MALADIES DES ENFANTS
Aménorrhée ; hystéricisme ; toux nerveuse ;
traitement.
I. — La puberté chez la jeune fille est Forigine d'accidents nombreux et variés que vous rencontrerez plus en ville qu'à l'hôpital. Le cas qui se présente ici n'en a que plus d'intérêt pour vous, et je vais Têtudier avec vous pour vous familiariser avec votre pratique future.
Il s'agit d'une jeune fille qui, après avoir été réglée pendant deux ans, a de raménorrhée pendant quatre mois, et qui tousse do façon à faire supposer qu'elle a une maladie de poitrine.
Est-ce une phlhisie qui commence ou bien n'est-ce qu'une toux nerveuse pouvant faire commettre une erreur de diagnostic? Voilà le problème clinique à résoudre. C'est ce que je vais faire, et je terminerai en vous indiquant le traitement de la toux nerveuse, aménorrhée^ toux nerveuse d hystéricisme,
X... Buisson, âgée de 16 ans, entrée le 10 avril 1870 au u« <K) de la salie Sainte-Catherine, a perdu ses père et mère de la poitrine, et est fort délicate sans avoir lait de maladies graves.
Elle a été réglée à 14 ans pendant dix-huit mois fort ré-
IIALADIES DES ENPA.NTS. 1
gulièrement, mais depuis quatre mois les règles ont disparu.
Depuis lors elle tousse sans avoir d'expectoration, de point de côté ni de fièvre. Elle mange assez bien, digère convenablement et n'a pas maigri. Le ventre n'est pas douloureux même à Thypogastre ni aux régions ovariennes.
Elle n'a pas de pertes de connaissance, ni de crises nerveuses, ni d'anesthésie cutanée, sauf des névralgies frontales et passagères, et quelquefois de la névralgie intercostale.
La percussion et Tauscultation ne révèlent rien dans les poumons ni dans le cœur. La toux sèche, presque continuelle et incessante le jour, n'existe pas la nuit, a lieu sans expectoration, et il n'y a pas de fièvre.
Tel est l'état de cette malade. En raison do ses antécédents on pourrait craindre que la toux de cette jeune lîUe ne révéldt l'invasion d'une tuberculose des poumons, mais la poitrine résonne bien. A l'oreille, sous les clavicules et partout ailleurs, la respiration est moelleuse, ample, sans bruit anormal. Il n'y a là ni congestion pulmonaire prémonitoire, ni pneumonie chronique, ni tubercuJose, de sorte que cette toux sèche répétée ne me paraît pas être autre chose qu'une toux nerveuse causée par le prurit du larynx.
Pourquoi cette toux nerveuse? La jeune fille n'a jamais eu d'attaques d'hystérie; elle est un peu anémique, et comme autre manifestation nerveuse elle n'a que des névralgies. Donc ce n'est pas de l'hystérie, mais cela s'en rapproche, c'est de Vhystericisme.
Il est probable en effet que cette toux dépend d'une action réflexe exercée sur le pneumogastrique par le travail menstruel utéro-ovarien qui ne s'accomplit pas. C'est un phôno * mène semblable aux toux d'aboiement dont on a tant d'exemples chez les jeunes filles.
D'après cette analyse clinique le traitement à employer repose sur des indications toutes spéciales qui dilïérent de ce qu'elles seraient si celle toux avait une origine organique.
!'• indication. Rappeler les règles. — J'ai prescrit ici l'mfusion de safran 5 centigrammes dans une potion. On pourrait donner également le vin de safran 60 grammes par jour, ou bien des pilules de safran, de rue, de sabine ou d'armoise. En voici les formules :
^ Poudre de safran 2 granunes.
Poudre de Sabine 1 —
Extrait de rue 2 —
Pour 50 pilules argentées, 4 par jour — ou bien :
^ Poudre de safran 2 grammes.
Poudre de rue 1 —
Extrait d'armoise 2 —
Pour 50 pilules argentées, 4 par jour - on bien : Des capsules d'apiol 2à5par jour, pendant buit jours avant Tépoque des règles.
Chaque jour enfin on donnera un demi-bain en baignoire avec de Peau à 40 degrés, l'enfant assise sur une petite chaise, n'ayant d'eau que jusqu'au ventre.
2« indication. Calmer la toux, — Il faut donner du sulfate de quinine^ du sirop diacode 15 à 30 grammes par jour, du sirop de codéine à la même dose, et même le sirop suivant :
^ Sirop de codéine 130 grammes.
Hydrate do chloral 3 —
Une cuillerée à dessert ou à soupe matin et soir, selon l'âge — ou bien :
^ Sirop de belladone 60 grammes.
Sirop diacode 40 —
Hydrate de chloral 3 —
Une cuillerée à dessert ou à soupe malin et soir, selon l'âge des malades.
Dans ces cas une injection hypodermique de morphine de 1 centigramme réussit très-bien.
.3*^ indication» Remédier à V anémie. — Chez cette enfant il faut donner comme boisson habituelle de la macération de quinquina 3 verres par jour, du vin de quinquina^ du vin de Bagnols ou du grog, des eaux minérales ferrugineuses variées, du sirop darséniate de soude ou des granules d'ar-
séniate de soude à 1 milligramme, 10 par jour; enfin uu traitement hydrolhérapique bien dirigé. Alors il faut faire prendre des douches cii^ pluie tous les jours avec un jet sur les pieds, et on doit s'arranger de façon que la séance soit de très-peu de durée. Les donclies les plus courtes sont les meilleures.
Thérapeutique de la glossite aiguë suffocante
chez les enfants.
2. — Il y a deux ans je fus appelé par le D' W. Regnault, de regrettable mémoire, et qui a succombé depuis par le croup contracté dans l'exercice de sa profession. C'était chex une enfant de la rue de la Ferme*des-Mathurins qui était malade depuis huit joui*s, et qui suffoquait par suite d'un gonflement excessif de la langue.
Cette enfant, <1gée de H ans, était malade depuis huit jours. A la suite d'un refroidissement elle avait été prise d'angine inflammaluirc sans exsudât. Le gonflement des amygdales et du pharynx avait gagné la langue, qui avait quadruplé de volume, qui remplissait toute la bouche et qui sortait de '^ centimètres entre les arcades dentaires écartées. Cet organe éUiii violacé à la pointe, couvert d'un exsudât épithélial blanchâtre, et était ulcéré par l'empreinte des dents. Toute la région sous-maxillaire était tuméfiée. La respiration était sifflante, pénible, ot l'enfant, qui ne pouvait ni parler ni avaler, avait une cyanose du visage annonçant un peu d'asphyxie.
Nous redoutâmes la suffocation définitive et la nécessité de la trachéotomie, mais avec des douches d'eau de Vichy et de lait sur la langue au moyen d'un irrigateur la résolution s'opéra et l'enfant guérit.
Cette année j'ai observé un cas du môme genre avec mon savant ami, le D** Dubrisay.
Une petite fille de 0 ans fut prise après déjeuner de frissons avec mal de gorge. Le soir elle n'avait qu'un gon-
flement des amygdales avec infiltration séreuse de la luette. La nuit la langue se tuméfia, et au bout de douze heures elle avait double de volume, sortait de la bouche entre les arcades dentaires et commençait à être étranglée. L'enfant ne pouvait parler, avalait à peine et respirait très-difficile* ment. Le soir, c'est-à-dire au bout de vingt-quatre heures, Tangoisse était excessive et la suffocation était imminente. Toute la région sous-maxillaire et laryngée était le siège d'un gonflement considérable et douloureux.
J'avais commencé par des collutoires au borax et par une potion au chlorate de potasse, mais il me sembla que la maladie augmentait très-vite. Jechangeai.Toutes lesheures, je fis appliquer deuœ sangsues aux genoux, et avec un irrigateur je fis faire continuellement jour et nuit des douches (feau de guimauve et de lait dans la bouche.
Des toiles cataplasmes d'invention récente furent appliquées en permanence. Des bains de bouche dans un verre rempli d'eau de guimauve et de lait furent donnés.
Au bout du troisième jour la langue commença à se dégonfler, et elle reprit très- vite son volume normal. L'enfant était sauvée.
Ces faits sont très-rares et fort embarrassants pour le médecin.
Comme thérapeutique on peut prescrire le borate de soude, 2 à 4 grammes, et le chlorate de potasse, même dose dans une potion, les collutoires borates, les gargarismcs d'eau de Vichy; mais si la maladie augmente et menace d'asphyxier le malade par tuméfaction de la langue ou par œdème de la glotte, il y a autre chose à faire.
Des sangsues au cou chez les enfants sont bien dangereuses, car il est souvent difficile d'en arrêter l'écoulement. Cependant si l'émission sanguine doit modérer les phéno« mènes inflammatoires, il faut, comme jel'aifait, les appliquer au genou.
Si la lan;2ue est trop tuméfiée et s'étrangle, devra-ton la débrider, la dégorger par|des incisions latérales? Je ne le conseille pas. Ce serait trop de chances pour avoir une hémorrhagie incoercible. Le remède serait pire que le mal.
La saignée de la ranine serait seule rationnelle, mais elle est impraticable, et il faut renoncer au traitement chirurgical de la glossite.
Ce qu'il y a de mieux à faire, je pense, puisque cela m'a réussi deux fois, ce sont les bains de lèvres et de bouche avec des irrigations répétées au moyen d'un mélange à parties égales d'eau de Vichy ou de lait, ou de lait et d'eau de guimauve.
Si malgré ces topiques alcalins ou émoUients la glossite ne cède pas, amène la suffocation et un commencement d'anesthésie, signe d'asphyxie et de mort prochaine, il faut pratiquer la trachéotomie. Sur ce dernier point il n'y a pas à hésiter.
Hoquet guéri par impression morale.
3.— Eugénie C..., âgée de 12 ans, entrée le !•' mai 1879 au n*" 58 de la salle Sainte-Catherine, service de M. Bouchut, sortie le 8 mai guérie.
Le mardi 27 avril 1879 cette petite fille, très-bien portante, était à l'école lorsqu'au milieu d'un orage la foudre tomba sur la maison voisine, et fit au milieu d'une lumière étincelante un fracas énorme dû à la chute d'une cheminée et de plusieurs carreaux de vitrage.
L'enfant eut si peur que sans perdre connaissance elle se mit à suffoquer, et au bout de quelques instants ce spasme du diaphragme dégénéra eu hoquet continuel, bruyant et très-fatigant.
Ce hoquet dura trois jours, sauf la nuit, et la mère présenta sa fille à rhôpital et Ty laissa, malgré les larmes et la frayeur de l'enfant, qui résistait autant que possible et qui craignait qu'on ne lui fit du mal.
A son arrivée le hoquet était en pleine force et continua au bureau dlnscription jusque dans la salle Saintc-Catherine. Mais là en notre présence, à la vue des élèves en
tabliers blancs, le hoquet cessa complètement et ne revint plus. L'enfant était guérie.
Dans mon Traité de pathologie générale^ au chapitre de V Influence des impressions murales pour la production et la guérison des malades, y Sii rappelé un grand nombre de faits analo^es à celui qu'on vient de lire. C'est ce que quelques personnes appellent des miracles. Les anciens temples grecs, le tombeau de Mahomet, les lieux sacrés ou profanes de pèlerinage, le tombeauîdu diacre Pdris, le chêne de Buzancy, le baquet de Mesmer, etc., ont été les témoins de ce genre de guérison des maladies nerveuses.
Le livre que j'ai cité en renferme un bel exemple observé à THôtel-Dieu.
J'étais alors chef de clinique, il y a plus de trente ans: On m'amena une jeune fille de 15 ans, muette et paralysée des quatre membres. La frayeur causée chez elle par une tentative de viol avait été la cause subite et immédiate de cet accident. Pendant quelques mois, médecins de la localité, médecins du canton, médecins du chef-lieu, relK)uteurs, empiriques, tout le monde y avait passé, et l'état était resté le même. Ce fut alors qu'on pensa ne trouver de guérison qu'à Paris, à l'Hôtel-Dieu et auprès de ses grands médecins. La chose était impossible, vu la dislance et la dépense. Elle n'en était que plus désirée. Les dames du pays •intéressées à ce malheur firent une collecte, et rassemblèrent avec peine la somme nécessaire. On partit. Le père accompagnait sa fille. Ils arrivèrent à l'Hôtel-Dieu au moment de ma visite du soir. Je constatai la paralysie et le mutisme, et déclarai qu'il n'y avait pas grand'chose à faire. Mais le lendemain matin, à mon arrivée, la religieuse me dit que l'enfant avait essayé de remuer ses jambes. Je n'y fis pas plus d'attention, croyant avoir apprécié convenablement le fait. A peine étais-je parti que l'enfant se mit à parler et put sortir de son lit. Elle avait recouvré la parole et le mouvement. Sa foi en l'Hôtel-Dieu l'avait sauvée. Elle partit guérie.
Dans ces deux faits, qui ont tant d'analogie, le médecin doit trouver une raison d'éviter le septicisme railleur de
ceux qui, n'ayant que peu d'expérience, contestent ce qui leur semble imposssible, et affectent ainsi une supériorité de jugement qui ne leur va guère. Il y verra la preuve de l'action exercée par le moral sur le physique, et comme corollaire la démonstration du fait de Tinfluence des impressions morales sur la production et sur la guérison des maladies.
Tabercales cérébraux. — Hallucinations. — Diagnostic de la méningite et des tubercules du cerveau par rophthalmoscope ; tubercules de la choroïde.
4. — Il y a huit jours nous étions réunis autour du lit d'une enfant, couchée au n<» 41 do la salle Sainte-Catherine,et qui, si vous vous souvenez bien, présentait des phénomènes assez bizarres d'hallucinations continuelles datant de trois jours, parfois de somnolence avec la diarrhée. Avant de vous rapporter l'histoire de cette malade, et de vous faire constater de visu le résultat de l'autopsie pratiquée ce matin, permettez-moi de vous dire rapidement combien est obscur le diagnostic des affections cérébrales, surtout dans Tenfance. En effet, vous n'ignorez pas combien les signes de ces affections sont trompeurs, et souvent eu dehors des types classiques avec quelle facilité ils se croisent, s'arrêtent court, déroutant ainsi le médecin, encore que ses investigations soient patientes et sagaces.
D'où proviennent ces difficultés? De causes multiples. Et pour ne citer que la principale, de ce que des lésions énormes peuvent passer totalement inaperçues, puisqu'elles ne donnent pour ainsi dire pas signe de vie, et vous savez combien sont nombreux ces cas, dont témoignent les Archives de la médecine militaire, les journaux de médecine et les Bulletins de la Société anatomique, où mensuellement se relatent ces faits. Autre chose, en effet. Messieurs, est la physiologie expérimentale et le domaine de la clinique. Le
laboratoire n'est point Phôpilal, et conclure du premier au second est chose hardie, croyez-le bien.
Mais à côté des hypothèses expérimentales et des incertitudes de la clinique sur la signification des symptômes, de certains cas de maladie du cerveau ou des méninges, il reste des moyens plus certains d*arriver au diagnostic, tels sont ceux de Vophthalmoscopie que je m'attache, vous le savez, à vulgariser parmi vous.
Sans entrer dans Thistorique de cette nouvelle méthode d'exploration clinique, quej'aiinaugur^eenl862,voussavez qu'après des fortunes diverses elle est entrée dans le domaine de la pratique courante, et je ne crains pas d'avancer que le praticien se privant volontairement d'un tel moyen se constitue une infériorité réelle dans le diagnostic de certaines affections du système nerveux, c'est ce dont l'observation suivante va témoigner hautement.
La nommée B..., âgée de 5 ans et demi, entre dans mon service le 28 avril 1879, salle Sainte- Catherine, lit n* 41. Elle ne présente aucun antécédent héréditaire morbide. Cependant depuis quinze jours environ les paren ts ont remarqué un changement manifeste dans l'habitude extérieure de leur enfant ; enfin il y a quatre jours ces symptômes se sont accentués d'une façon alarmante. L'enfant a été prise une nuit d'hallucinations terrifiantes, elle appelait au secours, se croyait poursuivie et menacée d'un homme armé d'un couteau, etc., et ces hallucinations ont duré les jours suivants même pendant lejouravec un peu de somnolence. De la diarrhée survint et il y eut, nous dit-on, un vomissement.
Le jour de son entrée l'enfant était assez calme, et dans le jour eut encore des hallucinations visuelles ; elle a eu deux selles diarrhéiques, aucun vomissement, et refusait toute alimentation.L'abattementétaitpeumarqué.l'enfantcouchée dans le décubitus latéral droit, les paupières closes, poussait de petits gémissements; venait-on àl'interroger elle répondait sans difficulté à nos questions. Aucun trouble de sensibilité ni de mouvement. Enfin le pouls était régulier, petit et battait 120 fois à la minute.
Avant de terminer cette observation, arrêtons- nous, Messieurs, devant ce tableau clinique que j'essaye de vous retracer : hallucinations la nuit et le jour, pendant trois jours, puis établissement d'une diarrhée accompagnée de perle d'appétit, sans vomissement, avec conservation de la régularité du pouls.
A quel diagnostic pouvions-nous nous arrôter? Etait-ce une manie aiguè^ car la folie existe quelquefois chez des enfants de cet âge? Etait-ce une méningite comme on en faisait rhypothôse autour de moi ? Etait-ce une encéphalite aiguë on des tubercules du cerveau sans méningite?
J'ai cru devoir écarter le diagnostic de manie aiguë, car bien que l'enfant eut des hallucinations elle n'était pas violente, n'avait pas assez de fièvre et avait un peu d'abattement dans l'intervalle des hallucinations.
J'ai également écarté la pensée d'une méningite, car, il n'y avait pas de céphalée, de vomissement ni de contispation, qui était remplacée par de la diarrhée, ni de ralentissement et d'irrégularité du pouls.
Je songeais à une encéphalite aiguë entourant quelque tubercule du cerveau ; mais comment affirmer un parftil diagnostic d'après les seuls symptômes offerts par la malade?
C'est alors que j'essayai par l'ophthalmoscope de voir dans l'œil ce qu'il pourrait bien y avoir dans la cavité crânienne, et voyez quel résultat! A l'instant même toutes les incertitudes se dissipèrent, je pus affirmer Texistcnce de tubercules du cerveau sans méningite. Mon examen venait de me faire découvrir un tubercule do la choroïde voisin d'une névro-rétinite exsudative.
Ainsi la papille est jaunâtre, diffuse, effacée, comme estompée, il y a là ce que je nomme l'œdème péripapillaire, cette sorte dï»touffement du nerf optique sous un voile prrisatre, qui change d'une façon si notable son aspect. Tandis que la papille nous apparaît sur l'individu sain d'une couleur blanc rosé, elle était ici, comme je vous le disais plus haut, gris jaunâtre, voilée, d'une coloration difficile à décrire avec des mots, mais que Ton n'oublie pas une fois qu'on Ta vue. Les vaisseaux rétiniens présentaient également des flexuo-
sites nombreuses, et çà etlà des dilatations, indices probables de gêne circulatoire cérébrale. L'œil gauche présentait des signes bien plus remarquables encore. En effet, en haut et dedans de la papille, je constatai d'abord la présence d'une masse blanchâtre, saillante au centre, du volume d'un gros pois, etqui n'était autre chose qu'un tubercule de la choroïde.
Dès lors mon diagnostic était porté, et vous m'entendiez vous déclarer que notre malade était atteinte de tubercules du cerveau. Tous ceux qui parmi vous savent manier l'ophthalmoscope ont pu se convaincre de la réalité de mes affirmations, et retrouver à la place indiquée ce tubercule choroïdien.
La suite de l'histoire est malheureusement bien simple, les jours suivants se passèrent dans un état demi-comateux avec une accélération notable du pouls (192) sans irrégularité.
Il n'y eut pas de selles les 30 avril et l®'mai, la température fut de 37<>8, 38©2, 38o4 ; le 2 au soir, mon interne constate un peu d'hyperesihcsie, un mouvement d'oscillation presque rhytbmique de la tête, qui indique le siège pédonculaire d'un tubercule, le pouls est devenu incomptable (200), la température est de 39M. Le 3 l'enfant à une selle non diarrhéique le matin, une autre le soir en diarrhée 39*2, et elle succombe enfin le 4 mai, sans convulsions, poussant des cris inarticulés, sans connaissance et marmotant quelques paroles. La température fut encore de 39^ ce jour-là.
Telle est, Messieurs, l'observation abrégée de la malade que vous voyiez mardi dernier. Nous avons pratiquée l'awiopsie ce matin et notre diagnostic a été confirmé de point en point. Voici les pièces anatomiques sur la table et vous allez pouvoir les examiner à la fin de la séance. Les siniis sont remplis de thromboses ambrées. Le cerveau mis à découvert montre sur la face convexe un œdème énorme, d'une consistance vraiment gélatineuse. La substance cérébrale est ramollie et parsemée çà et là d'énormes tubercules agglomérés, et figurant à première vue une couche de pus jaunâtre ; il suffit d'inciser pour s'assurer que la néoplasie pénètre dans la substance corticale, et détermine autour
d'elle de rencéphalite. A la base même lésion, mais chose remarquable, ce n'est point sur le trajet des vaisseaux, dans la scissure de Sylvius par exemple, ce lieu d'élection par excellence, que nous la rencontrons; non, ces tubercules sont comme distribués au hasard et présentent des variations de volume considérable. — Une masse tuberculeuse existe dans le pédoncule cérébral droit adhérent au plexus choroïde et nulle part il n'y a de suppuration méningée.
Les yeux ouverts sous Teau, et soit dit en passant cette manœuvre est un peu délicate et demande à être faite avec soin, les yeux, dis-je, nous ont montré ce tubercule observé pendant la vie ; je vous engage à venir l'observer do près à la fin de cette leçon; des occasions semblables ne sont rien moins que peu communes, et de plus vous pourrez ainsi vous porter garants de la réalité du tubercule choroïdien que quelques-uns nient encore, parce que sans aucun doute ils ne l'ont pas observé.
Les autres or;;anes étaient parsemés de tubercules, poumons, foie, rate, reins, nous avons donc affaire à une tuberculose généralisée.
En somme, Messieurs, vous le voyez, sans la constatation précise de ce tubercule choroïdien, mon diagnostic serait resté bien hésitant, et ce ajuste titre. M'était-il permis en effet d*afiirmerrexistenced'une méningite? Assurément non, cen'estpas sur une variation de caractère, surun changement d'habitude qu'il est permis d'asseoir un si grave jugement, et c'était là, remarquez-le bien, le seul symptôme des premiers jours. Qu'avons nous vu ensuite? des hallucinations, de la diarrhée d'une façon presque constante, en tout cas la constipation ne s'est jamais établie plus de quarante-huit heures. Les vomissements, elle n'en a pas eu un seul durant son séjour dans nos salles.
La céphalée no peut-être ni affirmée, ni niée d'une façon absolue, le fait certain c'est que l'enfant ne' se plaignait pas de la tête, comme il est si commun de l'observer chez nos pauvres petites méningitiques. Enfin le pouls était régulier. Le seul symptôme important était la présence des hallucinations, véritable rêve de l'homme éveillé comme on
l'a dit, gui aurait pu faire croire à l'existence d'un cas de folie. Mais comme je Ta! déjà dit en commençant, outre que cette affection est très-rare dans l'enfance, les autres symptômes nous éloignaient de ce diagnostic.
Il était donc de toute évidence que nous étions en présence de tubercules du cerveau, et seul Texamen du fond de Tœil avait pu nous imposer une pareille certitude.
C'est par là que je termine, Messieurs, voulant vous laisser comme dernière pensée Timportance prépondérante dans certains cas, je ne dis pas dans tous les cas, remarquez-le bien, l'importance, dis-je, de cette méthode d'exploration cérébrosco pique. Outre qu'elle est assez facilement su[iportée par les malades, et à la portée de tout médecin qui voudra bien s'exercer au maniement de i'ophthalmoscope , elle a le grand avantage de corroborer souvent un diagnostic probable. Si elle ne vous fait pas toujours faire votro diagnostic, pas plus qu'un rdle crépitant dégagé de tous ses autres symptômes accessoires ne vous fait penser fatalement à une pneumonie, du moins dans la généralité des cas la cérébroscopie vous aidera puissamment, et quelquefois vous serez assez heureux pour qu'à elle seule elle fixe votre jugement dans des maladiesfort obscures du système nerveux. Le cas qui a fait l'objet de notre réunion hebdomadaire est un probant exemple.
De la tétanie ou contracture des extrémités.
iS. — Nous nous sommes arrêtés ce matin quelques ins* tantsdevantdeuxlits où sontcouchésdeux petites ûilesatteintes de contracture des extrémités. A la seule inspection des malades vous avez pu juger de la différence qui existe entre la contracture essentielle et la contracture symptomatique.
L'une de ces enfants couchée au n° 3.^^ de la salle Sainte-Catherine, s'est présentée à nous dans Tétat suivant : Le membre supérieur est fortement contracture, mais du
côté droit seulement. L'avant-bras, très-fortement fléchi sur le bras, ne peut être ramené dans la rectitude qu'avec effort, et cela sans douleur. La main est fléchie sur Tavant-bras, et les doigts dans la païune; elle présente Tattitude en greffe. Au membre inférieur, du même côté droit, existent des lésions semblables, la jambe est légèrement fléchie sur la cuisse, ainsi que les orteils sur la plante du pied. Le côté gauche est indemne de toute contracture. Donc, ici, contracture hémiplégique; il existe en même temps une parésie très-manifeste de ce côté. — L'autre enfant couchée vis- à- vis d'elle au numéro 48 se présente dans une triste attitude, qui est la suivante: Les deux mains sont fortement fléchies sur Tavant-bras taudis que les doigts sont ainsi placés : le pouce est dans la paume en opposition avec le petit doigt, les doigts indicateurs et médius sont fortement étendus et accolés Tun à l'autre, taudis que les deux derniers, annulaire et auriculaire, sont fléchis dans leurs articulations phalangetto-phalangiennes. Au moment où nous la voyons la contracture était ipoins forte, et les deux mains avaient à peu de chose près la forme excavée dite main d'accoucheur, c'e?t-à-dire le pouce plié dans la paume de la main, dont les bords interne et externe sont comme froncés et augmentent ainsi sa concavité, diminuant par conséquent son diamètre transversal, fait que recherche l'accoucheur qui va pratiquer par exemple une version, d'où la comparaison émise par les auteurs. Les pieds étaient également contractures, le talon fortement tiré en haut, les orteils légèrement fléchis.
Enfln, un fait nous frappait dès l'abord : c'était l'œdème considérable qui existait au niveau des parties contracturées. Venait-on à toucher les membres, et à vouloir vaincre cette rétraction musculaire, l'enfant témoignait par ses cris de la douleur qu'elle ressentait du fait de l'exploration.
Eh bien, Messieurs, est-il besoin d'insister par de longues phrases sur les diflërences qui séparen tla contracture chez nos deux malades, etces deux faits opposésTun à l'autre no valentils pas mieux qu'une description. Chez l'une, contracture hémiplégique non douloureuse persistante, et datant de deux
ans et demi; chez Taulre, contracture double, douloureuse, intermittente, survenue dans le cours d'une diarrhée rebelle. La première ne guérira pas, et si Tenfant vit elle restera avecparésie du mouvement, et contracturée de tout un côté du corps. Il ne fait nul doute pour nous que si cette enfant, de4ans, avait45 ou 50 ans elle ne fût considérée comme une gâteuseayantéchappéà uneh^morrhagiecérébraleou atteinte de ramollissement. La seconde, au contraire, sera probablement guériedlcipeu etrestera libre de tous ses mouvements, sans reliquat de Tattaque qui nécessite sa présence dans nos salles. Vous voyez quel pronostic différent. C'est que le numéro 33 a une contracture due très-probablement à une sclérose, à une atrophie de tout un lobe du cerveau avec atrophie du lobe opposé du cervelet et une sclérose médullaire desrendante, tandis que le numéro 48 n'a pas d'altération organique persistante, et c'est pour cela que sa maladie a été nommée contracture essentielle des extrémités, aûn de la différencier bien nettement de la contracture symptomatique. Etudions donc, si vous le voulez bien, cette curieuse aHection.
Décrite pour la première fois par Dance, en 1816, non point sous le nom que je viens de citer, mais sous celui de tétanos intermittent, elle fut peu de temps après étudiée par Tonnelé. — Guersant, Murdoch, de la Berge apportèrent de nouvelles observations, et, dès lors, la maladie nouvelle eut droit de cité dans tous les traités classiques. Rilliet et Barthez, Barnes, Imbert-Goubeyre, Tétudièrent. M. Delpech en fit l'objet de sa thèse inaugurale, et en 1852 L. Ck)rvisart lui donna le nom de tétante, généralement adopté, préjugeant peu sur la nature de la maladie si controversée encore.
Voyons maintenant par quels phénomènes cliniques se révèle cette curieuse affection, et en particulier dans le cas de notre petite malade.
EUevéeau sein jusqu'à l'âge de 8 mois elle fut mise au régime du biberon à cet âge. Elle prit alors de la diarrhée et la conserva d'une manière à peu près continue. Il y a quatre moiS| alors qu'elle marchait seule (elle a aujourd'hui
2 ans 1/2), elle fut prise subitement, nous a dit la mère, de contracture des quatre membres, ses mains étaient comme retournées, suivant son expression. Cette attaque aurait été longue, pendant trois jours l'enfant ne pouvait ni marcher, ni se servir de ses mains. Depuis cette époque la petite fille aurait vu revenir fréquement ces attaques; toujours est-il que lorsqu'on nous Ta fait voir le vendredi 30 mai, elle était en proie à une attaque de contracture générale et assez violente qui durait depuis qualrejours. L'attitude était celleque je me suis efforcé de vous décrire au début de cette leçon et qui s'est singulièrement modifiée depuis deux jours. Il existait un œdème considérable de la face dorsale des pieds et des mains. L'apyrexie était complète, la température rectale prise à diverses reprises donnait 36'',8, .'iT®; le pouls était régulier, l'intelligence nette, l'appétit conservé, aucune anesthésie, — remarquez ce fait en passant, — seule la diarrhée persistait. Cette observation dans toute sa sécheresse, avec sa brièveté forcée, vu l'âge de l'enfant, est extrêmement instructive, sachez-le bien, et en nous attachant à l'analyse des symptômes, il me sera facile, Messieurs, de reconstituer devant vous le type clinique connu sous le nom de tétanie.
Les auteurs parlent d'une période prodromique qui consiste en douleurs vagues, erratiques, accompagnées de fourmillements, de frémissements convulsifs. Ici, rien de semblable n'a existé, la mère nous l'a dit, inutile de dire que l'enfant ne peut nous fournir à cet égard aucun renseignement . L'attaque a doncétésubiteetgénérale.Ce fait, pour le dire en passant, n'est point la règle, et le plus souvent la contracture attaque les membres supérieurs en premier lieu pour n'atteindre les inférieurs que plus tard. Mais il est d'autres cas, et il m'a été donné d'en observer, où la tétanie ne borne pas son action aux extrémités, mais s'étend encore aux muscles du nez, de la face, au diaphrafrme, aux muscles du larynx, devenant par le lait même de son siège d'une gravité considérable.
Quoi qu'il en soit, le fait important de cette contracture est qu'elle est douloureuse, vous pouvez vous en convaincre
sur uolre malade en essayant de redresser ses poignets, et de plus, a-t-on dit, qu'elle est accompagnée d'anestbésie. Ces faits ayancés par Manouvriez, de Lille, ne se sont pas présentés à mon observation, et je n'ai pas vu moins de ?r cas de tétanie. L'exploration de la sensibilité faite chez notre enfant démontre jusqu'à l'évidence l'absence de ce phénomène. Mais ce qui existe à un degré considérable, c'est l'œdème signalé par tout le monde et très-commun ; il n'en est pas de même de la rougeur, mais surtout des ecchymoses. J'en ai observé à l'hôpital Sainte-Eugénie, et la présence de cette extravasation sanguine doit être attribuée, d'après moi, à l'extrême tension des parties qui semblent quelquefois sur le point d'éclater.
Le reste de l'observation est ce qui se passe ordinairement, c'est-à-dire conservation complète de la sauté, sauf la diarrhée intermittente.
Quelle est la marche de cette maladie ? Elle procède par accès, qui éclatent quelquefois spontanément, souvent sous l'influence du froid. La compression circulaire indiquée par Trousseau comme faisant naître, pour ainsi dire à volonté, la contracture n'a produit nullement ce résultat fâcheux chez notre malade.
Quant à sa durée elle est très- variable. Si nous nous en rapportons aux renseignements il y aurait quatre mois que la tétanie aurait apparu. La règle générale est que la contracture cesse en trois ou quatre septénaires. La termïnaison habituelle est la guéiison, et ce n'est que lorsque la contracture s'étend aux muscles laryngiens, au diaphragme, que la terminaison fatale a été observée. Dans ces cas que trouve-t-on? Ceci m'amène tout naturellement, Messieui-s, à vousentretenir de l'anatomie pathologique. Pour un grand nombre d'auteurs la question est fort simple. La tétanie est une névrose essentielle, et, comme telle, il n'est que juste que l'anatomie pathologique soit muette. Or, Messieurs, ce n'est point mon avis. Vous savez combien ce mot d'essentialité va chaque jour se restreignant; combien d'affections réputées idiopalhiques sont classées maladies symptomatiques ; il est hors de doute que la tétanie n'est point encore
MALADIES DBS ENFANTS. 2
d;i nombre de ces dernières, mais quelques autopsies (et elles sont rares, cela va sans dire) ayant donné des résultats matériels, il me semble bon de vous dire quelques mots des lésions trouvées par des observateurs consciencieux et atten* tifs.
C'est ainsi que Potain a trouvé un ramollissement notable des pyramides, à une autopsie dont la relation a été publiée dans V Union médicale Aq 18Ô6. Moi-même j'ai constaté dans deux cas des congestions énormes de la pie-mère rachidienne, et une autre fois môme une hémorrhagie sous la pie-mère rachidienne, qui présentait cette couleur rouillée spéciale aux vieux épanchements sanguins. Enfin, la physiologie expérimentale apporte son faible tribut à l'idée d'une névrose congestive do la moelle. Vous savez, en effet, qu'un des effets du strychnisme est de produire des contractures vraiment tétaniques, il est vrai, mais pouvant à la rigueur être rapprochées de celles de la tétanie; or, à l'autopsie, il est dérègle de trouver des congestions des méninges et des hémorrhagies rachidiennes. Enûn, Tophthalmoscope m'a semblé corroborer ces idées en me montrant une hyperémie papillaire et rétinienne considérable. Pour moi donc, sans rien affirmer, je crois à la réalité de ces vues, et pour résumer mes idées en un mot, je dirai que la tétanie est probablement une névrose congestive. Quelles sont les causes de cette singulière affection? Au premier rang, je place la diarrhée prolongée, l'entérite^ que nous rencontrons chez Tenfant qui lait le sujet de cette conférence. Il se passe là, je crois, un phénomène absolument semblable à celui si souvent observé dans le cours des affections vermineuses, c'est-à-dire les convulsions: c'est un phénomène purement réflexe déterminant une irritation spinale, d'où la tétanie. Enfin, les vers intestinaux peuvent produire souvent la tétanie. J'ai même examiné ce matin les selles de notice jeune maladeau microscope, soupçonnant l'entérite vermiueuse, cet examen ne m'a fait constater aucun œuf de lombrics, trichocéphalv^s, etc. Ajoutons à ces causes fréquentes la convalescence de la fièvre typhoïde, laquelle fournit à mon ami Oulmont le sujet d'une iutéressantecommunication en
1865. Il en est de mâine de la conyalescence du choléra, et j'en ai observé de nombreux cas en 1849, alors que j'étais chef de clinique de Rostan. Pour terminer, vous n'êtes pas sans ignorer que Tallaitement constitue une cause prédisposante manifeste, à telle enseigne qu'on a dit par erreur qu'elle était spéciale aux nourrices. Parmi les dernières causes toujours citées, et cela, il faut bien le dire, un peu par habitude, je vous signale le froid, dont Faction est fort hypothétique et le rhumatisme, qui est la seule cause pour un certain nombre d'auteurs; pour ces derniers la tétanie n'est autre chose qu'une névrose rhumatismale.
J'en ai âni. Messieurs, avec les symptômes delà contrac* ture des extrémités, il me reste à vous parler delà thérapeu* tique, car le diagnostic est d'une grande facilité dans la majorité des cas. Il me sufât de vous signaler le tétanos qui n*y ressemble que par le nom et qui débute par les mâchoires pour ne prendre les extrémitésqu'ultérieurement. La paralysie infantile ne s'accompagne pas de contracture, ce signe suffit à lui seul, comme vous le voyez, pour établir la différence.
Les indications thérapeutiques sont très-claires. S'atta^* quer à la cause, etdanslecas présent l'indication est nette et facile à remplir. Il y ade la diarrhée, et j'ai prescrit2gram* mes de sotu-nîtrate de hùmuth à notre enfant de 2 ans 1/2. Si je m'étais trouvé en présence de vers j'eusse donnéO gr. 15de santonine. Inutile de vous dire que les doses seront élevées progressivement avec l'âge. Lorsque la tétanie sera trèsdouloureuse, vous retirerez de très-bons résultats de frictions avec les divers liniments au chloroforme, à la jusquiame, au laudanum, etc. Mais là ne s'arrête pas notre intervention, ce n'en est à proprement parler que le petit côté; il faut en effet s'attacher à combattre le phénomène nerveux, et c'est dans ce cas que le chloral trouvera une de ses indications les plus formelles. L'hydrate de chloral à doses variables, 0^50 centigrammes à 1 gramme au maximum pour un enfant de 3 ans, produira en règle générale d'excellents effets. Voœyde blanc de zinc administré à raison de 1 & 2 granunes par jour nous rendra service. Enfin, si
U cootractui'e semble revêtir d'une façon franche l'allure inlermittente, il faut donner \e sulfate de ifufnirre, 0,05 centigrammes par jour pour l'enfant de £ à 3 ans, incorporés dans du jus de réglisse, aân de masquer l'amertume du médicament, ou bien encore en suspension daiis du café noir. Ces moyens agiront là où les autres médicameuta n'ont eu aucun résultat.
Le bromure de potassium a été donné, mais sans grand Buccés.
Pour terminer, je veui vous dire quelques mots d'un moyen qui semblti devoir rendre quelques services et qui tout au moins vient d'ùti-e tiré de l'oubli, je veux parler de ]améiallothérapie. \].hurq,t]ui en a été le promoteur etl'inveuteur, m'a fait constater des succès véritablement surprenants. C'était en 184Ô, chez le professeur Ro^lan, lequel, soit dit entre parenthèses, était duuô d'un scepticisme robuste à l'égard de celle nouvelle méthode ; le choléra avait laissé r^mme reliquat aux malheureux qui y avaient échappé des contractures des exirémités; Burq vint appliquer ses armatures de laiton et de cuivre, et obtint des résultats fort convaincants. Plus lard j'ai employé moi-même la métallothérapie à Soi nie- Eugénie chez une enfant atteinte de contracture des extrémités qui s'était généralisée aux muscles du front, de la face, des ailes du nez, et je vis l'affecliou s'amender rapidement et guérir eu l'espace de quelques jours.
Dans un cas qui a fait beaucoup de bruit dans la presse religieuse eu 1873, j'ai vu l'enfant d'un magistrat de Paris qui eut une tétanie, plus tard compliquée d'amaurose sans lésion du fond de l'cell.
Les applications de cuivre aux bras, aux poignets, à la cuisse et aux pieds le débarrassèrent en quelques miuules. La guérison dura quelques jours. La tétanie revint, disparut encore parles applications métalliques et se rétablit sans que le cuivre conservât son influence citrativc.
A ce moment, survint de l'amaurose qui disparut sous l'influence du contact d'un gros chat tigré noir que cvt enfant avait sans cesse sur son lit et avec lequel il couchait.
L'application du chat sur les paupières faisait disparaître ramaurose qui revenait et s'en allait selon qu'on ôtait ou qu^on replaçait l'animal, puis l'action électrique de la béte cessa de s'exercer.
La famille, très-pieuse, eut alors l'idée d'une neu vaine, et à la messe du neuvième jour où l'enfant s'était fait porter, la tétanie disparut tout à fait. Elle n'est pas revenue, et depuis six ou sept ans que je revois l'enfant il n'a eu d'autre affection nerveuse qu'une abominable névralgie qui a duré six mois. C'était une névralgie réflexe de seconde dentition.
Je vais tenter, chez notre petite fille du numéro 48, l'application des métaux à laquelle il ne faudra pas attribuer à la légère la guérison, car l'enfant est déjà fortement améliorée, et il se pourrait fort bien qu'une coïncidence nous fît mettre à l'actif de la métallothérapie ce qui ne doit point lui être attribué. Nous ferons Texpérience avec le laiton; nous examinerons avec soin, sans idée préconçue, et nous TOUS dirons dans une prochaine réunion le résultat de cette application de la métallothérapie.
L'expérience a été faite sans aucun bon résultat et l'enfant a succombé à la cachexie intestinale et à la diarrhée. L'autopsie a confirmé mon diagnostic. Elle a révélé une entéro-colite chronique folliculaire très-caractérisée, ce qui prouve que cette tétanie était la conséquence d'une excitation spinale réflexe exercée par l'irritation intestinale et non-seulement une névrose essentielle de cause inconnue.
De rhydrocéphalie.
0. — Le sujet de ma conférence hebdomadaire m'est fourni aujourd'hui par l'enfant couchée au \V* 54 de la salle Sain te- Catherine.
Je vais vous indiquer en quelques mots son histoire.
Louise C..., âgée de 2 ans, est venue à terme, fait impor-
— se —
tant à signaler, comme vous allez le voir. La tête présentait les diamètres habituels. Envoyée en nourrice par les parents, on 8*aperçut que dès Tâge de 3 mois sa tête prenait un accroissement contrastant avec la gracilité des membres. A cette époque, des convulsions éclatèrent, elles se reproduisaient fréquemment, presque quotidiennement; diaprés les renseignements, leur durée était de 4 à 5 minutes. Les convulsions étaient quelquefois accompagnées de vomissements, tantôt alimentaires, tantôt glaireux. Il n'y eut jamais àla suite de ces attaques éclamptiques de para* lysie ou de contractures, les parents sont très-a£Brmatifs sur ce dernier point. La tête continua à augmenter progressivement, lentement, et il y a cinq jours les parents nous conduisaient leur enfant.
Ce qui nous frappait dès Tabord, comme vous avez pu vous en convaincre ce matin, c'était la grosseur exagérée de la tête.
La circonférence nous donnait à la mensuration 50 centimètres, et la circonférence bi-pariétdle d'un conduit auditif à rautre,en passant par le vertex,42 centimètres, ce qui est déjà très-considérable, comme vous le voyez. L'aspect de Tenfaut est typique et je me contente de vous le rappeler en quelques mots.
Couchée dans le décubitus dorsal, les yeux faisant une saillie très-manifeste et agités d'un mouvement de latéralité rapide (nystagmus), l'enfant semble à peu près indifférente au monde extérieur. Cependant un examen plus attentif ne tarde pas à faire reconnaître que cette apathie n'est pas aussi profonde qu'on pourrait le croire. Si vous lui placez un jouet dans la main, elle l'agite et témoigne ainsi de sa joie. La bonne préposée à sa garde nous raconte qu'elle jargonne un mot| semblant vouloir dire « chocolat; » toujours est-il que lorsqu'on lui met dans la main un morceau de chocolat , elle sait fort bien le porter à sa bouche et le manger. Donc, dans ce sommeil du cerveau, règne encore une certaine activité qui vient nous démontrer que l'intelligence chez cette enfant de 2 ans n'est guère audwsout de la moyenne habituelle. Ajoutons qu'elle recon-
naît fortbien ses parents, et dit couvenablement u papa, maman, n que lorsqu'on s'approche d'elle pour l'examiner, elle UJiDui^nu par ses cris do la crainte que uous lui inspirons. La léle a l'aspect suivant: les bosses t'ronlales font une telle saillie qu'une ligne perpendiculaire qui partirait de ce point pour rejoindre le nez tomberait sensiblement en avant. Comme le reste delà Q^ure a conservé la petitesse que l'ou reacoDlre chez une enfant de 2 ans, il y a là un contraste qui frappe l'œil le moins observateur. Le diamètre bi-pariétal qui a, je le répète, 42 centimètres, a augmenté le volume de latéte trausvcrsalement, et comme le diamètre occi pi to- frontal le surpasse encore, il eu résulte que Louise C... semble avoir un énorme ovoïde reposant sur le cou. Le poids de celle tête est cerlaiitement considérable, car si l'on fait mine d'asseoir l'enfant, ou voit l'extrémité céphalique •'abaisser du côté où l'on met l'enfant. Si nous venons à découvrir l'eufaot, uous coustatous qu'elle est bien conformée, que ses membres ne sont point atrophiés, ni paraly- Ipés. Elle a 12 dents ne présentant aucune altération, 4 in- Stsives à chaque mclchoireelles4 premières molaires feront ■vaut peu leur éruption. Il n'y a pas de troubles apparents do la sensibilité, la pointe d'une épingle est Uès-vivement •eotie, les mouvomouts rélleses semblent un peu diminués, le chatouillementplantaire détermine leretraitde la Jambe, mais fort lentement.
Quant aux grandes fonctions, elles s'exécutent fort bien; elle mange et digèni, et à part une légère constipation, la lonlé est excellente.
A quelle maladie avons-nous alTaire? Vous l'avez tous deviné, nous nous trouvons en présence d'un cas i'hydro' ^tiphalie aequite chronique.
Hydrocéphalie acquise, ai-je dit, c'est qu'eueffet ily en a
me autre qu'on nomme congénitale, vu son développement
Bandant lo cuurs de la vie intra-utérine. BUe est d'une gra-
Ivitâ extrême et pour la mère ot pour l'enfant. En elTet, dès
l^u'etle est tant !Oit peu considérable, vous comprenei q>ie
• diamétrus de la léte du fœtus ne peuvent plus s'accom-
lerau diamètre du basBin, et que, ou l'accouchement
est laborieux et doit être terminé au forceps, ou, ce qui est plus fréquent, est impossible, et force est à l'accoucheur de pratiquerla céphalotripsie ou telle autre opération incompatible avtic la vie du fœtus. Vhi/drocéphalie acquise, celle qui nous occupe en ce momeut, vient au contraire quelque temps aprôs la naissance, lentemeul, progressive ment, d'une façon chronique i c'est de celle-là seulement que je veux vous entretenir. Vous n'êtes pas sans savoir, eu oQ'et, qu'il se fait quelquefois des épanchementb séreux dans les cavités de l'encéphale ou dans ses membranes, et qu'on a appelé lamëuingtleune bydroc^'phalieaiguS.Ces hydrocéphalies ne nous occuperoiil pas. Il convienlencore, avant d'aborder l'étiologie de cette aircction, de nous entendre snr le siège qu'elle occupe : lanlôl c'est dans la caviléde l'arachnoïde en comprimant le cerveau que se collecte le Liquide de l'hydrocéphalie ; tantôt au contrairec'estdans les ventricules, et c'est à celte dernière hydrocéphalie ventrictlatre acquise et chronique que je veux borner mon élude.
Au premier rapg des cautei de l'hydracéphalie on doit placer le traumatisme. C'est on elTet une lui de pathologie générale, applicable à toutes les séreuses, que le traumatisme est une des causes délermioauies des épauchemeals séreux. Voyez pour la vaginale. Combien le froissement des bourses chez les cavaliers est im[iortant pour expbquer l'hydrocèle fréquenLe chez ces individus, et souveut de même pour l'hydarlhrose du genou, etc. Le traumatisme n'agit probablement pas toujours d'une façon iinivoque et il n'est guôi-e douteux que les chutes sur la tète, chez un enfant, doivent produire soit de l'encéphalite, soit une hémorrhagie méningée, point de départ de l'ëpauchement * séreux. Les convulsions, a-t-on dit, prédisposent àl'hydrocùphalie, mais vous savez combien ce symptâmn est arquent dans la pathologie infantile, et conibiea de lésions dilTéreules peuveut y donner lieu. C'est donc un fait banal que de mentionner 1 eclampsie dans l'étiologie de l'hydrocâphalie, il faut remonter plas haut, et voir que tumeurs, tubercules, etc., peuvent déterminer l'épaDcbemant. Pour
tenniner et à titre dtj curiosité, je vous signalerai la préeenco de cyi'Iicerqiics, rolatésdaus un fait et qu'on peut rapprocher des cœuurcs si fréquents chez le mouton.
Voyous en quelques mots à quels symptômes donne lieu l'hydrocéphalie. lU sont, on peut le dire, sous la dépendance de lepanchenieut et de son mode de production. Le premier phénomène observé est, en général, la déformaUon de ta tête, qui contraste d'une façon si grande avec la petitesse du visage de L'enfant. Les foutauelles écartées mécaniquemeut s'agrandissent ; puis quand vient l'dge où renfanl commence à marcher (12 à 15 mois) on s'aperçoit qu'il ne le peut, que sa tête roule do coté. Concurremment à ces symptômes, il existe une hébétude, quelquefois complète, qui réduit t'eufanl à l'état d'uuc masse inerte, il faut alors le faire manger, boire, etc. Dans d'autres cas, et c'est
I ainsi qu'est le n" 44, il n'y a que du rcliu-d intellectuel^ rintelUgence subsiste, mais allaiblie. C'est alors que chez quelque— uns éclatent di'S paralysies, précédées souvent de iCOnvulsions, suivies quelquefois de coutractnres. Le reste ^ la saalé n'est uuUemenl troublé, les grandes fonctions tVièculent bien, les sens soiitcouservés, àrexceplion d'un seul qui est presque constamment lésé, celui de la vue.
Je l'ai signalé le premier dans mon Traité de diagnostic tUi matadiei du système nerveux par Fophlkalmnscope. L'examen ophthalmoscopique donne dans la inajorilé des cas des résullatâ qui distinguent l'hydrocéphalie de certains cas de rachitisme. C'est ainsi que chez Louise C..., nous Yoyonsle fuud de l'œil parcouru pardesveiues, dilatées, tortueuses, variqueuses, indiquant l'état de gène circulatoire du cerveau: concurroniment existe une infiltration séreuse pcri-papUlaire ijui voile les contours de Lt papille, laquelle «st eu certains points d'un blanc éclatant, et me fait soupçouuiv un comniencemeut d'ali-ophie. Il m'est difRcite, TOUS le comprenez, de mesurer chez cette petite enfant (2 ans) l'acuité visuelle, mais j'ai observé, il y a quelques aonées, une autre enfant dont je vous entreliendi-ai an chapitre de l'anatomie pathologique et qui était presque complèlement aveugle.
— aft- Vous ave» pu voir Uya quinie jours un petit garçon qu'on amène dans les salles lou» les deux ou trois mois; cet eiifanl que je suis avec grand intérél est amaurolique, c'eat un hydrocéplialo guéri, en cesens que sa tète n'augmente plus ; il marchL-, est assez intelligent, mais coiaplétement aveugle, etille doità une double atrophie papillaire causée par son épanchemont séreux.
D'après ces quelques faits, vous voyez sans peine, Messieurs, qu'ilest assez difflcilo de tracer unemarcAcbienuetta de ralTeclion, Quand l'épancbement vient vite, abondant, peu de temps après la naissance, il tue nécessairement. Dans des condilioiife inverses, les enfants peuvent résister, et tantôt ils restent privés de toute intelligence, impotents de leurs membres commode leur cerveau, tantôt guérl»aanl en y laissanlleur vision ; tantôt enfin, et ce sont les cas les plus heureus, ne conservaut qu'une diUorniitè choquante. Ces faits là sontpeu connus, on admet dii&cilement que l'hydrocôphalie puisse âtro compatible avec uue longue vie; tel n'est pas mon avis, elj'ai rencontré dans le cours de macart'ièrâiiu diplomate et un sculpteur fort connus, lesquels présentaient à l'âge dti 50 ans les marques les plus certaines d'unu bytlrocéphalie de naissance. Lo pronostic n'est doue point aussi sombre qu'un le dit, tout en étant d'une gravité considérable, je m'empresse de vous le dire.
Nous pouvons maintenant aborder en connaissance de cause, le chapitre des litions anafomiques. Comme il est naturel de le penser, ou trouve des altérations de la boîte crânienne Irês-manifesles. C'est ainsi que vous pouvet voir sur cette peau sècbe, combien le volume de ce crflne est énorme. Il a été recueilli, à l'autopsie d'une enfant morto dans mon service, il y a six ans, et que ses petites compagnes appelaient «caboche, » tellement l'attiludeetle volume de sa léte éiaieut étonnants. Sur cette calotte crânienne que ja vous fais passer etrjui provient de la nommée FélicieX.., Agée de 2 ant l/'i, remarquez il quel degré do minceur ei* trôme sont parvenus les os, et combien est grande la fonUnelle antérieure au niveau de, laquelle se voit un espaça
membraneux. Lediploé, a disparu entièrement et les os sont transparents comme une lame de verre blanc.
Dans ces conditions, 6n trouve du liquide épanché en quantité très-variable et qui peut aller depuis 100 grammes à 20 et 25 litres. Nécessairement les cavités ventriculaires sont agrandies, la substance cérébrale comprimée, est comme tassée et réduite à une petite bordure qui peut n'avoir que 1 centimètre d'épaisseur comme dans le cas de « Caboche». C'est alors que fréquemment les ventricules la^ téraux communiquent entre eux, le septum ayant été dilacéré, et vous pourrez voir à l'issue de cette séance le cerveau d*un hydrocéphale sur lesquels les tissus de Monro et Taqueduc de Sylvius sont dilatés à ce point qu'ils pouvaient admettre facilement une plume d'oie. Si Ton vient alors à examiner la substance nerveuse, ainsi que nous Pavons fait il y a de longues années, M. Robin et moi, on ne trouve plus que des tubes nerveux dégénérés, un nombre considérable de corps granuleux et du tissu conjonctif.
Quant aux autres altérations rencontrées, ce sont des troubles de nutrition poussés dans certains cas à un point extrême. C*est ainsi que chez une enfant de 13 ans j'ai recueilli les 09 que je vous présente. Vous voyez un tibia ayant 1 centimètre d'épaisseur qui certainement n'atteint pas le quart du volume habituel et un péroné tellement grêle qu'on pourrait le prendre pour un os ayant appartenu à un lièvre. Vous pouvez constater aussi qu'il existe au niveau des extrémités creuses une raréfaction bien manifeste du tissu spongieux; en somme, troubles trophiques trèsaccusés, voilà ce que nous trouvons chez les hydrocéphales ayant eu une survie assez longue. Je ne fais qu'affirmer la question du diagnostic, car elle est en général facilement résolue, cependant je crois bon de vous mettre en garde contre Taspect de la tête de certains rachitiques qui pourrait faire songer à l'hydrocéphalie. Outre que dans le rachitisme le volume de la tête est en général moins considérable; que, de plus, vous trouverez sur le crânedes saillies dures, résistantes, faisant corps avec les os du crdue; qu'il existe des déformations des membres, jamais vous ne
trouverez à roplilhalmoscope les altérations que je regarde comme la règle dans l'hydrocéphalie ; pour être négatif, ce signen'cn est pas moins d'une grande valeur. J'aborde, en terminant, la question du irailemenl. Par auticipalion, je puis bien vous dire qu'il ne faudra pas fonder sur lui grand espoir, mais cepeudaut je crois que dans certains cas vous pourrez intervenir utilement. C'est ainsi qu'une compression élastique modérée de la tôte, faite avec nn bonnet de caoutchouc vulcanisé, modiSera quelquefois la marche de l'épanchement. et cela plus sûrement que les atlérauts tels que le calomel, les drastiques, les diurétiques comme la scille, les sudorifiques, les sialagogues; jamais je n'ai obtenu l'ombre d'un résultai avec ces médications. Il n'en est pas de même de l'iodure de potassium administré aux doses de 0,50 ceuligramines à I gramme quotidiennement, et dont le petitmalade guéri prend 1 grnmme depuis deux ans.
J'aboi-de la queslion de la ponction du crdne, considérée comme très -dangereuse, mais ayant une action, puisque d'après West, elle aurait été suivie de succès 10 fois sur 56 cas. Vous ne ferez point cette poncLion par la fonlanelle antérieure commejadis, non plus sur les parties latérales du crdue, mais bien au moyen d'un stylet an introduit par les narines avec lequel on traclure la lame criblée de l'ethmoïde. Il existe dans la science un cas de guérison survenu spontanément par l'issue du liquide à travers les narines, et je crois qu'il est bon de suivre ce guide. Je l'ai pratiquée plusieurs fois, en ayant soin de ne soustraire qu une partie du liquide, pratique que vous ferez bien d'imiter, et je dois dire qu'Une s'en est pas suivi d'accidents gravesultéricurement. Au reste, en pareille occurrence, je vous demande, Messieurs, si le médecin n'est pas autorisé k tenter une opération pareille, fût-elle fort périlleuse. La réponse pour moi est tout atûrmative, et j'ajouterai que vous pourrez avoir la conscieucfl tranquille, ainsi qu'il convient au médecin qui remplit dignement et dans l'intérêt seul du malade, son devoir et rien que son devoir.
Tbérapoutique de ralbaminurie par la fuchsine ou cblorhydrate de rosaniline, — 20 guérisoas sur 23 malades.
7, — Déjà douze observations de guérison de ralbiiminurie par la fuchsine ont él6 publiées, l'uue par Clouet et Bergeron dans \a Gazette hebdomadaire, les autres parJ. FelLz et par moi dans la Gaxelte des hôpitaux; je vais rapporter cinij autres observations dues à mou savant confrère J. FeltK sur lesquelles il y a quatre guérisons, une autre par le \i' Pargoire également suivie de guérisoQ,et enfin quatre guérisons obleuues récemment dans mon service. Ce sont des résultats intéressants, el sans croire chagriner les sceptiques qui contestent l'acliou de la Tucbsinc parce qu'ils n'ont pas eu la persévérance nécessaire dans une étude de ce genre, ces observations me paraissentsiimpor-tanles qu'il me semble utile de les publier.
Les dornièi'es observations de J. Felti sont :
1" Une Temme de ^^ ans. malade depuis trois mois, (Bdé" matiée depuis un mois et qui avait beaucoup d'albumine dans les urines. Elle fut guérie en six jours aveo 15 centigrammes de fuchsine par jour et le régime lacté. Elle a été observée pendaul quatre mois et l'albuminurie n'a pas re- ' paru.
S°Uu hommedeBSans, maladedepuis trois mois et afi'ectâ d'œdàme albumîRurique, fut soumis au traitement parla fuchsiuect le régime lacté. .A.u bout de six jours l'albumine a beaucoup diminué; au seizième Jour elle a presque disparu et le malade sort de l'hôpital ; mais il revient au bout de trois semaines ayant encore do l'albumine, â gr. 50 pai' l.OOOgranimesd'urine. Le traitement l'améliore de nouveau mais ne le guérii pas.
3" Un homme de û4 ans, avec œdème albuminuriqua datant de quelques mois, prit 15 et 20 centigrammes de fuchsine par Jour, et au septièmejourles urines qui d'abord ■e prenaient en masse de coagulum blanchâtre ne renfermaient plus que des traces d'albumine. Au bout de six
semaines ralbuminurie avait augmenté de nouveau par suite d'une interruption de traitement. La fuchsine, 20 centigrammes, fut reprise pendant huit jours, et Talbuminurie cessa entièrement. Le malade a été vu par le D' Izenard.
40 Un homme de 62 ans, atteint d'œdème albuminurique depuis assez longtemps, prit 15 centigrammes de fuchsine, etaucinquième jour toute trace d^alhumine avait disparu dans les urines.
5*^ Une femme de 22 ans, enceinte de trois mois, ayant de rœdème aux jambes et sur le reste du corps avec vomisse-* ments, vertiges, céphalalgie, amblyopie incomplète, avait 23 gr. 60 d'albumine par 1,000 grammes. Soumise au régime lacté et à la fuchsine, 15 centigrammes au bout de huit jours, elle n*avait que 5 gr. 55 par 1,000 grammes; puis au vingt-deuxième jour 2 gr. 73, et elle accouche d'un enfant mort depuis longtemps. Elle guérit entièrement. Tels sont ^les nouveaux faits publiés par J. Peltz dans la France mi* dicale. Voici maintenant les miens, au nombre de trois, dont le récit a été rédigé par mon interne M. Renoy, et celui du D*" Pargoire.
Obs. XVII. Albuminurie avec anasarque, -« Fuchtine, — Guérison,
La nommée Marie M..., âgée de 2 ans, entrée le 28 avril 1879, salle Sainte- Catherine, lit u^ 48, sortie le 25 mai.
L*enfant a eu la rougeole et une broncho-pneumonie à Page de 5 mois.
Depuis dix-huit jours, sans cause connue, il s'est montré un œdème ayant débuté par la face, et qui a envahi ensuite les membres inférieurs. Depuis quinze jours Tenfant est alitée et présenterait de la fièvre, avec reprise vespérale.
Un médecin appelé a mis l'enfant au régime lacté depuis quinze jours. Elle présente enfin tous les attributs du rachitisme le plus avéré. Déformation thoracique. Gros ventre, articulations tuméfiées, elle ne marche pas seule encore.
EtatactueL— Il existe un œdème considérable des membres inférieurs, la face et les paupières sont aussi tuméfiées, mais beaucoup moins. Les urines troubles, brunes, sales, ayant un dëpét de tubes urinifères et de globules sanguins au fond du vase,
donnent un précipité abondant parla chaleur et par Pacide nitrique. Pas d*appétit, pas de fièvre; pouls, 84.
TnHtêmeni.^ Fuchsine 0,05 centigrammes, et régime lacté.
3 mai. Diarrhée abondante. Sous-nitrate de bismuth, 0,50 centigrammes. On cesse la fuchsine.
Le 5. Môme état d'albuminurie. Régime lacté. Fuchsine 10 centigrammes.
Le 10. Il y a eu de nouveau de la diarrhée, ce qui n'empêche pas de continuer la médication.
Le 11. La dosage de Talbumine des urines n'a pu être fait qu'aujourd'hui et il a donné comme résultat 2 gf. 15 par litre d'urine. Même preseription.
Le 14. L'œdème a diminué d'une façon extrêmement manifeste, la fuchsine est bien prise et bien supportée, les urines recueillies sont couleur de rose et laissent précipiter quelques flocons d'albumine. Même prescription.
Le 18. Même état satisfaisant. L'albumine a presque disparu des urines. Même prescription.
Le 20. Il n'y a plus par le dosage de quantité d'albumine appréciable : par la chaleur, léger trouble ; par l'acide nitrique, faible précipité opalin très-clair.
Le 24. Il n'y a plus de trouble dans les urines chauffées à l'ébullition et Tenfant est renvoyée guérie.
Dans cette observation de néphrite parenchymatense, avec desquamation épitbéliale des tubes urinifères , hématurie, anasarque considérable durant depuis vingt jours, et albuminurie, 2 gr. 15 au dixième jour du traitement; la guérison a été obtenue en un mois.
Obs. XVIIL Néphrite scarlaiineuse avec anasarque, — Fuchsine, —
Guérison, (Recueillie par M. Renoy.)
La nommée Lacroix (Clémentine), âgée de 5 ans, entrée le 26 avril 1879, salle Sainte-Catherine, lit no 34.
L'enfant a eu, il y a quatre semaines (25 mai), une éruption qu*un médecin a déclarée être une rougeoie et qui était très-probablement une scarlatine.
Elle était en pleine convalescence lorsqu'il y a huit jours on s'est aperçu d*une boufûssure débutant par la face qui s'est vite généralisée au reste du corps. En même temps l'émission d'urine â diminué.
Etat actuel, — L^œdème des membres inférieurs est très-évident. Le pubis est tuméfié, blanchâtre, conservant l'empreinte du doigt ;il en est de môme de la région précordiale. I^s membres supérieurs n*en présentent pas trace. La face est pâle, bouffie, trèsdéformée par suite de l'œdème palpébral. La percussion ne fait nattre aucune douleur au niveau de la région rénale.
Auscultation, — Rien au cœur ni aux poumons. — Tube digestif , — Langue blanche. Appétit conservé.
Examen de Curine. — Elles sont troubles, brunes, avec dépôt abondant des tubes urinifères. Par la chaleur et Tacide nitrique, précipité abondant d^albumine.
Le dosage de Talbumine des urines donne 5gr. 3 d'albumine par litre. Prescription : régime lacté ; fuchsine en potion aromatisée, 0 gr. 10.
2 mai. L^œdème a diminué d*une façon sensible. Pâleur mate de la peau. Même prescription. Constipation. Conservation de l'appétit.
Le 3. La fuchsine est élevée à 0,15 centigrammes; régime lacté sévère: les urines sont fortement colorées en rose et, par la chaleur et Tacide azotique, précipité encore fort abondant. Le dosage donne 3 gr, 05 par litre, ce qui fait une diminution de plus de 2 grammes en cinq jours.
Le 4. La chaleur démontre à la seule inspection que le préci* pi té a énormément diminué. Même prescription.
Le 7. L'œdème des paupières a disparu entièrement, Tenfant a toujours le teint pâle, cireux, d'aspect cachectique, cependant elle se porte bien. Le précipité des urines donne pour Talbumine un dosage de 2 gr, 40 par lilre. Même prescription.
Le 10. Elat stationnaire, mais en somme satisfaisant.
Le 11. La chaleur ne donne qu'un polit précipité floconneux dont le dosage dénote 1 gr,, 50. Même prescription.
Le 14. L'enfant a en de la diarrhée, l'appétit est très-diminué; le lait lui répugne énormément. Même prescription.
Le 20. L'analyse des urines ne permet plus le dosage, la chaleur montre encore un très-léger nuage.
Le 24. 11 n'y a plus rien par la chaleur et l'acide; Tenfant considérée comme guérie est renvoyée et sort le lendemain 25 mai.
Dans celte observation de néphrite parenchymateuse avec auasarque et rejet de 5 gr. 3 d'albumine par litre la guérison a eu lieu en un mois.
Obs. XIX. Néphrite parenchymateuse avec anasarque. — Fuchsine.
— Guérison,
La nommée D... (Estelle), âgée de 8 ans et demi, entrée le 4 juillet 1879, salle Sainte-Catherine, lit no 19, sortie le 8 août.
La malade était d'une bonne santé habituelle, jamais elle n^a fait de maladie ; jamais elle n'a eu de scarlatine.
11 y a dix Jours, sans cause appréciable, les parents se sont aperçus que les yeux de Tenfant étaient plus gros que de coutume et étaient gonflés, notamment le matin à son réveil. Les jours suivants on s'aperçut que les jambes se tuméfiaient, et Tœdème augmentant de jour en jour, on amena Fenfant à Thôpital.
Aujourd'hui, 4 juillet, la tuméfaction est générale; les paupières sont gonflées et la face présente une boufûssure générale.
Autour des malléoles, sur la crête du tibia, la peau garde l'empreinte du doigt ; il y a aussi un léger œdème des parois abdominales et peut-être même un léger épanchcment péritonéal. Quelques petits râles fins se font entendre à la base des deux poumons sans modification appréciable à la percussion.
L'examen du cœur ne donne que des signes négatifs ; bruits bien frappés, sans souffle d'aucune sorte; pouls régulier, 76.
Les urines sont sécrétées en petite quantité, il n'y a guère que 400 grammes d'urine dans les vingt-quatre heures. Leur coloration est brunâtre, assez semblable à du bouillon cuit. Elles contiennent une énorme quantité d*albumine qu'on peut évaluer par le dosage à 3 grammes par litre. Elles ont un énorme précipité de tubes urinifères et de cellules épithéliales. L'enfant a peu d'appétit; elle est triste, abattue, avec tendance à la somnolence.
On la soumet au régime lacté (1 litre), on lui administre en outre 0,10 centigrammes de fuchsine en potion dans les vingtquatre heures.
7 juillet. Etat local et général exactement le même : albumine en même proportion dans l'urine; celle-ci contient 22 grammes d'urée par litre, mais comme la malade n'excrète pas 1 litre d*urine dans les vingt-quatre heures, on peut évaluer à 14 grammes la quantité d'urée rendue dans ce laps de temps.
On donne 2 litres de lait et la potion est portée à 0,15 centi'' grammes de fuchsine.
Le 8. Œdème persistant. Aucune amélioration dans l'aspect extérieur.
MALAOUS DBS BNPANTS. 3
600 grammes d*urines rendues.
L*urine examinée donne les mêmes quantités d*albumine, c*esià-dire, 3 grammes.
2 litres de lait, 0,20 centigrammes de fuchsine. Enveloppement dans des coux^tures de laine.
Le 9. Œdème persistant.
Le 10. 0,20 centigrammes de fuchsine. Lait (2 litres). Fumigations avec la teinture de benjoin.
Le 11. Même état. 3 grammes d'albumine par litre.
Le 14. 2 gr. 50 d^albumine par litre. 0,30 centigrammes de fuchsine. Enveloppement dans les couvertures de laine.
Le 15. L'œdème semble diminué. L*état général s^améliore.
Le 19. L'œdème diminue sensiblement ; le faciès offre un meilleur aspect. 1 gr. 50 d'albumine.
Le 21. L'œdème disparaît de jour en jour ; on ne retrouve plus que quelques traces en arrière des malléoles. 0,30 centigranmtes de fuchsine.
Le 25. L'œdème a complètement disparu. L'enfant a retrouvé sa gaieté. Son état général est bon.
l^i* août. L'amélioration continue, l'albumine tend à décroître. 1 gr. 12 d'albumine.
Le 5. L'albumine n'existe plus qu'en quantité très-minime. On supprime définitivement la potion en raison des vomissements qu'elle provoque.
L'appétit est revenu. Sauf un notable amaigrissement l'état général est excellent.
Le 6. Los urines examinées montrent à peine un léger nuage albumineux.
Le 8. L'albumine a complètement disparu. L'enfant a recouvré quelques forces et a pu se maintenir levée pendant une demiheure. On supprime définitivement Tenveloppement dans les couvertures.
Dans cette observation, l'état général paraissait trèsgrave, l'anasarque étant énorme, la quantité d'albumine rendue considérable, avec diminution du chiffre de Purée. La maladie a été longue à se modifier, mais en persévérant dans la médication uous avons vu se produire une amélioration notable et enfin la guerison en cinq semaines.
Obs. XX. Néphrite fcarlatineuse avec anasarque énorme. -*
Fuchsine, — Guérison rapide.
La nommée D... (Marie), âgée de 6 ans et demi, entrée le 5 mars 1879, salle Sainte-Catherine, lit n^ 34, dans le service de M. Bouchut (observation recueillie par M. Renoy).
L*enfant a été prise de scarlatine il y a trois semaines. L'éruption dura huit jours, et tout semblait marcher vers une guérison prompte, quand, sans cause connue, sans imprudence aucune, une anasarque généralisée se montra quinze jours après le début de TafTection. De la diarrhée et des vomissements qui persistèrent deux jours furent les seuls symptômes notés par les parents.
5 mars. Etat actuel. Au moment où nous voyons la malade, nous notons Tétat suivant: La face estextraordinairement bouffie, les paupières recouvrent une partie du globe oculaire. La peau, d'une teinte cireuse, conserve l'impression du doigt, il y a là un œdème très-manifesta. De plus, Tenfant ayant une asymétrie du côté gauche de la face, elle présente un aspect curieux, pénible à voir. Les membres supérieurs sont trèsœdémaliés, poignet et face dorsale de la main se laissant déprimer.
Les membres inférieurs le sont à un point extrême. Les saillies osseuses sont absolument effacées, et la peau a un aspect luisant, tendue qu'elle est par la sérosité qui inûltre les mailles du derme.
En dehors de ces phénomènes locaux, rien à noter. Les plèvres et les poumons sont en bon état. Rien au cœur. Langue rosée; il y a encore un peu de diarrhée.
Le 6. Il a été impossible d'avoir des urines, Tenfant ne prévenant pas du besoin qu'elle peut avoir d'uriner.
Régime lacté. Fumigations avec vapeurs de benjoin. Fuchsine ^ 0,10 centigrammes dans unjulepgommeuxde 120, aromatisé avec Q. S. d'essence de menthe.
Soir. T. 370,2. Môme état.
Le 7. T. M. 37«,4. Les urines traitées par la chaleur laissent précipiter une abondante quantité d'albumine grumeleuse, qui laissée au repos représente à vue d'œil 1/5 environ du volume de l'urine traitée. L'acide nitrique décèle des flocons très-épais d'albumine. Examinées par le pharmacien, elles contiennent 4 grammks d*albumine par litre. Continuation du régime précédent.
Le 8. T. 370,2. Les urines ont une couleur hortensia, indice certain de la fuchsine. Précipité très-abondant d*albumine par la chaleur et l'acide.
Le 9. Les urines ne sont pas rosdes ce malin, mais brun sale, couleur acajou. L'acide nitrique y montre un précipité floconneux trëE-inlenae, de nature albumineusc.
Le 12. L'analyse démontre qu'il n'existe plus que 1 ^t*. 4 par litre. En six jour^ de trailemeat, l'albuminea diuiioué de 2 gr. 6. CoDCurreinenl à ce résultat heureux, on note que l'ffidème, encoro trit-évident, a diminua d'une façon notable. La face, toujours d'une pâleur extrJïme, laisse voir les saillies des os malaires qui donnent un aspect amaigri à l'enTant. Les membres inrérieurs, beaucoup moins volumineux, conservent encore l'impression du doigt.
La dose de fuchsine est élevée à 0,15 cmligrainmes. Le 13. L'enfant a eu de la diarrbëe, la dose de fuchsine est ramenée à 0,10 centigrammes.
Les urines traitées par la chaleur laissent voir une opalescence
^^m légère par l'acide nitrique, précipité qui se dissout dans un excès
^^B d'acide avec une ctTervesconca remarquable.il n'y a plus d'albu-
^^M mine et le précipité semble formé de carbonate terreux.
^^M Le 15. L'œdémo de la face, des jambes est peu manifeste. La
^H pression doit <^lre longue et assez forl^ pour le déceler. Les uri-
^^Ê nés ne donnent yas de précipité par la chaleur. M^mt traitement.
^^m Lo tS. L'analyse deS urines a montré des quantités de carbo-
^H nat« terreux uni h l gramine d'albumine par litre.
^H Le 19. Plus aucun précipité par la chaleur ot Vaeida pierique.
^H Le riaclif de .VMu montre que l'urine en renferme encore quel-
^H que peu.
^H L'acide nitrique amène une efTervosconce telle qu'une allumette
^^M en ignition plongée dans un tube s'y éteint, tandis qu^elle se
^^B rallume dès qu'on la représente à l'air, c'est donc bien de l'acide
^^H carbonique.
^^M Le 20. La quantité de carbonate dans l'urine est telle que le
^^H pharmacien a fait éclater un bocal en y versant quelques goût-
^^H tes d'acide nitrique, et que l'examen n'a pu avoir lieu. Mémt
^^■^^^ en
traitement.
Le 22. Les urines ne renferment plus d'albumine, mais elles
précipitent des cerbonstcs et l'expérience de rallumeile est fait«
devant plusieurs assistants, il semble qu'on la plonge dans une
éprouvette remplie de gaz carbonique. L'analyse montre qu'il y a
encore 0 gr. 65 d'albumine par litre. Uém* traiUment.
Le 23. L'œdème a absolument disparu; l'enfant amaigrie, d'une
Lpftleur extrême, trés-raaigre de visage, est triste, a refusé les
linéiques aliments qu'on commence à lui donner.
La fudksine est supprimée.
Le 25. Il nV a plus d^albumine ni de sels, Tenfant a un faciès très-mauvais, les yeux caves, cernés, la figure amaigrie, décelant une anémie profonde. On leva Tenfant chaque jour. Sirop de pirophosphate de fer^ 30 grammes,
2 avril. L*enfant est en pleine convalescence, guérie absolument de son albuminurie, et va être rendue à ses parents.
Réflexions, — Albuminurie scarlatineuse, présentant un caractère grave au début (diarrhée, vomissements, anasarque énorme), qui s'améliore en Tespace de six jours, dételle sorte que de 4 grammes Talbumine descend à 1 gr. 4. Cet état va s'améliorant, et vingt jours après rentrée de la malade, en dix-huit jours elle guérit sans accidents, ayant supporté la fuchsine à la dose de 0,10 centigrammes, n'ayant eu de la diarrhée qu'un jour, que sembla déterminer l'élévation du médicament à 0,15 centigrammes.
Obs. XXI. — Scartatine; albuminurie^ emploi de la fuschine, pir le D' Pargoire^ de Liancourt,
Je viens d'obtenir de la fuchsine un beau succès dans les circonstances suivantes:
La femme Patin, âgée de 24 ans, me fait appeler à Labruyère pour une scarlatine, c'était le 22 mars. Pouls à 120, chaleur intense, sueurs générales, rougeur des amygdales et de toute l'arrière-gorge ; éruption sur toute la peau conservant l'empreinte de l'ongle qui l'a rayée: tels sont les symptômes qui se sont présentés à mes yeux. Le diagnostic n'était pas douteux. Le déclin de réruption et la desquamation se firent comme à l'ordii^aire; la
ûèvre ne diminua que le douzième jour, et persistait encore, quand le 5 mars, c'est-à-dire le seizième jour de sa maladie, le quatorzième depuis ma première visite, les urines se supprimèrent tout à coup.
6 mars. Je trouve la malade dans l'état suivant : Gèvre intense, 125 pulsations à la minute, douleurs lombaires violentes, vomissements très-fréquents. Une demi-cuillerée à café d'urine a été rendue dans les vingt-quatre heures. Diagnostic : les reins ont ût«} envahis par la scarlatine et leur desquamation oblitère les canalicules, en outre un exsudât Gbrineux s'est fait dans les tubuli; ventouses scarifiées à la région lombaire, diurétiques en boisson, frictions laudanisées sur le ventre, diète.
Le 7. M<1mc état. Une demi-cuillerée àcarû d'urine. Prescription: fuchsine 0,30 centigrammes, potion gomraeuse 120 grammes. Le reste, ut supra.
Le 5. Cinq ou six cuillerées à bouche d'urino ont été rendues. Continuation dit même traitement.
Le 9. Un demi-verre d'urino a étâ rendu.
Le 10. Urines assez copieuses, trois vorres environ. Soumises iiTébullition elles dëposealun abondant prûcipilé d'albumine. Je continue-la Tuchsine et ordonne le régime lacté. Jusqu'au II mai la fuchsine a été continuée, mais js l'ai supprimée à partir de cette époque parce que l'albumine était on petite quantité depuis quelque Jours- A présent il n'y en a plus. La malade se trouve bien sous tous les rapports. Il ne lui reste de sa longue maladie qu'un peu de faiblesse et un» douleur à l'épaule droite qui a débuté le 7 mars et s'est maintenue jusqu'à ca jour en diminuant pourtant d'intensité.
Cette malade, albuminurique, n'a eu ni Œdème des paupières, ni hydropisîes d'aucune sorte, immunité que j'attribue à l'emploi de la fuchsine qui a eu raison de l'albumine.
Suivant moi, dit le D'' Pargoire, c'est une observation Irësprobonto à ajouter â l'aclif de la fuchsine.
Quelle «l l'action àa la fuchsine dans la néphrite pareucbymateuse ot dans l'albumiDurie? Je n'essaierai pas de le dire et je me coutcntu provisoiremeat do la constatation empirique des faits. Cette substance est cmiaemnieut diurêli([ue et augmente la quantité d'urine si souvent diminuée chez les albuminuriques en même temps qu'elle produit aussi une plus grande élimination des sels.
On ne peut croire qu'elle doive guérir toutes les albumi> nuriea. Elle guérit surtout la néphrite pareuchymateuae et elle doit nôcûssairemeut échouer dans la néphrite intersittielle. Ainsi je soigne un jouue homme de 'i\ ans, albuminurique depuis deux ans, qui a une doulde névro-rétinile tr&s-caracti^risée et qui prend sans aucun effet Z grammes de fuchsine par jour depuis trois mots. Il on est de même dans un autre cas chez une jeune fille que je n'ai encore pu guérir. Toutefois d'après ce que j'ai vu, même dana les cas incurables, la fuchsine produit une amélioration marquée. Ainsi sur une enfant morte dans mon ser-
?ice avec uq rein blanc énorme, Talbumine était tombée par son inQuence du chiffre de 15 grammes au chiffre de 6 grammes. C'est donc un remède à employer et les 21 observations de guérison que je rapporte sont un encouragement réel pour ceux de mes confrères qui voudront employer cette médication. Je n'ai eu que deux insuccès.
J*ajouterai pour finir que les bons effets que la fuchsine semble avoir dans Talbuminurie s'observent également dans la glycosurie, et prochainement je publierai les faits sur lesquels repose ce tte assertion . E . B .
De la chylnrie et du distoma hœmatobinm.
8. — La chylurie s'appelle aussi hématurie graisseuse ou chyleuse des pays chauds ; diabète laiteux. Quant aux mots de pimélurie ou de lymphorrhagie récemment proposés eu France, comme ils semblent inventés par la manie de changer le vocabulaire médical au profit de l'auteur, et qu'ils n'ont aucune raison d'être, il n'y a pas lieu de les accepter.
Pour bien faire comprendre ce que c'est que la chylurie , je vais d*abord indiquer la composition des urines qui caractérise cette maladie. Je ne puis mieux faire que de publier textuellement les analyses faites sur deux malades que j'ai eu à traiter. La première, faite par M. Petit, est relative aux urines d'un Brésilien venu en France, et la seconde, faite deux fois, par M. Berthiot d'abord, et ensuite à rÉcole de pharmacie, a pour sujet les urines d'une jeune Parisienne de 15 ans, prise de cette maladie à Paiismôme.
1® Analyse de Vurine de M. Auguste C... — Nous avons examiné avec le plus grand soin cette urine qui nous a été envoyée par M. le D' Bouchut, et il résulte de nos expériences ce qu'on va lire :
P Elle présente l'aspect d'une émulsion de matière grasse, parfaitement homogène et ne se séparant pas, même après vingt-quatre heures de repos.
2^ Couleur d'un blanc jaunâtre, assez semblable à du
café au lait; seulement on remarque une teinte plus rougeâtre à la partie inférieure du vase.
3* Odeur peu forte, semblable à celle de l'urine ordinaire, sans aucun indice de fétidité.
40 Densité : 1,027, un peu supérieure à la densité normale.
5* Examen microscopique, — Une goutte de cette urine, prise à la partie inférieure du vase, dans la zone rougeâtre, fait voir au microscope quelques granulations amorphes et aussi des globules du sang. Une goutte de cette urine prise à la partie supérieure ne laisse voir aucun globule du sang, ni globule de graisse. Si on prend un peu de cette urine et qu'on la chauffe avec quelques gouttes d'acide acétique, en l'examinant de nouveau au microscope, l'aspect a complètement changé, car alors on voit un très^grand nombre de globules gras^ parfaitement sphériques et de dimensions diverses.
60 En agitatant cette urine avec de Téther et laissant ensuite reposer le tout, on voit le mélange se séparer en deux couches distinctes et transparentes. — La couche supérieure formée par Téther a été décantée et évaporée. J'ai obtenu ainsi, comme résidu de l'évaporation, une matière grasse de couleur jaunâtre, d'odeur aromatique et parfaite ment saponiflable par les alcalis. Un dosage direct me fait voir que cette matière grasse entrait dans l'urine dans les proportions de 6 grammes par litre d'urine.
70 La couche inférieure, ou bien l'urine dépouillée de sa matière grasse, présente les proportions suivantes :
Elle se coagule par l'action de la chaleur et par celle de l'acide nitrique. Par conséquent elle contient de l'albumine. La quantité de ce principe est à peu près de 0 gr. 50 par litre d'urine.
Cette urine ne se coagule pas par l'acide acétique, ce qui indique qu'elle ne contient pas de caséine.
80 L'urine privée de matière grasse par Téther a été chauffée à l'ébullition, puis filtrée pour en séparer Talbu mine. Le liquide clair a été soumis aux expériences suivantes :
Portée à rébuUition après addition de potasse caustique, elle ne se colore pas. Elle n'exerce aucune action réductrice sur le réactif cupro-potassique. Ces deux dernières expériences démontrent que cette urine ne contient pas de sucre ordinaire en glycose.
90 La réaction de Turine avant tout traitement est acide; elle rougit franchement le papier bleu de tournesol.
De tout ce qui précède il résulte que le nom d «rme albumino-graisseuse est celui qui convient à l'urine examinée. La présence d'un peu de sang n'a rien de bien extraordinaire, car on a publié quelques observations dans lesquelles les urines albumine- graisseuses avaient succédé à des urines sanguinolentes.
La seconde analyse, faite par M. Berthiot, pharmacien, est relative aux urines d'une jeune fille de 15 ans, née à Paris et habitant le quartier de la Bastille.
2o Analyse de turine de Mlle X... âgée de 15 ans. — La densité de l'urine est égale à 1,048 (densité très-forte).
L L'urine est blanche, laiteuse et fortement acide; par le repos elle se sépare en deux couches dont l'une supérieure, plus blanche, est analogue à la crème ; cette couche, traitée par Téther, lui abandonne une quantité très-notable de graisse facilement reconnaissable aux taches huileuses qu'elle laisse sur le papier.
II. 1» Filtrée et traitée par la chaleur, l'urine se trouble et il se forme un précipité abondant de matières protéiqiies. Le précipité se dissout en partie pendant le refroidissement, ce qui indique que Talbumine se trouve en partie à l'état modifié (albuminosej.
2® Le nilrate acide de mercure produit un précipité d'albumine avec coloration rouge.
30 Le tannin et l'alcool donnent avec l'urine des précipités très-abondants.
4" L'acide nitrique donne un précipité jaune caractéristique de l'albumine.
5® L'urine, acidifiée par l'acide acétique et traitée par le cyano-femire de potassium, donne également un précipité floconneux de matières protéiques.
Iir. Traitée par la cliaux, la potasse, la liqueur ds Bareswill, l'urlue ue donne lieu à aucun précipité ni à aucune coloration indiquant la prôseoce du sucre.
Conciusiotu, — Cette urine doit être classée dan* les urines chyieuses ; elle renferme dû la graisse et de l'albumine, cette dernière surtout à l'état modiQè.
La st;conde analyse, faite à l'école de pharmacie, donne les niômcs résultats : densité , 1,039. L'examen microscopique indique la présence de nombreux globules de graisse facilement isoiables par l'éther, de quelques cellules épilbéliales et enfin de cristaux groupés d'acide unque et d'urate de soude. Voici l'observation de la malade :
Obs. — Chylurie sur une jeune fille de 15 a>is ; hystérie; double conscience et dualité du moi. — Mlle X... âgée de 15 ans, que j'ai vue en 1870 en consultation plusieurs fois avec le D' Bilhaut, est bien formée, forte et fi-aîche. Elle a été vue aussi par un grand nombre d'autres médecins. Elle a depuis quelques semaines des attaques violentes d'hystérie caractérisées par la perte de connaissance et de sensibi* lité, sans changement de couleur du visage, par des spasmes du diaphragme et du ventre, par des élouffements, par la sensation de boule dans le cou et par des convulsions violentes des membres, sans fièvre. Ces attaques reviennent très souvent et sont cntreiuClëc» de pleurs el de larmes.
Pai'fois, sans attaques convulsives, elle est prise d'un délire dont on peut la tirer uu instant par des questions auxijuelles elle répond assez bien, puis elle délire de nouveau ; les crises ont lieu tous les jours.
De temps à autre, elle se plaint de maux de têtu, de coui'bature et de mal k l'ustontac avec vomissements sans flujt du ventre.
Elle n'a que peu d'appétit.
Les urines ont pris un aspect étrange qu'on n'observe jamais on France, mais qui se voit de temps à autre au Brésil et dans les pays chauds. SUes sont blanches comme du lait, c'est ce qui caractérise la chyluric.
Dans les observations faites chez cett<^ enfant pondant quinze jours sur la densité et l'aspect des urines, ou a vu
que la densité variait de 1002 à 1032, qu'elles étaient alternativement dans la même journée, jaunes, troubles et ensuite laiteuses, plus ou moins épaisses, quelquefois claires comme de l'eau, 1002 ; et que pendant deux ou trois jours elles étaient continuellement laiteuses. Depuis deux ans, je garde un flacon de ces urines dans mon laboratoire et elles ne sont pas décomposées, sont sans odeur et présentent une couche de crème surnageant sur une partie liquide jaune transparente.
Les urines ont été acides, rarement neutres, et par le repos elles se divisaient en deux couches, une inférieure semblable à du petit lait non clarifié, et Tautre supérieure semblable à de la crème blanche. Cette dernière partie graisse le papier, se dissout dans Tétheret présente au microscope un grand nombre de granules de graisse très petits et de volume variable. On y trouve, en outre, de Talbuminose, des cellules épithéliales. et enfin des cristaux d'acide urique etd'urate de soude.
Au bout de quelques semaines, la chylurie a disparu, et on a observé des crises singulières caractérisées par une sorte de dédoublement de la personnalité qui n'est, comme dans le cas précédent, qu*une sorte de somnambulisme diurne se prolongeant pendant cinq ou sept heures. J'en reparlerai un peu plus loin.
Ces crises se sont reproduites pendant près de deux mois et ont fini par disparaître. Alors il est survenu des vomissements de matières aqueuses très abondantes, et cessation absolue des évacuations alvines et urinaires pendant vingtquatre jours.
Un peu plus tard, il y a eu écoulement périodique de sang par le bout du sein gauche, phénomène analogue aux stigmates hémorrhagiques de certaines femmes affectées d'extase, et de Louise Lateauen particulier. Cet écoulement a duré plusieurs jours, il était assez abondant, et quand il cessa, il suffisait de presser le bout du sein pour en faire sortir quelques gouttes de sang. Rien de semblable ne s'est produit dans le sein droit, et Ton n'a pas constaté de suppression des époques mensuelles.
Aujourd'hui tous ces accidents ont cessé et il ne reste plus que des troubles nerveux, convulsifis et spasmodiques d'hystérie.
La chylurie est rare en France chez des sujets n'ayant jamais quitte le pays. Â ce titre, le cas delà jeune fille que j'ai observé à Paris avec le docteur Bilhaut mérite d'être remarqué. C'est presque une affection exclusivement intertropicale. On l'a observée, en Amérique, au Mexique, à la Nouvelle-Orléans, à Cuba, à la Martinique, au Brésil, dans la Colombie, dans la Guyane, au Chili, au Pérou ; en Afrique : à rile Bourbon et à Maurice, en Egypte, à Madagascar; en Asie : à Calcutta et dans les Indes néerlandaises. J'en ai vu un autre cas à Paris sur un Brésilien qui a guéri momentanément.
Elle est plus commune chez Tadulte que chez l'enfant ; mais Chapotin, Salessé, Cassien, Priestley, en ont observé de huit à dix, treize et quinze ans. Il y a eu un cas publié dans mon Traité des maladies de Venfance.hQ cas que j'ai vu à Paris avait pour sujet une fille de quinze ans.
Il parait seulement que la période hématurique prémonitoire est plus commune chez les enfants, et si la transformation en chylurie n'a pas lieu, c'est l'hématurie qui persiste dans l'âge adulte.
La chylurie s'observe chez les femmes un peu plus souvent que chez les hommes; chez les blancs et les créoles que chez les noirs et les mulâtres ; chez les sujets lymphatiques et principalement au moment des premières chaleurs, pour cesser avec la saison du froid et des pluies.
Les sujets atteints d'hématmie chyleuse ou d'hématurie ont généralement une bonne apparence. Ce n'est que dans les cas de maladie prolongée que le corps maigrit et que la santé s'altère profondément. Priestley cite le fait d'un enfant du Cap qu'il a traité à Edimbourg et qui, ayant de l'œdème aux jambes depuis six semaines, est mort avec une dégénérescence graisseuse des reins et des tubercules dans les poumons. Rayer a vu un cas où le corps état couvert de pétéchies et un autre où, avec l'apparition de la chylurie il y avait un peu d'amaurose passagère.
D'après Wucherer (de Bahia), Leroy de Méricourt, Crevau2, les malades atteints de chylurie ont en général une période d'hématurie de quelques jours précédant la chylurie, et le fait intéressant publié par le dernier de ces auteurs le montre de la façon la plus évidente. Les quatre crises de chylurie prolongée avaient été précédées de quelques jours d'hématurie.
Au début de la crise, il y a quelques jours de fièvre qui coïncident alors avec l'hématurie, puis, quand la chylurie arrive, la fièvre disparaît. Avec celte fièvre initiale existe une douleur rénale à peu près constante, avec ou sans battements, de l'un ou des deux côtés, occupant une fois le scrotum (Wucherer), n'existant que d'un seul côté des reins ^Grevaux), pouvant se manifester dans la vessie et même au gland en amenant de fréquents besoins d*uriner.
Dans un certain nombre de cas, il n'y aucun phénomène initial, pas de fièvre ni d*hématurie, mais ce fait reste à démontrer par de nouvelles éludes. Alors la crise commence par les urines graisseuses. Dans le fait que je rapporte, je n'ai vu que de la chylurie, mais n'ayant pas assisté à ses débuts, je ne puis rien dire pour éclairer la question.
Lorsque la crise commence par de l'hématurie, il peut se former des caillots dans la vessie qui empêchent Turination et qui obligent au cathétérisme. Seulement il ne faut sonder ou uriner que lorsque la vessie est bien pleine, pour que l'urine puisse entraîner les caillots de la vessie.
Sur le malade qui fait l'objet de l'intéressante thèse de Crevaux, on voit que le jeune homme, très préoccupé de cette dysurie, n*urinait que lorsque la vessie était bien pleine, qu'il commençait par une contraction énergique, que, si un caillot était engagé, si une ou deux contractions ne suffisaient pas à leur sortie, ilne fallaitpas s'obstiner, mais attendre pour recommencer que la vessie fût bien pleine. Dans quelques cas, le caillot de la veille peut se dissoudre dans la vessie, et alors les urines alcalines sont très chargées de phosphate ammoniaco-magnésien.
Les urines sont tantôt rouges quand il y a hématurie, tan-
tôt blanches, comme du lail, plus ou moias foncées, tantôt incolores comme du petit lait non clarifié.
Quand on les laisse déposer, une couche blanche comme de la crème monte à la surface, et elle est plus ou moins épaisse suivant Tabondance delà chylurie.
Elles n*ont pas Todeur urineuse et ne fermentent pas. J'en ai gardé plus d'un mois sans qu'il s'y produise d'altération.
Elles sont acides, et leur densité varie «singulièrement de 1010 à 1048 ou davantage.
Elles précipitent par la chaleur et par l'acide nitrique de Talbumine modifiée qui n'est peut-être que de l'abuminose.
Elles s'éclaircissent graduellement par Téther concentré qui dissout la matière grasse et qui fournit de 5 à 15 grammes de graisse par litre d'urine. Cette matière grasse a souvent une odeur de beurre de cacao.
Jamais ces urines ne renferment de glycose, mais on y trouve parfois de Tacide urique.
Au microscope, les urines renferment parfois des globales sanguins, bien que l'aspect extérieur n'indique pas leur présence. A plus forte raison y en a-t-il lorsque la chylurie est voisine de la période d'hématurie. Ck)mme Ta remarqué Wucherer, ces globules sanguins sont intacts et offrent leurs caractères normaux, ce qui prouve bien que le trouble de la sécrétion rénale ne saurait être considéré comme une lymphorrhée.
Avec les globules rouges existent baaucoup de globules blancs ou leucocytes analogues à ceux du sang (Wucherer), des granulations graisseuses et des gouttelettes huileuses comme celles du lait. Dans l'urine de ma malade, c'étaient des gouttelettes d'huile exactement semblables à celles du lait de femme et mêlées à des granulations et à quelques tubes urinifères granuleux.
Wucherer (de Bahia), qui a le mieux étudié sur de nombreux malades ces altérations de l'urine, y signale enfin la présence de cellules épithéliales de la vessie, des reins, des uretères, et quelques cristaux de phosphate amraoniaconiagnésien.
On trouve guelqpiefois dans ces urines des helminthes de difiërenie nature. Grevaux y a vu dans le cas qu'il rapporte un nématoîde dont il a fait graver la forme et qni avait 265 millièmes de millimètre en longueur sur une largeur de 10 millièmes de millimètre. La tête obtuse porte un point qui ressemble à un amas de granulations plutôt qu'à un orifice, et la queue est très eftîlée. Le corps est rempli de granulations. Son agilité est extrême, et par des mouvements de contorsion énergiques il met trente secondes à sortir du champ de Tappareil sous un grossissement de 320 diamètres. G*est une espèce de distome.
Bilharz, en Egypte, a le premier signalé cet helminthe retrouvé par Griesinger 177 fois sur 363 autopsies, et qu'on appelle Dtstomum ou BUharzia hsematohium. Il a été vu par John Harley au Cap avec ses œufs épars dans Turine. Le même fait a été signalé il y a soixante ans à TUe-de-France, par Chapotin, en 1869, à Bahia par Wucherer sur plusieurs de ses malades de chylurie et sur un malade du D*" Silva Lima.
En dehors de ces désordres de la fonction urinaire, les sujets atteints dihématune graisseuse ou de chylurie sont assez bien portants. Ils sont pâles, anémiques, rarement cachectiques et bouffis. Si la maladie dure longtemps, Thypochondrie les rend souvent assez malheureux, et chez la jeune fille de quinze ans que j'ai observée, il en est résulté des attaques d'hystérie très-violentes.
Ils ont quelquefois des vomissements au début de la crise, mais pas dans Tétat habituel ; les selles sont régulières ou rares, et Tappétit est en général excellent.
La fièvre est niille, si ce n*est pendant quelqpies jours, au début de la crise, et il n'y a de souffle vasculaire que si l'anémie est très considérable.
Le sang n'a pas d'aspect laiteux ; il renferme, d'après Beale, 0,068 de matières grasses, mais l'examen microscopique n'a pas été fait.
La marche de l'hématurie graisseuse ou chylurie est assez singulière. Parfois elle vient par accès d'hématurie suivis de chylurie, comme chez l'enfant du D' Grevaux ;
mais ailleurs c'est une chylurie chronique dont on ne connaît pas le début.
Elle dure indéfiniment, cesse un moment pour reparaître plus tard, et souvent ne guérit jamais. Gassien cite à ce sujet l'observation d'une dame do quatre-vingts-ans atteinte, depuis plus de cinquante ans, d'hématurie chyleuse.
Dans sa durée elle n'altère que très rarement et bien profondément la santé des malades. Toutefois, avec le temps, il en résulte de l'anémie, de la dyspepsie et de l'hypochondrie. Elle n'entraîne la mort que par exception.
D'après les recherches nouvelles et d'après les résultats de Chapotin, de Wucherer, de Harley, de Griesinger, de Grevaux, etc., il semble que la chylurie soit ime maladie parasitaire. La présence si fréquente du Distoma hœmatobnan en est la preuve. Get helminthe est la cause de l'hématurie suivie de chylurie ou de chylurie primitive, et, devant ce fait, le nom de chylurie ou d'urines graisseuses, qpii ne préjuge rien, doit être conservé. L'idée que c'est la lymphe qui passe par les urines et que c*est une lymphorrhagie des reins n'est qu'une hypothèse.
Traitement. — Les malades atteints de chylurie doivent changer de climat, prendre des bains de mer ou de rivière» faire de l'hydrothérapie, prendre des boissons alcalines quinze jours par mois; prendre six ou dix gouttes d'essence de térébenthine par jour, 1 à 2 grammes de copahu ; du cousso, 5 grammes à 10 grammes ; de Tiodure de potassiumi 1 à 2grammes; de l'huile éthérée de fougère mâle, etc. Ges derniers moyens ont surtout pour but de détruire le Distoma hxmatobium des voies urinaires.
Traitement de la pleurésie aiguë par le jaborandi et la
pilocarpine .
0. — J'ai l'intention de vous entretenir aujourd'hui du diagnostic et du traitement d'une affection banale, com-
inuiie dans Tespèc^, mais qui ue laisse pas cependant que d^étre souvent fort embarrassante ; je veux parler de la pleu^ reste aigtié. Assez souvent, vous porterez avec facilité votre diagnostic, et vous verrez la guérison s'effectuer par les seuls efforts de la nature.
A côté de ces cas fréquents, il en est d*autres où votre jugement sera tenu en suspens, et surtout où la maladie ne guérissant pas seule, les médications les plus rationnelles échoueront ; c'est pour vous mettre eu garde contre de cruelles déceptions que je crois utile d'appeler votre attention sur uu sujet en apparence si suranné, et surtout pour vous donner brièvement les notions thérapeutiques acquises par une longue expérience.
Ceci dit, j'entre de suite dans mon sujet, et cela, à l'occasion de plusieurs enfants de mon service qjii sont atteintes do pleurésie; Tune est couchée au n<'49, l'autre au n*» 17 et la dernière placée au n» 6 de la salle Sainte-Catherine.
La première, Belom..., âgée de 5 ans, entrée le 23 juin 1879, au n* 40 de Sainte-Catherine (M. Bouchut), est née de parents morts de phthisie; elle est malade depuis quinze jours ; point de côté à droite, inappétence, toux grasse, lièvre, matité en arrière et en bas, absence de bruit respiratoire et souffle à la [lartie moyenne, égophonie faible : en un mot épanchemenl moyeu s'élevant jusqu'à la partie moyenne de l'omoplate.
Le 25 juin, ou commence le traitement par l'infusion de jaborandi; .*{ grammes à continuer tous les jours.
Alimentation légère.
Le 5 juillet, après dix jours de traitement, l'épanchemeut a disparu, la résounance de la poitrine est bonne, la respiration s entend jusqu'en bas, mais elle est un peu plus faible qu'à gauche.
Exeat le 6 juillet.
La seconde s'appelle Estelle C..., elle a 10 ans, et présente des antécédents héréditaires fâcheux. Le père est mort de la poitrine, probablement phthisique, sa mère est une asthmatique avérée.
Quant à elle, son aspect est celui d'une enfant profonde-
VALADIBS DEA BNPANT!*. 4
ment lymphatique ; elle est pâle, blonde, a eu des engorgements ganglionnaires dans son jeune âge, bref elle présente les antécédents de cette scrofule bénigne, si fréquente dans nos hôpitaux d'enfants. Il y a quatre ans, elle est entrée à Sainte-Catherine pour une bronchite, reliquat de rougeole antécédente. Â ce propos, il nous a été dit par la mère que cette enfant avait eu trois fois la rougeole ; ceci est tellement exceptionnel, que je n*y ajoute aucune créance.
Quoi qu'il en soit, il y a dix jours, Tenfant a été prise d'une petite lièvre à répétition vespérale, puis d*un vomissèment, enfin d*un point de côté, assez faible pour que Tenfant ne s'en plaigne que dans les profondes et larges inspirations. La toux est rare, et non accompagnée d'expectoration. Vous le voyez, tous ces symptômes sont peu marqués, affaiblis, atténués. La maladie se montre à Tétat subaigu, suivant l'expression consacrée, et cela probablement grâce à la constitution débile de rcnfanl. Le terrain pathologique est en effet fort important à considérer, et rien ne se rassemble moins d*une façon générale que la même maladie évoluant sur deux individus de constitution différente . Vous faut-il un exemple ?
Prenons un adulte, sain, sans tare d'aucune sorte. Que cet individu soit atteintd'un coup de froid (et s*il se trouve dans des circonstances qui nous échappent totalement, et que nous décorons du nom c d'opportunité morbide »), il fera une pleurésie ou une pneumonie franche, fibrineuse, inflammatoire.
Au contraire, vienne la même cause, mais frappant non plus un homme bien portant, mais un valétudinaire, croyezvous que ce dernier fera une pneumonie ou une pleuiésîe identique? Assurément non, et cela était bien connu des auteurs anciens ; l'un d'entre eux, Baglivi, résumait cette idée dans une phrase demeurée célèbre : « 11 n'y a pas de pleurésie, mais des pleurétiques. • Là est en effet contenue toute la raison qui établit la prééminence incontestée de la clinique sur la pathologie. La première observe, collationne les faits^ tandis que la seconde décrit des maladies, et en
donne comme des moyens termes, alors que, ainsi que je TOUS le disais à Tinstant, rien ne diffère comme deux malades, en apparence semblables, et que le pathoiogiste étiquette d'un même nom.
Pardonnez-moi, Messieurs^ cette digression, utile à mon avis, pour vous bien faire sentir ce que je vous disais concernant notre jeune malade. Lymphatique, malingre, elle a peu réagi contre la cause efficiente, déterminante, et c'est là qu^il faut chercher la raison du peu d*acuité des
symptômes.
Il est de toute évidence que, si nous n'avions eu en notre possession que ces moyens pour établir le diagnostic, il eut couru grande chance de né point être fait. Mais fort heureusement, il n'en est pas ainsi, et les phénomènes physiques analysés avec soin nous ont donné facilement la solution du problème clinique.
La paipalton révélait un léger effacement des espaces intercostaux et surtout une diminution très-manifeste du fi*emitus vocal.
A ce propos, rappelez-vous que, pour ne pas vous exposer à des causes d'erreur, la recherche de ce signe doit être pratiqu'^ avec la pulpe des doigts, et aussi avec toute la païune de la main et, en vous approchant du creux axillaire, vous n'aurez point ainsi à redouter Terreur qui consiste à preudre pour des vibrations directes, des ondes tactiles qui ne sont que transmises.
La percuênon dénote une matité à gauche et à la partie inférieure avec une zone de submatité occupant environ le tiers inférieur du même poumon. Cette ligne de matité est, pour le dire en passant, tout à fait horizontale. Bous U clavicule, en avant, le son est clair et tympaniqne.
tàQUÊCultation^ qui doit être pratiquée toujours sur le poumon sain et malade, afin que les différences de timbre, de sonorité, soient facilement perçues pai* la comparaison immédiate des deux poumons, l'auscultdtion.dis-je, du poumon droit (sain) fait constater un murmure vésiculaire,douX) moelleux» naturel. A| gauche, dans la fosse sus-épineuse, le murmure vésiculaire présente aussi son caractère physiolo^
giquu, puis îi iiiusme qu'on descenil, la respira lion pruiid un carautâre plus rude, plus soufflant, vrai souCtle, à deux travers de doigt, au-dessous de l'aogle inférieur de l'omoplate ; puislemuriaure vésîculiiire vn t^'éloignant, s'altéiuiant point, qu'il faut une bonne attention pour le perwvoir,
Il est donc évident qu'il y a, iiitnrpos6 entra l'oreille el le poumon, un obstacle. Lequel'/ tii nous commandons à l'enfaut de comptera haute voiï, luntemeni. et que, comme pour l'auscultation du bruit respiratoire, nous appliquions notre oreille sur le côté sain d'abord, nous constatons alors des dilFérences Meu mamfcstes. Tandis qu'à droite, la vois arrive, natte, bien timbrée, à gauche, au niveau du point où le aouflle doux a été constaté, le murmure vocal est confus, tromblotaut : c'est le phénomène si connu, dit égophonie. Ici, ce n'est à proprement parler que de la broucboégophonie, et si le signe vient confirmer notre diagnostic, il n'est pas d'une nellelé aussi grande que dans des épanchements un peu plus considérables. Ht l'enfant parle sans faire de bruit avec les lèvres, la parole se transmet reuforcOB À roreillti qui auscuUt;, et constitue le phénomâne dfl lapectoriloquie aphonique dt Baccellî.
Pouvons-nous établir facilement, en fin de comptt;, iioira diagttoitK 1
Oui, Messieurs. La bénignité des symptômes du dûbut, l'apyrexie presque complète, le manque de crachais san* frUuts, h dillérenco d'acuité el de siège du point de coté, causé, vous le savez, par une névrite intercostale, le soufQa doux, sans rdles, la broucho-égophonie, tout cela r^etUi loin du nous l'idée de pneumonie pour celle de pleurésie. Cela ne pourrait-il pas être nue tuberculose? Notre eufant a des antécédents pulmonaires détestables. 8l' rcsseut-elle de l'iullucnce p&lcrnelte el maternelle ? Je ne le pense pas ; rien dans les signes généraux, mais surtout dans le> 3)-mptômos locaux, ne peut nous imposer nette mauvaise prévision. Donc par (élimination, épanchenieal pleural. — Est-il considérable ? Non, la purcussion et l'auscultalion nous ont rêpoudu. — Quello est la nalurii de cet ^pauchemenl 7 Je rrois pouvoir répondre s.ins crainte de
me tromper qu*il est bien plutôt séreux que puruleut, il est à coup sûr peu fibrineux, la torpidité du début nous en est garant certain.
L*enfant soumise à ilnfusion de jaborandi comme la précédente (2 grammes par jour), a rapidement guéri.
Voici maintenant la troisième observation :
La nommée T..., Mathilde, âgée de 14 ans, entrée le 20 mai 1879, salle Sainte-Catherine, lit n"" 17. Pas d'antécédents de famille. Fièvre typhoïde au mois d'octobre dernier, suivie d'une pleurésie à droite ; elle est sortie guérie au mois de décembre.
Il y a quinze jours, elle a été prise d'une douleur vive dans le côté droit avec fièvre, courbature, brisement général.
Éi€U actuel. — Décubitus indifférent. Faciès pâle avec teinte jaunâtre, chlorotique.
Percussion en avant et à droite^ son tympanique au-dessous de la clavicule. A gauche et en avant mémo point, son normal.
En arrière et à gauche^ son normal.
En arrière et à droite^ matité avec perte d'élasticité sous le doigt qui percute. La matité remonte jusqu'à la crête de Tomoplate.
Auscultation. Dans toute la partie inférieure du poumon droit. Suppression absolue de tout murmure vésiculaire, vers le milieu du lobe inférieur, et s'accusant de plus en plus pour atteindre son maximum d'intensité à l'angle inférieur de l'omoplate. Souffle doux, égophonie très-intense.
Palpation. Périodes vibrations thoraciques dans toute la partie inférieure à droite*
Du côté gauche, respiration un peu faible.
Cœur. Nullement déplacé» infusion sans bruit anormal.
Le 30, 37,5. — Pi-esmption : jaborandi, 1 gramme et injection avec 20 gouttes de nitrate de pilocarpine^ {l cen^ tigr.,) sitr Tabdomen. — Au bout de trois minutes, la malade se plaint d'un peu d'angoisse' respiratoire, puis apparaît la sueur qui perle sur le front de la malade sous forme de grosses gouttes. La salivation arrive presque en même temps et, en moins de dix minutes, elle remplit entiè-
rement un crachoir d'une salive fluide-aqueu^e, peu aérée*
Le 31, nouvelle injection de 20 gouttes. La sudation est encore plus rapide et plus abondante.
Soir. L'enfant a eu envie de vomir, et n'a pu manger.
On constate que répanchement diminue ; en effet, à la partie inférieure la respiration est faible, éloignée, l'égophonio est toujours manifeste, et le souffle plus doux.
1«' juin, injection de 15 gouttes. Elle produit le même effet,mais cette fois sans nausées ni troubles digestifs. Su* dation énorme, plus d'angoisse précordiale.
Soir. La percussion dénote un abaissement de Tépanchement, qui ne remonte que jusqu'à la partie moyenne du poumon. Au niveau de l'angle inférieur do l'omoplate, on constate que le souffle a fait place à des frottements qui simulent du gros râle crépitant.
Nouvelle injection de 15 gouttes , suivie de salivation énorme, sudation considérable.
Le 2, constipation depuis quatre jours, deux verres d*eau de Sedlitz.
Soir. L'enfant a été à la selle, elle est très-bien î apyréxie complète, l'injection de pilocarpinc ne détermine plus aucun trouble, l'infusion de i gramme de jaborandi est facilement prise.
La pleurésie disparaît avec une rapidité étonnante. Il n'y a plus qu un peu de broncho-égophonie, frottement» au tiers supérieur , respiration faible aux deux tiers inférieurs.
Le 3, injection 15 gouttes.
Le 4, id. id.
Le nuirmure vôsiculairo revient, il est plus fort.
La percussion no donne plus do matité que dans le quart inférieur, l'élasticité revient sous le doi^t. Vibrations thoraciques très-faibles en bas, mais elles sont revenues dans les deux tiers supérieurs ; frottement rude en haut.
Le 5, mémo état.
Le 0, lenfant de mande à se lover. £n l'auscultant, on ne trouve de différence qu'en auscultant le côté sain avant le coté malade. Ily a dos frottements humidos dans le bas, plus
de matité, plus d'égophonie. Injection avec 10 gouttes, jabo» randi 1 gr.
Le 7, soir. On peut considérer la malade comme guérie ; la respiration s*entend bien de haut en bas, toujours un peu sèche dans le sommet droit, avec du frottement, simulant de plus en plus le râle crépitant. On supprime la pilocarpine^ on continue seulement le jaborandi.
Le 9, Tenfant se lève pour la premiôi-e fois, elle est pâle, un peu faible, mais respire facilement, on n'entend plus qu*en haut du frottement, le son est revenu.
Le 10, continuation du même état.
Le 12, suppression de tout médicament, Tenfant reste dans les salles, descend au jardin et va très -bien.
Le 24, la guérison s'est maintenue, comme plus haut.
Et maintenant j'aborde la question du traitement de la pleurésie. Qne faut-il faire? Ici, Messieurs, que d'avis différents souvent contradictoires! Les uns vous diront : mettez des vésicatoires ; les autres conseilleront de purger, d'aucuns de stimuler l'appareil urinaire, la peau, ce grand émonctoire qu'on aurait tort de négliger ; enfin viendront, et non pas les moins nombreux, ceux qui conseillent Texpectation, ce traitement qui a souvent son importance, qui n'est point à la portée de tous, il faut le savoir. Pour nous guider dans le dédale de ces médications, je crois bon de les grouper en séries, mais auparavant je veux vous dire ce que je fais, c'est-à-dire que ce que je crois être utile.
Je m'efforce, de prime abord, de calmer la douleur de côté. Dans le cas présent, cette indication n'est point à suivre, puisque lesenfantssoufTrentpeUfVoiremémepoint.Mais souvent la conduite à tenir est formelle, pressante, le malade demande à être soulagé, il veut être débarrassé de ce point de côté, d'une intensité telle, qu'il gêne l'hématose déjà fort compromise, du fait de la compression du poumon, résultat direct, inévitable de l'épanchement.
Quels sont les moyens qui vous sont offerts par la thérapeutique dans cette occurrence ? Le plus énergique et en même temps le plus fidèle est sans contredit l'tn/^cf ion sous* cutanée de chlorhydrate de morphine, à doses variables sui-
— otf -
vaiil rdjje dus malades, el l'iiilensittf du la iiévrilu iutcr- Cûstale. Avec uijg solution, bien titrée, fiÂiche, vous arriverez dans rininiense majonté des cas à calmer la douleur, preiuier poiii!. Lorsque voits aurez affaii'e à des cas de moyeiine ialensilé, ayez recours aux cataplasmes chauds laudanisés, ou bien encore aux liiiiiueuls caLmanls, el tous réussirez souvent.
A câté de cette méthode, de cette médicatiou uarcotisante, el, dont l'opium, vous le voyez., fait tous les frais, so place la médication antiphloffistique, si eu honneur au début de roo carrière médicale.
LeSDinfrsufiiappliquéesolocodolenti » euassczgranduonibre éiaieut chose journalière. A l'heure présente, ou néglige lin peu trop ce traitement. Jereniploie rarement dans la pratique iniantile ; cependant vous me verrez quelquefois y recourir, en faisant les i-ecommandaLions nécessaires. Vous savez en eflet que dans le jeune Âge, 1 ecoulemeut sanguin assez abondant est chose pernicieuse, et il est arrivé fréquemment que dos enfants ont succombé à la suite d'applications de sangsues, dont, soit négligencu ou ignorance, on n'avait pas arrêté l'hëmorrhagie en temps utile. Si donc vous vous décidez à appliquer des saugsues, voue en surveillerez l'écoulement avec grand soin, el vous inlerviendrez de suite si l'héniorrhagie faisait mine de continue)'. Cela se fait par l'application d'une setre-fiiif ou d'un brin de charpie imbibé de perchlorure de fer.
Je donne la préférence aux venioitset gcan/îèe^^ qui bien appliquées sontmoins douloureuses qu'on ne le croit communément, et dont l'écoulement sanguin est toujours facilement réglé.
Une émission sanguine de 100 granmies, pratiquée ainsi, est excellente, exempte de tousdangcrs, el calme souvent la douleur.
Le deuxième point â remplir, dans le traitement de la pleurésie, est de s'opposer, autant que faire se peut, i^ l'augmentation de répfinchement. Vous me voyez alors employer un médicament bien calomnié, je veui parler du lartre stibié. J'ai coutume de le donner h dose contro-9li-
laulaiile à la dose de 0,05 centigr. dans une potion gommeuse de 80 gr. J'ajoute que j*en retire souvent de très» bons eflTets.
Mais admettons, ce qui n*est, hélas! que trop commun, que vous n*avez pu arrêter la marche de Tépanchement, ou bien que vous n'êtes appelés qu'alors que la pleurésie estdéjà âgée de quelques jours, qu allez-vous faire j^ut favoriser la résolution de Tépanchement? C'est là la troisième indication de la thérapeutique de la pleurésie, indication capitale.
C*est ici que vous ti-ouvez un luxe inusité de médications, richesse toute apparente, et qui trahit au contraire la pauvreté ou tout au moins le peu d'efficacité de chaque méthode. Pour ouvrir la série, se placent les diurétiques (parmi lesquels le nitrate de potasse 3, 4, 5 grammes dans un demi-litre d'eau), qui est d'un goût désagréable, et par conséquent ma] accepté des enfants ; Yacétate de potasse, aux mêmes doses, ne présente point au moins cet inconvénient. Enfin la sctlle^ à la dose de 10 à 20 gouttes, est un médicament très-infidèle, parfois dangereux, donnant lieu à des vomissements, et que je vous conseille de ne pas employer.
Mille fois mieux vaut la digitale. Elle se donne à la dose de jo, 30, 40 gouttes dans une potion de 100 grammes, en surveillant avec soin ses effets, cai% vous ne l'ignorez pas, c'est un de ces médicaments dont l'accumulation dans l'organisme ne se traduit quelquefois que tardivement, et presque toujours par des accidents alarmants.
Ici, Messieurs, permettez-moi une digression fort nécessaire, comme vous l'allez voir. Cette médication par les diurétiques est si. bien établie, qu'il est peu de médecins qui ne l'emploient et pourquoi? Parce que, partis d'une idée vraie en apparence, ils veulent reproduire sur le malade^ et cela artificiellement, ce que la nature fait quelquefois spontanément.
Or vous savez qu'il est certaines affections qui se jugent par des flux, des crises dans le langage de l'école ; c'est tantôt un flux urinaire, sudoral, intestinal, etc., qui marque l'issue finale de la maladie, et c^est de cette observa-
tion qu*on est parti pour échafauder les médications diurétique, sudorale, purgative. Enlevons à Torganisme, a-t-on dit, une certaine quantité d'eau, par l'appareil urinaire, par exemple, et nous aurons chance par cette soustraction de faire diminuer le liquide pleural. Or, cette hypothèse est chaque jour démentie par les faits, l'organisme n'obéit pas malheureusement à toutes nos injonctions, et les diurétiques resteront impuissants très-souvent à favoriser la résorption du liquide.
La médication sudonfiqtie, basée sur le même principe, me semble meilleure, et vous m'avez vu prescrire à notre malade du n^ 0 une infusion de jaborandi à la dose de 1 gramme, qui a été élevée à 2 grammes.
Rappelez-vous en passant, que le jaborandi détermine peu de sueur chez les enfants, il est seulement sialagogue h un très haut degré. Toutefois, en élevant la dose, Teffet sudorifique se produit, mais la saveur du médicament est assez désagréable et les enfants répugnent à la prendre. Alors, si la voie stomacale se trouve ainsi interdite, vous pourrez avoir recours aux injections de pilocarpine^ alcaloïde du jaborandi, 2 centigrammes par gramme d'eau distillée, à la dose de 10, 15, 20 et 40 gouttes.
Le jaborandi en infusion nous a suffi seul chez notre pi*emiùro malade. Sous son influence, Tépanchement a diminué au troisième jour, et il avait entièrement disparu au huitième. Aujourd'hui, l'enrant est guérie et la respiration normale s'entend à la hase de la poitrine. Elle ne tardera pas à sortir de l'hôpilal. La seconde a été guérie en quinze jours et quant à la troisième qui a pris le jaborandi en infusion et qui a eu des injections de pilocarpine, wi centigramme par jour, elle a été guérie en quatorze jours el est sortie le vingtcinquième.
Je ne vous parle qu'incidemment de la médication purgative, car je la trouve absolument mauvaise, en règle générale. J'ai hâte d'arriver à la médication révulsive, si journellement employée, et sur laquelle mon opinion est loin d'être conforme à celle de la pluralité des médecins. Que fait*on, en effet ? A peine l'existence d'une pleurésie est-elle
constatée, qu'aussitôt on applique vésicatoire sur véncatotre. Pour moi, c*est là une mauvaise thérapeutique, on va tout uniment à rencontre du but proposé, on veut diminuer l'épanchcment, on l'augmente.
Cette proposition va vous sembler paradoxale, mais si vous voulez bien réfléchir un instant au mode de production de la pleurésie, cet étonnemont cessera. Au début, il ej[iste (je parle des pleurésies franches) une congestion manifeste delà plèvre. Or, que faites-vous? Vous augmentez cette congestion par le fait de votre vésicant, surtout chez un enfant, dont la paroi thoraci(]ue est mince. Or, augmenter la congestion en ce moment, c'est favoriser Tépanchement, c'est le créer en partie ; donc, le vésicatoire prématuré est mauvais. Il n'en est pas de même du vésicatoire appliqué à la fin de Tôpanchement, alors que laphlogose initiale est terminée. Maintenant vous ferez œuvre utile en stimulant cette plèvre, qui est chargée de résorber cet épanchechement, vous donnerez ainsi un coup de fouet salutaire à la maladie. Vous le voyez, le vésicatoire est bon, c'est affaire do temps. Au début je le crois souvent mauvais, toujours inutile. A la fin, souvent bon, jamais pernicieux. A côté de lui se placent les autres révulsifs, dont le plus banal est la teinture d'iode.
Mais souvent, quoiqu'on fasse, Tépanchement reste stationnaire, plus souvent encore il va augmentant ; le malade doitétrô rapidement soulagé, sous peine de suffocation. La médecine cède le pas aux moyens chirurgicaux, et il faut recourir & la thoracentèse. Je ne peux entrer dans aucun détail sur son manuel opératoire, ses accidents, ses indications, pressé que je suis par Theure, mais je ne saurais trop vous dire que c'est une excellente opération, beaucoup moins dangereuse qu'on ne le dit, et pouvant être répétée, si besoin est, un grand nombre de lois.
En terminant, Messieurs, n'oubliez pas, quelle que soit la médication que vous adoptiez, que le régime, la diététique doivent être réglés avec le plus grand soin. Vous m'avez' vu chez nos malades prescrire en outre dnjaborandi^ le quinquina, une alimentation substantielle, sous un petit volume.
C'est indu pensable, ut c'est la durniëre indicaliun par la- (luellu je clos celle conférence : vous laTeuiplirez en variant la Tomie suivant la nature des malades, n'oubliant pas le vieil adage : « Il n'y a pas de maladies, mais des malades I »
Cérébroscopie; diagnostic immédiat de méningite par rophthalmOBCope en l'absence de tout autre renseignement.
10, — Ou amène à l'hOpital des Entiinls Malades, le 10 octobre 1879, une jeune fille X..., âgée do onie ans, au n**3 de Sainte -Catherine, sur laquelle .il n'y a aucun renseignement. Ou dit seulement qu'elle est malade depuis quinze jours et que le médecin a cj-u qu'il s'agissait d'une liêvro typhoïde.
A la visite, nous trouvons une enfant amaigrie, dont le ventre est aplati, douloureux, sans diarrhée ni vomissement. Elle Cil dans un grand étal de prOBtralion, sans eomnolenco, a du délire, de l'embarras de la parole, de l'hypereslliésie des cuisses. Elle ne tousse pas, n'a dans les poumons que dn rille muqueux, et rie» au cœur. Son pouls est régulier 120, et la température 37,0.
Ne croyant pas à une fièvre typhoïde et pouvant supposer uue méningite tuberculeuse ou une tuberculose générale, je voulus voir dans l'œil si quelque lésion ne révélerait pas uue maladie du cerveau ou des méninges.
L'ophlhalmoscopearèvéléuue névrite comniençanledaiis l'œil droit, et une névro-rètinite exsudative grisâtre dans r<pil gauche où il y avait dilatation et flexuosilé dos veines, des stases veineuses et des tubercules de la choroïde vu très grand nombra.
C'en Était assoz. Le diagnostic était fait. Il avait suffi de
ri^garder dans l'œil pour voir l'état du cerveau, et |)our aflir-
mer l'existence d'une méningite et de granulationiK lubcr-
ruleuses cénjbrales.
On ne se trouve pas habituellement dans ces conditions
de diagnostic. Les symplômcs éclairent déjà la nature et le siège du mal, lorsque rophthalmoscope permet de lui donner un nom précis. Mais ici. eu Tabsence de renseignements, il fallait cependant faire un diagnostic. Ce diagnostic pduvait se lire dans le miroir oculaire et il ne s'agissait que de savoir y regarder.
Au reste, Vautapsie a confirmé les données de Toplithalmoscopie. — Les méninges étaient infiltrées de sérosités opalines ; près de la scissure se voyaient d'innombrables granulations tuberculeuses isolées ou réunies en plaques irrégulières le long des vaisseaux. A la base, la pie mère était infiltrée de pus, et il n'y avait que peu de sérosité dans les ventricules latéraux. DansToeil droit, on pouvait constal«^r la névro-rétinite observée pendant la vie, et il y avait dans la choroïde 10 granulations miliaire^ tuberculeuses. L*œil gauche n*a pas été ouvert et a été conservé pour Tétude. La gaine du nerf optique renfermait une petite gouttelette de sérosité dans le renflement sclérotical. Les poumons, le foie, la rate et les i*eins sont criblés de granulations tuberculeuses.
Comme on le voit, la cérébroscopie a tenu ici tout ce que j'ai promis pour elle et j'en suis heureux, car c'est là une découverte française importante. En effet, avant Ta! i née 1862, il n*arait pas été publié un seul fait de méningite où Tophthalmoscope ait été employé connue un moyen de diagnostic. J'en ai publié cinquante cette année là, et ils se trouvent dans mon Traité de diagnostic des maladies du système nerveux par Cophthalmascope. On a d'abord ditqueTauteur ne disait pas vrai, puis, à présent, que l'étranger, nous empruntant la découverte, dit que la chose est bien réelle, on trouve que l'auteur ne doit pas être l'inventeur de cette méthode, et ou s'évertue à établii* que le fait était connu depuis longtemps.
De l*6ntéro-colite et de son traitement.
Dynpepsie; consomption ; cachexie; phthisie inieslinate^ etc,^ causées par Cenféro-colife des enfants à la mamelle.
11 . — Le liasard amène ce iiiatiu dan3 nos salles, 1* un eufant âgé de 0 mois, et qui est dans un état de dépérissement remarquable, ainsi que vous avez pu vous en couvaincre à la plus légère inspection ; et 2^ un autre enfknt de 3 ans à peu près dans le même état, car il ne pose que 5 kil. aOO.
Ces fails vont me fournir Toccasion de vous entretenir quelques instants de Tentéro-colite des jeunes enfants, aû'ection très- fréquente chez les enfants à la mameliei ou plutôt chez ceux qui n'y sont pas.
Fréquente, vous ai-je dit ; en effet, il n*est point une de nos consultations hebdomadaires où il ne nous soit donné d*en observer une vingtaine de cas au minimum, et d'entendre de la bouche des parents eux-mêmes le lamentable historique qui a déterminé la grave affection dont je veux vous entretenir. Je saisis avec d'autant plus d'empressement Toccasion qui m'est offerte aujourd'hui, qu'au résumé, cette maladie est rare dans mes salies, où, comme vous le savez, les enfants sont âgés de 2 ans au moins* Or, l'afibo tion dont je veux vous entretenir est essentiellement une maladie des nouveau-nés ou des enfants à la mamelle ; c'est pourquoi je crois utile de llxer votre attention sur ce point. Voici d'abord l'observation de l'enfant qui est dans nos salles :
EntérO' colite chronique; marasme ; malformation dite syphilitique observée sur les dents; mort; autopsie.
V..., iigée de 2 ans 1/2, entrée le 12 juin 1870, morte le 20. Élevée au biberon, ayant des alternatives continuelles de constipation et de diarrhée; sa maigreur est extrême; elle est aussi petite qu'une enfant de 8 jours; elle pèse 5 kil. 300 et a douze dents. Ses incisives supé-
lieures sout courtes, échancrées, concaves au bord libre, comme on dit qu'elles le sont dans la syphilis, et elle n*en porte aucune trace. L'enfant a de la diarrhée en ce moment, et elle est dans un tel état de marasme qu'elle doit suc* comber.
A V autopsie j on a trouvé quelques ulcérations très-petites dans rintestin grêle au niveau de plaques d'arborisation capillaire, et dans le csecum et le gros intestin une innombrable quantité de follicules noirâtres ardoisés avec un Qoint blanc central qui est Torifice du follicule. Vers la fin du gros intestin, la muqueuse plissée est rouge au sommet des plis et offre quelques ulcérations superficielles. Pas de tubercules de Tintes tin ni du mésentère.
Les poumons sont remplis de noyaux de pneumonie lobu* laire et offrent des parties atélectasiées, sans tubercules.
Le cœur présente de l'endocardite végétante mitrale et tricuspide.
Le cerveau ne présente rien de particulier.
Qu'on appelle cela comme on voudra, diarrhée, cacochymio ou autrement, ce sera un tort, car le vrai nom est erUérO'^^olite,
L'autre malade est amené par sa mère qui va le rem* porter. Ecoutons son récit :
L'enfant a perdu son père, qui est mort phtbisique. Élevé au biberon, il pesait au moment de sa naissance 2 kil. 500, c'est-à-dire environ 2 livres de moins que le poids habituel d'un enfant venu à terme et bien conformé, ainsi qu'il résulte des pesées que nous avons l'habitude de faire. Presque dès le début de rallaitemcnt il fut pris de diarrhée, sur laquelle je reviendi*ai dans quelques instants; concomitamment se montrèrent des vomissements qui bientôt devinrent très-fréquents, et sous cette double influence la nutrition soutErit à tel point que ce malheureux petit être, âgé aujourd'hui de 9 mois, ne pèse que 8 livres. Or, vous n'êtes pas sans savoir qu'un enfant qui est bien nourri doit augmenter de 20 à 25 grammes pai' jour pendant les cinq premiers mois, et de 12 à 15 grammes du cinquième mois à un an. Voyez maintenant tout ce qui manque à notre petit mala(ie«
CherchoDB-eii la cause : Pourquoi cet enfaiil es'.-il cachecUr[ue, cacochyme, athiepLique? pour me servir d'uue déuomînaliou réceniiiieat mlroduite dans la science, sans graiid proliL pour elle. On se demande en elFet le pourquoi de ce néologisme grec alhrepuie, qui signifie en Trançais défaut de nutrition; de quelle utilité est-il? Non-soulement il est superflu, mais il va à l'enconlre du but poursuivi par le savant. Aujourd'hui, en effet, le médecin doit s'efforcer de [aire dispai-aftre celte nomenclature symptomatologii|ue des dyspepsies, cacochymies, cachexies, consouiplious, diar7 rhêes, convulsions, coniractures, douleurs, dyspnée, etc., bonne pour les médecins du siècle derDier, mais indigne i^u nôtre. Cette classification doit céder le pas â la nomenclature anatomiqne, la seule raiionnelie et â coup sur la eeulo scientifique et véritablement digne de eu nom. A quoi bon les patientes ei nombreuses recherches de nos illustres aualomo-i^athologistes, de nos savants hislologiïtes, si tous ces efforts doivent aboutir â créer des enlilés morbides qui u'eii ont que le nom? Laissons à Bayle et à ses prédécesseurs étendre le champ des phlbisies pour établir l'uaitti de la tuberculose, et voyez de suite s'il eu c^l un parmi vous qui ne me comprenne admirablement lorsque je Ois : Tuberculose pulmonaire, intestinale, péritonéale, etc. Est-il rien du plus clair, je vous le demande, que cette classificatiou, ut voire esprit n'est-il pas satisfait lorsqu'on vous dit : Sclérose des coi'dons postérieurs^ la placede paraplégie; — pleuivsie à la place de point de cùlé, — péritonite? Mais jem'arrète.
Conservons donc, Messieurs, ou uiieu.'i rostiluons aux maladies leur nom anatomique, et appelons eiilèro-coUte l'all'ïction de nos deux petits malades. Gardons la classification de symptômes pour les alTecliODs non localisées, duni le domaiue anatomique nous esl caché, rien de mieux. Coqueluche, tétanie, cliorée, satisfont mon esprit jusqu'il plus ample informé: n>;iis encore nii coup mettons, l'éliquelle ojnilomiqur U uii nos investigations p<ilientes nous y autorisent.
J'arrive h mon sujet, api-és celte longue, mais nécessair'u digression. Pûuri[UoietcoiMmenl, vous disnis-jc, ces enfunts
sont-ils dans l'état de consomption où nous les voyons? La première de toutes les causes à invoquer est le genre d'allaitement auquel ils sont soumis. Ils sont nourris au biberon et ils en sont victimes. Vous savez en eiBfet, par les relevés statistiques, combien la mortalité du nouveau-né est plus considérable lorsqu'il est prématurément détaché, en dehors de toutes les lois naturelles, du sein qui est et doit rester son seul aliment. Mais, Messieurs, vous vous heurterez, et cela dès le début de votre carrière, à ces difficultés. Tantôt ce sera la misère qui éloignera la mère de son enfant, celle-ci étant forcée d'aller gagner son salaire hors de chez elle ; tantôt ce sera le fruit d'une union illégitime qu'on aura confié à des mains mercenaires; enfin, plus souvent encore, ce sera l'ignorance qu'il faudra accuser. Beaucoup de gens, et je ne parle pas seulement de la classe ouvrière, mais bien des gens intelligents, ou soi-disant tels, s'imaginent qu'on peut élever indifféremment un enfant au sein ou au biberon ; c'est une erreur, car ce dernier moyen est une des causes majeures de la gastro-entérite et de l'entéro-colite. A côlé, plaçons en regard une cause qui, pour tout opposée qu'elle soit, agit de même; je veux parler de l'alimentation prématurée, grossière, donnée à des enfants âgés de quelques mois. Rien de plus commun dans nos campagnes, et dans nos villes aussi, il faut bien le dire, que de voir des nouveau-nés participer en tout ou partie à l'alimentation de la famille, viande, féculents, vin, quand ce n'est pas l'alcool lui-même qui intervient!
Dans de telles conditions, quoi de plus naturel que de voir s'établir, comme chez notre enfant, les vomissements. Précédés en général de régurgitations laiteuses, ils s'établissent définitivement. Constitués en général par du lait caillé, ils répandent une odeur sut generis, butyreuse, fortement acide. La muqueuse buccale nous traduit fidèlement l'état de l'estomac; elle rougit fortement le papier de tournesol et présente l'état connu sous le nom à*acescence. Or, vous le savez, l'état d'acidité du liquide buccal constitue un excellent terrain pour le développement de la mucédinée du muguet, les observations de Dutrochet et de tant