CHAPITRE lll
RESTAURATION DES DENTS
La dernière indication du traitement de la carie dentaire est la réparation de la perte de substance produite par la carie.
Cette restauration de la dent peut être partielle ou totale, suivant que la destruction des tissus dentaires s’est étendue à une. partie de la couronne ou à la couronne tout entière.
La restauration partielle de la dent se fait par To6turation.
La restauration totale est obtenue à l’aide des couronnes artificielles.
DENTISTERIE OPERATOIRE.
Artici.k Ier. — Restauration partielle, obturation.
« On désigne sous le nom d'obturation l’opération qui consiste à combler, avec une Mjb-tance solide, inaltérable et indestructible, la cavité d’une carie placée, par un traitement approprié, dans les conditions propres à recevoir cette substance >» (Magitot).
Ce procédé de traitement a pour but de soustraire la dent aux causes extérieures de destruction de ses tissus et de remplacer artificiellement la substance détruite.
L’obturation comprend deux opérations distinctes:
1° La préparation de la cavité;
2° L'obturation proprement dite.
Préparation de la cavité.
La cavité destinée à recevoir et à conserver la substance obturatrice nécessite une préparation qui affecte deux phases distinctes.
1° Débarrasser la cavité de tous les débris de l’ivoire atteint parla carie: opération qui est invariable pour toutes les substances d’obturation, qui fait partie du traitement proprement dit de la carie (1).
2° Donner à la cavité une forme convenable pour recevoir et maintenir la masse obturatrice: opération variable, d’après la nature de la substance obturatrice.
Opérations préliminaires. — Écartement. — Isolement et assèchement. — Avant d'indiquer les conditions dans lesquelles doit se faire la préparation proprement dite des cavités, il est nécessaire de décrire les opérations préliminaires, nécessaires dans
(l) Voir Traitement de la carie.
la plupart des cas : Y écartement , l'isolement et l’assêchement.
a. Écartement. — Lorsqu’il s’agit d’obturer certaines caries, difficilement accessibles, comme les caries insterstitielles par exemple, l’écartement de la dent et de ses voisines s’impose. On peut l’obtenir immédiatement, soit à l'aide d’un coin en bois d'oranger ou d’flickory passé à la filière, soit au moyen de l’écarteur de Perry ou de Parr.
Le morceau de bois taillé en sifflet est enfoncé entre la dent à opérer et sa voisine, soit lentement à la pression de la main, soit à coups de maillet à main. Le bois s’humecte et gontle.
Les écarteurs de Perry ou de Parr sont des instruments en acier agissant plus lentement, grâce aux vis, qui, dans ces deux instruments, produisent l’écartement qui est obtenu en quelques minutes.
Les procédés d’écartement immédiats sont généralement douloureux, pourtant ils offrent l’avantage de permettre d’opérer de suite et lorsque l’obturation peut être faite dans la même séance, de réduire à son minimum la durée du temps pendant lequel la dent aura été déplacée.
Lorsqu’on n’est pas obligé d’obtenir l’écartement immédiatement dans la même séance, la carie nécessitant des pansements préalables, on peut employer le caoutchouc, l’ouate, la laminaire; cette algue possède une faculté absorbante très précieuse, qui la fait doubler de volume au bout de vingtquatre heures.
Le caoutchouc placé, entre les dents est un procédé d’écartement médiat qui agit rapidement. Du jour au lendemain et même au bout de quelques heures, une séparation suffisante existe entre la dent à obturer et sa voisine. Seulement ce procédé est souvent assez douloureux pour que certains pa-
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
tients no puissent le supporter, surtout lorsque toutes les dents existent et sont très serrées, ou lorsque le caoutchouc touche la gencive.
I. 'ouate agit beaucoup plus lentement; il est quelquefois nécessaire d'en mettre plusieurs fois pour obtenir un écart suffisant, mais son application est plus supportable. On la roule en forme de cordelette, en faisant passer d’abord entre les dents la partie la plus fine, puis en tirant, on amène la plus épaisse, et l’on coupe des deux côtés. L'ouate agit en augmentant de volume par l'action de l'humidité.
b. Isolement de la dent. — Nous avons déjà dit. pour le traitement des divers degrés de carie, qu'il était nécessaire de mettre la dent à l’abri de la salive et de l’assécher. Cette précaution est beaucoup plus importante encore pour l’obturation.
On emploie dans ce but divers procédés :
1 0 Procédé de la serviette. — Un petit linge est enroulé autour de la dent qui doit être opérée, ses deux extrémités sortant de chaque côté de la bouche. Il est maintenu avec deux doigts de la main gauche pendant tout le cours de l’opération.
Ce procédé, qui prive l’opérateur de l’usage d'une main, ne peut être employé que pour des opérations de courte durée ou lorsque l’assèchement n'est nécessaire que pendant peu de temps ;
2° Procédé des cylindres de coton. — On place dans la bouche, de chaque côté de la dent à opérer, deux cylindres de coton ou de papier absorbant que l'on maintient comme il est indiqué ci-dessus.
On peut maintenir en place la serviette ou les cylindres de coton avec des crampons ou clamps que l’on emploie pour la digne, ou des crampons à forme spéciale.
Lorsque la cavité à obturer est petite ou que l'opération doit être de courte durée, on peut encore
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obtenir un résultat suffisant avec de petits morceaux d’amadou que l’on place entre les dents, ou des bandes étroites de papier absorbant (fibre lint) placées sur les gencives.
Mais le procédé par excellence d’assèchement et d’isolement est la digue en caoutchouc ( rubber dam).
3° Digue. — Cet auxiliaire si précieux du dentiste se compose d'une feuille mince de caoutchouc. On la trouve généralement chez les fabricants dans des boites de métal, en long rubans de 20 centimètres de largeur, sous trois épaisseurs variant de un cinquième de millimètre à un demi-millimètre environ. L’épaisseur moyenne est la plus employée.
On la coupe en morceaux carrés ou triangulaires. Pourtant la longueur du morceau varie suivant la dent que l’on doit opérer. Il doit être moins long pour une dent antérieure que pour une molaire, pour une dent supérieure que pour une inférieure.
Le patient ayant la bouche ouverte, on place le morceau de digue en face de la dent à isoler. On presse le caoutchouc sur cette dent et on marque avec l’ongle le point de contact. Puis on perce sur ce point un petit trou, soit à l’aide de la pince spéciale apercer ou des ciseaux, soit simplement en touchant ce point avec la pointe d'un instrument rougi, ou encore, en étendant la digue sur l’extrémité du manche d’un excavateur, et en touchant le point marqué avec le bord tranchant d’une autre ruginé.
11 est toujours nécessaire, afin de bien éclairer le champ opératoire, de prendre dans la digue deux ou plusieurs dents voisines de chaque côté de la dent à opérer; on presse le caoutchouc sur le bord tranchant ou la face triturante des dents et on fait pénétrer les couronnes des dents à isoler par les trous ainsi percés.
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
Le caoutchouc doit entourer la dent au collet où il est maintenu à l'aide d'une ligature en soie, s’il s’agit de dents antérieures et à l aide d’un crampon ou clamp, s'il s'agit de molaires. Pour les caries cervicales, où il faut repousser la gencive, on emploie des crampons spéciaux. Il est préférable, pour les molaires, de placer le crampon et la digue en même temps. Pour cela, on fait pénétrer, à tracerle trou qui a été percé, la partie supérieure du crampon, les deux extrémités restant en dedans de la digue. A l’aide de la pince spéciale dont les extrémités sont placées entre les deux branches du crampon, du coté externe de la digue, le caoutchouc étant ramené sur la pince en sorte d'entonnoir, on porte le tout sur la dent, on presse, on écarte les deux branches du crampon que l'on met en place, et, avecun instrument pointu ou l'index, on fait passer le caoutchouc par-dessus les bords des deux extrémités du crampon pour en serrer le collet de la dent fig. 14 .
La digue en place est ensuite fixée des deux côtés de la bouche par le porte-pince digue, composé d’une bande d’élastique passant derrière la tête du malade et munie d’une agrafe à ses deux extrémités.
Enfin pour que la partie inférieure de la digue soit tendue et ne gène pas l'opérateur, on y suspend un ou plusieurs disques de plomb et on la tend avec.
Si dans le cours de l’opération la digue venait à être percée par la pointe d’un instrument ayant glissé, on peut boucher ce trou avec une solution de caoutchouc ou un morceau de caoutchouc à redressement.
Enfin on peut arrêter tout suintement sanguinolent au collet de dents avec de petits morceau d'amadou ou de papier absorbant. Comme nous le disions au début, la digue est l’instrument par
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fie- 14- Digue appliquée a la mâchoire supérieure pour refaire le contour de la petite molaire. — A, écarteur des arcades dentaires; B, poids servant à tendre la digue; C, serviette mise sous la digue et retenant la salive; D, épingle anglaise tenant la serviette; F, pince servant à relever la digue.
Godon. — Clinique dentaire. 12
DENTISTERIE OPÉRATOIRE-
excellence d’isolement et d’assèchement, on peut ajouter également d’antisepsie de la dent.
En cas de salivation trop abondante, on se ~ert de la pompe à salive ou d’un sac en caoutchouc.
c. Assèchement de la dent. — .Nous avons déjà indiqué les moyens d’obtenir la sécheresse des cavités, au traitement de la carie du 4e degré. Nous ne ferons que les énumérer à nouveau : Ce sont, avec la digue que nous venons de décrire, les papiers absorbants et l’amadou, la poire à air chaud, le thermocautère de Pauline, de Brasseur, la poire électrique de Barbe, etc.
Préparation de la cavité. — La préparation de la cavité comprend deux opérations :
Nous ne reviendrons pas sur la première, qui a été déjà indiquée dans le traitement de la carie et qui fait partie du traitement antiseptique de la cavité.
La deuxième a pour but de donner à la cavité une forme convenable pour retenir la substance obturatrice et assurer la durée de l’obturation ; elle rend encore nécessaire l’enlèvement d'une certaine quantité du tissu dur, quoique sain. Cette opération varie nécessairement suivant la matière obturatrice à insérer ; pourtant il est quelques règles générales, applicables dans tous les cas. Ainsi les parties d'émail faibles qui risqueraient de se briser pendant l'obturation ou peu de temps après doivent être enlevées. Pourtant on peut en enlever moins, s'il s'agit d’une obturation plastique au ciment ou à l'amalgame que s’il s’agit d’une aurification ; il faut en enlever moins pour une aurification à l'or adhésif, qu'à l’or mou, celle dernière nécessitant des parois très résistantes.
Les bords surplombants doivent également être réséqués, la cavité devant être bien visible dans
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toutes ses parties, et la substance obturatrice pénétrant difficilement dans les angles rentrants, surtout pour l’aurification.
Pour les dents antérieures, on doit réséquer plutôt sur la face linguale ou palatine que sur la face labiale, par raison d’esthétique.
Pour les molaires, cavités interstitielles, il faut bien dégager la partie voisine de la gencive, en rendre même l'accès facile, en réséquant une partie de tissu de la face triturante, ou en taillant les faces proximales en V, à sommet gingival.
Enfin des précautions spéciales doivent être prises pour les bords. Ceux-ci doivent être bien unis, résistants et à léger biseau oblique de dehors en dedans, pour enclaver la matière obturatrice.
En dehors de ces règles générales, applicables à tous les cas, il existe quelques indications spéciales que nous signalons en étudiant chaque substance d’obturation.
Procédés de rétention de la substance obturatrice.
— Les procédés principaux employés pour retenir la substance obturatrice une fois mise en place ans la cavité sont au nombre de trois, savoir:
1° La forme même de la cavité ;
2° Les sillons et rainures ;
3° Les points de rétention.
1° Forme de la cavité. — Elle doit être autant que possible ramenée à un tronc de cône ou à un tronc de pyramide, dont la base regarde le centre de la dent, et le sommet la face externe.
Ce type satisfait à la condition expresse d’une bonne obturation. Il constitue un des meilleurs moyens de rétention. Il est applicable pour les cavités interstitielles et pour celles des faces triturantes des molaires.
La rétention peut encore être suffisante avec une
cavité de forme cubique ou cylindrique, c'est-à-dire avec des parois parallèles.
Cependant, il est des cas où cette forme n'est pas possible, par suite du voisinage de la pulpe ou l'absence d’une paroi comme dans les dents antérieures. Dans ce cas, on doit avoir recours à un autre procédé de rétention, les sillons et rainures.
2° Sillons et rainures. — La cavité est contournée, à l'aide de la rugine ou de la fraise, près de la périphérie de la cavité, d’un sillon ou d une rainure qui forme bague et qui est rempli par la matière obturatrice. Ce sillon se pratique lorsque la cavité est très évasée.
3° Points de rétention. — Dans d'autres cas, on creuse dans la cavité avec le foret de petits trous ou canaux d'un millimètre à peine de profondeur, dits points de rétention , qui convenablement placés, c'està-dire se faisant opposition, empêchent la sortie de la matière obturatrice.
11 faut éviter de pénétrer dans la cavité pulpaire ou de creuser trop près de la pulpe, ce qui l’irriterait.
Régies spéciales applicables à des cas déterminés. — Les cavités résultant de caries peuvent siéger sur les différentes faces des couronnes des dents et nécessitent, suivant leur siège, des procédés particuliers de préparation et de rétention.
Les cavités sont si variées qu'un auteur américain, Taft, les divisait en 3 classes avec seize niodilications (1). Nous avons adopté une classification analogue, quoique plus simple.
Nous divisons les cavités, au point de vue de leur siège, en cavités simples et cavités composées.
Les cavités simples comprennent :
1° Cavités centrales ou coronales, situées sur la
(i) Voir Taft, Opérative dcnlUht/. Philadelphia, iS68.
RESTAURATION DES DENTS. 209
face triturante des molaires ou le bord tranchant des dents antérieures.
2° Cavités latérales, situées sur les laces latérales des dents. Elles se subdivisent en quatre classes :
a. Cavités interstitielles, proximales ou approximales, comprenant les cavités situées sur les faces médianes , et les cavités des faces distales.
b. Cavités des faces labiales ou jugalcs, les cavités des faces linguales ou palatines.
3° Cavités du collet ou cervicales, situées au bord voisin de la gencive.
Les cavités composées (tîg. la) comprennent les deux grandes divisions principales suivantes :
1° Cavités corono-médianes ou corono-distales;
2° Cavités corono-jugales ou corono-linguales.
3° Cavités composées à la fois coronales, médianes ou dislales et jugales ou linguales et cervicales.
Le titre qui les désigne indique leur siège, soit :1a face triturante de la dent et une des faces latérales. A chacune de ces cavités est applicable un mode spécial de préparation et de rétention.
Ainsi les cavités centrales doivent généralement être cylindriques ou affecter la forme d'un tronc de cône sans autre procédé de rétention; les cavités interstitielles doivent, s’il s’agit des dents antérieures, avoir la forme d’une pyramide triangulaire à base tournée vers l'axe de la dent, avec une rainure cir-
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
culaire ou des points de rétention : un point à chaque sommet du triangle.
S’il s’agit d’une molaire, la cavité doit le plus souvent être transformée en cavité composée, coronomédiane ou corono-distale, en lui donnant la forme d’une pyramide quadrangulaire à base toujours tournée vers l'axe vertical de la dent et la section vers la dent voisine avec une paroi en moins sur la face triturante ; la rainure ou les points de rétention (3 ou 4, 1 dans chaque angLe . sont encore nécessaires. Ils le sont du reste chaque fois qu’une paroi du tronc de pyramide fait défaut dans la forme de la cavité.
Sur les faces labiales ou jugales, linguales ou palatines, il est souvent facile de donner la forme régulière indiquée plus haut.
Enfin, dans les cavités du collet, la forme est généralement celle du croissant, le fond doit être plat, les bords obliques, seulement il est presque toujours nécessaire de faire le sillon ou rainure circulaire, ou deux points de rétention, un à chaque extrémité du croissant.
Quant aux cavités composées, leur forme et leur moyen de rétention tiennent des diverses cavités que nous venons de passer en revue. On leur donne la forme et les moyens de rétention des cavités simples dont elles se rapprochent le plus.
Matrices. — Lorsqu’une paroi fait défaut comme dans la plupart des cavités interstitielles, on remplace pour leur donner la forme régulière, cette paroi absente par de petits instruments dits matrices, que l’on place entre les dents (Levett), ou avec un morceau de gomme laque (Iierbst).
Les formes des matrices sont très nombreuses, mais les plus simples sont les meilleures.
On construit de suite celles dont on a besoin avec
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un morceau de carte de visite, de lime à séparer, de celluloïde, ou une simple lame métallique à polir.
Article II. — Mode d’emploi des différentes substances d’obturation.
Les différentes substances employées pour l'obturation peuvent être divisées, comme suit, en substances plastiques, substances non plastiques, substances combinées, morceaux d'émail :
i° Substances plastiques (vulgairement plombage)
Étain.
Gutta-percha.
Ciments.
Amalgames.
2“ Substances non plastiques
3° Substances combinées
4° Morceaux d’émail.
) f Or cristallisé ou en éponge.
• Or(aurifi-\ Or mou, non adhésif ou I cation). ) non cohésif.
V Or adhésif ou cohésif.
Gutta-percha et les différentes matières obtura trices.
1 Ciment et amalgame, t Ciment et étain.
Ciment et or.
I Amalgame et or.
( Étain et or.
Or non cohésif et cohésif ou or cristallisé et cohésif.
De dents naturelles.
^ , — de porcelaine.
Émaux de verre, fondants à basse ! température.
Plaquettes métalliques.
§ 1. — Substances plastiques.
Gutta-percha. — Indications. — On l'emploie en mélange avec l’oxyde de zinc, la silice, le verre pilé, avec l'adjonction de certaines substances médicamenteuses, comme l’iodoforme ou le nitrate d’argent, ou en dissolution dans le chloroforme; on s’en sert le plus souvent comme pansement occlusif à la place de l’ouate ou comme pâte obturatrice tem-
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
poraire, pendant la période dite d’observation (2e, 3e eL 4e degré:. 1 1 e est excellente pour les caries du
collet, surtout les molaires et les dents à parois très fragiles.
Son adhérence est très intime, elle laisse difficilement passer les liquides. Sa durée peut être de plusieurs mois et de plusieurs années, si elle n'est j*aexposée à la mastication. On peut l'employer également pour fixer les couronnes.
Contre-indications. — Elle est généralementcontreindiquée pour les obturations permanentes, sauf chez les enfants et les vieillards, la gutta-percha ne supportant pas longtemps la nqastication ni la brosse. 11 faut donc la réserver aux cavités peu exposées à un travail mécanique.
Mode d’emploi. — Les préparations les plus usitées sont celle de Hill^gutta-percha et oxyde de zinc et celle de .lacob (gutta-percha et silice). On chauffe la gutta-percha de 100 à 110° avec l’appareil de Flagg ou, à défaut, sur une plaque de verre ou de porcelaine. On doit éviter le contact direct de la flamme.
L’insertion s’opère au moyen de spatules lisses ou de fouloirs, en ayant soin de dessécher tout d'abord la cavité destinée à recevoir la substance. Les instruments doivent être au préalable trempés dans la glycérine et la gutta est introduite par bloc ou par petits morceaux.
On achève l’obturation au moyen d'instruments chauffés pour enlever la matière qui déborde et lisser l’obturation. On emploie également la gutta-percha pour l’obturation des canaux, soit eu solution dans le chloroforme, soit mélangée à un antiseptique (iodoforme), soit encore sous forme de sondes spécialement préparées à cet effet (. gutta-percha nene canal points, S. S. White).
En badigeonnant la cavité préalablement de solu-
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tion chloroformée «le gutta, on obtient une adhésion plus intime. Enfin on se sert de cette même solution ou d’une mince couche de gutta-percha comme isolant, au fond des cavités sensibles ou voisines de la pulpe, pour la soustraire aux transmissions thermiques des obturations métalliques ou à l'action caustique du ciment.
Ciments. — Le ciment dentaire est un mélange de deux substances, Lune liquide, l’autre solide (en poudre). La poudre est malaxée avec le liquide, et lorsque la réaction est terminée la substance qui eu résulte est propre à assurer l’obturation de la cavité.
Au moment de l'emploi, on mélange sur une plaque de verre le contenu de deux flacons renfermant l’un la poudre, l’autre le liquide; on doit malaxer la pâte, de façon à obtenir une substance homogène.
Les ciments usités sont à prise lente ou à prise rapide. Selon qu’on se sert de l’un ou de l’autre, il importe de faire subir à la dent une préparation spéciale. Une dessiccation complète de la cavité est nécessaire, surtout si l’on opère avec un ciment à prise rapide.
Les premiers ciments dentaires employés étaient des oxychlorures de zinc ; le liquide, du chlorure de zinc, et la poudre, de l’oxyde de zinc ; d'une durée très variable, il était, dans le voisinage delà gencive, très rapidement détruit. Il n’est plus guère employé que pour l’obturation des canaux.
Les ciments qu’on emploie maintenant sont des oxyphosphates de zinc. Le liquide est une préparation d’acide phosphorique et la poudre de l’oxyde de zinc, mélangé généralement avec de la silice et du verre pulvérisé. L'acide phosphorique est présenté soit sous la forme sirupeuse, soit sous forme de cristaux.
Le L)r Telschow, de Berlin, a présenté récemment
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un nouveau ciment composé d’acide fluorhvdrigue et d’un sel d’alumine (1).
Indications. — Les ciments s’emploient de préférence pour les dents dont les parois sont amincies ou de texture molle, et surtout pour les dents antérieures. On s’en sert aussi pour cimenter les revêtements métalliques ou pour sceller les couronnes artificielles.
Le ciment est antiseptique ; il résiste longtemps à l’action des liquides buccaux ; il est excellent pour insensibiliser la dentine (Andrieu, Coleman).
Contre-indications. — On ne peut considérer Je ciment comme une substance propre à une obturation permanente très durable; il s’use facilement parla masticaLion.
11 manque de durée près de la gencive. Dans le voisinage de la pulpe, il doit être placé une couche intermédiaire de gutta-percha, pour protéger l'organe pulpaire contre l’action caustique de l’acide phosphorique qui pourrait en amener la mortification.
Mode d’emploi. — La cavité destinée à recevoir le ciment doit être complètement prête à cause de la prise rapide du mélange. La digue peut être employée avec avantage pour cette opération.
Dans le cas où l’on emploie l’acide phosphorique sous forme de cristaux, on doit, au moment de s’en servir, le faire fondre à la flamme sans le faire bouillir, puis le laisser refroidir avant de l'employer. Il est préférable pour cela de malaxer avec la poudre sur une deuxième plaque froide.
On fait ainsi une pâle assez consistante de liquide et de poudre. La pâte roulée en cylindre est introduite dans la cavité soit en bloc, soit par fractions avec une brucelle ou une spatule.
(t) Voir Odontologie , 1896.
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Ou se sert d’un fouloir plat ou d’une spatule pour égaliser la surface.
Afin de permettre le durcissement à l’abri de l’humidité, on recouvre souvent d'un vernis au copal ou au stérosel (Papot).
On peut obtenir une vitrification artificielle du ciment en passant dessus un fouloir rougi. Ce procédé augmente la dureté et la durée du ciment.
On achève de polir avec des brunissoirs.
Amalgames. — L’ainalgame est composé d’un ou de plusieurs métaux associés toujours au mercure. La composition des alliages est variable et les différents métaux qui servent à les constituer sont: l’or l’argent, le platine, le palladium, l’étain, l’antimoine, le cuivre, le bismuth, etc.
Les formules d’amalgame sont extrêmement nombreuses. Dans les unes, on a cherché à atténuer la couleur grise du composé, avec l’étain par exemple. Dans d'autres, on a voulu combattre la rétraction de la substance après son durcissement dans la dent, comme avec le palladium ou l’oxyde de cuivre.
Actuellement les amalgames que l’on emploie davantage contiennent, en proportions variables suivant les formules, l’argent, l’étain, l’or et le platine. On emploie beaucoup aussi, malgré la coloration noire qu’ils donnent aux dents, les amalgames de cuivre.
Il y a de réels avantages à préparer son amalgame soi-mème. La seule difficulté réside dans l’oxydation de l’étain (Andrieu).
On introduit dans un creuset un peu de borax, avant la fusion des métaux, ce qui empêche l’adhérence aux parois et dissout tout l’oxyde.
Il faut couler le lingot au moment de la fusion complète ou avant le refroidissement partiel, pour éviter que les métaux de densité plus grande ne se séparent en couches par leur propre poids.
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
La meilleure préparation consiste donc à fondre les métaux tous ensemble et à les couler en lingot (1). Le lingot est ensuite réduit en limaille et c’est cette limaille qu’on mélange au mercure au moment de s’en servir, en la triturant longuement dans un mortier en verre ou en porcelaine.
La masse obtenue doit être uniforme et doit durcir suffisamment en douze ou quinze minutes.
L’amalgame est très maniable, très résistant à la mastication et à l'action des divers liquides buccaux.
Indications. — L’amalgame est avantageusement employé dans les cavités d’accès difficile où l’aurification ne pourrait produire une obturation parfaite. On l’utilise aussi, lorsqu'on veut conserver les racines, soit en les entourant d’une bande de platine et en emplissant l’intérieur d'amalgame ou en les obturant simplement.
Il est très employé pour les dents d'adulte, cariées au 3e et au 4e degré.
C’est aussi un moyen de scellement pour les pivots avec gaines, les couronnes métalliques ou en porcelaine, etc.
Contre-indications. — Il est très contractile et son retrait, en lui retirant une partie de son adhérence aux parois des cavités, facilite la pénétration des liquides buccaux et la formation d’autres points de carie. Les liquides buccaux le noircissent. 11 donne à l’émail une coloration foncée d’aspect désagréable, il transmet à la pulpe les modifications thermiques, s’il n’a pas été isolé de cet organe par une couche de ciment ou de gutta-percha.
Mode d’opérer. — On place la limaille métallique dans un mortier, on la mélange avec une quantité
(i) Voir Roy, Thérapeutique de la bouche et des dents (Manuel du chirurgien dentiste).
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à peu près égale en poids de mercure (on peut employer pour cela la balance de Fletcher). On la triture jusqu a ce qu’elle forme une pâte bien intime, puis on presse la boulette dans une peau de chamois ou un linge pour en exprimer le mercure.
On place l'amalgame dans la cavité par petits fragments, que l'on foule avec une brucelle ou un fouloir approprié. 11 importe que chaque fragment soit bien tassé et qu'il tapisse toutes les cavités de la dent avant d’en ajouter un second, surtout ceux qui sont en contact immédiat avec les parois. En procédant ainsi par fraction d’amalgame et en les tassant bien, au fur et à mesure de leur introduction, on arrive à l’obturation totale de la dent. On enlève alors l’excès, on assure l'articulation, puis on procède au polissage à la séance suivante.
Le meilleur moyen pour combattre le retrait consiste, d’après leD'Kirk (1), dans l’emploi de l’or spongieux qui absorbe l'excès du mercure. A l’aide du brunissoir, on frotte la surface de l’amalgame avec des boulettes d’or spongieux, jusqu’à ce que l’or ne blanchisse plus au contact du plombage. — On obtient le même résultat avec des feuilles d’or ou d’étain.
Amalgame de cuivre. — Cet amalgame s’emploie un peu différemment. L’amalgation est faite d’avance sous forme de boulettes dures, que l’on fait chauffer, au moment de s’en servir, dans une petite cuiller en fer, jusqu’à ce que le mercure apparaisse à la surface en fines gouttelettes. On les broie ensuite vivement dans un mortier. Puis dès que l’amalgame a la consistance pâteuse, on exprime l’excédent de mercure et on le porte par fragments dans la cavité.
On a essayé divers procédés pour diminuer la rétraction de l’amalgame.
(i) Kirk, Progrès Dentaire, septembre 1895.
GoDü.-i. — Clinique dentaire . 1 3
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
L’absorption de l’excès de mercure, après l’obturation que nous venons d’indiquer, est un de ces procédés. On a voulu doser la quantité de mercure employé avec la balance de Flechter.
On a essayé aussi de varier les différents métaux entrant dans la combinaison de l'amalgame, et à ce propos le palladium est le métal qui a donné le moins de retrait (Tomes).
Tomes a fait récemment, dans le même but, des tentatives, dont la principale consistait dans l’emploi du ciment pour les parois de la cavité et de l'amalgame pour la partie centrale et externe I .
Nous-mêmes avons entrepris à ce sujet diverses expériences, dont les résultats ont été communiqués au Congrès de Bordeaux en 1895. Nous avons obtenu un minimum de retrait, soit en mélangeant pendant l’obturation des morceaux de vieil amalgame, avec l’amalgame frais ou ancien, soit en beurrant le fond et les parois de la cavité avec de l'amalgame frais et en emplissant le reste de la cavité avec un mélange de parties égales d'amalgame frais et de poudre d’amalgame vieux (2).
On a également conseillé dans le même but d’employer l’amalgame très sec, soit avec le minimum de mercure, et de le fouler au maillet automatique.
Étain. — Indications. — Pour les dents imparfaitement calcifiées, l’étain est une excellente matière d’obturation (Dubois).
Dans certains cas, sa supériorité sur l'or provient des combinaisons que ce métal forme avec les agents chimiques de la bouche et qui favorisent le durcissement des tissus dentaires avec lesquels il est en contact.
Contre-indications. — Il n’offre pas beaucoup de
(1) Tomes, Odontologie, i8g5.
(2) Voir Odontologie, 1895.
résistance, quand il est employé pour les faces triturantes.
Son maniement est aussi diflicile que celui de l’or. Mode d’opérer. — Le mode d’opérer est analogue à celui de l’or non adhésif (1).
Un l’emploie, parfaitement pur, en feuilles préparées en forme de rubans et de cylindres.
Il doit être mailleté au fouloir lisse, pour éviter de le déchirer. On termine au brunissoir monté sur le tour.
§ 2. — Méthodes d’aurification.
Or, Aurification. — L'obturation des dents avec l’or est désignée sous le nom d'aurification. L’aurification se pratique en employant l'or sous trois formes différentes : 1° or cristallisé ou en éponge; 2° or mou, non adhésif ou non cohésif ; 3° or adhésif ou cohésif.
Indications générales. — Son emploi est indiqué dans la majorité des cas.
L’or se rapproche le plus de la substance idéale d’obturation (Andrieu).
11 n’a pas de retrait.
Les acides de la bouche n’ont pas d’action sur lui.
Sa malléabilité permet facilement son adaptation aux parois.
II est l’agent conservateur delà dent par excellence.
Au point de vue mécanique, il offre une résistance très grande.
Contre-indications. — « La très grande faiblesse des parois, la mollesse excessive de la dentine, l’inaccessibilité des cavités, les caries du collet étendues sur la face labiale, sont des contre-indications de son emploi » (Dubois).
Sa couleur a soulevé aussi quelques objections.
(i) Voir page 221.
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
Or cristallisé ou en éponge. — L'or cristallisé est une des premières préparations d'or employées pour l'aurification des dents.
Il marque la transition entre les substances d'obturation plastiques et les substances non plastiques. En effet, il semble, comme les diverses pâles, facile à porter et à presser dans les cavités. Seulement il se réduit aisément en poussière et se désagrège dans le voisinage de la gencive et près des bords des cavilés.
Par suite de ses qualités plastiques, il a joui souvent d’une certaine vogue. Il était beaucoup moins employé, ou employé uniquement pour le fond des cavités, lorsque pendant ces dernières années, des tentatives diverses ont été faites pour en généraliser l’emploi et notamment sous une forme nouvelle, dite l'or Solila du Dr de Trey.
Cet or semble présenter des qualités de malléabilité particulières, qui le rendent d'un usage très pratique et il offre de grandes facilités pour garnir les parois des cavités dentaires sans points de rétention.
Mode d’emploi. — On place d'abord un gros morceau, à peu près du volume de la capacité de la cavité à obturer ; sa condensation est très prompte. On complète par des morceaux plus petits. On doit fouler les morceaux au début de l'obturation au moyen de larges pointes, puis terminer avec des pointes plus fines pour les bords.
Avant de l’employer, on le chauffe sur une plaque en mica pour le débarrasser de ses impuretés.
Les instruments spéciaux employés consistent en une série de trente fouloirs, dont six au moins sont indispensables.
Ce sont les numéros 3, 5, 6, 7, 9 et 28 de Kolliker (fig. 16 à 21).
RESTAURATION DES DENTS
« lis s’emploient en roulant la pointe de l’instrument sur la couche d'or à condenser. » L’instrument étant tenu, le manche entre le pouce et l’index et la pointe passant entre le médius et l’annulaire (1).
On a beaucoup exagéré la rapidité avec laquelle ou pouvait employer l’or cristallisé, que l’on a comparé à tort à l’amalgame. Quelle que soit sa marque de fabrique, et elles sont nombreuses, il exige beaucoup de soins quant à la sécheresse nécessaire, à îa rétention et à la condensation des divers morceaux, et d’une manière générale, quant aux
Kig. 16 à 21. — Fouloirs du E. de Trey. (Kdlliker).
diverses précautions qu’exige l’aurification pour être réussie.
La préparation de la cavité est analogue à celle que nécessite l’emploi des substances d’obturation plastiques, tronc de cône ou de pyramide. Les points de rétention ne sont pas utiles.
Or mou, non adhésif ou non cohésif. — - L'or mou est employé en feuilles préparées sous forme de rubans ou de cylindres, ou de cylindres et de rubans combinés; il ne doit pas être chauffé.
On coupe la feuille d'or en une ou plusieurs larges (i) Voir Dr E. Sauvez et Toulouse, L'or Soiila du Ür E. de Trey ( Odontologie , 189G).
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
bandes, on la replie sur elle-même pour former des rubans plats d’une longueur un peu plus grande que celle de la hauteur de la cavité.
Les cylindres se font à l'aide du ruban que l’on roule sur lui-mème. Les deux extrémités du cylindre doivent être bien planes. On en fait de plusieurs calibres.
On peut encore rouler la feuille d’or tout entière sur un fil d’acier et couper le long cylindre, ainsi obtenu, en une série de petits cylindres un peu plus longs que la profondeur de la cavité.
On peut aussi se servir de cylindres tout préparés vendus dans le commerce sous le nom de compact cylinders.
Préparation de la cavité. — - La forme la plus favorable à donner à la cavité, pour l’obturation à l’or non adhésif, est celle d’un cône tronqué se rapprochant le plus possible de la forme cylindrique, c’està-dire ayant des parois parallèles et sans points de rétention; une rainure est souvent nécessaire.
Instruments. — On emploie les fouloirs de différentes formes (fig. 22 à 28) et, pour condenser, le maillet à main ou les daviers de Gaillard ou de Flagg.
Mode d’opérer. — a. Or en rubans. — L’or non adhésif peut être employé en rubans foulés dans la cavité en accordéon delrnut, dont on tasse ensuite les plis dépassants ou en morceaux de ruban placés en croix, dont on rabat ensuite les extrémités.
h. Or en cylindres. — On introduit dans la cavité, à l’aide d’une presselleà aurifier, un premier cylindre, que l’on adosse à la paroi la plus résistante. On place un second, puis un troisième cylindre debout, à côté du premier.
On emplit ainsi la cavité progressivement, en ayant soin de bien faire pénétrer jusqu'au fond chaque cylindre. La cavité bien remplie, on prend
RESTAURATION DES DENTS
un fouloir pointu et on pratique au centre, en écartant les cylindres ainsi placés, une ouverture destinée à recevoir de nouveaux cylindres. A ce moment, on exerce le foulage des extrémités de cylindre
Fig. 22 à 28. — Fouloirs pédiliformes, pour introduire et condenser l’or dans les grandes cavités.
qui dépassent la cavité, en se servant du maillet à main ou du davier à condenser.
« L’emploi du maillet automatique est absolument contre-indiqué (I). »
Les cylindres doivent être placés dans la cavité à la façon de cigares placés dans un verre et serrés de telle sorte qu’un cigare enfoncé supplémentairement empêcherait la sortie de tous les autres (Tomes).
(1) Chauvin, Odontologie, 1880.
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c. Or en cylindre avec rubans. — La cavité préparée est garnie, comme précédemment, de cylindres. Mais l’espace vide central est obturé au moyen de ruban d’or replié sur lui-même en forme d'accordéon.
Chaque pli doit être bien comprimé, et. une fois la cavité remplie, on ramène sur l'aurification lebouts de cylindres restant hors de la cavité et on condense le tout.
Or adhésif ou cohésif. — L'or cohésif s'emploie en feuilles. L’or en feuilles se trouve chez les fournisseurs, dans des cahiers, sous les nos 4, G, 10 , 20 . 40. 60, 80, 120.
On emploie le plus souvent le n° 4.
La feuille d’or se plie en rubans de plusieurs dimensions que l’on coupe ensuite en rectangles ou en losanges. On roule aussi l’or en cordelettes, en repliant grossièrement, dans une serviette, une feuille sur elle-même et en lui faisant subir une espèce de torsion sans trop serrer.
Avant de s’en servir, on doit faire subir le recuit aux morceaux d’or cohésif, en les passant directement à la flamme d’alcool, ou en les chauffant sur une plaque de mica ou de platine, ce qui augmente la propriété d’adhésivité spéciale àcelte préparation d'or et qui forme la base de ce procédé d'aurification t .
Préparation de la cavité. — « Le point essentiel pour la forme à donner à la cavité est que l'opérateur, une fois cette forme obtenue, puisse exercer, sur chaque fragment d'or qu'il y introduira, une pression directe » (Andrieu).
La cavité doit être en forme de tronc de cône, de pyramide ou cylindrique; les parois doivent être très lisses et très polies.
(i) Robert Arthur. A Treatise on lhe use of adhesive goldfoils. 1 857.
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Des points de rétention sont le plus souvent nécessaires. On en fait deux dans la partie cervicale de la cavilé; on en fait un troisième vers le bord libre de la couronne, si la cavité est triangulaire, et un quatrième, si elle est carrée.
Une des conditions expresses, dans l'aurification à l'or adhésif, est ['exclusion absolue de toute humidité. L’emploi de la digue est donc indispensable et la pompe à salive souvent utile.
Malgré les précautions prises, si la salive arrivait au contact de l’or, on emploierait immédiatement un absorbant, ou un courant d’air chaud, et l’on devrait remplacer le morceau d’or qui aurait été atteint.
Mode d’opérer. — On prend un morceau d’or avec labrucelle et on garnit avec le fouloir (1) d’une main ferme, le premier point de rétention voisin du bord cervical. On le condense ensuite avec le maillet. De la solidité d'attache de ce premier morceau dépend tout le succès de l’opération.
L’aurification se fait ensuite graduellement, en foulant l’or avec le fouloir, puis avec le maillet à main ou le maillet automatique d’Abbott, après avoir garni d’abord les deux points de rétention du bord cervical.
L’obturation sera étagée et élevée par plans successifs. Avant de compléter l’opération, on essayera avec la rugine la solidité du bloc. En cas d’ébranlement d’une partie, on devra la détacher et recommencer l'aurification partiellement ou totalement. Les points de rétention du bord voisin de la couronne sont garnis en dernier. Ils forment des coins destinés à compléter la solidité de l’aurification.
La condensation s’achève avec le maillet.
(1) La collection de fouloirs la plus usitée pour l'or adhésif est celle de llead ou de Warner
226 DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
L’excédent s’enlève avec les rifloirs, les fraises ou les meules.
Articulation. — On termine en articulant la mas-e obturatrice avec la dent antagoniste à l aide du papier à articuler, au moyen de la meule ou de la fraise et l’on polit à la ponce et au brunissoir.
Méthode rotative d’aurification à l’or adhésif, dite de Herbst. — Le foulage de l'or par cette méthode se fait uniquement avec le brunissoir monté sur le tour dès le début de l’opération.
Préparation de la cavité. — La cavité est préparée sans points de rétention; seulement elle doit être plus large au fond qu’à l’orifice (tronc de cône ou de pyramide).
Instruments. — Cette méthode exige certains instruments spéciaux (fig. 29 à 38).
1° Explorateur . — Instrument droit, dont l'office consiste à explorer et à sonder les parties mal ou peu obturées.
2° Fouloir cylindrique droit. — Sans hachures, ni rayures.
3° Le même un peu plus gros.
4° Fouloir à angle obtus.
Ces quatre instruments s’emploient à la main.
5° Instruments cylindriques et en forme de cône, montés sur le tour. Ces instruments peuvent être en pointe d’agate.
Mode d’opérer. — La cavité bien desséchée, on y introduit avec la presselle un ou deux cylindres d’or non recuits couchés à plat, que l'on condense au fond et sur les parois avec des brunissoirs montés sur tour.
Les parois bien garnies, on essaye et on sonde la couche d’or avec V explorateur.
Avant d’appliquer la seconde couche, on dépolit légèrement la surface de la première couche, à l aide
RESTAURATION DES DENTS. 227
d'un instrument spécial qui donne à l’or un aspect mat.
On procède ainsi jusqu’à la dernière couche, en ayant soin de recuire les fragments d’or avant de les employer.
Fig. -9 <l 38. — Instruments pour la méthode d’aurification par rotation de M. Herbst. — T. U. Pointes allant sur la pièce à main à angle droit.
L'aurillcation s’achève par les procédés indiqués pour l’or adhésif et souvent en cessant la rotation pour les derniers morceaux (1).
On peut fouler les morceaux d’or, au début de l’aurification, en introduisant dans la cavité après les premiers cylindres une boulette de coton, sur laquelle on presse au moyen d’un brunissoir monté sur le tour.
Avantages de i.a méthode. — Elle supprime la souf-
(i) Voir Heidé, Odontologie.
228 DENTISTERIE OPÉRATUIRE.
franco, et l’ébranlement occasionnés par l'emploi du maillet.
Elle permet d’obtenir, par la compression rotatoire, une plus forte adhérence aux parois et une grande rapidité d’exécution.
Indications des diverses méthodes d’acrieication. — De l’examen de ces diverses méthodes, il résulte les indications générales suivantes :
1° L’or cristallisé est indiqué, lorsque les parois sonl fragiles.
2° L’or mou ou non cohésif, dans les cavités centrales, avec des parois bien résistantes.
3° L’or adhésif, lorsqu’il faut non seulement remplir la cavité, mais encore donner à l'obturation lecontours de la partie manquante que l’on désire reconstituer.
§ 3. — Substances combinées.
Gutta-percha et différentes matières. — La guttapercha, employée avec les ciments et les substances métalliques, produit d'excellents effets au contact des tissus sensibles.
Nous avons déjà dit qu’elle était un excellent procédé d'isolement de la dentine sensible, contre l’action caustique des ciments ou les influences thermiques des substances métalliques.
En conséquence, dans les caries du 2e degré, voisines de la pulpe par exemple, il est bon de garnir d’une feuille mince de gutta le fond de la cavité, après l’avoir préalablement badigeonnée d'une couche d’une solution de gutta-percha dans le chloroforme.
Il en est de même pour les obturations métalliques, amalgame ou or, chaque fois que l’on a lieu de craindre la sensibilité de la dentine ou de la pulpe.
Pourtant, la masse obturatrice doit être placée de
RESTAURATION DES DENTS
façon à ne pas prendre son point d’appui sur la gutta-percha.qui n 'offre pas une résistance suffisante.
La solution de gulta-percha dans le chloroforme suffit le plus souvent.
Ciment et amalgame. — Ce mélange se fait de diverses façons :
1° En ajoutant de l’alliage pour amalgame à de la poudre de ciment ;
2° En juxtaposant une obturation au ciment sur une base d'amalgame ou réciproquement.
Le ciment, mélangé avec l’amalgame, a pour but d’augmenter la résistance mécanique du ciment; pourtant ce mélange se désagrège dans le voisinage de la gencive.
Le procédé qui consiste à faire séparément le ciment et l’amalgame, l’un servant de base à l’autre, a pour but d’utiliser les qualités de résistance mécanique de l’amalgame et l'adaptation parfaite aux parois ou la coloration du ciment.
Ainsi, dans une cavité corono-médiane de bicuspide ou de molaire, la partie voisine du bord cervical peut être obturée avec l’amalgame, tandis que la partie visible, latérale et coronaleest obturée au ciment.
Dans une cavité triturante au contraire, on peut placer le ciment au fond ou contre les parois de la cavité, l’amalgame le recouvrant.
Ciment et étain. — Les obturations faites avec le mélange de ciment et d’étain protègent fort bien la dent près du bord cervical et empêchent la marche progressive de la carie, comme le mélange précédent; seulement l'amalgame n’oflre pas immédiatement, comme l’étain, un plan bien solide au ciment pour terminer l’obturation immédiate.
L’étain en cylindre ou en ruban est foulé à l’aide d’un fouloir près du bord cervical de la cavité, puis on complète l’obturation avec du ciment.
DENTISTERIE OPERATOIRE.
Ciment et or. — On peut dire de la combinaison du ciment et de l’or ce que nous avons déjà dit de celle de l'amalgame ou de l'étain et du ciment, elles ont les mêmes indications.
La combinaison d’or et de ciment n'est défendable que pour les dents antérieures (Dubois).
Les obturations d’or et de ciment associés ne sont durables qu'à la condition que la couche de ciment n’atteigne pas l'émail des bords de la cavité et se trouve absolument mise à l'abri de l’action des liquides de la bouche par l'aurification qui la recouvre (Andrieu).
Dans ce cas, le ciment protège ladentine sensible contre les influences thermiques que transmettent les substances métalliques.
Amalgame et or. — Ces substances s'associent de trois manières différentes :
i° On obture les cavités avec de l'amalgame, puis après durcissement on creuse moitié dans la dent, moitié dans l’amalgame, un sillon périphérique que l’on remplit d'or (procédé Perry).
Ce procédé met l’amalgame à l’abri du contact des aliments et combat son retrait et sa coloration.
2° On peut opérer en une séance en employant l’amalgame bien sec, puis on achève immédiatement avec l’or.
On place au contact de l’amalgame de l'or cristallisé; quand celui-ci a absorbé l’excédent de mercure, l’obturation peut être achevée, avec de l'or en feuilles. Quand une paroi manque, on emploie une matrice solidement fixée.
Or et Étain. — Excellente combinaison pour la conservation des dents, à cause de l’action électrochimique qui se produit entre les deux substances et « qui exerce une influence sur la texture de
RESTAURATION DES DENTS. 231
la dentine, laquelle, de molle qu’elle était, acquiert de la résistance » (Dubois).
Au bout de cinq à six mois, sa dureté est remarquable.
Ce mélange s’emploie avec succès pour les dents d’adolescents et pour celles de mauvaise qualité.
Cette combinaison est souvent rejetée à cause de sa couleur gris fer.
Mode d'operer. — L’or et l'étain sont foulés, soit en cylindres séparés, l’étain d’abord, l’or ensuite, soit combinés en cylindres de feuilles d’or et d’étain roulés ensemble. Pour les cavités visibles, on achève l’obturation avec de l’or cohésif ou non.
Or non cohésif et or cohésif. — On a mélangé également ces deux préparations d’or pour bénéficier de leurs qualités différentes :
1° On emploie pour commencer l’obturation, l’or mou, à cause de son adaptation parfaite aux parois de la cavité;
2° Pour terminer, l’or cohésif, afin de restaurer les contours de la dent.
Mode d'operer. — On emploie les cylindres d'or non cohésif pour le fond et les parois des cavités, puis on achève avec de l’or en feuilles chauffé.
On doit observer les diverses précautions déjà indiquées précédemment pour l’aurification à l’or adhésif.
§4. — Morceaux d’émail, de porcelaine, émaux de verre, plaquettes métalliques.
Les procédés d’obturation à l’aide des morceaux d’émail sont multiples.
Tantôt on se sert de morceaux de dents naturelles, que l’on découpe à la scie, que l’on ajuste et que l’on fixe dans la cavité avec une matière obturatrice quelconque, le ciment le plus souvent; on y ajoute quel-
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
quefois une petite tige métallique formant pivot. On emploie ce dernier procédé, surtout lorsque la pulpe est mortifiée. Tantôt on se sert de morceaux de dents de porcelaine. Dansce cas on pratique dans la dent à restaurer une cavité, dont les bords sont régularisés et à laquelle il est fait une rainure. Le morceau servant à l'obturation est ajusté à la meule selon la forme exacte de la cavité. La fixation se pratique au moyen de ciment délayé clair ou d’amalgame.
Morceaux de porcelaine. — Il existe chez les fabricants des morceaux de porcelaine cylindriques, de différentes nuances, préparés d'avance How, Dali .
A ces cylindres correspondent des fraises de même diamètre, qui permettent de pratiquer sur la dent une cavité de même calibre que le morceau de porcelaine qu'on fixe avec du ciment ou de la gulta.
Au moyen d’une meule en corindon, on complète l’opération en usant la saillie que peut offrir le cylindre obturateur, pour mettre le tout au même niveau.
Émaux de verre. — Enfin on a préconisé dans le même but des émaux de verre fusant à basse température (Richter).
Dans ce cas, la caviLé étant préparée, on prend l’empreinte à l'aide d'une feuille d'or à aurifier, que l'on pousse dans la cavité avec une boulette d'ouate et que l’on retire avec précaution sans la déformer. On prend deux ou trois empreintes pour plus de sûreLé. Puis dans cette empreinte formant cupule, on met la pâte d’émail, que l'on fait fondre au-dessus d’une lampe à alcool ou d'un bec de Bunsen.
Le morceau d'émail fondu, sitôt détaché de la feuille d’or qui lui a servi de moule, est prêt à être appliqué dans la dent.
Il y est iixé avec du ciment assez clair introduit dans la cavité.
Pour placer le morceau d'émail, on le mouille sur sa face externe avec le liquide sirupeux du ciment ; cela permet de le fixer au bout d’une petite spatule et de le porter facilement dans la cavité. Lorsque cette opération est bien réussie, le morceau d'émail constitue l'idéal de la substance obturatrice. Pourtant sur les points où il y a un effort à supporter, il ne saurait offrir, la plupart du temps, une résistance suffisante, aussi réserve-t-on son emploi pour les faces labiales des dents antérieures.
On a préconisé aussi l’insertion de morceaux de corail blanc (Guerini).
Plaquettes métalliques. — On emploie également des plaquettes d’or ou de platine pour recouvrir les obturations au ciment ou à la gutta-percha et les rendre ainsi plus durables.
La dent étant préparée, une plaque d’or fin, d’une épaisseur correspondante au 8 de la filière environ, est ajustée sur les bords de la cavité et articulée avec la dent antagoniste. Puis on y soude quelques petites attaches au centre ou à la périphérie (Barrié). La dent est alors obturée au ciment ou à la guttapercha et la plaque y est fixée avant durcissement de la matière obturatrice. La plaque métallique peut être, suivant son importance, ajustée immédiatement dans la bouche du patient ou sur un moule, après prise d'empreinte.
Article III. — Restauration totale d’une dent a l’aide