COMPLICATIONS
La pâle de Witzel au sublimé et à l'oxyde de zinc, qui ne peut être employée pour les dents permanentes par suite de la coloration noire qu’elle donne à la dentine, réussit fort bien pour les dents infectées de la première dentition, cet inconvénient n'ayant qu'une importance relative pour des dents, dont la chute est prochaine.
Article VI. — Traitement des diverses complications DE LA CARIE AU 4° DEGRÉ.
Le traitement que nous venons d'exposer et qui consiste dans l'ouverture de la cavité pulpaire, le nettoyage des canaux et l’antisepsie de la dentine, forme le meilleur procédé de guérison des diverses complications delà carie du 4e degré et particulièrement de la périostite à ses divers degrés.
En détruisant la cause qui les avait produites, on a le plus souvent guéri en même temps les complications ou tout au moins on les a mises en voie de guérison.
Aussi le traitement de ces diverses complications, que nous allons étudier maintenant, comprend-il plutôt des mesures complémentaires du traitement principal, dans le but de calmer la douleur ou d’activer la guérison, mais il reste toujours entendu que, préalablement à tout autre traitement, la dent, cause du désordre, aura dû être ouverte, le canal nettoyé et rendu aseptique, comme nous l’avons indiqué.
Périostite alvéolo-dentaire aiguë. — Périostite sl b-aigl'é. — C’est la forme la plus légère de cette affection.
Elle est quelquefois produite par des traumatismes, un froid, une compression, etc. ; quelquefois aussi elle est une des conséquences de la mortification de la pulpe à son début.
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
Avec le traitement antiseptique de la dent, si elle est cariée, de simples applications révulsives ^uflisent pour la faire disparaître : badigeonnages de teinture d'iode 2 gr., alcoolature d'aconit b gr., et chloroforme 1 gr. (Brasseur;; pointes de feu, etc.
On a encore conseillé les mélanges suivants :
Teinture d’ aconit i ne.
Aconiline cristallisée o r. o5
Alcool à 8o° 3o ar.
Teinture de napelhne.
Napelline o r, io
Alcool à 8o“ 3o gr.
Ajouter une de ces deux teintures avec partie égale de teinture d'iode (Dubois).
Périostite aiguë proprement dite. — Elle peut être
combattue par les mêmes révulsifs, en répétant lebadigeonnages plus fréquemment.
On peut également combattre la congestion consécutive, à l’aide de la chaleur qui favorise le processus inllammatoire (bains de bouche chauds, avec décoction de pavot et camomille ou guimauve ; avec du froid, qui contracte les vaisseaux de la partie congestionnée (glace pilée) ; ou enfin par une petite saignée locale qui décongestionne ; cette saignée peut se faire à l’aide de scarifications, ou de sangsue> (une ou deux).
Scarifications. — Les scarifications doivent être faites verticalement au nombre de cinq ou six. le long de la racine de la dent malade, sur ses faces labiale et linguale et assez profondes.
Elles suffisent souvent pour arrêter une périostite à sa période de début et pour calmer les douleurs.
Mode d'application de la sangsue sur la gencive. — Laver la région à l'eau tiède, puis, la sangsue pla-
cée dans un tube de verre de forme appropriée, la porter dans le sillon gingivo-labial en faisant adhérer l’ouverture du verre sur le point le plus congestionné. Piquer au besoin la gencive si la sangsue prend difficilement. Maintenir le tube en place pendant 15 minutes environ. Si la sangsue ne se détache pas seule, appliquer sur la gencive un peu d’eau salée ou vinaigrée.
Si l'hémorrhagie continue longtemps après que la sangsue est retirée, employer les hémostatiques habituels.
Il faudrait faire boire au malade de l’eau salée ou vinaigrée, si par malheur la sangsue tombait dans le pharynx; des vomitifs, si elle glissait dans l’estomac.
Injections de morphine. — On peut utilement employer, dans les poussées de périostite aiguë, les injections de morphine. Injecter une demi-seringue de 6 en 6 heures du mélange suivant :
Chlorhydrate de morphine os',02
Alcool o«r,o5
Eau distillée î gr.
Sachets. — On emploiera également avec avantage les capsicum bags. Ce sont des petits sachets de toile fine, contenant du poivre de Cayenne en poudre (Flagg). On les applique pendant une à deux heures sur la partie malade.
On emploie encore les sachets résolutifs de Gaireston, ainsi composés :
Acétate de plomb o*r,5
Teinture d'opium o»r,5
Eau 5 gr.
Une rondelle d’amadou imbibée de ce mélange est appliquée sur la gencive.
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
Médication générale. — On peut ordonner une po lion à l’hydrate de chloral :
Hydrate de chloral 2gr.
Sirop de groseilles 25 —
Eau 25 —
é prendre en 2 l'ois.
Ou une potion d’anlipyrine :
Antipyrine 2 gr.
Limonade citrique Go —
à prendre en 2 fois (Bouchut).
11 ne faut jamais de cataplasmes ni d'applications chaudes externes, qui pourraient provoquer l’ouverture de l’abcès en formation à travers la peau.
Quelques auteurs conseillent un traitement général pour combattre la lièvre, une dérivation intestinale, etc., des antipyrétiques, purgatifs, diurétiques dérivatifs, des bains de pieds, etc., puis, lorsque la suppuration apparaît, des toniques et des stimulants (Coleman); pourtant le traitement local suffit le plus souvent.
Périostite piilegmoneuse. — Lorsque le pus est formé (abcès) et qu’il s’échappe par la gencive, ou au collet de la dent, il faut lui donner rapidement assue, en ouvrant la gencive au bistouri ou au thermo-cautère du côté gingivo-vestibulaire. Il peut être même nécessaire, pour l’atteindre, de trépaner la paroi alvéolaire au niveau de la pointe de la racine avec un gros foret (fig. 12). Seulement il est souvent difficile de pénétrer exactement dans le foyer de suppuration, qui peut se trouver à une certaine distance de la dent. Il faut, dans tous les cas, en surveiller la sortie afin de prévenir une ouverture ■cutanée.
Tomes conseille l'emploi d’un bistouri à double tranchant, à lame courte et forte, que l’on enfonce
Fig. 12. — Section d'un maxillaire supérieur, • montrant un abcès alvéolaire sur une incisive médiane supérieure. — a, gencive; 6, os maxillaire; c, point de la dent où doit se pratiquer la trépanation; d, voûte palatine; e, ouverture de la fistule dentaire; f, incisive montrant le canal de la dent rempli de pus.
avec force, de manière à traverser même l’os spongieux, pour atteindre l'abcès.
Périostite alvéolo-dentaire chronique. — Lorsque la périostite affecte la forme chronique, le traitement de la carie du 4B degré par le canal est grandement facilité par la présence d’une fistule gingivale ou cutanée.
Le traitement du canal de la dent suffit généralement pour faire disparaître ces désordres, soit pendant le cours du traitement, soit peu de temps après; on voit la suppuration se tarir, l’orifice de la fistule se boucher et se cicatriser.
On active la cicatrisation par des pointes de feu ou des badigeonnages répétés d’iode et d’aconit sur la gencive deux fois par jour.
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
Drainage. — Le drainage de la dent a encore été indiqué (Hulliler, Magitot) comme traitement de la périostite chronique, au lieu du traitement antiseptique actuellement pratiqué par le canal radiculaire.
Cette opération consistait, soit en un tube de platine placé au milieu d’une obturation et communiquant avec la cavité pulpaire ou avec le canal radiculaire, soit en une ouverture horizontale faite au collet de la dent et communiquant avec la cavité pulpaire ou traversant la dent de part en part.
Ce canal avait pour but de permettre aux gaz ou aux liquides, résultant de la décomposition de la pulpe, de s’échapper librement.
On comprend les inconvénients d’un pareil procédé, la salive, les débris d’aliments y pénétraient malgré le nettoyage journalier auquel le patient était astreint, l'infection y était permanente et si l'ouverture se bouchait, des poussées inflammatoires se produisaient du côté du périoste.
Ce procédé a été condamné depuis par la majorité des praticiens (Brasseur, Coleman, Dubois, etc. .
Pourtant il est des cas où la dent, atteinte de périostite chronique, ne guérit pas, malgré le traitement antiseptique du canal. C’est lorsqu'il existe à la pointe de la racine des kystes radiculaires ou des tumeurs du périoste; le tissu néoplasique ne saurait se dissoudre ni se résorber.
Destruction des kystes. — On a pourtant tenté encore de conserver la dent, en faisant une ouxerture à travers l’alvéole par la partie vestibulaire et en détruisant le kyste, soit à l’aide de la fraise, soit à l’aide d’un caustique (le chlorure de zinc).
On a môme proposé de réséquer la pointe de la racine sur laquelle le kyste est fixé (Martin, de Lyon . Farrar a conseillé pour pratiquer la fistule artificielle un moyen radical qui consiste à porter la
couronne d'un trépan sous la gencive au point correspondant de la racine malade (fig. 13). Mais il est bien difficile de tomber avec le trépan à l’endroi.
Fig. i3. — Section de la mâchoire inférieure montrant l'abcès dans les racines d’une seconde grosse molaire et la méthode de produire la fistule artificielle (Farrar).
précis de l'abcès de la racine pour la réséquer nettement.
Enfin Black conseille l’amputation de la racine malade sur les dents multi-radiculaires.
Ces diverses opérations ne dispensent pas du traitement antiseptique de la dent et des cavités pulpaires et radiculaires.
On peut encore essayer la greffe, c’est-à-dire l’extraction de la dent, l’ablation du kyste et de la pointe delà racine et la réimplantation de la dent.
Enfin, si ces divers procédés n’ont aucune chance
196 DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
de succès, il n'y a plus qu'à pratiquer J'extracuon définitive.
Fluxion. — La fluxion est une complication fréquente de la carie du k‘- degré.
Au traitement de la dent, il faut ajouter l’emploi des émollients tels que les bains de bouche avec la décoction de guimauve et de pavot, de chlorate de potasse et d’alcoolé d'opium.
Lorsque la fluxion est a forme œdémateuse, elle se produit assez rapidement, comme celles qui se forment à la suite des injections de cocaïne.
Lorsqu’elle est avec phlegmon circonscrit, il faut, au bout de trois ou quatre jours, donner issue au pus qui s’est formé, par une ouverture dans le sillon gingivo-labial qu’il ne faut pas laisser refermer avant que toute trace de suppuration soit tarie.
La fluxion avec phlegmon diffus, qui est beaucoup plus grave, nécessite l'extraction de la dent, ou des dents malades. L’importance du foyer purulent oblige à de larges incisions. La gravité de l'affection commande l’intervention d'un chirurgien.
La fluxion n’est pas, comme un préjugé assez répandu le fait croire, une contre-indication de l’extraction d'une dent. Seulement cette opération est un peu plus douloureuse dans ce cas et les précautions antiseptiques sont plus impérieuses.
Si, pour des motifs divers, on décide que le traitement conservateur ne doit pas être tenté, l'extraction abrège la période douloureuse et la durée de la fluxion, qui, au lieu de se prolonger huit à dix jours, disparaît le lendemain ou le surlendemain de l’opération.
Abcès. — Lorsque l'abcès dentaire est formé, le mieux est de donner le plus rapidement possible, issue au pus. Quelquefois, la poche de l'abcès, communiquant facilement avec le foramen de l'apex de
la racine, le pus s’écoule facilement à mesure qu’il se forme et le traitement de la dent par son canal radiculaire suflit (1). Il en est souvent ainsi avec les dents à racine unique. Comme nous l’avons dit, on introduit une sonde par le canal radiculaire jusque dans le sac de l’abcès et l’on voit sourdre le pus dans la cavité pulpaire. L’abcès se guérit alors très rapidement par le traitement de la carie du 4e degré.
Dans le cas où l’on ne peut vider l’abcès par cette voie, le mieux est de l’ouvrir largement, soit du côté de la gencive, soit du côté du palais, suivant que l’on a affaire à un abcès vestibulaire ou palatin, comme il est indiqué au traitement de la périostite phlegmoneuse (p. 192).
Fistules. — Comme nous l'avons dit (p. 192), les fistules dentaires gingivales ou cutanées guérissent généralement à la suite du traitement antiseptique de la dent qui les a provoqués.
Les fistules gingivales sont extrêmement fréquentes. Plus rares sont les fistules cutanées, le malade effrayé de leur apparition prochaine se hâtant de se faire soigner.
Lorsqu’elles sont d’origine dentaire, le traitement seul de la dent ou son extraction suffisent. Quelques auteurs prétendent que la présence d’une fistule gingivale ou cutanée est une indication de l’extraction avec ou sans réimplanlation. Ce n’est pas la règle absolue. 11 faut toujours tenter le traitement antiseptique par le canal de la dent. Ce n’est qu’en cas d’insuccès, ce qui est rare, que l’on peut tenter le remède héroïque. Quand on peut faire sortir, par l’orifice de la fistule, les médicaments antiseptiques injectés dans le canal radiculaire de la dent, cela active la guérison.
(i) Voir Carie c la degré.
DENT1STEHIE OPÉRATOIRE.
Nécrose. — La nécrose d'une partie du bord alvéolaire n’est pas une contre-indication au traitement conservateur de la carie du 4e degré.
La dent traitée, le séquestre enlevé, on voit souvent l’organe se consolider et rendre longtemps encore des services, si la nécrose n'a pas détruit une partie trop importante de l’alvéole dans lequel elle est maintenue.
Concurremment avec le traitement antiseptique de la dent, il faut traiter également la nécrose par des irrigations antiseptiques répétées au chlorure de zinc, au chloral ou au permanganate de potasse, ouvrir les abcès, pour faire évacuer le pus, extraire le séquestre sitôt mobile, soit en un seul morceau, soit par fragments, et ruginer l’os restant afin d'activer la réparation (1).
M. Ileidé a préconisé pour cette dernière opération une curette d'un modèle spécial.
Exostose. — La présence des exostoses sur les racines ou à leur pointe, lorsqu’elle a été soupçonnée, n’a pas été non plus signalée comme une contreindication au traitement de la dent morte. La tolérance des tissus est très grande et une dent morte exoslosée peut souvent encore rendre des services, lorsque la carie a été bien traitée.
Adénite. — L'adénite consécutive à la périostite alvéolo-dentaire disparaît généralement avec le traitement de la dent malade.
Pourtant, dans les cas où elle persisterait, on peut en activer la résorption par des onctions douce' et prolongées avec une pommade résolutive telle que la suivante :
lodure de potassium 4 gr
X'aseline 20 —
(Aubeau.)
(1) Voir Dubois, p. 565.
RESTAURATION RES DENTS. 199
Dans le cas où il y a de la fluctuation, on fait une petite incision pour évacuer le pus.
Contracture musculaire. Trismus — Le traitement local de la dent suffit généralement, lorsque la contracture est consécutive à la carie du 4e degré ; lorsqu’elle est produite par l’éruption vicieuse de la dent de sagesse, ce qui est plus fréquent, et* qu’elle persiste ou se reproduit, l’extraction est le traitement indiqué.
En résumé, tout traitement qui amène la guérison de la périostite alvéolo-dentaire amène, par suite, la guérison de la contracture.
On peut activer cette guérison en essayant, concurremment avec le traitement de la périostite, la dilatation mécanique graduelle, à l’aide d’un coin, d’un ouvre-bouche, ou de simples efforts répétés avec la main.