‹ Clinique de la Maison des Aliénés, de MontpellierChapitre 2 sur 20 · C. Sortis guéris · texte numérisé non relu

C. Sortis guéris

1826 8 . . 3 — lî

2), Morts. . . { 1827 7 . . 3 — 10

2""* Tableau : = Nature des Maladies.

Manie 11

Moîîomanie 9

,(, I r -r\i'\ 1 Démence 2$

1/ f ^^ff (Idiotie. . . 7

y 1 ' * ] Manie intermittente. .... 6

■ 1 Manie sans délire 8

\ Aliénation ment'*^, épilepsie. 9

[Manie 20

L Monomanie aS

j Démence 36

^Entrés. . .(idiotie- . 2

j Manie intermittente. .... 9

'Manie sans délire. ..... 8

^Aliénation iiieût'% épilepsie. 6

'Manie. . . 2

Monomanie 8

Démence i3

[Idiotie 2

Aliénation ment'*, épilepsie. i

F. Morts. . . / 2^

i Affections cérébrales. ... 12

iFièvres lentes 5

Diarrhées 6

Phthisie i

Scorbut : i

^ Abcès scrophuleux .1

Ces deux tableaux ont été dressés d'après les registres de l'hôpital , qui sont tenus avec le plus grand soin , et d'après les notes que je prends moi-même sur chaque aliéné , du moment de son entrée jusqu'à celui de sa sortie ou de sa mort : on peut donc compter sur leur exactitude. Nous allons jeter un coup-d'œil sur les diverses parties qui les composent.

A. Déjà admis, entrés. La population de l'établissement a pris un accroissement successif, mais dans une progression descendante :

f Entrés. . . . , 47 )

lo2D. < Sortis guéris ou non guéris, ( '9 ( morts 28 ;

1 Entrés 82 J Sortis guéris ou non guéris, / 8 morls 24 /

Ci-derrière 27

! Entrés 27 | Sortis guéris ou non guéris, ) J morts 22 )

L'accroissement a donc été dans les trois années de plus d'un tiers , 82 sur 7 5 , dont ig dans la première , 8 dans la seconde et seulement 5 dans la dernière. La cause de ces variations ne doit point être cherchée dans des circonstances extérieures ; elle se trouve dans les constructions qui furent faites en 1826. Dans le courant de cette année, les deux grands dortoirs furent achevés , et l'on admit beaucoup d'aliénés que l'on avait refusés jusqu'alors, faute de logement pour les placer. Il en fut moins reçu en 1827 et en 1828, parce que la quantité de ceux qu'il importait d'isoler fut diminuée , et que l'on devint plus difficile pour les admissions , à mesure que le nombre de ceux déjà admis augmenta. La population actuelle est de 1107 , et l'on peut penser qu'elle ne variera guères à l'avenir : non que l'établissement ne puisse plus en recevoir , les constructions actuelles suffiraient au besoin pour i5o ; mais l'aliénation mentale ne se multiplie pas tous les ^ours, ainsi que tant de personnes sont disposées à le penser ; et porter à 100 ou iio les infor--

tunés qu'il est nécessaire d'isoler , dans le département de l'Hérault , c'est à peu près ce qu'U. est raisonnable de faire. Je dirai en outre , que les départemens voisins font construire aussi des maisons pour leurs aliénés, et que nous perdrons par conséquent les pensionnaires qu'ils nous envoyaient.

Ces nouveaux établissemens sont-ils avantageux ? Je me plais à rendre justice aux intentions des magistrats qui s'efforcent d'assurer ainsi , un asile aux aliénés de leur ressort ; mais je ne puis m'empêcher de témoigner mes regrets que l'on n'ait pas suivi l'opinion que M. Esquirol a émise à ce sujet , il y a plusiein;s années. Cet illustre médecin pensait qu'il ne fallait pas porter au-delà de vingt , en France, les maisons consacrées aux aliénations mentales. Parmi les excellens molifs sur lesquels il se fondait , j'en citerai deux dont nous reconnaissons tous les jours la justesse. « En faisant de grandes maisons d'aliénés , dit-il , on simplifie le service et l'on obtient une grande économie. En en faisant de petites , on ne peut ni diviser les aliénés d'une manière convenable , ni exciter suffisamment l'intérêt des employés ; car il n'y a que peu de guérisons à espérer. » Eh bien ! c'est là ce qu'il nous a fallu reconnaître : les mêmes employés , qui étaient nécessaires pour soixante-quinze aliénés , suffisenf

pour cent sept , suffiraient même pour une trentaine de plus ; et Ton peut assurer que leur ïèle est toujours en raison du nombre de guérisons qu'ils ont à espérer.

B. Sortis non guéris. Des vingt-deux aliénés qui sont sortis sans que leur état fût changé , dix n'ont fait que passer ; deux ont resté seulement quarante-huit heures , et huit n'ont pas demeuré plus de douze à quinze jours : c'étaient pour la plupart des malheureux devenus aliénés tont-à-coup , ou ramassés par la gendarmerie , et déposés pour leur propre sûreté ou pour la sûreté publique , jusqu'à ce qu'ils fussent réclamés par leurs familles ou renvoyés dans leurs départemens. Huit ont été transférés dans d'autres établissemens ou renfermés dans des maisons particulières. L'aliénation des quatre derniers était assez affaiblie pour qu'ils pussent vivre en liberté. Aucun d'eux n'a offert rien qui mérite d'être noté.

C, Sortis guéris. La proportion des guépsons n'a pas été tout-à-fait aussi avantageuse que dans les années précédentes ; elle n'a été que î : I : 3 i|2. En réunissant les trois dernières années , nous avons 27 guérisons pour 106 entrées ; ce qui ne donne guère que i sur 4- : mais il faut déduire du total des entrées les 10 sortis non guéris, et qui n'ayant fait que passer, ainsi que je l'ai dit , ne sauraient être tenus en

compte; alors il ne reste plus que 96 entrés, qui divisés par 27 guéris donnent bien 3 ij2. On pourrait rendre cette proportion plus favorable , en classant parmi les guéris les 4 sortis tranquilles; mais j'ai dû à la vérité d'avouer que leur délire n'était pas entièrement dissipé. C'est l'année 1827 qui nous a occasioné ce mécompte : nous n'avons obtenu pendant son cours , que 6 gnérisons sur 82 entrées. J'ignore entièrement quelle a pu être la cause d'un pareil phénomène.

Je persiste du reste , à croire que la proportion des guérisons aux entrées , évaluée : : t : à 3 , est une des plus favorables que l'on puisse espérer dans les hospices consacrés aux aliénés. Tant qu'on ne se résoudra à renfermer que ceux que l'on ne peut plus garder au sein de leurs familles ; tant que l'on admettra dans ies mêmes établissemens les curables et les incurables , ceux-ci l'emporteront en nombre et finiront par tout encombrer. L'examen de la première partie du second tableau viendra appuyer cette proposition.

S'il a été guéri moins de femmes que d'hommes, toutes proportions gardées, c'est qu'il avait été admis plus de femmes incurables.

D. Morts. Les décès ont à peine dépassé , dans les trois années qui nous occupent , ceux des trois années précédentes. Le total de cellesci avait été de 23 ; le tableau nous montre que

iC lo )

j[e total n'a été que de 26 , seulement 3 de plus» et cependant la population de la maison était fort augmentée. En examinant ces dernièi'es séparément , nous trouvons des morts à la totalité des aliénés les proportions suivantes :

En 1826; 8sur 122 (75-^-4■7)• I827; losur 126 (75-}-474'32 — 28).

1828; 8 sur 129(75+4.7+324-27-28-24).

C'est-à-dire , à peu près : : i : i5. : : i : i3. : : I : 16 , ou terme moyen : : i : i5 , et ainsi se trouve effectuée l'amélioration que j'avais annoncée. J'ai lieu de croire qu'elle ira encore en augmentant , et cependant elle n'est pas si effrayante qu'on pourrait se l'imaginer d'abord, ^a mortalité , en France , n'est , il est vrai» d'après les derniers calculs, que : : i : 89(1) , ce qui donne une différence énorme , si on la compare à celle que nous venons de présenter; jjpais elle s'explique facilement , en considérant jjue la plupart des aliénés sont en proie à des passions qui les minent sourdement ou les exposent à de grands dangers ; que beaucoup sont affaiblis par les mêmes causes qui ont occasioné leur délire ; enfin, que, quoique leurs fonctions paraissent se faire avec régularité , aucun d'eux ne jouit d'une santé parfaite.

(i) Mémoire sur la mortalité en Franrcj par L.-R. Villerin'f.

La mortalild dans l'hospice a beaucoup varié, selon les saisons et même selon les mois. Le lelevé suivant, qui représente la totalité des décès depuis que j'ai pris le service , 21 avril 1822 , jusqu'au moment actuel , nous donne , à cet égard , des résultats fort curieux :

Ilois. " Morts.

Janvier .12

Février 3

Mars 6

Avril. 2

Mai 2

Juin 2

Juillet. ...... ^ 4-

Août 6

Septembre 3

Octobre 3

Novembre. . . . . . . 10

Décembre. ...... 6

Une circonstance frappe d'abord dans et tableau , c'est la grande mortalité qui est survenue pendant l'hiver (i) : novembre , décenabre

(i) Je parle ici des saisons médicales, qui différent toujours s<;lon les pnjs. A Montpellier , les froids rommcnrent vers le milieu de novembre et durent jusqu'au milieu do février; la température est nlor»

èl janvier ont eu à eux trois , autant de morts que les neuf autres mois réunis ; résultat remarquable et qui confirme bien ce que le célèbre Pinel avait appris de l'expérience, que les aliénés ne sont rien moins qu'insensibles à l'action des agens atmosphériques. Le froid n'a point , chez nous , déterminé , comme à Blcêtre , la gangrène des extrémités ; mais on peut d'autant moins douter de son action funeste , que les décès ont élé plus nombreux selon que les hivers ont été plus rudes : ainsi , par exemple , celui de 1827 à 1828 ayant été fort doux, peu d'aliénés moururent ; celui qui vient de finir ayant été , au contraire , très-rigoureux , est aussi celui de la plus grande mortalité. J'ajoute qu'il m'a été impossible de ne pas considérer le froid atmosphérique comme la cause efficiente de la mort de quatre de nos aliénés : tous jouissaient d'une

modérée jusqu'au mois d'août , au commencement duquel les chaleurs deviennent fortes jusqu'au milieu de septembre. C'est d'après ce fait ge'ne'ral que j'ai divisé les saisons: novembre, décembre et janviei?' forment l'iiivcr; le printemps se compose de février, mars, avril et mai; l'été, de juin, juillet et aoùtj enfin, l'automne, de septembre et octobre. Pour être plus exact, il m'eût fallu partager plusieurs mois, ce qui eût été fort embarrassant : on pourra apprécier d'ailleurs, les motifs qui m'ont fait préférer celte division: ils ressorliront des considérations que j'ai à présenter.

Lonne santé , lorsque , le soir , on les a renfermés dans leurs loges ; le matin , on les a trouvés glacés , roides , presque sans pouls et sans mouvement , et ils se sont éteints sans aucun autre symptôme de maladie ; les excitans internes et externes n'ont pu les rappeler à la vie : l'ouverture de leurs cadavres n'a donné aucune raison probable de leur mort.

Cette action du froid sur les aliénés se conçoit sans peine , puisque beaucoup de ces infortunés ne savent plus se servir de leurs couvertures, et que c'est chez ceux-là précisément que la caloricité est affaiblie. Quoique cette force de la vie réside dans tous les tissus , elle se lie bien certainement d'une manière plus intime avec le système nerveux : et n'est-ce pas dès-lors , xme conséquence qu'elle soit affectée dansl'aliénatioa mentale qui entraîne constamment une altération de ce système , et qu'elle perde de son énergie dans la démence et la mélancolie , dans lesquelles ce même système est évidemment affaibli?

L'été ne donne que douze décès ; il a été, par conséquent, bien moins funeste que l'hiver: la mortalité cependant en a été assez forte , puisqu'elle égale presque celle des deux saisons tempérées réunies. Ce phénomène doit encore , je pense , être rapporté à une altération de la caloricité , qui a non-seulement la propriété de s'exalter pour que le corps résiste à l'action du

froid , mais qui a, de plus , celle de se restreindre, que l'on me pardonne cette expression , pour que le corps n'ait pas à supporter une trop grande chaleur. Tant que le froid ni le chaud he sont pas extrêmes, la force résiste san^ peine ; mais , passé certaines limites , elle né fait plus que des efforts pénibles , moins sanà doute contre la chaleur que contre le froid , sur-tout dans nos climats tempérés , mais suffisans pour que l'organisme en souffre et ne puisse résister à l'action des agens nuisibles qui l'environnent. Cette explication me paraît d'autant mieux fondée , que , d'après mes notes , les aliénés qui ont succombé pendant l'été , étaient pour la plupart minés par des maladies longues et consomptives.

Le printemps et l'automne ont donné , au contraire , une mortalité faible et bien en rapport avec la douceur de la température dont nous jouissons pendant ces deux saisons. Le mois de mars a cependant fait exception , car il a fourni à lui seul six morts. Est-ce un simple accident ? Cela tient-il à des circonstances autres que la température ? ou plutôt ne doit-on pas lé rapporter aux variations atmosphériques qui surviennent pendant son cours ? Leur fréquence et leur intensité me font adopter ce dernier sentiment.

Si de l'examen des saisons nous passons U

( iS )

celui dés mois , nous trouvons encore leur degré de mortalité coïncidant très-bien avec les différences de leur température.

Janvier a donné le plus de décès. C'est aussî,^ sans contredit , le mois le plus rigoureux ; les froids en sont vifs , continus , et trouvent les corps déjà affaiblis par les froids antérieurs.

Novembre suit immédiatement. Les froids en sont peu intenses , à la vérité ; mais ils sont irrréguliers , frappent brusquement et surpren* nent l'économie vivante.

Décembre et août ne viennent que bien loin après : celui-ci est le plus chaud de l'aniiée ; l'autre , quoique froid, l'est d'une manière égale et toujours bien moins que celui qui lui succède ; l'organisme peut d'ailleurs encore résister à son action.

Nous avons vu que l'on pouvait attribuer la mortalité de mars à de grandes variations de température ; elles ont lieu quelquefois dans la même journée.

Juillet , qui a donné quatre morts , est le plus chaud après août.

Février et septembre , qui en ont donné trois' chacun , participent un peu , l'un des froids de l'hiver , l'autre des chaleurs de l'été.

Enfin , avril , mai , juin et octobre n'ont donné» que deux morts chacun ; et l'on sait aussi combien les étrangers admirent la douceur dé leur température.

Ces considérations pourront paraître minutieuses. L'on trouvera peut-être que j'ai attache Tine trop grande importance à la température , en négligeant les autres circonstances atmosphériques ; que mes calculs sont fondés sur des nombres trop petits , et ce ne sera pas sans quelque apparence de raison: mais, si l'on veut réfléchir sur l'exactitude des rapports qui se sont, pour ainsi dire , établis d'eux-mêmes ^ on conviendra, je l'espère, qu'ils méritaient l'attention des médecins (i).

Un autre phénomène relatif à la mortalité , et que l'on a peut-être déjà entrevu, c'est la disproportion des morts d'un sexe à l'autre. Je ne m'y étais point arrêté dans les premières années , les femmes étant en bien plus petit nombre que les hommes ; mais il m'a frappé dans les trois années dernières, et la compai'aison des diverses

(i) M. Esquirol, dans son article Folie du Dictionnaire des Sciences médicales , a donné un tableau de la mortalité relative aux saisons , pendant les dix années de i8o4 à i8i4, dans l'hospice delaSalpètriére. Quoique ses résultats paraissent dilTérens de ceux que j'ai présentes ici , ils ne sont nullement contradictoires , comme il me serait facile de le prouver ; et , dans aucun cas , ils ne sauraient infirmer les rapports cidessus , parce que les relevés ont été faits saison par saison et non mois par mois , et que les saisons ne sont pas, tant s'en faut, les mêmes à Paris qu'à Montpellier,

( i? ) parties du premier tableau ne peut laisser aucun doute à cet égard. On trouve les proportions suivantes des morts à la totalité des aliénés.

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