‹ Clinique de l’Hôpital des enfants maladesChapitre 20 sur 26 · De la numération des globules du lait pour · texte numérisé non relu

De la numération des globules du lait pour

l’analyse du lait de femme dans ses rapports avec le choix des nourrices et la direction de l’allaitement.

L’allaitement naturel ne peut être bien dirigé par le médecin, que par une saine appréciation des qualités physiques de la nourrice, de la bonne composition du lait et de la quantité de lait à donner aux enfants dans les vingtquatre heures.

Tous ces éléments se résument dans la détermination de la qualité du lait ; — de sa quantité ; — du nombre des tetèes de l'enfant et de l'accroissement (quotidien progressif dans le poids du corps.

Pour apprécier la qualité du lait j’ai donc imaginé un nouveau procédé d’analyse du lait, facile à exécuter par tous ies médecins, possible à faire tous les jours et plusieurs fois par jour, pour arriver par de nombreux cal-culs à établir une moyenne satisfaisante. Pour ce procédé il faut une seule goutte de lait prise après quelques minutes de suc -

cion du sein par V enfant . 11 suffit de recueillir une demicuillerée à café de ce liquide et, avec le compte-gouttes gradué, de prendre la goutte qui est nécessaire à 1 analyse quantitative des globules de beurre.

Ce procédé inet entre les mains du médecin le moyen de faire l’analyse du lait de femme d’une façon rapide et pratique. Toute personne un peu intelligente pourra s’en servir et se rendre un compte quotidien de l’état du lait des nourrices.

Cette numération des globules laiteux faite avec le microscope, ainsi qu’on peut s’en convaincre par des études comparatives sur le lait de vache, représente assez exactement la quantité de beurre renfermée dans un certain poids de lait.

Les globules de lait de femme ont un diamètre qui varie de 1/300 de millimètre à 3/300. Ils sont sphériques, transparents, brillants et à contours très nets. Leuwenhoek les croyait de nature différente : les gros, formés de beurre, et les autres, de caséine. Raspail pensait de même et a dit que les uns étaient albumineux et les autres oléagineux. Hodjkin, Lister, Donné les considèrent comme identiques.

Raspail, Henle, Simon, Dumas supposent que la matière grasse, ou beurre, est enfermée dans une membrane albuminoïde. En effet, si, avec Dumas, on dissout du sulfate de soude ou du sel marin à saturation dans le lait et que Ton filtre, on obtient un sérum limpide contenant tout le caséum solide, le sucre de lait et les sels, taudis que les globules restent sur le filtre et, malgré les lavages répétés, on trouve encore de la matière caséeuse associée au beurre des globules et par conséquent insoluble dans l’eau salée.

D’autre part, d’après de Romanet, le barattage déchire les capsules albumineuses, et Donné dit que si Ton presse fortement une goutte de lait entre deux lames de verre plates, et qu’on regarde au microscope, on trouve que les globules sont crevés et que la graisse offre la forme d’une gouttelette oblongue. D’après Turpin, le globule se trouve composé de deux vésicules emboîtées dont l’intérieur sécrète l’huile butyreuse, et produit de nombreux globules intérieurs ou globulins, qui, après leur expulsion du globule

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mère, deviendraient, à leur tour, des globules laiteux, mais ce fait est contesté. Pour Gros, enfla, les globules du lait seraient formés de matière bu ty reuse renfermée dans des vésicules analogues à celles du vitellus et l’existence de cette membrane serait démontrée par l’iode qui la teindrait en jaune.

Ceux qui considèrent le globule de lait comme étant pourvu d’une membrane d’enveloppe, ajoutent, enfin, que si la graisse ou si le beurre étaient libres, en gouttelettes, sans capsule, cette graisse devrait se dissoudre dans l’éther, mais qu’il n’en est rien. En effet, le lait agité avec de l’éther reste opaque et les globules ne sont pas dissous.

Les globules du lait sont parfois un peu plus gros, dans le lait de femme que dans le lait de vache; mais leur volume est très variable, ce qui rend la quantité de beurre plus ou moins grande dans un volume donné de lait.

Si tous les globules du lait étaient d’égal volume, il est évident qu’ils auraient même poids, et que de leur nombre dans 1 millimètre cube on pourrait arriver, d’une façon précise, à leur poids et au poids du beurre par litre. Mais il n’en est pas ainsi. Il y a des globules et des globulins. Les gros globules de lait ont 3/300 de millimètre de diamètre, et les petits varient entre 2/300 ou seulement 1/300. Il en résulte qu’avec ce volume inégal, leur poids üe beurre est un peu variable, et cette différence se traduit dans le poils du beurre calculé d’après le nombre des globules contenus dans un litre.

Quoi qu’il en soit, la numération des globules du lait peut être employée comme moyen sérieux d appréciation des qualités du lait, et elle devra dorénavant guider le médecin dans le choix des nourrices.

Cette numération par volume déterminé faite sur un très grand nombre de nourrices, mise en regard d’autres expériences semblables faites sur le lait de vache, permet de dire, d’après les chiffres trouvés, quelle est à peu près la densité du liquide et le poids de beurre qu il renferme par litre.

Au lieu de faire mes numérations par cinquième de mil-

limètre cube, comme on le fait avec raison pour le sang, j’ai du compter par dixième de millimètre cube.

En voici les raisons :

Lorsque l’on compte les globules du sang dans une cellule de verre plate, de 1/5 de millimètre d’épaisseur, les globules plus lourds que le sérum tombent au fond au bout de quelques minutes et il n’en reste pas qui nagent entre deux eaux. Tous sont au fond de la cellule et quand la plaque de verre est au foyer du microscope on peut les compter lous.

Au contraire, avec du lait dans cette même cellule, au cinquième de millimètre d’épaisseur, comme les globules de lait sontjjfos légers que le sérum, ils montent ainsi que la crème à la surface du liquide, et par conséquent se trouvent dans la cellule sous la lame de verre obturatrice. Mais ils ne montent pas tous, quelques-uns restent dans l’épaisseur du sérum, de façon à ne pouvoir être comptés au premier calcul. Plus l’épaisseur de la cellule d'examen est grande, plus on éprouve de difficultés à compter tous les globules de lait.

J’ai donc dû faire préparer par M. Nachet des cellules à 1/10 de millimètre de profondeur, spèciales pour l analyse du lait, et c’est avec ces cellules que j’ai opéré.

On prend une goutte de lait de femme mesurée avec le compte-gouttes gradué de Limousin, que l’on met dans 100 gouttes d’eau distillée, pure, ou mieux salée au centième. Cette addition a pour but d’avoir un liquide à 1030 de densité, facilitant l’élévation des globules de lait. Cette ascension est plus lente dans l’eau distillée.

Alors une goutte de ce mélange au centième étant placée sous un microscope dont l’oculaire renferme un quadrillage ayant 1/5 de millimètre de côté, comme celui qui sert aux numérations de globules sanguins, on compte ce qui se trouve compris dans le carré.

Supposons qu’on y compte, une première fois, 94 globules de lait, gros ou petits, il faut changer la préparation de place et compter de nouveau. On doit faire ainsi trois

calculs successifs sur des points différents et prendre la moyenne de l’addition des trois numérotages.

Cette moyenne doit être divisée par 4, puisque ayant compté dans un quadrillage ayant 1/5 de millimètre de côté et renfermant quatre carrés de 1/10, il faut prendre le quart du nombre de globules trouvés qui représente les globules d’un des quatre carrés compris dans le quadrillage complet. Quand cette opération est achevée on multiplie le total par 1000 qui est le cube de dix. Cela est nécessaire parce que la cellule est au dixième. On multiplie ensuite par 100, puisque le titre du liquide est au centième.

Supposons 292, le nombre des globules trouvés dans trois calculs différents faits sur le quadrillé au-dessous duquel se trouve la solution de lait au centième, on a :

292 : 3 = 97,030 : 4 = 24,270 X 15,000 = 24270 X 100 = 2427000 D’après ces calculs, on voit donc qu’il y a dans cet échantillon de lait deux millions quatre cent vingt-sept mille globules dans 1 millimètre cube. Par un autre calcul, on trouve que ce lait renferme deux cent quarante-deux milliards sept cents millions de globules par litre.

D’après ce procédé au dixième, et aussi d’après le procédé d’analyse au cinquième, j’ai compté les globules du lait chez cent cinquante-huit nourrices. Dans mes observations, j’ai tenu compte de l’âge de la nourrice et de l’âge de son lait, j’ai établi des catégories pour le lait pris avant la tetée, pendant la tetée et après la tetée; ici, il ne sera question que de la diversité du lait avant, pendant et après la tetée.

Voici les principaux résultats généraux sur le chiffre des globules et globulins.

5 fois les

globules ont été de 200 400,000;

14 fois

20 fois

24 fois

66 fois

27 fois

2 fois

Ces nombres comprennent les gros et les moyens globules, ainsi que les petits globulins qu’il est possible de compter en faisant varier la vis du microscope à gauche, pour bien saisir tout ce qui est dans l’épaisseur de la couche laiteuse contenue dans la cellule au dixième, qui sert de moyen d’analyse.

Si l’on voulait plus d’exactitude, comme trois globulins valent à peu près un globule, il serait bon de compter tous les gros et moyens globules comme unités, puis de compter à part les globulins dont on prendrait le tiers seulement, qu’on ajouterait aux unités inscrites. Ainsi, je suppose 47 globules gros ou moyens, et 36 globulins, il faudrait compter 47 plus 12 qui est ie tiers de 36, ce qui ferait 59. De cette façon, on aurait des chances d’arriver à la vérité dans la manière d’apprécier la richesse du beurre du lait de femme.

Ce n’est d'ailleurs qu'une conséquence de l’étude des dimensions offertes par les globules de lait, dimensions qui varient de un à trois centièmes de millimètre de diamètre.

Le moyen de tout voir, c’est d’attendre dix minutes pour que, dans la plaque mise sous le microscope, tous les globules soient montés à la superficie du liquide sous le verre supérieur, et de plus, c’est de tourner la vis du microscope adroite et à gauche, tout en comptant les globules, pour

varier le fover de l’instrument.

Malgré la diversité de composition du lait et les variations de quantité de ses éléments chez la même nourrice aux différentes époques de la journée, la numération des globules du lait, faite avec soin, plusieurs fois en vingtquatre heures, sur le lait du matin, de midi et du soir, donne une moyenne qui représente bien la qualité du lait de femme.

Elle ne donne exactement que la quantité des globules du beurre, dont on peut déterminer le poids, mais en général celte quantité représente la richesse ou la pauvreté des autres éléments. Cela est très suffisant pour l’appréciation et le choix des nourrices.

Rapport du nombre des globules d la densité du lait et au poids du beurre.

Si l'on veut approfondir la question, et, comme je l’ai fait, remonter du nombre des globules laiteux au poids approximatif de la quantité de beurre par litre de lait , ou môme déterminer approximativement, à deux degrés près, la densité de ce lait , cela est facile en comparant le lait de vache au lait de femme.

Il faut alors prendre une certaine quantité de lait de vache, et parallèlement faire : 1° la numération exacte des globules sur le lait préparé pour le microscope; 2° puis prendre la densité correspondante du lait; 3° et enfin déterminer chimiquement par l’analyse la quantité en poids de beurre contenue dans le lait soumis à l’analyse.

Après avoir ainsi comparé ces trois ordres de calculs établis avec une scrupuleuse attention, j’ai dressé un tableau montrant à quelle densité et à, quel poids de beurre par litre, correspondent les quantités de globules appréciées au microscope. De cette manière, le nombre des globules du lait dans 1 millimètre cube de lait permet de dire quel est, à peu de chose près, son poids de beurre par millimètre cube, par 1,000 grammes, et en même temps quelle est sa densité approximative.

Ainsi, un lait de vache, renfermant 2,402,500 globules et globuhns par millimètre cube, donne trois cent millièmes de beurre pour ce millimètre, et se rapporte à un lait qui, par litre, donnerait 36 grammes de beurre, et marquerait 1032 au densimètre.

Dans le lait de femme qui renfermerait un ou deux millions de globules par millimètre cube, il y aurait deux et trois cent millièmes de beurre dans ce millimètre, chiffre obtenu par le calcul, et sans qu’il soit fait d’analyse.

Si l’on se sert des chiffres obtenus sur le lait de vache pour apprécier le lait de femme, on voit qu’un lait qui offre la moyenne ordinaire des globules, c’est-à-dire 1 ,02G,000globules par millimètre cube, est un lait qui doit avoir une

densité de 1022, correspondant à 24 grammes de beurre par 1000.

Si le nombre des globules diminue dans une proportion considérable, la densité s’abaisse dans la même proportion et la quantité de beurre diminue également. Mais il faut pour cela que la variation du chiffre des globules soif assez foi te De Detites différences ne se traduisent pas par des modifications très profondes de la densité et du poids de beurre. On ne peut compter qu’à un ou deux degrés de différence pour la densité et autant pour la quantité de beurre.

Quoique ces évaluations n’aient pas une précision absolue, elles n’en constituent pas moins un résultat, approchant assez de la vériié pour qu’on en doive tenir compte, et les médecins que ce sujet intéresse le trouveront développé bien plus longuement dans la septième édition de mon Hygiène de l'enfance.

58. — Hémorrhagie méningée par thrombose des sinus de la dure-mère ; pachyméningite et méningo-encéphalite; guérison avec amaurose; atrophie du nerf optique.

L'apoplexie méningée ou hémorrhagie des méninges , qu’on appelle aussi pachyméningite hémorrhagique , hématome de la dure-mère , est assez rare dans la seconde enfance. C’est une lésion qu’on n’observe guère que chez les nouveau-nés, d’une façon primitive ou consécutivement à la gastro-entérite, à l’entérite chronique et à l’état cachectique produit par les maladies du tube digestif.

Dans la seconde enfance, cette lésion ne se montre que dans des conditions particulières, que je crois spéciales, en quelque sorte indispeiir-ables, et qui n’ont pas encore été bien étudiées. Ces 'conditions sont la phlébite et la thrombose des sinus de la dure-mère et des veines méningées.

Dans toutes les cachexies de l’enfance et même de l’adulte, à la fin de leurs maladies chroniques, il y a une tendance à

la coagulation du sang veineux qui produit les accidents les plus variés, selon le lieu où elle s’établit.

Dans les membres inférieurs elle engendre la phlegmatia alla dolens , c’est à-dire la douleur et l’œdème du membre; dans la veine porte elle occasionne l’hémorrhagie intestinale. Dans la veine cave supérieure, elle entraîne l’hémoptysie; enfin, dans les sinus du crâne, elle provoque soit l’infiltration séreuse de la pie-mère ou l’œdème cérébral, soit 1 hémorrhagie méningée et l’hématome de laduremère.

Le fait primordial est le même et les conséquences seules sont variables. C'est, comme je l’ai démontré il y a plus de trente ans, l’état cachectique, quelle qu’en soit la cause, tuberculeuse, cancéreuse, intestinale ou autre, qui amène la coagulation du sang veineux ; puis, d’après le siège de la thrombose, des symptômes différents dus à la nature de l’organe affecté.

Depuis plusieurs années, je m’occupe de la thrombose cachectique des sinus de la dure-mère, et j’ai, plusieurs lois déjà, imprimé que les convulsions ultimes des maladies chroniques de l’enfance étaient le résultat de cette thrombose. C’est un fait constant : à la suite de la coagulation du sang veineux des sinus, il se fait une hyperhémie cérébrale passive avec suffusion séreuse de la pie-mère et des ventricules, puis des convulsions se produisent et bientôt après la mort. Dans ces cas, les convulsions révèlent la lésion nouvelle qui vient de se produire, mais sont en même temps une source de pronostic important. Elles sont l'indice d'une mort prochaine.

C’est là le fait ordinaire, mais dans quelques cas ces thromboses des sinus et des veines méningées, au lieu d’amener l’œdème cérébral, déterminent par excès de pression veineuse des ruptures capillaires et des hémorrhagies sus et sous-arachnoïdiennes. Les premières, sus-arachnoïdiennes, forment l’hémorrhagie méningée qui, par ses transformations, produit certains hématomes de la duremère.

Chez d’autres enfants, la thrombose, au lieu de se former

dans le cours d’une maladie chronique, se produit d’emblée sans cause connue et ses conséquences d’apoplexie séreuse ou d’hémorrhagie méningée sont les mêmes.

Tel est le cas que vous venez d’observer dans mes salles, et l’autopsie vous a montré toute l’exactitude de ma manière de voir.

L’enfant, que nous n’avons pas pu observer à l’invasion du mal, a eu, dit-on, une méningite avec des vomissements, de la constipation, delà sommolence pendant quinze jours; puis elle a guéri, restant aveugle, mais conservant toute son intelligence et l’usage des autres sens. On l’a montrée à différents oculistes, puis on l’a amenée à l’hôpital.

Lors de son entrée, l’enfant était assez grasse, fraîche, intelligente, sans aucune paralysie du mouvement ou de la sensibilité et elle n’avait que de l’amaurose. Sa vue était entièrement abolie et l’ophthalmoscope me permit de constater un commencement d’atrophie papillaire bien caractérisée. La papille était blanche, mais elle n’avai pas encore cet aspect nacré, crayeux des atrophies complètes.

Quelques jours après son entrée à l’hôpital, l’enfant fut prise de rougeole, bientôt compliquée de pneumonie double, et elle succomba.

Cette mort accidentelle m’a permis de voir ce qu’avait été cette maladie, qualifiée de méningite guérie, et dont la conséquence avait été l’amaurose et l’atrophie du nerf optique.

Comme on le verra par les détails de l’autopsie, ce fut une thrombose des sinus de la dure-mère avec rupture des veines méningées, pachyméningite et méningite secondaires. Mais il n’y eut pas là de méningite véritable telle que nous l’observons journellement. Les symptômes constatés au début ont pu y faire croire, et tout le monde, je crois, aurait pu s’y tromper. La terminaison heureuse pouvait déjà faire naître des doutes, et l’autopsie a fait voir que ces doutes étaient justifiés.

Voici l’observation :

MALADIES DES ENFANTS

P achy méningite. — Hémorrhagie méningée. — Atrophie optique. — Rougeole, pneumonie. — Mort, autopsie.

Augustine G..., 4 ans, est entrée le 21 mars 1877, malade depuis six semaines d’une méningite, dit-on, caractérisée par de la fièvre, des vomissements, un peu de diarrhée, et elle a guéri au bout de quinze jours en conservant une cécité complète.

A son entrée, elle est sans fièvre et en bonne santé, sauf l’amaurose ; l’intelligence est entière. A Vophthalmoscope , elle présente un commencement d’atrophie des deux nerfs optiques, caractérisé par un éclat blanc nacré du contour interne. Quelques jours après son entrée l’enfant prend la coqueluche, puis la rougeole au 1er avril, et, dans le cours de cette rougeole, une pneumonie se déclare; souffle dans toute la partie postérieure du poumon gauche.

L’enfant est très accablée, tousse de temps à autre et présente, en arrière à gauche, du souffle très étendu qui existe également à droite, à un moindre degré.

L’enfant meurt le 20 avril.

Autopsie. — La calotte du crâne adhère anormalement à la dure-mère, surtout au niveau des sutures. Les sinus de la duremère présentent des caillots décolorés, demi-transparents, et près du sinus transverse; ils sont blancs, résistants, très durs. Des caillots de ce genre existent également dans les veines méningées, et sur certains points ils forment des masses blanches, dures, très résistantes.

Les thromboses de la dure-mère existent dans le sinus longitudinal, dans le sinus transverse et dans le sinus latéral. A l'ouverture de la dure-mère on trouve la pie-mère soulevée par de la sérosité opaline, et sur le feuillet pariétal de chaque côté une teinte rouillée bien évidente, çà et là, avec des plaques hémorrhagiques. Cette teinte et ces hémorrhagies sont dues à une pellicule membraneuse qui adhère au feuillet arachnoïdien que l’on détache aisémentet qui se brise, et qui a l’épaisseur d’une toile d’araignée. Au niveau de la faux cérébrale, cette pellicule revient un peu sur la convexité de l’hémisphère et ne va pas plus loin. Là, on y trouve des vaisseaux capillaires de nouvelle formation assez allongés, semblables à ceux de certaines brides de la plèvre, au niveau des plaques hémorrhagiques.

L’exsudât est un peu plus épais, formé par des vaisseaux capillaires nombreux, et n’ayant qu’une seule couche homogène ;

on n’y trouve pas de feuillets membraneux superposés de différents êtres. Ces hémorrhagies existent au niveau de la bosse frontale, sur le pariétal, dans la fosse temporale. La pie-mère adhère assez fortement aux circonvolutions cérébrales et la substance du cerveau est partout saine, sans corps étranger. Les couches optiques, les corps striés, les tubercules quadrijumeaux, les pédoncules cérébraux et la bandelette des nerfs optiques jusqu’au chiasma et à l’entrée dans le trou optique, sont sains. Dans toute sa portion intra-crânienne, le nerf optique est blanc et a son volume naturel. Mais dans sa portion orbitaire, il présente un peu d’hydropisie de la gaine de Schwalbé et à l’ouverture de cette gaine son tissu paraît jaunâtre, un peu atrophié et un tiers moins gros que dans la portion crânienne.

Dans l'œil, l’épanouissement du nerf qui forme la papille est blanc, plus distinct que dans l’état habituel, et entouré d’une petite zone de pigment noir. Nulle part il n’y a de granulation tuberculeuse ni de tubercule dans le cerveau. Les scissures de Sylvius sont dans l’état normal. Dans la poitrine, les deux poumons sont remplis de noyaux de pneumonie et le cœur offre de l’endocardite végétante initiale et tricuspide. Les autres organes sont sains.

Chez cette enfant, il y a donc eu thrombose des veines méningées, hémorrhagie arachnoïdienne et pachyméningite. Quelle a été la lésion primitive ? Est-ce la pachyméningite produisant une fausse membrane vasculaire dont les vaisseaux capillaires rompus auraient produit une hémorrhagie arachnoïdienne, puis, comme altération secondaire, la thrombose des sinus? Je ne le crois pas, car la pachyméningite et la vascularité de la fausse membrane n’étaient pas assez marquées pour occasionner l’hémorrhagie.

Etait-ce une hémorrhagie arachnoïdienne primitive sans cause appréciable ? Il est difficile de le soutenir sans faire quelque hypothèse aventurée. Je crois plus vrai de dire que la thrombose des sinus de la dure-mère et des veines méningées a été le fait primordial, et que c’est de cet obstacle à la circulation veineuse qu’est, résultée l’hémorrhagie arachnoïdienne trouvée sur les hémisphères cérébraux et sur la face interne de la dure-mère. Puis, comme l’hémorrhagie n’était pas bien considérable, elle s’est étendue en

toile mince sur le feuillet fibreux, d’où nous avons pu la détacher et voir la pachyméningite. C’est à ces accidents qu’il faut rapporter les symptômes de méningo-encéphalitc observés chez la malade et qui ont ôté suivis d’atrophie du nerf optique avec amaurose.

59. — De l’excrétion d’urée dans le croup, l'angine couenneuse et le faux croup.

L’urée qui est le principe cristallisé de l’urine a été découverte par Rouelle en 1773; mais elle ne fut sérieusement étudiée que vingt ans plus tard par Yauquelin et Fourcroy.

Sa composition est représentée par la formule COAz2!!* (Wurtz).

Il serait inutile de nous étendre davantage sur les propriétés physiques et chimiques de ce corps aujourd’hui fort bien connu, et qui offre cette remarquable particularité d’être la première substance organique que l’on ait réussi à reproduire par synthèse.

Qu’il nous suffise de dire que l’urée se trouve à l’état normal dans presque tous les liquides de l’économie animale; le sang, l’humeur de l’œil, la bile, le lait, la sérosité du vésicatoire, le liquide de l’ascite, le liquide amniotique, le chyle, la lymphe, etc., en contiennent des quantités très petites, il est vrai, mai, cependant appréciables. Lasueur et la salive en contiennent également, mais ce sont les reins qui sont chargés de l’importante fonction d’excréter la presque totalité de l’urée qui se trouve dans le sang. . Ces faits sont aujourd’hui parfaitement établis; ces résultats connus, il ne restait plus qu’à rechercher l’origine : de l’urée et les causes de sa production dans l’économie j animale.

Déjà en 1799, Vauquelin avait exprimé cette opinion : que l’excrétion de l'urée était lice à un fonctionnement plus ou moins régulier de la glande hépatique, mais les j expériences ne vinrent pas confirmer cette assertion, et j

d’ailleurs l’éminent chimiste n’avait pas songe à opérer sur la quantité des urines émises en vingt-quatre heures. (V. Brouardel, L'urée et le foie.)

Les savants en général, les médecins en particulier ne donnèrent aucune suite à cette idée que l’on avait presque abandonnée, lorsqu’il y peu de temps, M. Brouardel publia un mémoire que l’on peut ainsi résumer avec . l’auteur :

« La quantité d'urée sécrétée et éliminée en vingt-quatre heures est sous la dépendance de deux influences principales :

« 1° L'état d’intégrité ou d’altération de cellules hépatiques ;

« 2° L'activité plus ou moins grande de la circulation hépatique. »

Ces conclusions, appuyées sur de nombreuses expériences et l’examen suivi de malades atteints de maladies du foie, n’ont jusqu’à présent soulevé aucune objection sérieuse ; nous n’avons pas à les discuter ici. Nous nous bornerons à donner sur la présence de l’urée dans l’économie l’explication fournie par un maître des plus autorisés, M. Dumas.

Les résidus de la combustion qui se fait continuellement dans les tissus de l’organisme sont le carbone, l’hydrogène et l’azote. Le premier se transforme en acide carbonique, le second en eau et tout deux sont rejetés par les poumons pendant l’acte de la respiration. Quant au troisième, « la combinaison la plus simple qu’il pourrait former serait l'ammoniaque; ce corps ne pouvant exister à l’état de liberté clans l’économie, la nature à dû le modifier ; il lui a suffi pour cela de le mettre en rapport avec l’acide carbonique, et d’éliminer de cette combinaison les éléments de l'eau, pour le transformer en urée. Ce principe étant inerte et soluble dans l’eau peut passer r sans le moindre danger dans le torrent de la circulation et ; être recueilli et rejeté par les reins. Telle est l’origine de l’urée dans l’économie. On voit que c’est en quelque sorte : un corps brûlé qui résulte de l'oxydation des matières azotées |i de V économie.

Résumons maintenant rapidement l’opinion de M. A. Gautier. ( Dictionnaire de chimie pure et appliquée de Wurtz.)

« L’urée, dit-il, est le terme ultime de l’oxydation des matières azotées dans l’économie. Elle ne se produit pas d’emblée aux dépens de ces substances; celles-ci en s’oxydant paraissent se dédoubler en produits divers dont, les uns, exempts d’azote, sont représentés par la matière glycogène, l’inosite, la cholestérine, etc., et dont les autres riches en azote telle que l’urée elle-même, la créatinine, la x an thine, l’acide urique, etc., se trouvent dans les divers tissus où, peu à peu, et d’une manière plus ou moins complète, ils peuvent se transformer en urée en s’oxydant, s’hydratant et se dédoublant successivement : produit ultime de ces dédoublements et de ces oxydations, l’urée est emportée par la circulation et se retrouve dans le sang, comme l’ont démontré les premiers Prévost et Dumas; elle est sans cesse ainsi rejetée par les reins. »

Telle est l’opinion aujourd’hui généralement admise, et les dissentiments ne portent que sur le lieu où s’accomplissent ces dédoublements.

« Ont-ils pour siège exclusif un organe, dit M. Brouardel, ou se font-ils en tous les points de l’économie ? »

Reste à savoir quelle est, en dehors de l’état de maladie, la quantité d’urée excrétée en vingt-quatre heures.

Uhle donne les chiffres suivants :

Par kilogramme du poids du corps.

Enfants de 3 à 6 ans 1 gramme

de 8 à 11 ans 0 gr. 8

Jeune homme de 13 à 16 ans 0 gr. 4 àOgr. 6

Adulte (moyenne) 0 gr. 5

Voici, d’autre part, les chiffres de Harley :

Urée sécrétée en vingt-quatre heures par kilogramme du poids du corps.

Garçon âgé de 18 mois 1 gr. 07

Fille âgée de 18 mois 0 gr. 94

Homme de 27 ans ; 0 gr. 67

Femme de 27 ans 0 gr 53

(A. Gautier. Loc. oit.)

On voit donc que, d’après cet auteur, il y aurait une prédominance de l’excrétion de l’urée dans le sexe masculin .

Passons sur ces détails qui sont encore l’objet de nombreuses contestations. Disons simplement que, d’après nos observations personelles qui ont porté sur des enfants de 2 à 8 ou 9 ans, la moyenne semble devoir être comprise entre 18 et 26 grammes par vingt-quatre heures. D’après M.Brouardel, elle est, chez l’adulte, d'environ 24 grammes par jour.

Nous n’avons, on le voit, tenu aucun compte du poids du corps ; de telles épreuves armaient demandé un temps beaucoup trop long, et sont absolument incompatibles avec la rapidité qu’exigent toutes les épreuves cliniques. Au reste, nous croyons être arrivé à un degré d'exactitude sinon parfait, du moins assez considérable pour que les nombres que nous avons trouvés ne puissent pas être sérieusement contestés.

Il ne nous reste plus maintenant qu’à exposer la méthode que nous avons suivie pour le dosage de l’urée.

Nous avions à choisir entre plusieurs procédés, mais deux seulement pouvaient nous donner des résultats assez prompts et assez exacts pour qu’il fût possible de les utiliser au lit des malades, nous voulons parler des méthodes de M. Yvon, et de celle de Lecomte modifiée par Esbach. Nous avons adopté cette dernière avec une légère modiücatiôn que nous indiquerons dans quelques instants.

On se sert en effet d’un tube fermé à l’une de ses extrémités et gradué en millimètres cubes, et d’une solution d’hypobromite de soude dont voici la formule :

Eau filtrée non bouillie 240 ce.

Lessive de soude pure 100 cc.

Brome (ajouter en dernier) ... 4 cc. (12 gr.)

(Brouardel. L’urée et le foie.)

Pour doser l’urée contenue dans l’urine des adultes, on procède ainsi : on verse dans le tube 70 millimètres cubes de la solution d’hypobromite, puis une égale quantité d’eau distillée, jouant simplement le rôle de corps interposant, destiné a empêcher un trop brusque dégagement de gaz lorsqu’on versera l’urine; puis on ajoute 1 centimètre cube d’urine. On bouche hermétiquement le tube avec le pouce, on l’agite, et, après l’avoir retourné, on l’ouvre sous la cuve à eau. Le gaz dégagé, qui est l’azote fourni par la réaction de l’hypobromite, fait sortir une certaine quantité du liquide contenu dans le tube ; il suffit donc ensuite de reboucher sous l’eau le tube à expérience, de le retourner et de voir à quel niveau se trouve maintenant le liquide. La différence existant entre le niveau primitif, qui était 150 millimètres cubes, et le niveau X, donne le volume d’azote dégagé par 1 centimètre cube d’urine. Il suffit alors de se reporter aux tables di'essées par M. Esbach pour savoir à quelle quantité d’urée contenue dans 1,000 centimètres cubes d’urine correspond le volume du gaz dégagé.

Pour l’urine des enfants nous avons été obligé d’apporter une légère modification à cette façon d’opérer. Cette urine est, en effet, si concentrée, que 7 centimètres cubes d’hypobromite de soude sont impuissants à dégager tout l’azote ; dans toutes nos expériences, nous avons donc employé seulement 1 millimètre cube d'urine. Par un calcul très simple (multiplier le chiffre obtenu par 10), il nous était ensuite facile de connaître la quantité d’urée excré- - tée.

Expliquons maintenant en peu de mots la façon dont on doit lire les quantités d’urine et d’urée que nous reproduisons dans ce travail.

Les urines ont été recueillies chaque jour avec le plus grand soin dans un bocal placé a la tête du lit de chaque malade (1). Les quantités sont évaluées en centimètres cubes. Le chiffre d’urée exprimé doit toujours être rapporté à 1,000 centimètres cubes, de sorte que, lorsqu’on lit par exemple :

Date. — Urine des 24 heures : 300 ; urée : 54,1,

il faut comprendre qu’en vingt-quatre heures l’enfant a émis 300 centimètres cubes d’urine et environ 17 grammes d’urée.

Cette explication donnée, il ne nous reste plus qu’à reproduire ici toutes les observations que nous avons recueillies. Il nous sera facile ensuite, lorsque le lecteur luimême aura déjà basé son opinion sur les faits que nous lui présentons, de poser des conclusions.

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