‹ Clinique de la Maison des Aliénés, de MontpellierChapitre 12 sur 20 · DIXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DIXIÈME OBSERVATION

Manie. — Suppression des menstrues. — Guérîsoni — Retour de la menstruation,

Magdeleine Roques , de Pézenas , âgée de vingt-huit ans , fut reçue dans la maison des aliénés le 24 juin 1827 : elle était petite , maigre , d'un tempérament nerveux , d'un caractère triste. Les renseignemens qui nous furent donnés , nous firent penser que l'aliénation mentale avait été causée par la misère et par quelque vive frayeur : clic était caractérisée par

tin délire général, un bavardage continuel et une vive agitation ; les règles étaient entièrement supprimées. Il fallut contenir presque constamment celte aliénée par le moyen de la camisole ; faute de cette précaution, elle brisait tout et mettait le désordre dans l'établissement. On pratiqua plusieurs saignées ; on administra des bains tièdes pendant long-temps , des douches fortes et prolongées; rien ne- put amener le calme : les douches cependant diminuaient l'agitation pour plusieurs jours. Dans l'espace de quatorze mois, il y eut trois intervalles lucides, qui durèrent quinze jours chacun ; ils étaient survenus sans qu'on pût savoir pourquoi , et se dissipèrent de même. Knfm , au commencement de septembre 1828 , Roques fut tout-à-fait calme , et éprouva le plus vif désir de recouvrer sa liberté et de rejoindre son mari: alors les menstrues reparurent pour la première fois , et la raison se soutint. Un mois après, les menstrues coulèrent de nouveau. Le i*^"^ novembre , l'aliénée fut rendue à sa famille : depuis lors , elle est devenue enceinte , et la guérison. ne s'est pas démentie.

La suppression des menstrues est-elle une cause fréquente de folie , et leur retour est-ii un moyen de guérison ; ou bien , la folie occasionne-t-elle la suppression des menstrues , et sa guérison en détermine-t-elle le retour? Telle

est la question que l'on a agitée il y a quelques années. Les anciens avaient adopté le premier* sentiment ; Georget, MM. Falret et Voisin ont soutenu le dernier : nous pensons, que les uns et les autres ont trop généralisé des faits vrais ea eux-mêmes. Nous sommes persuadé , et si l'on consulte l'expérience sans se laisser entraîner par un système préconçu , Ton trouvera que , chez beaucoup de femmes , la menstruation cesse lorsque l'aliénation est déclarée, et se rétablit seulement lorsque cette maladie est guérie ; que chez beaucoup d'autres , au contraire , c'est la raison qui se perd aussitôt après la suppression du flux menstruel , et qu'elle ne se retrouve que lorsque celui-ci a reparu. Le premier cas a-t-il plus souvent lieu que le dernier ; ou le dernier arrive-t-il plus fréquemment que le premier ? C'est ce qu'il est impossible de déterminer, parce que malheureusement les faits que l'on invoque sont pour la plupart susceptibles d'interprétations tout opposées : les deux précédens en sont une preuve frappante.

Chez Jeaime Granier, le retard des menstri^es a-t-il été cause prédisposante de l'aliénation jnentale ; ou la frayeur a-t-elle suffi pour la faire liaître ? L'affaissemeqt de cette fille, le trouble inaccoutumé qu'elle éprouvait pendant le sommeil , peuvent faire croire à la première proposition ; mais , aussi , la frayeur a si souy^*

été cause efficiente de la folie , que rien n'empêche d'adopter la seconde opinion.

Chez la même malade , le retour des menstrues a-t-il déterminé la guérison de l'aliénation mentale , ou a-t-il été déterminé par le retour de la raison? Si la rapidité avec laquelle la guérison s'est opérée après l'apparition du flux fait pencher l'esprit d'un côté , l'amélioration; sensible qui avait eu lieu antérieurement l'entraîne aussi vers l'auti'e.

Enfin, chez Magdeleine Roqaes, la guérison a-t-elle été assurée parce que les menstrues ont coulé \ ou bien , au contraire , celles-ci ont-elles coulé parce qu'il y a eu guérison solide ? Encore mêmes doutes : et quelqu'un de bonne foi pourra-t-il trancher la question ?

Presque tous les faits publiés présentent les mêmes difficultés ; et c'est parce que chacun les explique en faveur du système qu'il a préféré ,, que l'on arrive à une exclusion d'autant plus fâcheuse que la thérapeutique en éprouve les effets : on ne voit plus qu'une indication à reniplir, on a toujours recours à la même médication, et souvent l'on empêche des guérisons qui auraient été amenées par des remèdes vaiûés , ou qui même se seraient effectuées par les seuls efforts de la nature. On ne saurait donc trop le répéter : tout système exclusif est dangereux en médecine.

( Si )

onzième observation.

Démeuce. — Mort sans cause connue. — altérations organiques diverses ,

Jean Bonnet , de Bédarieux , âgé de 4-2 ans, fut amené dans la maison des aliénés le 28 janvier 1826. Il était petit , d'une constitution forte, mais délabrée depuis long-temps; il était presque aveugle , parlait peu , ne comprenait qu'avec peine , se traînait lentement d'un lieu dans un autre , sans savoir ni comment ni pourquoi , demandant l'aumône par habitude , ainsi que le chemin de son pays. Sa démence était extrême et durait depuis fort long-temps. Comme elle ne laissait aucun espoir de guérison et que l'aliéné était tranquille , on le fit passer dans une salle d'incurables où il mourut , sans qu'on s'aperçût s'il avait été malade.

N écropsÎQ faile vingt-quatre heures après la mort.

Tête. Crâne bien conformé ; granulations inégalement parsemées sur toute sa surface interae ; saillie osseuse assez développée au milieu du temporal droit; amincissement , transparence , et même perforation entière dans tous les points correspondans aux granulations de la dure- mère. Arachnoïde épaissie, grisâtre dans toutes les parties supérieures des

hémisphères , s'en détachant avec facilite' , re^ couvrant de la sérosité épanchée entre les circonvolutions. Large plaque d'un rouge brun à la hase du cerveau, sur la partie latérale droite. Ulcération très - profonde , offrant la même couleur, sur la face inférieure et le côté externe du lobe moyen , et correspondant à la saillie osseuse mentionnée plus haut. Une autre ulcération correspondant à la face postérieures du lobe antérieur. Dans ces ulcérations , la substance corticale ramollie et semblable à du putrilage. Dans la partie postérieure-supérieureéxterne du cervelet à droite , une production^ osseuse , inégale, irrégulière, ayant environ une ligne d'épaisseur et trois de diamètre , appartenant à la tente du cervelet. Substance cérébrale conservant généralement sa consistance ordinaire. Ventricules latéraux fart dilatés , et contenant une grande quantité de sérosité limpide. Septum lucidum détruit : à peine en trouvait-on quelques traces dans les parties antérieure et postérieure , et seulement quelques filets membraneux qu'accompagnaient des vaisseaux sanguins. Couches optiques légèrement affaissées. Nerfs optiques aplatis , grisâtres , endurcis : le droit plus que le gauche , jusque» au kiasma.

Le thorax et l'abdomen n'offrirent rien de particulier.

Les excroissances osseuses trouvées sur la face interne du crâne, la perforation complète de plusieurs points des méninges , le ramollissement de la substance corticale , enfin , la destruction de la cloison transparente , sont autant d'altérations qui ont dû se faire lentement , et sont parfaitement en rapport avec la démence prolongée qui s'était manifestée pendant la vie. Mais , qu'est-ce qui a déterminé la mort de l'aliéné? Cette mort a-t-eile été subite? Rien de positif à cet égard. Nous parlerons des conjectures que l'on peut établir, après avoir présenté l'observation suivante.

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