INFLUENCE DU TABES AU DÉBUT SUR LE DIABÈTE. 32S
en réalité, pourrait bien avoir joué un certain rôle dans cette guérison^ la disparition du sucre et des symptômes diabétiques coïncide précisément avec l'apparition de symptômes tabétiques; troubles de la sensibilité, incoordination motrice à évolution rapide, signe de Westphal et de Romberg. Ces phénomènes s'installent rapidement et dominent actuellement la scène.
Que peut-on conclure de celle succession morbide? Les accidents nerveux actuels ressortissent-ils au tabès vrai? Ne pourraient-ils pas être mis sur le compte du diabète et ne s'agirait-il pas en vérité de pseudotabes d'ordre diabétique? Cette dernière hypothèse est bien difficile à défendre; il est presque impossible de concevoir l'évolution d'un pseudo-tabes diabétique, durant depuis deux ans, avec aggravation des phénomènes nerveux, en l'absence de la glycosurie et des autres signes du diabète. Au surplus, un certain nombre de signes, entre autres l'incoordination typique, ne sauraient appartenir au diabète sucré.
L'existence actuelle du tabès vrai ne semble donc pas niable. La coïncidence de son apparition avec la disparition apparente sinon réelle du diabète est un fait d'observation intéressant à souligner. Ne sait-om pas que le sucre disparaît des urines dans le cours d'une affection inflammatoire ? Trousseau ne signalet-il pas cette disparition chez un diabétique dont la glycosurie qui durait depuis dix ans u cessa , dit-il, subitement et définitivement le jour où le malade fut frappé d'accidents cérébraux, dus probablement aune hémorrhagie du cerveau, suivie de ramollissement* »?
(i) Trousseau. — Clinique méd., 5* ûiiit., t. II, p. 812.
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Savage \ ne déclare-t-il pas que lorsqu'un diabétique devient fou, le sucre disparaît parfois de Turine? Du reste, dans les affections du système nerveux, l'atténuation, Tarrêt ou la disparition de la maladie la première en date, lorsque survient la seconde, n'est pas chose exceptionnelle. Notre maître, M. Gharcot, nous a dit avoir vu plusieurs fois des faits de ce genre.
Point n'est besoin pour interpréter la succession, chez un même individu, de deux états morbides, de ressusciter la théorie oubliée de Lorry De mutationibus morbomm. Il ne s'agit point de mutation dans l'espèce. La parenté héréditaire du diabète avec le tabès suffit à expliquer cette succession, chez le même individu, d'affections pathologiques distinctes quoique unies par des liens de famille ^
(t) Soc, de méd, de Londres, 28 octobre 1889.
(2) Les liens de parenté entre le diabète et le tabès uu plus généralement entre Tarthritisme et les névropathies diverses par transformation héréditaire avaient déjà été notés par Morel {Arch. de méd., 1869, t. I, p. 589).
« Sans doute, dit-il, il est difficile d'admettre, au premier aspect, que beaucoup d'arrêts de développement, que diverses infirmités physiques, que des affections dites organiques du système nerveux, voire même certaines monstruosités soient le résultat de l'hérédité progressive ou accumulée.
« Mais il est impossible de ne pas se rendre à l'évidence lorsqu'il est possible de prouver qu'une foule d'individus strabiques, porteurs de pieds bots, affligés de telles ou telles maladies organiques du système nerveux (ramollissement cérébral^ ataxie /ocomo/n'cc), victimes en outre de certaines affections diathésiques (goutte, diabète) présentent enfin certains arrêts de développement, dont quelques-uns constituent des monstruosités caractérisées; il est impossible, dis-je, de ne pas se rendre à l'évidence, lorsque l'observation consciencieuse des faits nous apprend que tous ces êtres pathologiques sont les descendants d'individus qui souvent n'ont offert à nos recherches que l'état rudimentaire, pour ainsi dire, d'une perturbation dans leurs fonctions nerveuses.
• L'étude des phénomènes de Vhérédilé morbide progressive a précisément pour objet de formuler les lois en vertu desquelles s'opèrent les transformations maladives dans la descendance des névropathes. >