CHEZ LES FEMMES
1826; 2 sur 4-5 (27+18).
1827; 3 sur 56 (27+18+17 — '6).
1828; 2 sur 52 (27+18+ 17+9— 6 — 13)*
Ainsi , la mortalité a été à peu près : Chez les hommes , : : i : i3 , : : i : 10 et : : I : i3 ; et seulement chez les femmes , ::i:22,::i:i7et;:i: 26. C'est-à^dire , que terme moyen , il est mort un aliéné sur douze; tandis qu'il n'est mort qu'une aliénée sur vingt-uacw
Cette différence énorme serait-elle spéciale à notre hospice ? Rien ne porte à le supposer ; la distribution des quartiers est la même , ils sont également exposés au nord-ouest; la nourriture esl la même pour les deux sexes; enfin, , les soins hygiéniques leur sont également dispensés. Cette différence serait-elle générale ? Les données me manquent pour résoudre la question ; mais je serais assez disposé à ré-
pondre par raffirmative , en me rappelant qucr iPinel avait trouvé pour moyenne des morts à la Salpctrlère , la proportion de i à 20 , et que j'ai toujours entendu dire qu'elle était plus forte à Bicêtre. Je trouverais d'ailleurs à la plus grande mortalité des morts chez les 'hommes , un motif assez probable dans les changemens de vie qu'ils subissent , en général : au lieu des exercices violens auxquels ils se livraient et de l'extrême liberté dont ils jouissaient , ils trouvent un repos presque absolu et sont asservis à une obéissance aveugle ; les femmes , au contraire , changent des habitudes casanières contre des habitudes plus casanières encore ,. ne font guère que continuer leurs travaux , et goûtent le plus souvent une tranquillité qui lesfuyait chez elles. Je ne présente du reste, cette opinion que pour ce qu'elle vaut en ce mioment; elle sera hypothétique tant que les relevés de divers hospices consacrés aux aliénés , ne viendront pas nous éclairer à ce sujet (i).
E.^ Nature des aliénations mentales. Déjà ad-r mis et entrés. J'ai dit plus haut que cette partie du second tableau nous montrerait que les aliénés incurables doivent à la longue , encombrer
(i) D'après M. Villermé, le contraire aurait lieu dans les prisons de Paris 5 la mortalité y serait plusforte chez les femmes que chez les hommes. (^P'oye^ Is Mémoire déjà cité.)
Jjresque entièrement nos hospices ; il est néces^ saire à ce sujet de rappeler les principes les plus importans du pronostic , dans les aliénations mentales.
« Des quatre espèces géne'ralement admises d'après Pinel , la manie continue offre seule de grandes chances de guérison. »
« La manie intermittente et la manie sans délire sont le plus souvent rebelles. »
« La monomanie cède quelquefois aux seuls efforts de la nature et quelquefois à un traitement approprié. »
« La démence aiguë guérit aussi quelquefois; la démence sénile ne guérit jatnais. »
« L'idiotie est au-dessus des ressources de « l'art. »
« Toutes lés aliénations mentales perdent également de leur curabilité , en raison de leur ancienneté et de la natui'e des maladies qui les compliquent : si elles sont jointes à l'épilcpsie ou à la paralysie , elles sont incurables. »
Tels sont les résultats de l'expérience qui doivent faire la base principale de tous les calculs à établir, sur les probabilités de guérisou dans les maladies qui nous occupent.
En revenant maintenant sur les i8i aliénés portés dans cette partie du second tableau , et faisant à leurs maladies l'application de ces préceptes pratiques, nous trouvons que 3i (manie)
( ^o ) auraient dû guérir ; 34 (monomanie (i) ) auraient offert quelques chances de guérison ; 92 (manie intermittente , manie sans délirg , démence ) auraient laissé peu d'espoir , et 24 (idiotie , cpilepsie) n'en auraient laissé aacun , en supposant que tous fussent dans cet état depuis peu de temps et libres de toute complication morbide. Mais, comme cette supposition est infaisable , comme sur une masse donnée d'aliénés , les deux tiers au moins de ceux qui étaient curables par la nature de leur maladie ont cessé de l'être par le concours des circonstances indiquées plus haut ; que l'on compte , et Ton s'assurera que nous avons pu en avoir tout au plus 5o dont la guérison était probable , ou supposée noi; impossible. Mes notes me prouvent même que cette proportion est trop forle ; ce que l'on concevra sans peine, en considérant que je n'ai tenu aucun compte dans mes calculs , de plusieurs circonstances aggravantes très-communes , telles que la vieillesse , l'hérédité et la masturbation à laquelle les aliénés se livrent pour la plupart , avec une sorte de fureur et sans que rien puisse les en
(i) Pour simplifier mon s&jet et ëviter des de'tails inutiles , je comprends ici sous le nom de monomanie, toute aliénation mentale dans laquelle il y a une idée dominante, soit qu'elle porte à la tristesse, soit qu'ellejporte à la joie , ainsi que toutes les hallucinations^
empêcher. Ce que j'ai dit suffira cependant , pour prouver Texaclitude de ma proposition : qu'est-ce, en effet, que i6 aliénés susceptibles de guérison dans tout le cours d'une année ? Cependant nous ne pourrions espérer davantage dans les suppositions même les plus favorables ; et notre hospice ne serait pas un des moins peuplés si on en établissait un par département. En adoptant celte mesure, on pourrait toutefois, je pense, corriger les plus grands inconvéniens qu'elle entraîne , en consacrant quelques-uns de ces hospices aux aliénés curables exclusivement ; c'est là du moins ce qu'on a fait en Angleterre , et on assure en avoir retiré d'heureux résultats.
F. Nature des maladies. Morts. Deux maniaques seulement ont succombé ; l'un l'était depuis très-long-temps , l'autre ne put résister à une forte diarrhée. Il est mort deux idiots et un éplleptique ; il est bien rare que ces malheureux aient une longue existence. Enfin , la mort a frappé sur-tout, des monomaniaques et des insensés. Ce sont là des résultats constans : partout la monomanie et la démence sont les aliénations mentales les plus communes ; et l'on n'ignore pas que c'est en cette dernière que finissent par se transformer toutes les autres, lorsqu'elles se prolongent.
Les maladies qui ont causé la mort ont ap-
(22 ) pàrtenu sur-tout aux affections cérébrales ; j'ai compris sous cette dénomination les apoplexies , les paralysies , ainsi que les maladies rapides dans leur cours et sans symptômes déterminés ; peut-être aurais-je pu y joindre encore les fièvres lentes , qui ont toutes laissé après elles des altérations du système cérébro-spinal ou des méninges : on peut supposer que ces deux états se liaient entre eux ; mais par quel mode de relation ? Je crois impossible de Je déterminer. Les apoplexies ont été le pins souvent sanguines , quelquefois séreuses , et peut-être aussi quelquefois nerveuses ; car la maladie que les anciens désignaient par ce nom, pourrait bien avoir de grands l'apports avec quelqaes-unes des morts subites que nous avons observées : c'est une question que j'examinerai dans la suite. Les paralysies ont été en petit nombre , elles deviennent cependant moins rares dans la maison ; et une circonstance digne de remarque , c'est que nous ne les avons vues jusqu'ici, que sur des aliénés qui en étaient Jrappés avant leur entrée (i).
Les diarrhées n'ont été mortelles qu'en de-" venant chroniques ; elles sont naturellement la suite de l'irrégularité que tant d'aliénés appor-^
(i) On ju?;era bien que je ne parle ici que de la pat paljsie générale jncoiuplcte»
tent dans leur alimenlation. Tantôt restant plusieurs jours sans prendre aucune nouiTiture , tantôt dévorant tout ce qu'ils peuvent saisir , avalant même la paille et la terre , comment la nutrition entière , l'ensemble de ses instrumens et le tube digestif en particulier , pourraient - ils n'en pas souffrir ? Cette maladie attaque principalement les mélancoliques et les insensés; nous avons déjà dit qu'elle avait cependant enlevé une maniaque.
Une seule mort par le scorbut, une seule par la phthisie , et une seule par des abcès scrophuleux prouvent que ces maladies , si communes dans les autres maisons d'aliénés , continuent à être fort rares dans la nôtre. Nous n'avons eu occasion d'y observer le scorbut que sur deux autres aliénés , et sur l'un d'eux il amena la guérison , comme on le verra plus tard : la phthisie et les abcès scrophuleux ne devinrent cause de mort qu'eu" déterminant là diarrhée.