C. Ressort
légères, faciles à appliquer, à serrer ou à enlever sans causer de douleur au malade. Elles ont été fréquemment employées avec succès pour réunir certaines plaies, en particulier pour affronter exactement les lambeaux après les amputations, et pour remédier à certaines hémorrhagies rebelles, lorsque la ligature était impraticable ou lorsque d’autres moyens avaient échoué (hémorrhagies de la paume de la main, du cou, de la langue,
(1) Ma'gaigne, Man de méd. opérât.
DE LA FORCIPRESSURE.
des amygdales, de la verge, etc...) (1) Grâce à leur élasticité, ces pinces nous semblent supérieures à celle qui fut imaginée par Matin et par M. Hervez de Chégoin pour combattre les hémorrhagies qui succèdent quelquefois à l’excision des amygdales.
M. Duval n’avait pas encore fait connaître ses appareils quand Vidal de Cassis inventa le petit instrument connu sous le nom de serres-fines , et qui n’est autre chose qu’une petite pince à pression continue. Imaginées pour remplacer les sutures, après l’opération du phimosis, les serres-fines 11e servent guère encore aujourd’hui qu’à cet usage. Vidal en recommanda cependant à diverses reprises l’emploi comme instrument hémostatique, soit pour comprimer une artère impossible à lier, soit pour remplacer les doigts des aides dans les opérations, et c’est pour répondre à ce besoin qu’il en modifia la construction et fit aplatir leurs mors en les élargissant.
Depuis, les serres-fines ont été encore perfectionnées et sont
restées dans la pratique de quelques chirurgiens sous les noms de serres-plates , serres- fortes , etc... (6g. 2) comme moyen hémostatique provisoire (voy. page 2).
(1) Consultera ce sujet: Marcellin-Duval, Trait é de l hémostasie, p. 21. Louchaidat, Annuaire de thérapeutique, 1858. — Deschamps, th. de Paris, 1873.
Fig. 2. — Serres-fortes droites et courbes.
CONSIDÉRATIONS GENERALES
C’est ici que devrait naturellement se trouver la description de la forcipressure telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui. Nous la renvoyons cependant au chapitre suivant, afin de pouvoir dire encore un mot de quelques procédés d’hémostase trop connus pour pouvoir être passés sous silence.
Nous ne parlerons pas de X acupuncture (Velpeau) et de Xêlectro-puncture (Pravaz), qui n’ont été préconisées que pour la cure des anévrysmes, des varices, et celle des épanchements de sang dans les tissus (Voillemier).
Il n’en est pas de même de X acupressure , imaginée simultanément par le professeur Rizzoli (de Bologne) et Simpson (d’Édimbourg). M. Rizzoli ne vit, il est vrai, dans cette invention, qu’un moyen de guérir les anévrysmes; M. Simpson, au contraire, qui a attaché son nom à ce procédé, en fit une méthode générale d’hémostase destinée à remplacer la ligature des vaisseaux après les opérations chirurgicales. L’acupressure s’exécute, comme ou le sait, au moyen d aiguilles qu’on passe de la peau vers les parties profondes sous les vaisseaux à comprimer, et qu’on ramène ensuite des parties profondes vers la peau. Suivant l’heureuse comparaison de Simpson, on comprime de cette façon les vaisseaux de la manière employée pour attacher une fleur sur une étoffe avec une épingle (1).
Ce procédé très-ingénieux a, comme la forcipressure, l’avantage de permettre, quand on le désire, la réunion immédiate des plaies et de mettre à l’abri des accidents qui résultent souvent du séjour des fils au milieu des tissus. La présence des aiguilles dans les chairs est inoffensive comme celle des pinces, mais elles ont l’inconvénient de ne pouvoir être, comme celles-ci, appliquées à toutes les opérations, et d’exiger dans leur maniement une plus grande habileté. Du reste, en admettant que l'acupressure donne de meilleurs résultats (pie la ligature, elle est infiniment plus
<\) Nouv. drcl. de méd. et de chir. prat., art. Acupressure.
DE LA FORCIPRESSURE.
compliquée, moins facile à exécuter et plus douloureuse. C’est probablement pour ces raisons que, malgré le nom illustre de son inventeur, ce nouveau procédé n’est pas encore entré dans la pratique chirurgicale.
Quant à l’ uncipressure , de M. le professeur Vanzetti (de Padoue), elle n’est qu’une forme ou qu’un mode spécial d’acupressure. Elle consiste, en effet, à tenir écartés les bords d’une plaie qui saigne avec deux crochets portés dans le fond de cette plaie et maintenus immobiles dans cette position jusqu’à la cessation complète de l’hémorrhagie. Ce mode d’hémostase repose, comme on le voit, sur le même principe que l’acupressure, et présente encore de bien plus grandes difficultés pratiques (1). Il n’a, du reste, été imaginé que pour combattre certaines hémorrhagies accidentelles, et, à ce titre, ne rentre qu’indirectement dans le cadre de ce travail.
Il nous resterait, pour compléter cette courte revue, à parler de la ligature qui occupe aujourd’hui la première place dans la longue série des hémostatiques. Mais ce procédé d’hémostase est trop bien connu, les discussions auxquelles il a donné lieu ont eu trop de retentissement pour qu’il soit nécessaire d’v insister ici. Les livres classiques abondent en détails sur les différentes espèces de ligatures (médiate, immédiate, temporaire, d’attente, permanente), sur la manière de les pratiquer, sur la nature ei la forme des fils à employer, sur le mécanisme de l’oblitération du vaisseau, etc... Nous y renverrons donc le lecteur ainsi qu'aux ouvrages spéciaux qui ont été écrits. sur ce sujet (2).
Après avoir été difficilement acceptée, la ligature a fini par triompher de tous ses adversaires et jouit actuellement de la
(1) Voyez à ce sujet les Comptes rendus de la Société de chirurgie (Gaz. des hôpit , novembre, 1874).
(2) Voyez Manec, Tr. de la lig. des art., 1832. — Lisfranc, De diverses méthodes d' oblitérât, des art., th. de concours, Paris, 1834. — Courtin, De la lig. des art., th. de Paris, 1848. — Cocteau, Altération des art. à la suite de la lig., th. de Paris, 1867. — Farabœuf, Traité des ligatures. Paris, 1872.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
faveur de presque tous les chirurgiens. Vidal de Cassis a même prétendu que rien ne pourrait jamais la remplacer; sans vouloir préjuger cette question, nous croyons pouvoir dire que la ligature trouvera toujours dans la forci pressure un auxiliaire important, souvent même une heureuse rivale.
La ligature, en effet, de l’aveu de tous les chirurgiens, a le grand inconvénient de laisser dans la plaie un corps étranger qui devient une cause d’inflammation et de suppuration. Souvent elle est impraticable, soit parce que le vaisseau à lier est situé à une profondeur qui rend impossible la manœuvre nécessaire pour l’exécuter méthodiquement, soit parce que l’orifice vasculaire est rétracté au milieu de tissus denses et lardacés, ou bien, au contraire, enflammés et suppures. Dans d’autres cas, le vaisseau peut bien être saisi avec la pince, mais il ne résiste pas et se laisse couper par le fil ou par l’instrument, ses parois ayant subi la dégénérescence athéromateuse ou calcaire.
Si de la ligature des artères nous passons à celle des veines, nous voyons cette pratique suivie d’accidents tellement graves qu elle est à juste titre combattue par la plupart des chirurgiens et regardée même par quelques-uns comme une des. plus dangereuses opérations de la chirurgie (1). Nous citerons à l’appui de cette opinion deux faits observés par M. Péan au commencement de sa carrière chirurgicale, et qui n’ont pas peu contribué à lui faire rejeter le plus possible remploi des ligatures. Le premier se passa à l’hôpital Saint-Louis, en 1855, alors que M. Péan était interne dans le service de M. Denonvilliers. Cet habile chirurgien eut la douleur de voir se déclarer une phlébite suppurée de la veine fémorale, chez un malade amputé de la cuisse depuis un mois dont la plaie était presque cicatrisée. C’est au moment ou le malade allait se levenpie survinrent les accidents de pyohémie il n’y en avait pas dans la salle).
Même accident arriva à M. Péan, en 1800, chez un malade
fl i Chassaignac, Tr. clin, et prat ■ dcsopér. chirurtj , t. I.
DE LA FORCIPRESSURE.
qu’il amputa de la cuisse avec les docteurs Hené Marjolin et Roussin à Montreuil. Les premiers accidents se déclarèrent un mois après l’amputation, et eurent pour point de départ une ligature métallique. ïl est vrai que le malade était très-variqueux; et que, pour cette raison, M. Péan avait mis le moins possible de ligatures. Il eût fallu les supprimer toutes.
Ces accidents, ajoutés à tous les inconvénients que nous avons énumérés, ont déterminé ce chirurgien à remplacer, dans la plupart des cas, la ligature par d’autres moyens d’hémostase aussi fidèles et moins dangereux. Ce n’est cependant que peu à peu et après plusieurs modifications apportées au manuel opératoire que M. Péan a réalisé la méthode d’hémostase qu’il emploie aujourd’hui, et que nous allons maintenant faire connaître.