‹ Clinique de l'Hôpital des enfants maladesChapitre 23 sur 36 · Nonveanx motifs de rallaitement de femme · texte numérisé non relu

Nonveanx motifs de rallaitement de femme

Un fait nouveau vient de se produire. C'est la découverte par M. Béchamp d'un élément nouveau du lait de femme, inconnu jusqu'ici, et qui vient d'une façon éclatante dissiper les obscurités de l'empirisme sur certains points de l'allaitement maternel.

Il en résulte que le lait de femme diffère essentiellement du lait de vache et d'ânesse, non seulement par la densité, la quantité de sucre de lait, de beurre, de sels et d'eau, mais par la présence d'un ferment spécial et spécifique qui modifie considérablement ses qualités digestives ou sa digestibilité.

Ce ferment est Sippelé zymase par M. Béchamp, et son histoire se rattache à l'histoire générale des microzymas, que ce savant considère comme partie intégrante des tissus normaux de l'organisme. D'après lui, ce seraient ces microzymas qui deviennent malades, se convertissent en bactéries et donnent lieu aux maladies générales.

Pour ne parler que de la zymase du lait de femme, cet élément aurait pour propriété de saccharifier l'empois, phénomène signalé pour la première fois, et qui ne se produit pas avec le lait de vache, d'ànesse et des autres mammifères.

Le lait de vache contient, outre la caséine, deux matières albuminoïdes distinctes ; Tune de ces matières reste soluble dans l'eau après qu'elle a été précipitée par l'alcool ; c'est la galactozymase^ substance capable de fluidifier

Tempois de fécule sans en saccharifler la matière amylacée.

Cette zymase est différente de celle du laîi de vache, non seulement par son pouvoir rotatoire, qui est bien plus grand, mais par sa propriété de saccharifier la fécule.

Pour mettre en évidence la propriété saccharifiante de cette zymase, il n*est pas nécessaire de l'isoler à Tétat de

pureté, il suffit d'opérer comme ceci :

Le lait de femme étant normalement à réaction alcaline, on Tacidifie légèrement par Tacide acétique et on y ajoute au moins trois fois son volume d'alcool à 90® cenlésim. Le précipité albumineux, très volumineux, est recueilli sur un filtre, lavé à Talcool plus faible (pour enlever le sucre du lait), bien épuisé des corps gras par Téther et repris par Teau distillée. Après quelques heures de contact on filtre; la solution obtenue possède, à un haut degré, la propriété de fluidifier et de saccharifier Tempois de fécule. Pour étudier la nouvelle zymase, Béchamp a dû opérer sur plus de 500 centimètres cubes de lait; mais, pour Térifier le fait, 20 à 30 centimètres cubes suffisent et si, pour reprendre le précipité on n*a employé que 10 centimètres cubes d'eau, la solution obtenue peut fluidifier et saccharifier 20 à 30 centimètres cubes d'empois au vingt-cinquième de fécule.

Pour se mettre à Tabri des causes d'erreurs, il est bon de laver le sein et le mamelon avec de Teau légèrement créosotée ou phéniquée et de recevoir le lait dans des vases lavés de môme.

Avec le lait qui a séjourné dans la glande;* puis avec le lait pris après que Tenfant a teté; enfin, avec du lait qui a été recueilli après une seconde succion de Tentant, après 16 minutes de succion ou de traite, les résultats sont les mêmes.

Donc, le lait de femme contient une antre zymase que le lait de vache, et comme le lait de plusieurs traites succès* sives contient la zymase douce de la môme activité, il en résulte qu'elle est le produit de la fonction propre de la

glande et non pas le résultat de quelque altération subie par le lait à la suite de sa stagnation dans cette glande.

J'ai voulu savoir à quoi m'en tenir sur ce point, et j'ai contrôlé les affirmations de M. Béchamp, avec le pharmacien de mon service M. Brissonnet. J*ai pris une certaine quantité de lait à une nourrice dont voici la quantité, et les résultats ont été les suivants :

Action du lait de femme sur V amidon^

Opéré sur 12 gr. lait de femme, le 11 mai, divisé en deux parts :

N* 1. 6 gr. lait de femme, seul.

N<» 2. 6 gr.. — + 0,20 amidon.

Au bout de neuf jours, l'analyse indiquait :

N<> 1 contenait 0,28 sucre.

N«2 — 0,28 — + 0,049 glucose.

Dans les mêmes conditions, 100 gr. de lait de femme auraient donné 0,816 glucose provenant de l'amidon.

Dans les mêmes conditions, le lait de vache n'a pas présenté de changement, et les deux numéros contenaient 0,21 sucre de lait.

Cette découverte a un autre mérite à mes yeux ; elle apporte à la physiologie et à la pathologie générales une notion scientifique sur la spécificité des organes et sur les idiosyncrasies de nourrice. Elle montre que les produits de sécrétion d'un organe glandulaire anatomiquement semblable varient selon l'espèce et le but à remplir, sans dépendre delà texture d'une façon absolue. De plus, d'après la composition variable du produit, elle indique des idiosyncrasies de nourrice qui font comprendre les diflerences d'assimilation du lait provenant de différentes nourrices.

Les conséquences pratiques de la découverte de Béchamp sur la zymase du lait de femme sacchariflaut l'amidon, c'est-à-dire la fécule et les féculents, ne tarderont pas à se faire sentir dans la pratique de l'allaitement.

En premier lieu, il est bien évident qu'il ne faut plus songer à remplacer le lait de femme par du lait de chienne comme Ta fait Parrot ; par du lait d'ànesse, selon Tarnier,

OU par du lait de vache coupé d*eau. Tous ces laits et tous ces mélanges resteront très éloignés du lait de femme; de là un argument considérable contre Tallaitement artificiel au verre et au biberon, quelque soit le lait employé. Ce sera, au contraire, une forte raison pour encourager Tallai* tement maternel ou par les nourrices, et le médecin sera bien plus fort que par le passé lorsqu'il voudra démontrer les avantages du lait de femme.

En second lieu, on trouve dans les propriétés saccharifiantes de la fécule par le lait de femme, l'explication d'une pratique ancienne de l'alimentation des jeunes enfants. En général etlorsque, à 4 ou 5 mois, on commence à faire manger de la bouillie de froment, de la farine lactée, de la farine de gruau d'avoine de Morton, des biscottes, des panades passées, après ce potage, les nourrices donnent un peu à teter. Cela semblait une superQuité ou môme une chose dangereuse. Il n'en est rien.

Au contraire, par le fait même de nos connaissances, et d'après mes expériences, une tetée de 50 grammes donnerait assez de zymase pour faire 40 centigrammes de glucose. Cette action saccharifiante, qui vient s'ajouter à Taclion saccharifiante de la salive et du fluide pancréatique, montre qu'il y a chez l'enfant à la mamelle trois produits de sécrétion au moins capables de transformer l'amidon en glucose de façon à faciliter son absorption.

Tels sont les faits nouveaux de l'alimentation des jeunes enfants qui résultent do la découverte de la zymase du lait de femme. Us peuvent se résumer comme il suit :

1^ Le lait de femme renferme un ferment de nature à saccharitier l'amidon cru ou cuit;

2® La spécificité du lait de femme, due à la présence de la zymase, le rend préférable à tout autre ;

3" On ne peut songer à trouver l'équivalent du lait de femme dans le lait de vache, de chienne ou d'ânesse ;

4"* Le lait des animaux domestiques, pur ou mélangé, peut être pris à défaut de lait de femme, mais il ne le vaut pas;

ô"* On doit autant que possible nourrir les enfants au

sein, de préférence à tous les procédés d'allaitement et de nourriture artiOcielle ;

6^ Lorsque les enfants sont arrivés à Tâge de prendre des potages féculents, le lait de femme peut encore être utile pour aider à la transformation de Tamidon en sucre.

47. — Névroses avec vertiges, folie, délire, paralysie, convulsions épileptiformes, produites par les maladies ' de Toreille interne, chez les enfants.

Dans le numéro du Paris-Médical du 21 juillet 1883, se trouve une observation de vertiges et de nausées produits par une otite aiguë suivie d'abcès et de perforation du tympan. C'est ce que j'ai appelé une maladie aiguë de Ménière, pour honorer la mémoire de celui qui, le premier, a fait connaître les troubles nerveux produits parles Maladies chroniques de l'oreille interne.

Je vais compléter cette étude par l'exposition des faits analogues que j'ai observés chez des enfants affectés à! otite chroniqt4e.

On sait à présent que les maladies de l'oreille, moyenne et interne, ont sur le cerveau un double retentissement. L*un, qui est direct, résulte de l'altération des os du rocher et d'une propagation à la dure-mère et à l'encéphale, connue sous le nom de pachy-méningite. L'autre, qui est réflexe, résulte de l'irritation encéphalique fonctionnelle, transmise parla maladie du rocher et, dans ce cas, il n*y a paà de lésion de la substance nerveuse crânienne, ni des méninges. — Les autopsies de Ménière, de Saissy, de Viricel et de Triquet ont montré que, dans ces cas de vertige auriculaire apoplectique^ suivi de mort, le cerveau, le cervelet et la moelle n'offraient pas do lésion appréciable, tandis que les canaux demi-circulaires étaient seuls altérés. Leur membrane nerveuse interne était épaissie et leur intérieur obstrué par une matière rougeàtre, épaissie, compacte.

Burggraeve, Hillairet, et un assez grand nombre d'autres

Diédecins ont vu des faits semblables, qui, pour n'avoir pas eu la sanction de l'autopsie, n'en sont pas moins dignes d'attention. — On y remarguo une otorrhée chronique en rapport avec des vertiges, des mouvements de propulsion en avant ou sur le côté. — J'ai vu des faits semblables cnez reniant et chez l'adulte. Le dernier a été observé par moi sur un jeune homme de trente ans environ placé à la tête de radiiiinistration d'un de nos départements et qui avait un écoulement de Toreille gauche avec surdité, le tout datant de deux ans. — Depuis six mois, il avait à chaque instant des vertiges subits avec perte de connaissance, chute sur le sol, asritation convulsive des membres et tout cela se calmait au bout de quelques minutes, lui laissant un peu de fatigue dans Torganisme. On le croyait épileptique. C'était un vertige apoplectique dû à une lésion de Toreille En effet, après un séjour de quelques semaines aux eaux de la Bourboule, un traitement arsenical à domicile et Tu* sage du bromure de potassium, Técoulement de Toreilld cessa et les crises nerveuses disparurent.

A ces formes d'accidents nerveux de vertige lahyrinthique et ré/7ca7es produits pai* Totite interne, il convient désormais d'eu ajouter une autre plus rare mais non moins curieuse. — Dans cette forme, le trouble fonctionnel porterait non plus sur la faculté d'équilibre des mouvements des membres, ni sur la sensibilité générale, mais sur Tintelligecce qui serait, par crises violentes, momentanément et proiondément troublée. — Ce serait la folie lahyrinthique.

Je ne sais si beaucoup de cas de ce genre ont été publiés, mais il y en a un dans la Gazette trufdicale de 1877 (1). L'on sait que les animaux qui ont une mouche dans Toreille tombent dans un état d'agitation et de fureur qui ressemble à la folie. — Tous ces faits sont très curieux à rappeler, et, connue ceux que j'ai observés m'ont paru très intéressants, je vais les raconter ne serait-ce que pour eu multiplier le nombre.

(1) Manie consécutive à un abcès. <- Guérison par Fouterture d$ Vabcès, (Gaz. méd., 1S77, p. 357.)

Obs. I. — Déliré et folie par lésion de Voreille. — Une Anglaise, femme d^un officier de marine de TÂngleterre, m'amène au mois de juillet 1877 son enfant D... âgé de 6 ans. Ce garçon a eu la rougeole il y a trois ans, el une bronchite chronique il y a un an, pour laquelle on Ta envoyé à Nice. Là, il a eu la scarlatine, et, après guérison et desquamation complète de la peau, il a eu une olorrhée à gauche qui dure depuis trois mois.

Depuis cette otorrhée, il entend mal de cette oreille, il souffre quelquefois de la tête et il a des crises nerveuses, fréquentes, tous les jours ou plusieurs fois par jour et même la nuit. Il n*a pas de veitiges, ni de perte de connaissance, ni de vomissements de propulsion.

Il semble égaré, furieux, se précipite sur sa mère pour la frapper des pieds et des poings ou avec ce qui lui tombe sous la main. Il vocifière bruyamment contre elle et demande un couteau pour la tuer. — Il casse tout autour de lui, puis cela se calme, il pleure, embrasse celle qu'il voulait tuer et la crise recommence bientôt avec les mêmes caractères.

Le bruit de la scène est si vif, qu*à Thôtel de Normandie, à Paris, où sa môre était descendue en revenant de Nice, le propriétaire Va priée de chercher un logement ailleurs.

Je Tai envoyé chez le D^ Thermes, avenue MalakolT, où il est resté pendant quelques jours, faisant là les mômes scènes de violence que dans Thôtel de la rue Saint-Honoré.

Je résulus de lui faire des injections de chlorhydrate de morphine à doses croissantes — et je commençai par un quart de centigramme. — J*en fis une deux jours a[)rès,puis une troisième. Ces injections produisirent une grande amélioration, puis la maman repartit pour l'Angleterre et je n'en ai plus entendu parler.

Au môme moment, un de mes anciens élèves et amis, le docteur Laisné, qui était chez moi lorsque Tenfant y vint et à qui je disais ce que je venais d'observer, mo raconte un fait identique dont il a bien voulu m'écrire la relation.

Obs. II. — Délire et folie par otite moyenne et olorrhée. — Il y a eu deux ans passés au mois de novembre, je fus mandé auprès d*an enfant de six ans, que les parents étaient fort alarmés d'avoir vu cinq ou six fois de suite pris d'accès subits de délire présentant des caractères de folie : perte complète de mémoire, délire aigu, frappant, battant ses parents qu'il ne reconnaissait plus,

criant, battant et brisant des meubles dans rappariement, 8*adressant aux murailles qu'il prenait pour des êtres Tirants.

L*accè3 était sans fièvre appréciable, durait quelques haoras et prenait dans la seconde partie de la nuit aussi bien qa*en jeur. — L'accès fini, Tenfant redevenait calme et récupérait toute sa connaissance, ne se plaignant que d*un peu de mal de tôle.

Je ne pouvais attribuer cet état à une méningite, ni à un état épileptique : Tenfant s'étant toujours très bien porté et n*ajant eu jusqu'alors aucun symptôme nerveux.

En questionnant les parents, j'appris que l'enfant avait été exposé à un des premiers froids vifs de la saison, et que, depuis trois mois, à la suite d'une fraîcheur prise dans les bois pendant une promenade, il avait un fort catarrhe de l'oreille droite, catarrhe qui avait été supprimé par la dernière exposition au froid.

Bien que le cas fût singulier et quelque peu complexe, une partie des symptômes pouvait s'expliquer par l'otite et la mjringîte consécutive : Tenfant présentait une acuité de l'audition fort emarquable, ce qui me conduisit à penser à la possibilité d'une exagération violente de l'impression transmise au nerf auditif; au reste, toute la région du cou était fort sensible, avec des pointes d'exacerbation (sous-maxillaire, temporal, sous-occi- |)ital].

Je crus me trouver en face d'une névralgie intense portant l'enfant au délire avec Tapparcil de la folie. — Dès lors, je n'hésitai pas à rassurer la famille et à faire au petit patient, soir et matin, une injection do morphine de 2 milligrammes chaque fois; un vésicatoire fut placé sur l'apophyse mastoîde et Ton fit des injections ômollientes dans le conduit auditif.

Trois jours après le traitement : calme complet, rétablissement de l'écoulement que je fais cesser peu à peu d*ane façon méthodique.

J'ai revu, dans le mois, l'enfant quatre à cinq fois, plus tard jo le vis se promenant dans le quartier.

L'hiver passé, je le perdis do vue et comme les parents m'avaient payé à chaque visite je n'ai même pu garder leur nom.

Je ne crois pas me tromper en considérant ces faits comme étant de nature à intéresser ceux de mes confrères qui s'occupent spécialement des maladies mentales et des maladies de l'oreille. Ils y trouveront un complément des ro-

cherches commencées sur les actions réflexes que le système nerveux auditif exerce sur les fonctions cérébro-spinales et la forme inusitée d'accès de délire aigu ajoute à leur intérêt.

Dans ces cas, le trouble est purement fonctionnel, puisqu'il peut cesi^er pendant des heures et des journées entières et qu'il est de nature à guérir.

Est-ce de l'ischémie cérébt'ale ou de la congestion encéphalique? D'après ce que j'^i vu, la pâleur du visage chez l'adulte dont j'ai parlé et chez le premier enfant dont il est ici question, me ferait croire à de l'ischémie cérébrale. Chez l'adulte, pas plus que chez l'enfant il n'y avait de phénomènes congestifs de la tète pendant le vertige syncopal ou pendant l'attaque de délire. Les accidents semblaient de nature anémique, mais il est impossible dédire s'ils étaient dus à un spasme des vaisseaux encéphaliques ou à un défaut de lacontractilité cardiaque. C'est une étude de détail à faire pour laquelle un supplément d'observation est indispensable.

Dans ces deux cas de délire aigu labyrinthique^ la médication employée a été les injections de chlorhydrate de morphine à faible dose chez le premier enfant et à haute dose chez le second. Dans le premier cas, il n'y a eu qu'amélioration, mais le traitement ayant été interrompu, on ne peut savoir ce qui en serait résulté. Dans le second, au contraire, une injection hypodermique de 2 milligrammes de morphine matin et soir a réussi à déterminer la guérison.

Voici maintenant : 1® un exemple do convulsions ; 2* un exemple de vertige avec céphalée et paralysie fugitive générale ; 3* un exemple de crise épileptiforme avec folie.

OtiU aiguè. — ConvuUions réflexes, — Une tille de 5 ans, à grosse tète, suite de rachitisme guéri, ayant eu des convulsions à TAge de 10 mois et jamais depuis cette époque, tomba malade le 25 février 1878; elle eut une otite aiguô avec fièvre, douleurs violentes à cher et empêchant le sommeil. Cette otitt) était la suite d*une amygdalite. Il n*y eut pas de perforation du tympan

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ni d'écoulement. Le 28, trois eonouUions violentes de dix minutas a^ec perte de connaissance et insensibilité suivies de mouvements convulsifs de tous les membres, puis accablement et sommeil de une heure et demie, fièvre très vive, pouls fréquent régulier. M">« Broodb .., sa tutrice, me fit appeler. On craignait une méningite. Il n*en fut rien.

Bromure de potassium, 2 grammes.

L'enfant n'eut pas d'autres convulsions, son oreille coula nn peu pendant deux heures, et le tout guérit en quelques jours.

J'ai revu et je revois à chaque instant cette petite fille qui n'a rien conservé de ces accidents convulsifs.

Dans ce cas, on avait cru k une méningite. La marche des accidents prouve bien qu'il n'existait rien de pareil. A la suite d'une amygdalite aiguë, l'enfant a eu, comme cela est très or* dinaire, une otite aiguë semblable à toutes les otites aiguës de l'enfance. Mais, sous l'influence de la douleur prolongée, de vio-< lentes convulsions, suivies de somnolence, se sont produites. Elles étaient accompagnées de beaucoup de Ûôvre, et le pouls était très fréquent et régulier. Ce fut assez pour me permettre d'éloigner l'idée de méningite et d'établir le diagnostic d*otîte aiguë avec convulsions réflexes.

Les événements ont justifié cette prévision.

Vertige auriculaire réflexe chez un enfant. — Parisie générale nbite avec chute sur le sol. — Voici un autre fait où il ne s'agit que de céphalalgie, de vertiges avec chute sur le sol sans perte de connaissance par suite d'une parésie subite de tout le système musculaire. Ici, la maladie était chronique et le sujet avait 13 ans. Ce sont déjà des accidents qui se rapprochent un peu de ceux qu'on observe chez l'adulte.

X..., garçon de 13 ans* pâle, petit, maigre, a des dents d'homme superposées et mal rangées dans une mâchoire qui a les dimensions de celle d'un enfant.

Depuis trois ans, il a un double écoulement d'oreille intermittent cl est toujours malade. Il a parfois do la surdité, puis de fréquentes céphalalgies opiniâtres, parfois des vertiges et des chutes sur le sol sans perte de connaissance. Cela revient ainsi plusieurs fois par mois.

Le fond de la gorge est rouge et les amygdales grosses enchatonnées.

Il a en môme temps une polydipsie et une poljarie très prt* noncées.

— 488 -^ Gel enfant, que j'ai vu le 2 juin 1877 à ma consultation pendant un quart d'heure, n*y est revenu qu'une fois. Je lui avais prescrit: des injections auriculaires de glycérine et de lait; du sulfate de quinine, 50 centigrammes par jour, le matin à jeun, et de bromure de potassium, 3 grammes en vingt-quatre heures.

A CCS faits je veux en joindre un assez curieux tiré de la presse étrangère, relatif à un enfant de 13 ans qui avait de violentes douleurs dans un côté de la tête et dont la cause avait passé inaperçue.

Hémicrânù terrible sous Cinfluence (Tun corps étranger de l'oreille ûyant séjounU neuf ans. — Un enfant de 13 ans souffrait de violentes douleurs de tête d'un seul côté, sans que rien ait pu le guérir. Le D' Heidenrick de Saint-Pétersbourg), trouvant un corps étranger dans le conduit auditif externe qui y séjournait depuis neuf ans, pensa que ce devait être la cause du mal. Il en Gt Top^ration. C'était une graine de tournesol, et la guérison suivit de près Topération.

Voici l'autre cas tiré de mon service et qui est relatif à une manie aiguë.

Otite. — Accidents nerveux épilepti formes. — Sulfate de quinine. — Guérison. — La nommée R...,âgée de 10 ans, entrée le 14 no* vembre 1877 à Thépital des Enfants- Malades, service de M. Bouchut, salle Sainte-Catherine, lit n» 1, est malade depuis trois mois. Elle est atteinte de très fortes douleurs de Toreille droite, accompagnées d*un écoutement purulent. Au dire des parents, cette enfanta été prise depuis la môme époque d accidents nerveux qui, rares d*abord,se sont multipliés d'une façon effrayante depuis quelques jours. Dans ces crises (toujours d'après les parents), la malade devient pâle, les yeux restent ouverts. Elle 8*agite et crie, mais il n*y a pas de perte de connaissance. Pas d'incontinence de Turine ou des matières fécales. Bon appétit, pas de fièvre. Pas de maladies antérieures. L'écoulement d'oreille a disparu.

Dès le lendemain de son arrivée, l'enfanta été prise d'une crise violente qui a duré plus de vingt minutes. Pendant tout ce temps, d'après la religieu:)e du service, elle a poussé de véritables hurlements, comme un chien, cherchant à mordre et à déchirer tout ce qui Fentourait. Il a fallu plusieurs personnes pour la contenir.

Bromure de potassium, 3 grammes par jour.

20 novembre. — Après 8*être bien portée depuis cinq jours, Tenf^^nt a été prise d'un nouvel accès, mais incomplet celle fois. La malade s*est tout à coup enfoncée dans son lit, la tète dans son oreiller, poussant quelques plaintes de temps à autre. Lorsqu'on lui parlait, elle s'agitait avec une sorte de fureur, repouasait violemment son interlocuteur, disant qu*on r^nmiynit, qu'elle ik'iiait pas maUide^ et qu'elle avait envie de dormir. Elle s'est endormie bientôt, en effet, pour se réveiller bien portante au bout de quelques heures. Elle ne se rappelle pas ce qui 8*est passé.

Hydrate de chloral, 3 grammes par jour en une seule fois dans 80 grammes d'eau sucrée.

24 novembre. — L'enfant a été prise d'une crise terrible, semblable à la première, mais d*une durée ayant dépassé une heure. Elle a été très difficile à maintenir. Elle était, dit la religieuse, comme une enragée, voulant mordre, criant, se débattant avec une violence inouïe. A la suite de cet accès, sa raison est restée troublée pendant quelques heures. Elle prononçait des paroles incohérentes, riant et criantsans motif et en proie à un véritable accès de folie.

Hydrate de chloral, 3 grammes en une fois.

25 novembre. — Nouvelle crise, à laquelle nous avons assisté. L'enfant pousse des rugissements. Elle projette violemment ses bras à droite et à gauche. Elle bondit, cherche à mordre, et déchire ses draps. Son corps se convulsé alternativement en avant, en arrière, ou latéralement. La sensibilité est intacte et les papilles égales. Il est si difficile de la maintenir à quatre personnes, qui la meurtrissent et lui prennent les cheveux pour empêcher sa tête de frapper sur les fers du lit, que j'ordonne à l'instant de l'endormir par le chloroforme. Une compresse chloroformée placée sous le nez arrête l'accès en une minute. Au bout d*un quart d'heure, la malade se réveille. Elle est calme et, bien qu'on peu étourdie, elle répond très bien aux questions qu'on lui pose. En dehors dos attaques, la santé est bonne, l'appétit excellent et les digestions régulières.

6 décembre, — Les accès se renouvellent de deux à trob fois par semaine. Ils ont toujours le même caractère et on s'en rend toujours facilement maître avec le chloroforme.

10 d'cembre. — Sulfate de quinine, 1 gramme tous les jours.

28 décembre, — Ce que n'ont pu faire le bromure de potassium et le chloral a été fait par le sulfate de quinine à la dose de 1 gr. par jour. Elle en prit 18 grammes en tout. A partir de ce mo-

ment, les crises ont diminué, et aujour(l*hui Tenfant n^a plus d'accès, ni la moindre menace d'accès. Elle se lève, se promène, mange, boit et joue comme les autres. Elle parait absolument guérie. Depuis deux jours, Técoulement de Toreille a reparu.

J'attends quelques semaines pour voir si la guérison se maintient, et, comme il ne se produit plus de crises, Tenfant est autorisée à sortir de rhèpital.

Exeat le 10 février 1878. Guérison.

Cette observation est une des plus curieuses et des plus rares quli soit donné au médecin d'observer chez une enfant.

Le point de départ des accidents est une otite chronique de l'oreille droite accompagnée d'otorrhée sanieuse purulente.

Cette otite semble remonter à trois mois, mais la date n'est pas bien précise. Toutefois c'est depuis trois mois qu*existe la névrose réflexe auriculaire qui a surtout attiré l'attention des parents.

Quel nom donner à cette névrose? Cela est difficile, car elle ne ressemble à aucun type déterminé. C'est un mélange d'accidents nerveux formant im cas individuel au milieu des innombrables types connus de névrose.

En effet, après des douleurs d'oreille qui ont cessé aujourd'hui, Tenfant est prise d'un trouble des facultés intellectuelles, sensoriales et molrices, qui dure une heure et davantage. Ce n'est ni de Tépilepsie, car il n'y a pas de perte de connaissance, et ce ne sont pas de véritables convulsions, car l'enfant saute et remue en hurlant. Cela ressemble non à de l'hystérie, mais à une véritable attaque de fureur maniaque. Elle s'agitait, et. en proie à un trouble mental très prononcé, elle poussait des cris qui n'avaient rien d'humain, elle voulait mordre à droite et à gauche sans avoir conscience de ce qu'elle faisait, et elle semblait insensible aux meurtrissures produites par ses mouvements désordonnés.

iDans ces fai»s comme dans les antres que j'ai observés à l'hôpital ou en ville, on voit que chtz les enfants, comme chez les adultes, Ips maladies de l'oreille et les corps étrangers peuvent produire, en dehors des inflammations du

cerveau et des méninges, des névrose* réflexes de forme variée.

Ce sont des vertiges avec titubation on résolution paralytique passagère des membres, de la céphaialgie opiniâtre, des convulsions, et enfin des attaques de manie aiguë.

Comme on peut être certain que ces accidents ne dépendent pas d'une inflammation des méninges ou du cerveau, puisqu'ils sont intermittents et qu'ils disparaissent pour laisser plusieurs jours d'intervalle dans lesquels la santé est parfaite, il faut admettre que ce sont des névroses réflexes dues à Tirritation des filets du nerf auditif. Mais comment une irritation périphérique des nerfs agit-elle sur le cerveau? Là est la difficulté d'interprétation. Cette irritation eutretienl-elle un état d*hypcrhémie ou d'ischémie capable de troubler les fonctions seusoriales, motrices et intellectuelles? Il est évident que c'est l'un ou l'autre. Lequel ? Dans ma pensée, je verrais plutôt dans ces cas des exemples de nr'vrose réflexe congestive que des cas de né» vrose tsch^mïgue.

L'état du fond de l'œil, constaté avec Tophlbalmoscope, me le fait croire. En eff'et, on n'y trouve jamai? d'ischémie, et ce qu'on y rencontre, c'est l'état nornial ou uu état congés tif très prononcé de la papille et des veines de la rétine.

Or, comme dans les maladies du système nerveux le fond de l'œil est le miroir du cerveau et rei-résento les troubles de circulation qui s'y trouvent, on peut conclure de l'hyperhémie rétino-choroïdienue à l'hyperhémie cérébrale. C'est ce qu'on observe dans toutes les violi*ntes céphalalgies delà seconde enfance dues à Taction réflexe de la seconde dentition.

Ici, ce que j'ai vu à difl'érentes reprises me permet de tirer la même conclusion, et je pense que l'irritation périphérique des filets du nerf auditif peut, dans certains cas d'otorrhée ou de maladie de Toreille interne, produire des névroses réflexes congestives^ telles qne le vertige, les convulsions, la céphalalgie et la folie observées dans ces circonstances.

Traitement, — Maintenant, quelles sont los indications thérapeutiques inspirées par cet état morbide?

Première indication, — Il faui extraire les corps étrangers, s41 y en a, enlever les amas de cérumen et les concrétions calcaires de cérumen endurci, tarir la supjiuration de Toreille moyenne.

L'extracuon des corps étrangers se fait par les moyens connus, très nombreux, que nous avons exposés dans notre Dictionnaire de thérapeutique médicale et chirurgicale publié avec Desprès, et qu'il serait trop long d'énumérer ici. Je ne vais parler que des moyens médicaux.

Si cela est possible, il faut faire le cathétérisme de la trompe d'Eustache et rétablir la communication interrompue. En cas de perforation de membrane du tympan, cela permet de chasser le muco-pus do Toreille moyenne.

Il faut ensuite faire le curage de Toreille externe avec la curette ou avec des injections tièdes poussées sans violence.

Ces injections seront faites avec :

Lait tiède, un demi- verre.

Glycérine anglaise, une cuillerée à café.

Ou bien avec des injections anti-putrides de :

EaLM ordinaire I litre.

Acide thymique 10 gouttes.

Ou bien avec de l'eau phéniquée au millième, du salicylate de soude 10 grammes par litre, ou enûn avec du salicol dans de l'eau au vingtième.

Je préfère ces solutions aux injections do guimauve et de graine de lin.

Deuxième indication, — Combattre les accidents nerveux sous quelque forme qu'ils se présentent.

Pour arrêter les vertiges, la céphalée, les convulsions et la folie produite par les maladies de l'oreille, on emploie le bromure de potassium à 2 et 3 grammes par jour et davantage ; la teinture de gelsemium sempervirens à la dose de 5 et 20 gouttes matin et soir dans un quart de verre d'eau ; les injections sous-cutanées de chlorhydrate de morphine^ un

demi-centigramme à 1 cenligramme ;V hydrate de chlaral^ à la dose de 2 et 3 grammes, selon fâge des enfants, en une fois; le chloroforme en inspiration anesthésique comme je Tai fait avec succès sur Tune de mes malades ; enfin, d'après le conseil de Charcot, le sulfate de cm* nine à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme par jour. C'est le moyen qui m*a le mieux réussi. Dans plusieurs circonstances, la céphalalgie et les vertiges ont disparu sous son influence. Chez la malade qui a passé trois mois dans une salle et dont vous venez d*entendre ^obse^ vation, cest le seul qui ait donné de bous résultats. C'est à lui que nous devons la guérison de ce cas si grave et dans lequel la réussite était si douteuse.

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