‹ Clinique de la Maison des Aliénés, de MontpellierChapitre 5 sur 20 · DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OBSERVATION

Ljpémanie. — Isolement. — Bains. — Continuation du même e'tat. — Sortie. — Gnérison.

Joseph A. , tonnelier, nous fut amené, le i^ janvier 1826, neuf jours après Louis, dont il était le frère aîné. D'un caractère doux , mais sombre et envieux , ses parens croyaient qu'il était resté étranger à toute espèce d'amour, lorsqu'il s'éprit d'une fille de son rang. Il se plaignit aussitôt de douleurs vives dans la tcte, que l'on combattit par l'application des sangsues. Peu de temps après, il éprouva coup sur coup plusieurs frayeurs très-vives , et sa morosité naturelle augmenta; il s'y joignit une grande inquiétude. On lui fit appliquer un vésicatoire au bras et un autre à la jambe , qui n'eurent aucun résultat : les facultés intellectuelles s'obscurcirent rapidement ; on se décida à nous l'amener. Joseph était d'un tempérament bilieux, d'une forte constitution; toujours absorbé dans ses réflexions, presque immobile , il semblait à peine comprendre ce qu'on lui disait et y répondait

rarement ; s'il était pressé vivement, il ne roraj^ail le silence que pour annoncer de grands mallieurs, qui devaient frapper le monde entier et peser sur lui particulièrement. Des bains tièdes, des bains froids , des douches , plusieurs purgatifs furent sans effet : la tristesse augmentait plutôt que de diminuer; la prévision de grands malheurs était toujours la même ; seulement il demanda plus vivement d'aller rejoindre ses parens. Je crus devoir lui en accorder la permission , malgré les craintes que m'inspirait la couleur sombre de ses idées , dans l'espoir que le plaisir de se trouver libre pourrait déterminer un changement favorable. Je ne fus point trompé : la lypémanie disparut comme par enchantement , dès que Joseph se retrouva dans le sein de sa famille ; il se remit au travail ; il s'est marié depuis, et il jouit de toute sa raison, A la même époque où Louis et Joseph étaient soumis à un traitement dans la maison des aliénés , je fus consulté pour une de leurs sœurs qui venait d'être atteinte d'une semblable affection : trois enfans d'une même famille ( il y en avait cinq) furent donc frappés d'aliéna^ lion mentale dans le court espace de six mois. tes faits de cette nature ne sont pas rares et s'expliquent facilement , lorsque le père ou la mère ont été atteints de la même maladie. J'en ai un exemple sous les yeux dans ce moment ;

mais il est très-peu de cas de cette espèce, bien certainement , dans lesquels l'hérédité ne puisse être invoquée. Celui-ci présente cette circonstance particulière ; puisque , si les enfanf A. avaient des parens aliénés , c'était à un degré très-éloigné et dans les branches collatérales : il mérite par cela même d'être signalé. îl aidera à prouver que les aliénations mentales sont soumises , pour leur origine , aux mêmes lois générales que l'on a constatées dans les autres maladies : ordinairement sporadiques , souvent héréditaires , les aliénations ont été quelquefois épidémiques ; et quelquefois aussi, comme dans le cas présent , elles ont attaqué accidentellement les seuls enfans d'une même famille. On peut dire qu'il n'est pas de variations qu'elles ne puissent présenter sous ce rapport : le fait suivant en est une preuve bien remarquable. Dans le sein d'une famille respectable de Montpellier, un fils et deux gendres perdirent la raison, il y a plusieurs années , presque à la même époque, quoiqu'ils fussent seulement alliés, qu'ils n'habitassent pas la même maison , et qu'aucun d'eux n'eût eu des parens aliénés.

La manière différente dont se sont opérées la guérison de Louis et celle de Joseph A. , est également digne d'attention : chez l'un , la raison a reparu aussitôt qu'il a clé lenfcrmé dans la maison; chez l'autre, elle ne s'est rétablie qu'au

moment où il en est sorti. Pi«el et M. Esquirol, tout en considérant Tisolement comme un des plus puissans moyens de guérison de l'aliénatioa mentale, avaient cependant reconnu que, lorsqu'il avait duré assez îoiig-temps, il fallait essayer de rendre l'aliéné à sa liberté ordinaire : ce fait vient parfaitement à l'appui de leuc opinion.

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