‹ Clinique de la Maison des Aliénés, de MontpellierChapitre 13 sur 20 · DOUZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DOUZIÈME OBSERVATION

Démence. — Diarrhée. — Mort. —Lésions organiques dii^erses,

Louis Gély , né à Béziers , fut conduit à la maison des aliénés le 26 août 1828 , âgé de 27 ans. Il était fabricant de chaises. Depuis cinq ans environ , et sans cause connue , il s'était dégoûté de son travail , était devenu ca^ pricieux et tenait souvent des propos extraordinaires. On lui administra quelques médica- «lens qui furent sans succès; le délire augmenta; il fallut avoir recours à l'isolement.

Gély était polit , maigre , il avait la figure longue et la lele fort élevée dans la partie pos-

tciieurc. Dans chacun de ses yeux on distinguait une cataracte commençante : il voyait fort peu, et sa vue alla toujours en diminuant. Lorsqu'il nous fut amené et jusqu'à sa mort , il répondait en général avec assez de justesse , mais lentement; son espiùt était toujours en px-oie à quelques idées bizarres. Pendant long-temps, il se disait demoiselle ; il lui arrivait souvent de se mettre à genou , de se coucher tout étendu A'entre à terre , et de garder ces postures ou autres plus gênantes encore , pendant plusieurs heures de suite ; il y avait aussi plusieurs mouvemens des extrémités ou même du corps, qu'il répétait très-long-temps. Des bains , des douches , des vésicaloires , ne changèrent rien à son état. A la fin de 1827 , il maigrit beaucoup ; une diarrhée forte survint au commencement de janvier, et il succomba le i3 février 1828.

Nécropsîe faite vingt-quatre heures après la mort.

Tête. Arachnoïde épaissie dans plusieurs points ; sérosité épanchée entre les circonvolutions ; tout le système cérébro-spinal dans une intégrité parfaite. Nerf optique correspondant à l'œil gauche , atrophié en arrière du hiasma dans un demi-pouce de son étendue , grisâtre et presque diftluani. Dans ce même

œil, épanchement de sérosité entre la rétine, et la choroïde ; le corps vitré atiophié , réduit à la membrane hyaloïde pllssée , repliée sur elle-même et ne formant plus qu'un bouton irrégulier et grisâtre ; cristallin épaissi ; mêmes altérations commençantes dans Toeil droit. Thorax. Cœur d'une petitesse extrême^ Abdomen. Traces d'inflammation profonde et ulcérations dans le cœcum , ainsi que dans tout le gros intestin. Au-dessous et au bas-fond de la vessie se trouvait une tumeur volumineuse , que l'on ne saurait mieux comparer , pour la forme , qu'à un œuf de poule ; elle avait deux pouces dans son grand diamètre et quinze lignes dans son diamètre transversal ; sa grosse extrémité était tournée en haut et sa petite en bas ; elle embrassait le col de la vessie. Une dissection attentive , en l'isolant des parties environnantes , démontra qu'il s'agissait de la prostate ; son tissu était tout-à-fait celui du squirrhe ou du cancer en rave : en la coupant, on ouvrit trois petits abcès développés dans son épaisseur. Les conduits éjaculateurs traversant cette glande étaient oblitérés : les vésicules séminales , au contraire , étaient augmentées de volume.

Dans cette observation , comme dans la précédente, nous voyons des rapports entre les allérations cadavériques et les syniptômcs que l'on avait observés pendant la vie, relativement à la

vision. Dans les deux cas , il y avait cécité presque complète , et dans l'un et dans l'autre aussi, les yeux ou les nerfs optiques étaient désorganisés en partie; chez Bonnet, ces derniers seuls avaient éprouvé une altération grave. Il peut donc encore se faire que ce soit par leur moyen que s'opère la vision : nous n'avons pas, il est vrai , examiné la cinquième paire, à laquelle on semble vouloir tant accorder aujourd'hui, dans cette fonction; mais voilà bien trois observations d'atrophie des nerfs optiques, chez des aveugles, que nous publions. ( Voyez mon premier Mémoire, ohs. 12".)

Relativement à l'aliénation mentale et à la maladie cause de la mort , cette observation offre des circonstances tout opposées à celles de la précédente. Chez Bonnet , l'altération deg méninges et celle du cerveau s^accordalent parfaitement avec la perte de la raison , et rien ne rendait raison de la mort. Chez Gély , au contraire , rien ue pouvait expîiqum- l'aliénation mentale , tandis que la cause de la mort se trouvait dans ces ulcérations profondes des gros intestins , qu'avait amioncées une diarrhée forte et assez long-temps prolongée. Ces variations de rapport entre les altérations cadavériques et les maladies observées sur les fjujets qui les offrent , ont déjà fixé l'attention de3 médecins depuis long-temps ,. et ont 50U-=

levé une question que je me garderai bien d'aborder ici. Je veux seulement signaler tleux circonstances qui me semblent de la plus" grande importance : chez Bonnet , un épanchement de sérosité dans les ventricules latéraux du cerveau , a été assez abondant pour les dilater outre-mesure , et cette disposilion se trouve correspondre à une mort que Ton peut croire avoir été subite ; et chez Gély , la désorganisation de la glande prostate et roblltératioa des conduits séminaux, se trouvent correspondre à l'idée fixe qu'il est une demoiselle. Ne pourraiton pas dire que le premier est mort d'apoplexie séreuse ? Quelques faits que j'ai recueillis €t que je réunirai plus tard , mettront , je crois , hors de doute que cette espèce d'apoplexie doit être admise ; et pourquoi cette observation n'en serait-elle pas un exemple ? Ne pourrait-on pas aussi penser que l'idée fixe du second a été déterminée sympa thiquement par Taltération des organes génitaux ? Dès faits assez nombreux semblent indiquer qu'il existe ainsi, une relation entre les organes altérés et les idées sur lesquelles se fixe l'esprit de ceux qui en sont atteints. Les rapprochemens que l'on peut faire à cet égard sont des plus curieux ; ils peuvent conduire à des découvertes importantes pour l'histoire des sympathies , pour le diagnostic <Je certaines maladies et même pour

leur traitement; mais il? demandent une étude spéciale qui serait tout-à-fait déplacée dans un simple rapport de clinique.

Page 1