De rexcrétion d'urée dans le croup, l*angine
Gouenneuse et le faux croup.
L'urée qui est le principe cristallisé de l'urine a été docouverte par Rouelle en 1T73; mais elle ne fut sérieusement étudiée que vingt ans plus tard par Vauquelin et Fourcroy.
Sa composition est représentée par la formule COAz'H* (Wurtz).
Il serait inutile de nous étendre davantage sur les propriétés physiques et chimiques de ce corps aujourd'hui fort bien connu, et qui offre cette remarquable particularité d'être la première substance organique que Ton ait réussi à reproduire par synthèse.
Qu'il nous suffise de dire que l'urée se trouve à Tétiil normal dans presque tous les liquides de l'économie animale; le sang, l'humeur de l'œil, la bile, le lait, la sérosité du vésicatoire, le liquide de l'ascite, le liquide amniotique, le chyle, la lymphe, etc., en contiennent des quantités très petites, il est vrai, mai, cependant appréciables. Lasueur et la salive en contiennent également, mais ce sont les reins qui sont chargés de l'importante fonction d'excréter la presque totalité de l'urée qui se trouve dans le sang. Ces faits sont aujourd'hui parfaitement établis; ces résultats connus, il ne restait plus qu'à rechercher l'origine de l'urée et les causes de sa production dans Téconoraie animale.
Déjà en 1799, Vauquelin avait exprimé cette opinion que l'excrétion de l'urée était liée à un fonctionnement plus ou moins régulier de la glande hépatique, mais les expériences ne vinrent pas confirmer cette assertion, et
d'ailleurs réininent chimiste n'avait pas songé à opérer sur la quantité des urines émises en vingt-quatre heures. (V. Brouardel, L'urée et le foie,)
Les savants en général, les médecins en particulier ne donnèrent aucune suite à cette idée que Ton avait presque abandonnée, lorsqu'il y peu de temps, M. Brouardel publia un mémoire que Ton peut ainsi résumer avec l'auteur :
« La quantité d'urée sécrétée et éliminée en vingt-quatre heures est sous la dépendance de deux influences principales :
« P L'état d'intégrité ou d'altération de cellules hépatiques ;
« 2*» L'activité plus ou moins grande de la circulation hépatique. »
Ces conclusions, appuyées sur de nombreuses expériences et Texamen suivi de malades atteints de maladies du foie, n'ont jusqu'à présent soulevé aucune objection sérieuse ; nous n'avons pas à les discuter ici. Nous nous bornerons à donner sur la présence de l'urée dans l'économie l'explication fournie par un maître des plus autorisés, M. Dumas. Les résidus de la combustion qui se fait continuellement dans les lissus de Torganisme sont le carbone, l'hydrogène et l'azote. Le premier se transforme en acide carbonique, le second eu eau et tout deux sontrejelés par les poumons pendant l'acte de la respiration. Quant au troisième, « la combinaison la phis simple qu'il pourrait former serait rammoniaque; ce corps ne pouvant exister à l'état de liberté dans l'économie, la nature à du le modifier; il lui a suffi pour cela de le mettre en rapport avec l'acide carbonique, et d'éliminer de celte combinaison les éléments de l'eau, pour le transformer eu urée. Ce principe étant inerte et soluble dans Teau peut passer sans le moindre danger dans le torrent de la circulation et être i*ecueilli et rejeté par les reins. Telle est l'origine de l'urée dans réconomie. On voit que c'est en quelque sorte un corps brûlé qui résuite de f oxydât ion de^ matières azotées de t^ économie.
Résumons o^ainteQant rapidement Vopinion de M. A, Qautier. (Dicttonnaire 4â chimie pure et appliquée de WuriM.)
a L'urée, dit-il, est le tenne ultime de ToxydatioD dee matières «kisotées dans r((M)Qomie. Elle ne se produit pas d'em))lée ^u^ dépens d§ ces substances; cellea-çi en s'oi^ydant paraisçeat ^ dédoubler en produits divers dont, les uns, ej^eo^pts d*azote, sout représenMis par 1^ matière glycogène.rinositeja cholestérine, etc., et dont les autres riches eu azote telle que Turée eU§^inémc^, l^ Gréatiiwe, la xanttûne, Tacide unique, etc., se trouvent dans les divers tissus où, peu à peu, et d'une manière plus ou moins complète, ils peuvent se transformer en urée en s'oxydant, s'hydratant et se dédoublant successivement : produit ultime de ces dédoublements et de ces oxydations, Vurée est emportée par la circulation et se reirouve dans le sang, comme l'ont démontré les premiers Prévost §t Dumas ; elle est sans cessçaiusi rejetée par les reins. »
T§lle est Topinion aujourd'hui généralement admise, et les 4i^!S§^ti^lents ue portent que sur le li^u Où s'accompUsseut ces flèdoublemeats.
0 Ont-ils pour siège ei^Qlusif un organe, dit M. Brouardçl, ou se fouMls 6u tous les points de Téconomie ? »
Reste à s^yoir quelle est, en dehors de Tétat de maladie, la quautité d'urée excrétée en vingt-quatre heures.
Uhle donne les chiffres suivants :
Par kilogramme da poids du corps.
Enfants de 3 à 6 ans • • . 1 gramme
deSàllans 0 gr. 8
Jeune homme de 13 à 16 ans 0 gr. 4 àOgr. 6
Adulte (moyenne) 0 gr. 5
Voici, d'autre part, les chiffres de Harley :
Urée sécrétée en TÎng^-quatre heares par kilogramme du poids du corps.
Garçon âgé de 18 mois 1 gr. 07
Fille âgée de 18 mois 0 gr. 94
Homme de 27 ans 0 gr. 67
Femme de 27 ans 0 gr 53
(A. Gautier. Loc. cit.)
On voit donc que, d'après cet auteur, il y aurait une prédominance de l'excrétion de l'urée dans le sexe masculin.
Passons sur ces détails qui sont encore l'objet de nombreuses contestations. Disons simplement que, d'après nos observations personelles qui ont porté sur des enfants de 2 à 8 ou 9 ans, la moyenne semble devoir être comprise entre 18 et 20 grammes par vingt-quatre heures. D'après M. Brouardel, elle est, chez l'adulte, denviron 24 grammes par jour.
Nous n'avons, on le voit, tenu aucun compte du poids du corps; de telles épreuves auraient demandé un temps beaucoup trop long, et sont absolument incompatibles avec la rapidité qu'exigent toutes les épreuves cliniques. Au reste, nous croyons être arrivé à un degré d exactitude sinon parfait, du moins assez considérable pour que les nombres que nous avons trouvés ne puissent pas être sérieusement contestés.
Il ne nous reste plus maintenant qu'à exposer la méthode que nous avons suivie pour le dosage de l'urée.
Nous avions à choisir entre plusieurs procédés, mais deux seulement pouvaient nous donner des résultats assez pi-ompts et assez exacts pour qu'il fiit possible de les utiliser au lit des malades, nous voulons parler des méthodes de M. Yvon, et de celle de Lecomte modifiée par Esbach. Nous avons adopté cette dernière avec une légère modification que nous indiquerons dans quelcjues instants.
On se sert en effet d'un tube fermé h Tune de ses extrémités et gradué en millimètres cubes, et d'une solution d'hypobromite de soude dont voici la formule :
Eau filtrée non bouillie 240 ce.
Lessive de soude pure 100 ce.
Brome (ajouter en dernier) ... 4 ce. (12 gr.)
(Brouardel. Uurée et le foie.)
Pour doser Turée contenue dans l'urine des adultes, on procède ainsi : on verse dans le tube 70 millimètres cubes de la solution d'hypobromite, puis une égale quantité d'eau distillée, jouant simplement le rôle de corps interposant, destiné a empêcher un trop l)rusque dégagement de gaz lorsqu*on versera Turine; puis on ajoute 1 centimètre cube d'urine. On bouche hermétiquement le tube avec le pouce, on l'agite, et, après l'avoir retourné, on TouvTe sous la cuve à eau. Le gaz dégagé, qui est l'azote fourni par la réaction de l'hypobromite, fait sortir une certaine quantité du liquide contenu dans le tube ; il suffit donc ensuite de reboucher sous Teau le tube à expérieace, de le retourner et de voir à quel niveau se trouve maintenant le liquide. La différence existant entre le niveau primitif, qui était 150 millimètres cubes, et le niveau X, donne le volume d'azote dégagé par 1 centimètre cube d'urine. Il suffit alors de se reporter aux tables dressées par M. Esbach pour savoir à quelle quantité d'urée contenue dans 1,000 centimètres cubes d'urine correspond le volume du gaz dégagé.
Pour l'urine des enfants nous avons été obligé d'apporter une légère modification à cette façon d'opérer. Cette urine est, en effet, si concentrée, que 7 centimètres cubes d'hypobromite de soude sont impuissants à dégager tout l'azote ; dans toutes nos expériences, nous avons donc employé seulement 1 millimètre cube cTurine, Par un calcul très simple (multiplier le chiffre obtenu par 10), il nous était ensuite facile de connaître la quantité d'urée excrétée.
Expliquons maintenant en peu de mots la façon dont on doit lire les quantités d'urine et d'urée que nous reproduisons dans ce travail.
Les urines ont été recueillies chaque jour avec le plus grand soin dans un bocal placé à la tête du lit de chaque malade (1). Les quantités sont évaluées en centimètres cubes. Le chiffre d*urée exprimé doit toujours être rapporté à 1,000 centimètres cubes, de sorte que, lorsqu'on lit par exemple :
Date. — Urine des 24 heures : 300; urée : 54,1,
il faut comprendre qu'en vingt-quatre heures l'enfant a émis 300 centimètres cubes d'urine et environ 17 grammes d'urée.
Cette explication donnée, il ne nous reste plus qu'à reproduire ici toutes les observations que nous avons recueillies. Il nous sera facile ensuite, lorsque le lecteur luimôme aura déjà basé son opinion sur les faits que nous lui présentons, do poser des conclusions.