicité, parce qu’il laisse dans la plaie un corps étranger qui tiraille par son propre poids (1). De nouveaux essais de forci pressure devaient cependant suivre bientôt celui de Percy. Vidai de Cassis et M. Marcellin- Duval inventaient presque en même temps de petites pinces à pression continue pouvant être appliquées plus ou moins directement sur les vaisseaux.
C'est en 1848 que le professeur de l'École de Brest fit construire sur le même principe que ses compresseurs de petites pinces à pression élastique et graduée dont les mors affectent des formes différentes suivant les indications, et sont enveloppées d’un morceau d’agaric épais qui protège les tissus avec lesquels ils sont en contact immédiat (fig. 1 et 1 bis). Ces pinces sont très-
Fig. 1. — Pince de Marcellin-DuvaL
A. Vis de pression.
B. Mors garnis d’amadou.