CHAPITRE VI
GREFFE DENTAIRE
La greffe dentaire est une opération qui consiste à réimplanter dans un alvéole où elle doit continuer à vivre une dent qui a été momentanément séparée de l’organisme (Brasseur).
Cette opération a été très anciennement pratiquée,
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soit pour remettre en place, soit pour remplacer, des dents extraites accidentellement ou intentionnellement.
Ambroise Paré la cite; Lecluse (1754) rapporte qu’il l’a pratiquée sur plus de trois cents soldats ; Bourdet (1757), Jourdain (1701), Fauchard (1786) en rapportent plusieurs cas.
Au commencement du siècle, Maury, Lefoulon et Delabarre ont publié un certain nombre d’observations; mais la greffe dentaire n'a réellement pris place dans la thérapeutique dentaire que depuis trente ans, après les travaux de Alquié (de Toulouse), Magitot, Mitscherlich, Fredel, David, etc.
La nature des phénomènes qui permettent la consolidation de la dent à la suite de la greffe dentaire est encore assez obscure.
Elle a été expliquée suivant trois hypothèses :
1° Par la simple réunion mécanique;
2° Parla réunion cicatricielle avec circulation incomplète.
3° Parla restitution ab integra.
Mitscherlich et Fredel ont fait à ce sujet des expériences intéressantes, qui les ont amenés aux conclusions suivantes :
Dans la greffe dentaire, la pulpe dentaire se mortiiie constamment ; le périoste dentaire reprend ses connexions partout où il est intact ; la consolidation s'opère beaucoup plus rapidement vers le collet que vers la racine; les parties correspondantes de la racine où le périoste a été enlevé deviennent le siège d’une résorption variable; enlin, le vide causé dans l’alvéole par la résection partielle de la racine est comblé d'abord par du tissu embryonnaire, puis remplacé par du tissu osseux.
Ces données, qui ont été confirmées depuis et qui résultent de l'expérience, expliquent les résultats si
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variables obtenus à la suite «le la greffe dentaire et justifient le manuel opératoire actuellement adopté.
Depuis les progrès réalisés en thérapeutique dentaire pour la conservation des dents malades, les
Fig. 54. Fig. 5ô. Fig. 55.
Fig. 54, 55, 56. — P>ésorplion à la suite de réimplantation ; fig. 54, face postérieure ; fig. 55, face antérieure, grossissement 8 diamètres; fig. 56, dent, grandeur naturelle, d'après Godon (1).
indications de la greffe ont considérablement diminué comme on le verra plus loin. Elle n'en reste pas moins la dernière ressource, en cas d’échec du traitement conservateur, quoique la dent greffée ait une durée limitée à quelques années, généralement pas plus de dix ans, par suite de la résorption de la racine (fig. 54 à 56).
La greffe dentaire se présente sous trois formes : La réimplantation ou greffe par restitution,
(1) Godon, Revue internationale d'Odonloloyie, mars 1893, p. 102.
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La transplantation ou greffe d'emprunt,
Et l'implantation.
La greffe est dite autoplastique, lorsque la dent provient de l’individu lui-mème, et hétéroplastique, dans le cas contraire.
Article 1er. — Réimplantation.
La réimplantation est la greffe par restitution de Magitot.
L'opération consiste à replacer dans le même alvéole une dent arrachée accidentellement ou intentionnellement. Elle peut être immédiate, ou tardive arec perte ou sans perte de substance.
Mode d’opérer. — Quatre opérations distinctes :
1° Extraction de la dent;
2° Préparation de la dent;
3° Placement de la dent;
4° Maintien de la dent.
1° Extraction. — Elle comporte les diverses phases indiquées p. 246.
On observera toutefois que :
a) 11 ne faut pas employer d’autre instrument que le davier.
b) On ne doit pas léser les bords alvéolaires.
c) On ne pratiquera sur la dent que de faibles mouvements de latéralité.
d) L’extraction se fera progressivement sans secousse ni heurt.
2° Préparation de la dent. — Plonger immédiatement la dent dans un bain antiseptique à 35 ou 40° d’acide borique à saturation, d'acide phénique au 1/100 ou de sublimé corrosif au 1/1000.
L’alvéole doi t être détergé et nettoyé avec un coton imbibé dans la même solution que ci-dessus, puis un tampon de ouate est maintenu en place.
Puis on procède à l’examen de la dent.
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
Si le périoste est altéré dans la partie terminale de la racine à la suite de périostites répétées, par exemple, la racine de la dent doit être tout d'abord réséquée, dans sa partie offrant des lésions, avec la pince coupante ou la scie. La partie coupée est adoucie à la lime, en ayantsoinde ne pas décoller le périoste.
La couronne est débarrassée également de toute trace de désorganisation de l'émail ou de ladentine.
Enfin, que la dent soit saine ou non, il faut procéder à l’extirpation de la pulpe et à l'obturation de la cavité pulpaire et des canaux dentaires avec une solution de chloroforme et de gulta-percha, des pointes de plomb ou de l’or. Dans ce but, il faudra trépaner la couronne comme cela a été indiqué pour le traitement des dents mortes (4e degré), puis l'obturer.
3° Placement de la dent. — Après s’être assuré que l’alvéole ne saigne plus, la dent est mise en place.
On fait ensuite fermer la mâchoire pour régulariser l’articulation et le niveau de pression.
4° Maintien de la dent. — Puis on procède aux moyens contentifs :
Bandage ou ligature en 8, en se servant des dents voisines comme point d’appui.
On a préconisé dans le même but un morceau de digue en caoutchouc sur les dents voisines;
Une coiffe en gutta-percha ou en caoutchouc vulcanisé.
Des appareils spéciaux surtout pour les dents qui n’ont qu’un côté en contact avec les dents voisines.
Ces bandages ou appareils sont maintenus en place pendant cinq ou six jours, quelquefois plus.
Dans cet intervalle, la dent doit être irriguée avec une solution délersive et antiseptique.
On combat l’inflammation, qui suit généralement la réimplantation, par des applications révulsives
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sur la gencive, une solution d’iode et d’aconit, par exemple, que nous avons déjà signalée.
Indications. — La réimplantation est indiquée lorsqu'une dent est extraite accidentellement par un traumatisme ou une faute opératoire, ou à la suite d’une périostite chronique du sommet traitée par le canal sans succès.
La greffe par réimplantation tardive ne doit généralement pas excéder quelques heures. On cite pourtant des cas de succès obtenus après six heures.
La présence d'une fistule n’est pas une contre-indication. « Le maintien d’une fistule pendant les premiers jours qui suivent la greffe est même une condi tion essentiellement favorable au succès. » (Magitot.)
Complications. — En cas de suppuration persistante, la dent peut ne pas se consolider et être entraînée, au bout de quelques jours, hors de l’alvéole.
Contre-indications. — La réimplantation ne doit pas être tentée, lorsque la dent a été extraite à la suite de pyorrhée alvéolaire, de nécrose alvéolaire étendue ou sur des sujets débilités.
Article IL — Transplantation.
La transplantation ou greffe d’emprunt peut être :
Autoplastique, lorsque la dent transplantée est extraite du sujet lui-même.
Hétéroplastique, lorsque la dent est fournie par un autre individu.
Mode d’opérer. — On procède de même que pour la réimplantation, au point de vue de l’extraction, de la préparation, de la mise en place et du maintien de la dent.
Pourtant il est nécessaire de prendre quelques précautions spéciales, que nous résumons ainsi d’après Magitot :
La dent à transplanter doit avoir des dimensions moindres que celle qu’il s'agit de remplacer, afin d’éviter toute mutilation de la couronne ou de la racine ; la même forme et la même direction, alin d’éviter tout déplacement et toute rotation sur l’axe; et, autant que possible, la même coloration.
11 faudra, dans le cas de périostite chronique de la dent à remplacer, pratiquer soigneusement le drainage du foyer, soit par la fistule, s'il en existe, soit par une ouxrerlure artificielle.
La greffe par transplantation d'un individu à un autre est une pratique presque abandonnée de nos jours, par suite de l'immoralité des procédés employés pour obtenir les dents nécessaires pour cette opération. Pourtant dans le cas où des dents ont été extraites comme surnuméraires dans le traitement des irrégularités, elles peuvent être employées pourla transplantation.
Nous nous souvenons avoir, dans ces conditions, transplanté à une personne dont la première bicuspide supérieure était atteinte de périostite, la dent homologue de sa jeune sœur, extraite pour faciliter le redressement de ses dents.
Néanmoins il importe dans ce cas de faire - une enquête minutieuse sur les antécédents pathologiques du sujet; les découvertes sur le rôle des micro-organismes et des xrirus comme causes de maladies doivenL rendre très circonspect avant d'essayer une transplantation de sujet à sujet, car la syphilis, la tuberculose, etc., pourraient être inoculées par cette voie ». (Dubois.)
Akticle 111. — Implantation'.
L’implantation consiste à creuser des alvéoles artificiels dans les os maxillaires, pour y fixer des dents
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naturelles de dimension et de forme convenables
Fig. 57. — Incision de la gencive. (Amofido.)
Dans ce genre de greffe, l’alvéole est créé artificiellement.
On emploie des dents récemment ou anciennement extraites.
Mode d’opérer. — 1° Perforation de la gencive. —
Fig. 58 à 62. — Trépans d'Oltolengui (Amoëdo.)
La gencive est ouverte par une incision en forme de croix ou de H fig. 37).
Ces quatre lambeaux serviront à s’appliquer ultérieurement sur le collet de la dent pour la consolider. Godo.n. — Clinique dentaire. 16
DENTISTERIE OPÉRATOIRE.
La perforation du maxillaire s’opère avec des fraises, des forets ou un trépan montés sur le tour dentaire (lig. R8 à G2).
Ces instruments doivent être maintenus dans un état constant d'asepsie, en les trempant pendant la durée de l’opération dans une solution de sublimé à 2/ 1000.
2° Préparation de ladent. — Pendant les manœuvres ci-dessus, la dent est plongée dans un récipient contenant de l’eau boriquée (4 p. 100) ou du sublimé à 2/1000, dont la température est maintenue entre 55° à 60°.
Le canal radiculaire et la chambre pulpaire de la dent ont été préalablement obturés avec de la guttapercha pour les trois quarts de la couronne et avec de l’or pour le quart apical (Andrieu).
3° Mise en place ou implantation de la dent. — La dent est essayée à plusieurs reprises, en ayant soin chaque fois de la replacer dans le bain antiseptique. L'articulation doit être essayée et assurée avant la fixation.
Mêmes moyens de contention que pour la réimplantation.
4° Vrocèdë de M. Amoëdo. — M. Amoëdo a modifié la technique de cette opération en décalcifiant une couche de cément de 3/10 de millimètre d'épaisseur, afin de favoriser la consolidation des dents greffées. Il procède de la façon suivante :
« 11 fait bouillir les dents dans l’eau phéniquée à 2 p. 100, les met ensuite dans une solution d'acide chlorhydrique à 10 p. 100, pendant trois ou quatre heures; il essaie de temps en temps, avec un couteau stérilisé, la profondeur de la décalcification; lorsque le couteau entre à un tiers de millimètre, il lave les racines et les neutralise à l’ammoniaque. Naturellement, lorsque la racine est pourvue de la couronne, il faut isoler celle-ci de l'acide avec un
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morceau de digue ou un tube en caoutchouc. Les dents décalcifiées, ainsi préparées, peuvent être conservées dans uno solution de phénosalyl à 1 p. 100.
« Lorsqu’on veut s’en servir, on élargit le canal radiculaire par l’apex et on le remplit à la chloropercha iodoformée (1). »
Nous résumons ainsi les conclusions que présente M. Amoëdo sur cette opération :
L'implantation est une opération légitime en chirurgie dentaire, elle peut être considérée comme une opération permanente; mais elle ne doit être pratiquée que dans des cas soigneusement choisis.
Cette opération, par l'anesthésie à la cocaïne, est sans douleur; par l’antisepsie, sans inflammation, ni infection ou contagion consécutive.
Le périoste alvéolo-dentaire disparaît complètement une fois la dent consolidée. L’union entre la racine et la paroi alvéolaire se fait par un travail chiinico-vital qui fusionne les deux surfaces.
Enfin, les dents décalcifiées facilitent le travail et sont plus faciles à rendre et à conserver stériles.
Indications. — L'implantation ne s’emploie que pour les dents antérieures.
CoNCLisioNs générales. — De tout ce qui précède, il résulte que :
La réimplantai ion est indiquée, lorsqu’une dent est extraite accidentellement ou à la suite de l’insuccès du traitement conservateur;
Il faut avoir recours à la transplantation, lorsque la dent extraite ne peut être utilement réimplantée par suite de carie trop étendue, par exemple ; 4
Enfin on peut recourir à l 'implantation, lorsque la dent absente a été extraite depuis un temps assez long et que l’alvéole est comblé et la gencive cicatrisée.
(i) Oscar Amoôdo, Contribution à l'élude de l'implantation des dents , Paris, i8y6.
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