MA.LADIE DE MORVAN. — HISTORIQUE
(lèpre maculeuse), disséminées sur diverses parties du corps et désignées sous le nom de morphea alba ou rubra, suivant les cas.
D'après ces données, il n'est pas très difficile, en général, de distinguer la lèpre de la sclérodermie dactylique. Nous allons apprendre maintenant à distinguer l'une et l'autre de la maladie de Morvan.
Messieurs, avant de procéder à l'examen du malade que voici et qui présentera ce que je pense, un exemple du groupe de Morvan, je crois utile de vous faire connaître en quelques mots ce que l'on sait concernant ce complexus pathologique — je n'ose dire encore cette maladie — d'après les travaux de M. Morvan lui-même et ceux des quelques auteurs qui l'ont suivi dans la môme voie.
Tout d'abord, un mot d'historique. M. Morvan, un excellent observateur incontestablement, médecin à Lannilis, en Bretagne, connu déjà par une intéressante contribution à l'histoire de la maladie dite cachexie pachydermique ou myxœdème, n'a pas publié moins de cinq mémoires sur ce sujet du panaris analgésique, de 1883 à 1889. Tous ces mémoires se trouvent dans la Gazette hebdomadaire. M. Morvan y fonde tout d'abord le type clinique qui porte son nom et le défend ensuite avec une grande énergie, unguibus etrostro, contre toutes les tentatives de démembrement dirigées contre lui, et elles sont nombreuses.
Parmi les autres travaux sur le même sujet et à la suite, je signalerai le cas de M. Broca (Soc. Clin., 1885, et Ann. de Dermat. et de Syphilog., même année) un mémoire de M. Prouff, également un confrère breton, qui rapporte une très bonne observation (Gazelte hebd., 1887). L'autopsie de ce malade a été faite plus tard par M. Gombault (Soc. méd. des Hop., 1889), et bien qu'elle soit, à quelques égards, incomplète, par une circonstance en dehors de la volonté de l'auteur,
elle suffît cependant à démontrer que la paréso-analgésie avec panaris ne doit pas être rattachée, sans plus de discussion, à la syringomyélie. Ce rapprochement avait été fait, en effet, par M. Roth, qui, dans son travail sur la gliomatose médullaire {Avch. de NeuroL, 1889), assimile les deux maladies Tune à l'autre et n'en veut faire qu'une seule.
Ensuite vient l'observation de M.Hanot en 1887 (elle est relative à ce même malade que je vais vous montrer aujourd'hui), le travail de Mono cl et Reboul (Arch. de méd.: 1888), la thèse d'Oger de Spé ville (1889) faite sous l'inspiration de M. Hanot. Cet auteur rapporte la suite de l'observation du malade publiée antérieurement par son maître, et réunit à côté une huitaine de cas recueillis çà et là dans les divers auteurs. Enfin, tout récemment, un travail de Heckel d'après une clinique de Jurgensen (de Tubingue) (Berlin. Kl. Wochensch. et Rif. med., 1889;.
Tous les auteurs, Messieurs, qui ont suivi M. Morvan, n'ont rien changé ni rien ajouté d'essentiel à sa description et n'ont fait, en général, que fournir des documents confîrmatifs. C'est donc d'après lui que nous ferons la description clinique, tout en remarquant chemin faisant que certains éléments de la description se sont quelque peu modifiés de 1883 à 1889, pendant cette période de six ans.
Le premier mémoire cle M. Morvan (1883) est intitulé : Parésie analgésique avec panaris des extrémités supérieures. Il contient l'importante découverte de l'analgésie. Je cite ici textuellement: « La maladie que nous « avons en vue d'étudier consiste dans la parésie avec « analgésie des extrémités supérieures, d'abord limitée « à l'un des côtés, passant ensuite le plus souvent à « l'autre côté et aboutissant toujours à la production « d'un ou plusieurs panaris... Le premier cas soumis à « notre observation remonte bien loin dans nos sou-
a venirs : il y a de cela vingt-cinq à trente ans. C'était « un homme de soixante ans qui se présentait avec un « panaris à l'un des doigts de la main. Nous constatons « la nécrose de la phalange unguéale et lui proposons « de pratiquer une incision pour arriver à l'extraction. « Et comme le malade n'acceptait qu'avec un entrain « modéré, nous ajoutons que l'incision serait comme un « éclair, qu'il n'aurait pas le temps de souffrir. Nous « procédons à l'incision, qui fut une assez large entaille. « Quelle ne fut pas notre surprise de voir le calme « de ce brave homme, qui à nos yeux n'était pas pré- « cisément un héros, et qui cependant n avait pas « sourcillé ? Pas une plainte ! Il eût été de bois qu'il « n'en eût pas été autrement. C'est qu'il n'avait pas « souffert, mais pas du tout souffert, nous affirmait- « il. Nous étions tombé pour la première fois sur une « de ces paralysies analgésiques des extrémités supé- « rieures qui font l'objet de notre mémoire. Nous nous « armons aussitôt d'une épingle et nous l'enfonçons « sans éveiller de douleurs dans divers points de la main « et de l'avant-bras (qui étaient gonflés). »
Telle fut, Messieurs, l'origine des premières recherches de M. Morvan. Arrivons maintenant à l'aspect général de la maladie, telle qu'il l'a décrite.
Les trois phénomènes prédominants sont : 1° Tout d'abord des douleurs ; 2° Une parésie avec analgésie d'un côté, puis de l'autre ; 3° Enfin, l'apparition de panaris, qui sont, par conséquent, consécutifs aux deux premiers symptômes mentionnés. La parésie et l'analgésie peuvent être quelquefois primitives, c'est-à-dire antérieures aux douleurs. Enfin, d'autres troubles trophiques surviennent souvent, sur lesquels nous reviendrons tout à l'heure. Telle est la description initiale.
Mais, dans les travaux qui suivirent, M. Morvan modifia quelque peu le précédent tableau et fut conduit à admettre l'existence de cas frustes dans lesquels ou
i- DOULEURS. — ANESTHÉSIE.
bien les panaris sont douloureux, ou bien il n'existe pas de parésie ou encore pas d'analgésie. Dans ces cas, le seul phénomène constant est le panaris et aussi les troubles trophiques auxquels je faisais allusion tout à l'heure, bien que ceux-ci puissent également faire défaut dans quelques occasions.
Pour le moment, occupons-nous seulement des cas types et étudions les principaux symptômes avec quelques détails. Tout d'abord, nous trouvons des douleurs qui précèdent généralement l'apparition de la parésie et de l'analgésie. Ce sont des douleurs névralgiformes. Pais vient la parésie avec atrophie musculaire plus ou moins accentuée, occupant la main et l'avantbras; enfin l'analgésie, dont l'étude est surtout importante ici. Elle envahit généralement la main, l'avantbras et une partie du bras, mais quelquefois, elle peut s'étendre à tout le membre supérieur et même à d'autres parties du corps. C'est en même temps une analgésie et une anesthésie, portant sur le tact, la douleur et la température. M. Morvan le dit expressément dans son cinquième mémoire consacré à la défense de l'autonomie du syndrome qu'il a découvert et que l'on avait tenté d'assimiler à la syringomyélie . Il n'est jamais permis, assure-t-il, de constater dans le panaris de Morvan cette dissociation spéciale de la sensibilité que l'on rencontre dans la syringomyélie et qui est caractéristique de cette dernière affection.
Vous savez, Messieurs, d'après nos dernières leçons, en quoi consiste cette dissociation syringomyélique de l'anesthésie. Les sensations de tact sont conservées, la douleur n'est point perçue autrement que comme contact, mais, en revanche, il existe une anesthésie plus ou moins complète et plus ou moins absolue pour les sensations de chaud et de froid. En un mot, dans la syringomyélie, il n'y a pas d'anesthésie, mais seulement analgésie relative et surtout thermoanesthésie. Il n'en est pas de même dans la maladie de Morvan.