‹ Clinique de l’Hôpital des enfants maladesChapitre 26 sur 26 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Et maintenant, quelle conclusion sommes-nous en droit de tirer de tous ces chiffres ?

1° D'abord, il y a dans le croup et l’angine couenneuse une diminution extrêmement considérable dans V excrétion de l'urèe , diminution que l’on ne peut pas attribuer uniquement à la présence de l’albumine dans l’urine, puisque le phénomène subsiste alors même que les urines ne sont pas albumineuses. Ce fait pourrait donc, s’il en était besoin encore, confirmer cette vérité : que la diphthérie, maladie primitivement locale, devient générale et exerce ensuite son action infectieuse sur toute l’économie ;

2° De plus, le chiffre de l’urée subissant une diminution dès le début de la maladie, l’analyse des urines pourra fournir, dans les cas douteux de croup et de faux croup, d’utiles renseignements sur la nature infectieuse du mal.

3° Dans un grand nombre d’observations, il nous a été permis de constater une diminution plus considérable

dans le chiffre de l'urine excrétée vingt-quatre heures avant l'apparition de l’albumine dans les urines ;

4° Le retour à la normale ne se fait quelquefois que lentement, et beaucoup d enfants sortent de l’hôpital avec les apparences de la guérison, alors qu’ils ne rendent encore qu une quantité d’urée inférieure à la moyenne physiologique.

60. — Du traitement de la paralysie infantile par 1 emploi de l’électrisation avec les courants continus.

A côté des paralysies d’origine cérébrale et spinale, il y a, chez les enfants, des paralysies myogéniques, d’origine rhumatismale, ayant pour siège primitif la fibre musculaire elle-même.

La preuve, c’est que sur onze autopsies de paralysies dites infantiles , récemment publiées par différents auteurs, il y en a quatre où l’on n’a rien trouvé dans le cerveau, dans la moelle et dans les nerfs. Quant aux sept observations dans lesquelles on a trouvé de la sclérose spinale des cordons antérieurs et latéraux, et parfois de microscopiques ramollissements de la corne grise antérieure, rien ne prouve que ces lésions ne soient l’effet de l’anéantissement fonc-

tionnel et de l’atrophie granulo-graisseuse des muscles paralysés. En effet, à ia suite de toutes les paralysies rhumatismales de l’adulte, il se produit une atrophie des nerfs attenant aux muscles affectés. C’est ce que l’on voit surtout dans les nerfs de la face, après l’hémiplégie faciale causée par le froid. De plus, une lésion traumatique de l’œil produit parfois l’altération du nerf optique, qui s’étend aux couches optiques, d’où elle redescend dans le côté opposé pour compromettre la vision de l’œil sain. Chez les vieux soldats amputés de la jambe, Luys a trouvé l’atrophie du nerf du membre, remontant jusqu’à la moelle aux cellules motrices des cornes antérieures, et Hayem par l’arrachement du nerf sciatique, chez les lapins, a produit la môme altération spinale.

La dyspepsie produit souvent, par irritation ascendante des nerfs de l’estomac, une lésion du cerveau d’où résulte la folie ; — l’entérite et la dysenterie, les maladies de vessie produisent de la même façon une altération de la moelle épinière qui se révèle par la paraplégie ; — l’angine simple et l’angine couenneuse déterminent souvent, par l’extension de l’excitation des nerfs pharyngés, une lésion du cerveau et de la moelle telle, qu’il en résulte de l’amaurose et une paraplégie ascendante qui gagne jusqu’au thorax et occasionne l’asphyxie, etc.

Si les maladies d’un organe peuvent n’éveiller aucune sympathie et n’avoir aucune irradiation, il en est donc qui peuvent, par névropathie ascendante, atteindre le cerveau et la moelle pour y engendrer des lésions secondaires. — Donc, il n’est pas impossible qu’une myosite des membres inférieurs avec dégénérescence granulo-graisseuse chez l’enfant, produise une névrite ascendante allant gagner la moelle. Cela semble résulter de ce fait que, dans certains cas de paralysie avec lésion spinale, les nerfs des muscles paralysés , devenus granulo-graisseux , sont atrophiés, tandis qu’ils sont sains chez les sujets où la moelle est restée intacte.

Une autre preuve que la paralysie graisseuse de l’enfance peut débuter par les muscles et non pas par la moelle, c’est que dans un membre atteint de paralysie infantile, il y a des muscles qui restent sains, ce qui n'aurait pas lieu si cette paralysie graisseuse était la conséquence d’une maladie spinale ayant supprimé l’excitation motrice des racines nerveuses d’où émane le nerf principal du membre.

Ainsi, j’ai vu un enfant atteint de paralysie graisseuse du membre supérieur gauche. Le deltoïde, le pectoral, les sus et sous-épineux, le brachial et le triceps étaient atrophiés, non contractiles, et le deltoïde avait disparu à ce point que l’on pouvait luxer l’humérus dans tous les sens, que la tête de cet os était écartée de 2 centimètres de l’acromion, enfin qu’on pouvait entrer le doigt dans l’articulation en refoulant la peau. Or, l’avant-bras et la main n’étaient point paralysés, le poignet se remuait en tous sens et les doigts se

fermaient et s’ouvraient avec force à la volonté de l’enfant. En haut, le trapèze, le splénius étaient intacts et pouvaient remonter fortement l’épaule. C'était donc une paralysie graisseuse de la partie moyenne du membre supérieur. Comment expliquer cette paralysie de la partie moyenne d’un membre par une lésion de la moelle supprimant la puissance excito-motrice des nerfs qui en sortent? Il n’y a qu’une lésion locale des muscles qui puisse rendre compte d’une paralysie localisée à la partie moyenne d’un membre, et cette lésion locale est la myosite granulograisseuse.

Sur d’autres malades, on trouve, dans le deltoïde ou dans le fessier paralysés, des fibres non paralysées, rouges striées, normales, au milieu de fibres jaunâtres décolorées, granulo-graisseuses, et dépourvues de striation ; ou bien, au travers de la peau, on voit, sur la partie moyenne du deltoïde faradisé, des fibres qui se contractent, tandis qu’en avant ou en arrière il y a des fibres qui ne se contractent plus. Si la paralysie du deltoïde dépendait d’une lésion de la moelle et du nerf moteur deltoïdien, tout le muscle serait atrophié et entièrement immobile. Par cela même que son atrophie est partielle, fibrillaire, et que la paralysie n’affecte pas toutes ses fibres musculaires, il est évident que l’inaction est le résultat d’une affection locale inégalement répartie dans le muscle.

Il y a donc des paralysies musculaires périphériques locales, ou myogéniques, dues à une altération primitive des muscles. Ce sont des myosites spéciales produisant la dégénérescence granulo-graisseuse et une atrophie rapide du tissu musculaire qui cesse de se contracter. En une seule nuit, la contractilité disparaît, et en deux ou trois jours il y a déjà une atrophie évidente du muscle paralysé. Comment cela se pourrait-il faire à la suite d’une lésion spinale, et où a-t-on jamais vu ces lésions de la moelle suivies de paralysie déterminer l’atrophie des muscles en quelques jours? Cela ne s’observe jamais. Il n’y a que chez les enfants et dans la forme de paralysie dont je parle en ce moment qu on observe ce phénomène, ce qui est un effet de 1 altération

primitive des fibres musculaires et nullement d’une lésion nerveuse.

Une dernière preuve de l’existence de la paralysie atrophique, rhumatismale et granulo- graisseuse des muscles de l’enfance, c’est la réussite d’un traitement exclusivement appliqué sur le muscle pour en maintenir la nutrition et y rappeler le mouvement. Ainsi quand, dès le premier ou le second jour de la paralysie on active la circulation capillaire et la nutrition des muscles paralysés par des courants contîntes, on ramène peu à peu le mouvement. Ici, l’action est toute locale, on n’a pas excité les nerfs ni la moelle, on n’a pas essayé de provoquer des contractions fibrillaires et on n’a eu d’autre but que d’entretenir l’hyperhémie nutritive des muscles. C’est de cette manière qu’on a guéri, alors que par l’inaction ou la temporisation on eût laissé à la paralysie le temps de devenir incurable.

La preuve de cette guérison de la parai} sie graisseuse atrophique de l’enfance par les courants électriques connus dès le début du mal se trouve dans les faits suivants :

Obs. 1. — Paralysie atrophique du deltoïde et des muscles du bras ;

début soudain sans fièvre; traitement immédiat par les courants

continus et par les douches de vapeur ; guérison.

Fernand B. âgé de 8 ans, très légèrement vêtu, joua un dimanche, pendant quelques heures, sous le seleil de février, par une bise assez forte, dans le jardin d’un ami. Rontré chez lui, il dîna comme de coutume et se coucha peu après sans se plaindre d’aucune souffrance. Il dormit comme d'habitude, et le lundi matin, à son réveil, il avait un peu de douleur dans l’épaule gauche avec impossibilité de remuer son bras, qui était paralysé. 11 fléchissait l’avant-bras, agitait le poignet dans tous les sens, ainsi que les doigts. Il ne pouvait porter le coude en avant, ni en arrière, ni en dehors. Il lui était impossible de porter la main sur sa tête ; en un mot, il avait une paralysie motrice du deltoïde , un peu du grand pectoral et aussi du trapèze. Partout, il existait un peu de douleur à la pression des muscles affectés, et, dès le troisième jour, le deltoïde parut atrophié dans ses contours d’une façon évidente. Ses fibres antérieures et postérieures n’avaient plus de contractilité électrique, mais à la partie blanche on voyait

encore quelques fibres très rares se contracter sous la peau. Il en était de môme dans le grand pectoral. La sensibilité était intacte, et il n’y avait pas eu de fièvre. Aucun autre trouble ne se manifesta dans la santé.

Fort tourmenté de cet état, je consultai MM. Nélaton, Broca, Sée, Gosselin, qui constateront, comme moi, le début d’une paralysie graisseuse atrophique, occupant surtout le deltoïde. Les avis difi’érèrent un peu quant au traitement, mais furent unanimes pour le diagnostic.

Redoutant une atrophie deltoïdienne incurable semblable à celles dont une pratique déjà longue m’a fourni de nombreux exemples, je ne voulus pas attendre que l’atrophie musculaire fit de nouveaux progrès et devint tout à fait granulo-graisseuse. Ne croyant pas à une lésion spinale produisant la paralysie et ne voyant chez cet enfant d’autre maladie qu’une lésion musculaire, c’est sur le tissu musculaire que je voulus agir. Dans l’hypothèse d’une lésion cérébro-spinale, il aurait fallu attendre, car on n’électrise pas dès le début des maladies aiguës delà moelle, crainte de les aggraver; mais j’ai préféré agir sur le champ. Dès le troisième jour, M. Chéron, auquel j’avais adressé l’enfant, a commencé des séances d 'électrisation par courants continus, qui ont été faites tous les jours et tous les deux jours. Ces séances, combinées avec des douches de vapeur, ont, au bout d’un mois, ramené une faible contractilité dans tout le deltoïde et le grand pectoral; puis, au quarantième jour, les mouvements de l’articulation ont reparu, d’abord incomplets, de façon à permettre au bras de se lever sous un angle de 15 degrés environ; plus tard, ils sont devenus très faciles, et enfin au quatrième mois l’enfant a complètement guéri. Au bout de cinq mois, il n’y paraissait plus dans les mouvements de l'épaule; mais il restait, ce qui existe encore aujourd’hui après trois ans de guérison, une atrophie deltoïdienne légère, appréciable par le moindre volume des contours de l’épaule. A part cette différence, les deux membres supérieurs ont exactement la même force. Cet enfant, traité dès le début du mal par les stimulants musculaires, a ainsi échappé à une difformité incurable.

Obs. II. — Paralysie atrophique des deux membres inférieurs ; début marque par un accès de fièvre de vingl-qualrc heures de durée, traitement par les courants continus un mois et demi après le début ; amélioration équivalant à une guérison.

Le petit malade qui fait l'objet de cette observation a été

adressé en 1868, par moi, à M. le Dr Chéron. pour être soumis a l’action des courants continus.

La maladie date d’un mois et demi. L’enfant a été pris d un léger accès de fièvre et le lendemain on s’est aperçu qu’il ne pouvait plus se tenir debout.

Depuis sa naissance, sa santé a été excellente. Il a auiourdhui deux ans, il marche depuis l’âge de quatorze mois. 11 a toujours été lent, sans vivacité, très dormeur. Il est très gros et très gras.

Des vésicatoires ont été appliqués sur le trajet de la colonne vertébrale, des frictions stimulantes ont été faites sur les membres inférieurs. Le membre inférieur droit est aujourd’hui revenu à l’état normal, le membre gauche est amaigri, la jambe surtout; les mouvements de pronation et de supination sont seuls possibles.

L’examen de l’état de la contractilité des muscles de la jambe et de la cuisse, fait à l’aide des courants interrompus et des courants continus, donne les résultats suivants : les muscles antérieurs de la jambe et les péroniers latéraux ne se contractent point sous l’influence d’un courant inducteur ou d’nn courant induit de premier ordre, non plus que le droit antérieur de la cuisse.

Le courant continu fourni par 16 éléments de Rernak produit, au contraire, à ehaque interruption, dans ces muscles paralysés des contractions assez énergiques.

Des applications sont régulièrement faites, trois fois par semaine, àl’àide des courants continus, 12 éléments de Remak. Le courant ascendant est employé avec son action plus stimulante sur la circulation et la nutrition.

Dès le premier mois de ce traitement, les forces générales de l’enfant, qui étaient fort déprimées, commencèrent à se relever ; Ressayait de se tenir debout, s’aidant des meubles comme point d’appui ; dans le courant du quatrième mois, la jambe offrait un point d’appui assez résistant pour qu’il pût marcher sans aucun secours. A cette époque, le courant d’induction ; provoquait quelques contractions légères dans les muscles de la partie antérieure de la jambe, il n’en provoquait point encore dans les muscles de la partie antérieure delà cuisse.

Au dixième mois seulement, des contractions assez éner- .giques se produisaient, dans les muscles paralysés, sous l’influence de l’application des courants d’induction; l’enfant marche facilement, il court; il boite cependant encore, le membre es

amaigri ; les muscles exécutent leurs fonctions, les péroniers latéraux seuls résistent au traitement; cependant tout espoir ne saurait être perdu, car les interruptions des courants continus produisent des contractions do ces muscles.

La famille perdit patience et ne ramena plus l’enfant. L’année suivante, l’enfant revint à la clinique, la famille s’était ravisée: mais alors les péroniers latéraux ne se contractaient plus sous l’influence des interruptions des courants continus, tout espoir s’était évanoui ; il fallut recourir à un appareil prothétique pour suppléer l’action de ces deux muscles.

Obs. III. — Paralysie atrophique du membre inférieur droit survenue à dix-huit mois, à la suite de convulsions ; traitement par les courants continus , dix ans plus tard ; amélioration très notable,

Mlle A..., jeune Brésilienne, âgée de 12 ans, fut adressée à M. Chéron par mon conseil, au mois de novembre 1869.

Paralysie atrophique de l’enfance survenue à la suite de convulsions, à l’âge de 18 mois. L’enfant n’a pu marcher qu’à 4 ans et demi. Mlle A... traîne le membre inférieur droit, qui est beaucoup moins développé que le membre gauche ; il est aussi plus court. L’exploration des muscles, faite à l’aide des courants continus et des courants d’induction, nous donne les résultats que voici: à l’aide du courant inducteur et du courant induit de premier ordre, nous provoquons de très faibles contractions dans les muscles de la partie antérieure de la jambe ; les péroniers latéraux et le droit antérieur de la cuisse ne se contractent nullement ; à l’aide des interruptions des courants continus, nous provoquons quelques contractions dans le droit antérieur.

Les muscles de la partie postérieure de la jambe l’emportent sur les muscles de la partie antérieure ; aussi le pied bot tend-il à s’établir avec renversement en dedans (pied bot équin varus), les muscles péroniers latéraux ayant complètement disparu.

Lorsque cette petite malade est assise, la jambe ne peut être étendue sur la cuisse, elle ne peut qu’imprimer à ce membre un mouvement de balancement.

Depuis huit mois, des applications des courants d’induction ont été faites trois fois par semaine. Quelques interruptions à ce mode de traitement ont été jugées nécessaires à cause de l’agacement nerveux extraordinaire que causait cet agent thérapeutique. Des bains de tilleul, des opiacés étaient employés à calmer

cet état, à ramener le sommeil et à faire cesser les secousses nocturnes qu’éprouvait cette enfant.

Les applications de courants continus, commencées au mois de novembre, furent continuées sans interruption jusqu’au mois de juin de l’année suivante.

Voici les résultats auxquels nous arrivcàmes dans ce laps de temps : 1° le membre habituellement froid prit une température constante assez élevée; 2° la contracture des muscles de la partie postérieure diminua, permettant ainsi à l’appareil prothétique porté par la malade d’agir moins péniblement et d’une façon plus efficace; 3° le muscle droit antérieur augmenta de volume, se contractant sous l’influence d’un courant inducteur; il devint possible pour la jeune malade d’étendre, faiblement il est vrai, la jambe sur la cuisse.

L’agacement, nerveux ne se produisit pas pendant ce long traitement, et l’action générale du galvanisme agit favorablement sur la santé, d’une façon très manifeste.

Obs. IV. Paraplégie infantile ; électrisation parles courants continus;

amélioration.

Philippe (Louise), trois ans, née à Paris, entrée le 15 janvier 1872 au n° 48 de la salle Sainte-Catherine.

Il y a six mois que l’enfant a été prise tout à coup de paralysie généralisée.

Vers trois heures, en revenant de la promenade, après un refroidissement, elle ressentit de vives douleurs dans le genou. On la coucha et le lendemain matin à son réveil elle était paralysée. Non seulement les quatre membres étaient pris, mais même la face semblait elle-même envahie. On était en effet obligé de la faire boire avec un biberon.

Pas d’incontinence d’urine ni des matières fécales. L’innervation des sphincters était inacte. L’enfantest restée trois mois complètement paralysée des quatres membres. Les mouvements sont revenus dans les bras, mais non dans les jambes, et la paraplégie a persisté. La sensibilité n’a jamais été altérée dans les membres. Elle sent bien la douleur, le contact et la température des objets extérieurs. Les mouvements réflexes sont un peu diminués dans les parties paralysées qui ont subi un commencement d'atrophie et dans lesquelles il y a diminution de volume des masses musculaires. Les pieds sont dans l’extension complète du pied bot équin et leur redressement forcé est douloureux par suite de

la contraction des fléchisseurs de la jambe. Le tendon d’Achille fait une forte saillie sous la peau.

En ville, le médecin de la malade a fait appliquer sur la région lombaire des vésicatoires et de la teinture d’iode.

Sortie de l’hôpital le 28 janvier, treize jours après son entrée.

Depuis cette époque, l’enfant vient tous les jours se faire électriser. Après dix jours d’électrisation avec des courants continus (de 20 à 30 éléments), les mouvements sont imparfaitement revenus dans les membres inférieurs, surtout dans les muscles de la cuisse, qui commencent à se contracter spontanément; mais leur contraction est encore très faible et c’esi à peine si à ce moment ils font une légère saillie sous la peau.

Le 20 février, l’enfant a été prise de coqueluche et de fièvre et a dû suspendre les électrisations. Elle les reprendra dès qu’elle sera rétablie.

La petite malade a repris les électrisations dans les premiers jours de mai. Sa grand’mère l’a portée trois ou quatre fois dans la salle Sainte-Catherine, où elle a été soumise au traitement électrique par 15à 20 éléments. Les muscles semblaient reprendre un peu de tonicité, la flaccidité était moindre et la température des deux membres inférieurs était moins base qu'auparavant.

En faisant passer un courant galvanique, la faradisation réveillait la contractilité naguère éteinte et l’on apercevait comme des contractions fibrillaires à la surface du membre paralysé.

L’enfant n’a maiheureusementpas pu être suivieplus longtemps. Depuis six semaines elle n’est pas revenue à l'hôpital et ce fait ne nous offre par conséquent qu’un exemple d’amélioration.

Ous. V. Paralysie infantile du membre inférieur gauche; emploi des courants continus; Guérison.

Gabriel (Louise), dix mois, fut prise subitement et sans accès de fièvre, il y a deux mois, dans la nuit, de paralysie complète du membre inférieur gauche. L’enfant ne pouvait plus le conduire 11 en est résulté une atrophie bien manifeste de ce membre avec refroidissement assez notable de la peau, mais les phénomènes réflexes se sont conservés à droite tandis qu’ils se sont abolis à gauche.

Électrisation par courants continus tous les jours. — Février 1872. Les mouvemeuts commencent à revenir depuis qu’elle est soumise au traitement par l’électrisation au moyen des courants

continus par 20 ou 30 éléments. Le membre reste immobile, mais on constate qu’il y a des mouvements dans les orteils.

Mars. L’enfant est dans le même état. — Continuation des séances d'électrisation. — L’exploration électrique au moyen de la pile de GaifTe, par un courant même assez fort ne provoque pas de contractions musculaires.

Mai. Depuis quelques jours, l’amélioration est très sensible, l’enfant non seulement peut imprimer des mouvements volontaires à sa jambe paralysée, mais encore elle peut marcher presque seule. C’est à peine en effet s’il est besoin de la soutenir par dessous les épaules ou même par la main. Elle est à peu près guérie.

Réflexions. — Dans ce cas de paralysie subite d’un membre chez un jeune enfant de dix mois, il y avait paralysie complète, immobilité absolueet unemertie telle, qu’en jouant avec le pied je pouvais le jeter en tous sens comme le gland d’un cordon de sonnette. Non seulement le mouvement était aboli, mais la température était abaissée; il existait une atrophie considérable et il n’y avait pas de contractilité électrique.

La maladie datait de deux mois.

Malgré cette ancienneté je fis commencer l’électrisation par 20 ou 30 éléments de l’appareil que j’ai fait construire dans la salle Sainte-Catherine. Les séances ont été faites par des élèves peu expérimentés. Malgré cela, au bout d'un mois le mouvement était revenu dans les orteils et peu à peu il a reparu dans la jambe et dans la cuisse. Au bout de trois mois la guérison était complète.

Si l’on guérit par Y électrisation certaines paralysies rhumatismales de la face et des membres supérieurs ou inférieurs , venues subitement sous l’influence du froid, c’est que ces paralysies sont périphériques et dues à une lésion nerveuse, locale, ou à une affection musculaire primitive plutôt qu’à une lésion cérébro-spinale : Naturam morborum ostendü curatio. Or, comme chez les enfants, si on abandonne à elle-même la paralysie dont je parle, elle est incurable, mais elle guérit si on électrise les muscles dès les premiers jours, il y a lieu de croire qu’elle est une paralysie périphé-

MALADIES DES ENFANTS

riquo et musculaire. A cette considération vient s’ajouter celle dont j’ai déjà parlé et qui montre que le muscle est malade dès le déh il de la paralysie, ce qu’on ne voit dans aucune paralysie cérébrale et spinale, qu’ildevient granulograisseux eu trois jours, et que c’est très certainement la lésion de la fibre musculaire qui lui enlève sa contractilité plutôt qu’un défaut d’innervation.

Par ce double fait de la guérison par l’électrisation immédiate, et de la lésion primitive des muscles paralysés, il faut conclure qu’il y a chez l’enfant, comme chez l’adulte, des 'paralysies périphériques de cause musculaire, ce qui n’empêche pas d’admettre l’existence de paralysies dues à une myélite primitive. Le tort serait d’être exclusif et de considérer toutes les paralysies de l’enfance jusqu’ici appelées essentielles, comme étant dues à une lésion primitive microscopique de la moelle épinière. Sans doute, il y a des paralysies spinales de l’enfance qui sont la myélite, mais il y a aussi des paralysies musculaires dues à la myosite granulo-graisseuse, et ce sont celles-là qu’on guérit par des courants continus employés dès le début de la paralysie.

Maintenant, au lieu d’employer les courants continus, de grande intensité, produits par 20 ou30couples de l’appareil de Reinak, et cela par courtes séances de dix minutes, on peut employer des courants plus faibles et d’une façon permanente. A l’exemple de M. Lefort, on peut employer les courants continus et permanents. Au lieu de soumettre les malades à des séances d’électrisation de courte durée, on leur applique d’une façon permanente pendant six. huit ou dix heures, toute la nuit même un courant continu, faible et constant, qui est très bien supporté et qui n’a aucun inconvénient.

G’esLlà une modification importante à l’électrisation par les courants continus. Elle s’obtient à l’aide des chaînes de Pulvermacher, attachées autour du membre paralysé ou d’un autre appareil peu dispendieux, puisqu'il ne coûte que 6 à 8 francs, et qui se compose de 4 petites piles de Baniell, modifiées par Trouvé et Callaud.

Ayant ces 4 éléments placés sur une planche au-dessus

du lit du malade, on place le pôle positif près delà colonne vertébrale et le pôle négatif sur la partie paralysée, de manière à avoir un courant descendant. Les pôles sont garnis d’une plaque de cuivre recouverte d’une peau de chamois. En appliquant les pôles sur les tissus, on mouille la peau de chamois, et on laisse même au-dessus une lamelle d’éponge mouillée couverte de taffetas ciré. De cette manière, le courant passe dans les tissus, et tant que la peau est humide, l’action électrique se produit, sans douleur, sans secousse, sans même que la malade en ait conscience. On a la preuve de l'action électrique en mettant un instant les deux pôles sur la langue, où ils produisent une saveur métallique, piquante, insupportable. Si faible que soit ce courant, il a cependant toute l’énergie désirable, car au bout de douze heures il peut faire de petites eschares, ainsi que je l’ai vu dans mon service. On ne pourrait en augmenter l’intensité sans inconvénient.

Cet appareil a l’avantage d’être facile à manier, de ne pas coûter cher, et d’être placé chez les malades qui, s’ils ont un peu d’intelligence, peuvent continuer eux-mêmes l’électrisation dans la mesure où cette médication doit être employée.

Aux observations de guérison que je viens de rapporter je pourrais en ajouter bien d’autres. C’est inutile. Qu’il me suffise de dire que j’ai obtenu un résultat considérable en posant comme principe de thérapeutique l’électrisation immédiate et par courants continus des muscles frappés de paralysie infantile, contrairement à la vieille pratique de l’électrisation au bout de plusieurs mois.

En élecnisant dès le second ou troisième jour on empêche i’atrophie musculaire et la dégénérescence graisseuse, tandis que plus tard 1 électrisation ne peut plus rien pour refaire les muscles.

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