‹ Clinique de la Maison des Aliénés, de MontpellierChapitre 10 sur 20 · HUITIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

HUITIEME OBSERVATION

Sypîiilîs, — Traitement mercuriel. — Vomlssemens de sang. — Douleurs &incipilales. — Flucurs blanches. — Accès de manie. — Muriate d'or en frictions. — Bégime anti-phlogistique. — Guérison des princi^ paiix symptômes.

ïn. , née à Nismes , domiciliée à Montpellier, fut envoyée au Dépôt de police , le 24 octobre 1824 : elle avait mené pendant long-temps une mauvaise vie , avait fait un enfant , avait eu la syphilis , et ce fut pour cette dernière maladie qu'on l'amena dans la maison. On lui fit subir un traitement mercuriel par les frictions , et tous les symptômes syphilitiques avaient disparu , lorsqu'il se déclara des accès de manie : on la transféra dans la section des aliénés. In. était petite, assez forte, d'un tempérament nervososanguin ; elle avait de vingt-cinq à trente ans. Il lui arrivait assez souvent de rester plusieurs mois sans être menstruée ; souvent aussi elle vomissait le sang avec force , et ce dernier symptôme annonçait ordinairement les accès de manie. Il en était un autre , qui les accompagnait presque toujours : des douleurs violentes au sinciput. Après qu'elles avaient duré deux ou trois minutes , la malade entrait en fureur, vomissait toute sorte d'injures , frappait ceux qui l'appro-

cliaîent , et se heurtait la tcte contre les murs, ou contre le pavé. Deux saignées, des boissonS' rafraîchissantes et une diète sévère, faisaient disparaître cette violente irritation. Cependant la faiblesse augmentait tous les jours, d'autant plus qu'aux symptômes que je viens d'indiquer se joignaient des flueurs blanches fort abondantes.

Ne pouvant déterminer exactement à quelle affection était due cette série de symptômes si divers , et supposant qu'elle pourrait bien être encore le résultat du virus syphilitique, quoiqu'il eut été administré un traitement mercuriel complet, je prescrivis le muriate d'or en frictions, d'après la méthode indiquée par M. Chrestien. li en fut administré quatre grains , sans que l'état morbide s'améliorât. Je me bornai dès-lors à uk traitement palliatif. Quand l'hémoptysie survenait , les saignées et le régime anti-phlogistique étaient mis en usage ; dans les intervalles , les bains tièdes et la plus grande tranquillité. Lorsque la fureur avait lieu , on renfermait la malade dans sa loge et on la livrait à elle-même. On fut obligé de ne plus employer le gilet de force qui l'irritait davantage et dont elle parvenait constamment à se défaire. Cette médication ayant été continuée pendant long-temps , les hémoptysies devinrent plus rares, et les douleurs de tête perdirent toute leur violence; le délire ne reparut plus; l'irritabilité du caractère

elle-même diminua beaucoup : în. se remit ait travail, et fut rendue à la liberté , le i5 mai 1827. Cette fille était complètement guérie de ses accès de manie , elle n'en a plus eu depuis ; mais elle vomit encore le sang de loin en loin , et est sujette à des attaques nerveuses qui ressemblent beaucoup à l'hystérie , d'après la description que l'on nous en a faite -, elle a d'ailleurs engraissé et travaille beaucoup.

La maladie dont je viens de tracer l'histoire, offre des symptômes tellement hétérogènes , qu'il est presque impossible d'en déterminer la nature. Les flueurs blanches , l'irrégularité des menstrues , les vomissemens de sang , les douleurs au sinciput et les accès de manie , étaientils dus à une même affection ? La syphilis , si variable dans ses formes , pourrait seule être soupçonnée ; mais un traitement mercurieî complet avait été administré et avait fait disparaître les symptômes ordinaires , par lesquels elle se manifeste ; le muriate d'or , qui passe pour un anti-syphilitique puissant, fut aussi mis en usage, et l'état morbide qui nous occupe n'en persista pas moins : les soupçons auraient donc été mal fondés. Dira-t-on que le traitement mercurieî , en guérissant la syphilis , avait déterminé une affection nerveuse? Celte supposition me semble pouvoir être admise : l'action du mercure amène quelquefois de semblables résultats; In. était

d'un caractère fort irritable , et prédisposée encore plus par la débauche dans laquelle elle avait vécu ; un régime adoucissant long-temps continué fit disparaître les principaux symptômes et calma l'intensité des autres ; enfin , il survint, à la suite , des attaques nerveuses bien caractérisées ; que de présomptions réunies ! Mais les flueurs blanches , l'irrégularité des menstrues et les vomissemens de sang, persistèrent; et il me semble impossible de les expliquer par l'affection nerveuse, sur-tout en considérant que l'intensité de ces phénomènes ne diminua que sous l'action des saignées répétées et d'un régime an ti-plilogis tique sévère : je pense donc qu'ils constituaient un état morbide distinct et dont la cause résidait dans une affection des organes génitaux. L'abus des plaisirs vénériens, abus auquel s'était livrée In. , les symptômes syphilitiques qui en avaient été la suite, et qui, d'après ce que l'on nous a dit , s'étaient manifestés sur ces, organes , viennent appuyer ce sentiment. L'on pourrait bien objecter que les vomissemens de sang ne répondaient pas exactement à la suppression des menstrues , et cela est vrai : mais j'ai dit que cet écoulement se montrait d'une manière irrégulière , et l'on sait que cela est très-fréquent chez les femmes de mauvaise vie. Comment donc pourrait-on trouver de la régularité dans les flux qui viennent suppléer celiu-là?

En résultat , je pense que In. était atteinte d'une maladie composée d'une affection nerveuse générale , et d'une affection que je ne saurais déterminer, mais qui avait exercé une action irritative principalement sur les organes génitaux. Quelle que soit l'exactitude de cette opinion, l'observation n'en sera pas moins digne d'attention par la diversité des symptômes qui se sont réunis , par les accès de manie survenant à la suite de violentes douleurs à la tête ; enfin , par le calme produit par le traitement anti-phlogistique long-temps continué.

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