‹ Clinique de la Maison des Aliénés, de MontpellierChapitre 15 sur 20 · QUATORZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME OBSERVATION

Idiotie; diarrhée; phthisie. -- Mort, — altérations organiques nombreuses j cysticerques sur le cerceau.

Le 2 mars 1827 , il nous fut amené un homme qui avait été trouvé sur une grand'-route par la gendarmerie , et déposé dans la prison de St.-Pons. E n'avait pas plus de quatre pieds de haut; ses extrémités inférieures sur -tout étaient très-courtes , elles étaient grêles et contournées en dedans. Sur les régions fessières , dans les parties correspondantes aux articulations coxo - fémorales , se trouvait de chaque côté, un enfoncement très-grand et semblable à celui qui résulterait d'une cicatrice survenue après une plaie avec perte de substance. Tête petite dans sa partie antérieure et dans sa partie postérieure, élevée dans son milieu; yeux ternes et comme recouverts d'une toile grisâtre ;

figure longue ; assez de barbe , couleur blonde , ainsi que les cheveux et les sourcils. Cet individu paraissait jeune au premier aspect ; mais si on le fixait , on croyait distinguer les traits 'de l'âge mûr ; aussi nous serait-il impossible de dire s'il n'avait pas atteint 20 ans , ou s'il en avait plus de [^o. Son intelligence était tout-à-fait bornée : nous ne pûmes apprendre , ni qui il était , ni d'où il était. Ses manières étaient absolument celles de l'enfance: un changement de vêtemens, un morceau de corde , de bois , une vieille pantouffle , dont on lui faisait cadeau , lui donnaient des transports de joie. Il parvint à connaître les employés et plusieurs aliénés par leurs noms; il savait distinguer ceux qui le traitaient avec douceur de ceux qui le rudoyaient ; ses idées n'allaient pas audelà de Ce que peuvent inspirer les plus simples besoins de la nature ; il était du reste fort doux et fort facile à gouverner. Au mois de juillet 1828 , il fut atteint d'une forte diarrhée qui résista aux moyens les plus variés ; il s'y joignit plus tard, une toux continue avec expectoration de crachats muqueux et purulens ; dans un vomissement , il rendit même des vers ; ses forces diminuèrent peu à peu , il tomba dans un marasme extrême, et mourut le 1 5 septembre de la même annéco

Nécropsie faite trente-six heures après la mort.

Tête. Arachnoïde légèrement épaissie et grisâtre , recouvrant un peu de sérosité et se détachant sans peine du cerveau ; circonvolutions de cet organe , sur-tout dans la partie antérieure , petites , fort nombreuses et superficielles ; chaque hémisphère divisé en deux parties par une espèce de rainm'e qui parlait de la scissure de Sylvius , et semblait se continuer jusqu'à l'extrémité postérieure du cerveau; ventricules latéraux grands et distendus par une sérosité limpide ; kyste jaunâtre de la grosseur d'un gros haricot , situé sur l'hémisphère droit , à sa partie interne , vers le tiers postérieur , et à six lignes environ au-dessus du corps calleux.

TJiorar,. Poumons sains à l'extérieur , présentant de nombreux tubercules et même des cavernes à l'intérieur , principalement vers leur sommet ; le droit plus altéré que le gauche.

Abdomen, Rougeurs sur diverses parties du péritoine ; glandes mésentériques volumineuses et remplies de tubercules; estomac rouge sur quelques points et contenant de la bile; colon ascendant rouge et ulcéré; quelques lombrics dans le colon transverse.

L'on voit bien dans cette observation que les phénomènes cadavériques ont offert un rapport parfait avec les phénomènes morbides , mais il

est si commun que je ne crois pas devoir tn^y arrêter. Ce qui m'a déterminé à la publier, c'est la présence d'une grosse hydatide sur le cerveau; au moment où l'on étudie avec la plus grande attention les diverses espèces de vers qui envahissent le corps de l'homme, quelques médecins pourront trouver le fait intéressant. Cette hydatide était un cysticerque : voici la note que m'ont transmise MM. JDugés et Fages. « L'hydatide que noijs avons examinée (avec le microscope) est évidemment un cysticerque , et probablement un cysticercits cellulosq , c'est-à-dire , un ver à une seule tête qui se rétracte et se renferme dans la vésicule. Nous n'avons pu voir les détails de la tête à cause de l'action de l'alcool , mais nous avons trèsbien vu le corps renverse en dedans comme un gant.» J'avais trouvé d'autres fois des hydatides qui m'avaient paru semblables à cette dernière ; comme elles n'avaient pas été examinées attentivement, je n'en ai pas fait mention. Dans aucun cas, je n'ai vu que l'on pût établir des rapports entre elles et l'aliénation mentale, ou les diverses maladies dont les sujets avaient été atteints; il est vrai que jamais elles n'avaient acquis un gros volume. J'ai rencontré aussi , il y a peu de temps, des acéphalocistes en assez grand nombre sur îes plexus choroïdes ; l'observation , curieuse sous d'autres rapports , sera publiée plus tard.

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