‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 121 sur 177 · TABLEAU XXIII · texte numérisé non relu

TABLEAU XXIII

FAMILLE ISRAÉLITE CÔTÉ PATRRNRL CÔTÉ MATBRMBL

Oncle. Père. Mère. Oncle.

Aliéné. Démence êénile. Colère, Goutteux,

5 frères et sœurs. Notre malade. Sœur.

Rien à noter. Tabès et diabète. Chorée de Sydenham.

Nièce.

Chorée de Sydenham.

ANTÉCÉDENTS PERSONNELS. — K... n'a jamais été malade, ni dans son enfance, ni dans son adolescence. A dix-neuf ans, en 1870, il s'est engagé et a reçu quatre blessures sans gravité dont on voit encore les cicatrices à Tépaule, au bras et au cou. Deux biennorrbagies, h vingt-cinq et à trente-cinq ans. Pas de syphilis. Excès alcooliques durant une quinzaine d'années.

11 s'est marié à vingt-neuf ans. Sa femme a eu neuf grossesses (cinq fausses couches, quatre grossesses à terme; il reste aujourd'hui trois enfants bien portants). Deux ans avant son mariage, il a eu un eczéma variqueux à la jambe ^'auche où on voit actuellement des varices et une pigmentation accusée. ' Début du tabès, — A vingt-huit ans, six mois avant son mariage, il a éprouvé les premières douleurs au niveau de la cuisse gauche. Cette crise douloureuse a duré vingt-quatre heures sous forme de fulgurations rapides et courtes avec des intervalles de calme de cinq à six minutes.

Depuis celte époque, ces crises de douleur se sont reproduites avec des caractères identiques tous les deux ou trois mois environ, et duraient quarante-huit iieuresien moyenne. Les douleurs survenaient brusquement, siégeant dans les orteils, à la malléole externe, aux mollets, autour de la ceinture et parfois au niveau de Tépi- ^astre. 11 n'en a jamais ressenti dans la face, dans le cou, ni dans les membres inférieurs. Elles laissaient après elles une hypéresthésie cutanée très vive qui rendait la pression du pantalon et le poids des couvertures intolérables. Elles le forçaient à crier, à sauter en bas du lit et i'empôchaient complètement de dormir. < Ce sont, dil-il, des douleurs atroces, intolérables, qui m^empôchaient do dormir. » Il a usé contre elles de toutes les médications, bromure, iodure... morpLine.

11 y a vingt ans s'est montrée une incoordination motrice : il faisait des écarts et menaçait de tomber. Depuis vingt ans il marche avec une canne.

C'est à la même époque que se sont montrés les troubles urinaires caractérisés par une paresse vésicale. Il était obligé de pousser fortement, de se tirailler la verge et de pisser accroupi. Ces troubles n'ont pas cessé depuis lors ; s*il veut résister au besoin d'uriner, Turine sort toute seule brusquement. Parfois il pisse involontairement quelques gouttes dans son pantalon.

Depuis une dizaine d atinées, les troubles moteurs se sont notablement accrus ; fréquemment dans la marche ses jambes se dérobent sous lui. 11 marche, dit-il, comme un homme ivre, et il est connu dans sou quartier sous le sobriquet de < jambe de laine ».

Début du diabète, — En 1883, il y a sept ans, il avait à la jambe un ulcère variqueux qu'on ne parvenait pas à guérir. On examina ses urinés et on y découvrit du sucre. Deux ans après, une analyse méthodique indiquait 40 grammes de glycose par litre. Du reste, à cette époque il avait toute la symptomatologie du diabète confirmé ; il urinait souvent et beaucoup, sans qu'il ait jamais songé à recueillir la totalité des urines. 11 se levait la nuit cinq à six fois pour pisser. 11 buvait en proportion, ayant sans cesse la bouche sèche et pâteuse. 11 se levait la nuit pour pisser et pour boire. Sa femme, qui raccompagne, raconte qu'elle a remarqué, il y a dix ans, une augmentation de la soif et de Tappétit. Son mari faisait six repas par jour et se relevait même la nuit pour manger. 11 avait des somnolences invincibles, deux ou trois fois par jour.

K... est impuissant; depuis dix ans il n'a eu aucune érection ; il accuse cependant des désirs et môme des éjaculations.

Depuis un an ses symptômes se seraient amendés. La polyphagie n*est pas très accusée ; il boit aux repas une quantité normale de liquide; il n'a de polydipsie que la nuit.

318 OBSBRVATION.

Dans ces derniers mois son caractère s'est modifié : il est devenu irritable et impatient. Depuis trois mois il n'a pas eu de crise de douleurs fulgurantes, mais il éprouve des agacements, des fourmillements permanents dans les jambes, sensations qui n'ont, diUii, rien d'analogue aux crises douloureuses qu'il connaît bien ; les fourmillements sont soulagés par la position croisée des membres inférieurs; au«si ne tient-il presque jamais ceux-ci dans la position normale. Il accuse encore des crampes douloureuses que le port de bas à varices ont fait disparaître.

Rien de particulier k noter dans les membres inférieurs si ce n'est u cénerrement > qu*il fait remonter à six mois.

Etat actuel (21 août 1890). — K.- esl un bomme de corpulence moyenne, sans obésité. Il porte aux membres inférieurs des varices très apparentes compliquées de cicatrices uteéreasts et de pigmentation brunâtre. Il présente des placards de psoriasis aux deox mains (dos et paume de la main, petit doigt et annulaire gauches), il est porteur de psoriasis depuis trente ans et en a eu dans différentes régions.

Pollakiurie et polyurie modérées avec polyphagie et polydipsie peu marquées. Les urines renferment, d'après un examen fait séance tenante par M. Oliviéro, interne en pharmacie du service, 15 grammes de sucre, 8 gr. 15 d'urée, 5 grammes de chlorure, gr. 9 de phosphate et gr. 21 diacide urique, le tout par litre, sans aucune trace d'albumine. L'urine est trouble, acide, d'une densité normale, et laisse déposer des phosphates ammoniaco-magnésiens.

La bouche est sèche, complètement dégarnie de dents qui sont toutes tombées depuis une dizaine d'années. La langue est quadrillée en gaufre avec quelques plaques blanches, sans contractions iibrillaires, sans atrophie appréciable.

. Pas de troubles de la sensibilité autre que des engourdissements et les crises de douleurs fulgurantes. Pas d*anesthésie, plutôt un peu d'hypéreslhésie et un peu de retard dans la perception des sensations. Pas de crises laryngées ni gastriques. Le goût, l'odorat, l'ouïe sont normaux. La vue est bonne, mais les pupilles sont inégales et le signe d'Argyll Robertson est très net. Absence des réflexes rotuliens. Signe de Romberg. L'incoordination motrice est absolument typique. Le malade appuyé sur une canne progresse en .déviant de la ligne droite, en jetant ses jambes à droite et à gauche. Cette démarche qui n'a rien de celle de stopper est encore plus iucoordonnée et même impossible dans Tobscurité.

Le cœur est normal. Le pouls a 76r~Pas de troubles digestifs. . Troubles urinaires déjà signalés. Rien au foie ni 4&ns les divers organes. L'état général est très satisfaisant, le caractère gai et l'humeur joviale.

DIABÈTE CHBZ UN TABBTIQUB. 319

- — Ici encore nous avons à relever la double hérédité arthritique et nerveuse. Nous soulignerons en outre ce fait qu'il s'agit d'un Israélite. La race juive semble plus prédisposée au diabète et aux névropathies que les autres races. C'est l'opinion de nombreux médecins, de MM. Charcot et Bouchard, etc.. et celte opinion contre laquelle s'est élevé récemment M. Germain Sée ^ semble parfaitement établie. Elle repose dn reste sur ce fait d'observation cUoique que les juifs sont particulièrement atteints de maladies arthritiques et névropathiques.

K... a éprouvé les premières douleurs fulgurantes, il y a près de trente ans. Depuis lors, ces douleurs ont reparu sous forme de crises absolument classiques, dans les membres inférieurs et autour de la ceinture. Puis, huit ans plus tard, est survenue une incoordination motrice, avec des troubles urinaires bien spéciaux. Ce n'est que vingt ans après, en plein tabès confirmé, que la présence du sucre a été notée dans les urines (40 grammes par litre) à propos d'un ulcère qui ne guérissait point. Du reste cette glycosurie n'était pas isolée ; elle s'accompagnait de tout le cortège classique du diabète : pollakiurie nocturne, polyurie, polydipsie, polyphagie. Sous l'influence d'un traitement approprié, les symptômes diabétiques s'amendent con-. sidérablcment, sans modiGcation parallèle des manifestations tabétiques.

En présence de ces divers symptômes, de leur mode d'apparition, de leur caractère, de leur évolution, nous : pensons qu'il s'agit ici d'une association du tabès avec

(1) BulUUde V Académie de méd., septembre 1891.

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