‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 124 sur 177 · DEGRE DE FRÉQUENGB DE CES CAS · texte numérisé non relu

DEGRE DE FRÉQUENGB DE CES CAS

En somme, il s'agit encore ici d'association du tabès vrai avec le diabète, chez un même sujet. Mais les deux maladies se sont succédées au lieu de coexister. Ou, du moins, si elles coexistent^ l'une d'elles est à l'état latent n'attendant peut-être qu'une occasion pour reparaître.

— Ce n'est donc pas seulement dans une même famille qu'on rencontre la coexistence du tabès et du diabète. Les quatre observations que nous venons de résumer montrent que cette association existe aussi chez un seul individu. Et très vraisemblablement ces cas d'association tabético-diabétique sont plus fréquents qu'on ne pense. Il est probable qu'un certain nombre d'entre eux ont été méconnus par les cliniciens, qui semblent s'être uniquement préoccupés de rattacher tout le complexus morbide soit au diabète soit au tabès seuls. Encore une fois, nous ne nions en aucune manière les cas de pseudo-tabes diabétiques ni ceux de glycosurie tabétique ; nous pourrions même en citer des exemples personnels. Mais nous voulons faire une place clinique aux cas d'association^ qui la méritent bien.

Dans les recherches que nous avons faites, nous n'avons pas trouvé de cas analogue. Nous devons faire une exception en faveur de Fischer qui mentionne trois observations intéressantes, malheureusement incomplètes et incapables d'entraîner la conviction absolue. Sans être catégoriquement afGrmatif, l'auteur fait de prudentes réserves, que nous partageons entièrement. Voici comme spécimen le résumé d'un de ces trois cas :

328 OBSBRViLTlON.

Observation VII. (Fischer, Centrait, fur NcrvenheUk.\ 1886, p; 54o.)

X,.., soixante-dix ans, probablement syphililique, se plaint depuis de longues années de faiblesse dans la jambe droite qui l'empêche de marcher longtemps. Depuis trois ans on a constaté beaucoup de sucre dans Turine, sans poljurie ni polydepsie, et depuis de longues années il présente des dépôts goutleux articulaires.

]1 éprouve dans les jambes des douleurs qui ne revêtent point le caractère lancinant, avec paresthésie dans les orteils et dans les doigts, surtout au pouce. Démarche talonnante, incertaine dans l'obscurité. Douleurs en ceinture pas très nettes dans la région abdominale mrérieure ainsi que dans la région dorsale. Les urines et les selles sont si impérieuses parfois que le malade a h peine le temps de sortir de chez lui. Diminution de Tacuité visuelle consécutive à une cataracte commençante.

En juin 1885, à la suite d*un traumatisme (chute dans l'escalier} l'état s'aggrave. Furonculose à Wicsbaden.

Etat actuel 1886. — Amaurose commençante. Les pupilles sont étroites, mais réagissent à la lumière. Absence de dents. La station debout, les yeux fermés, est très incertaine. Incoordination motrice très nette. Perle des réflexes aux bras et aux genoux. Anesthésie de la plante des pieds. Troubles du tact.

L'urine a une densité de 4,028 et renferme de 10 à 25 grammes de sucre par litre. L'auteur a souvent vu le malade depuis cette époque et constata la persistance des signes spéciaux. Le sucre diminua sans disparaître.

— Pour notre compte, nous admettons très volontiers, dans ce cas, l'association du tabès vrai avec le véritable diabète sucré. C'est du reste l'opinion à laquelle semble se rattacher l'auteur, lorsque, sans affirmer catégoriquement, il écrit : « Dans tous les cas, rien ne prouve qu'il se soit uniquement agi du diabète. Malheureusement je n'ai pu ni suivre l'évolution de la maladie, ni faire l'autopsie. Cependant, quoique le diagnostic de ces cas ne soit pas ferme, je pense qu'on ne peut sûrement, dans aucun d'eux, éliminer le diagnostic de tabès. »

II ne nous reste maintenant qu'à signaler et à discuter les symplômes qui, permettent, à notre avis, de se prononcer pour l'existence d'une seule espièce morbide : pseudo-tabes diabétique ou glycosurie tabétique, ou bien au contraire d'affirmer la présence de deux espèces distinctes; tabès et diabète, associées chez un même individu. Sans doute il pourra se présenter des cas où le diagnostic devra rester en suspens, mais, le plus souvent une analyse rigoureuse donnera la solution du problème. Celte solution ressort, nous semble- t-il, de l'étude que nous venons de faire et des réflexionsqui accompagnent chacune de nos observations.

Deux cas peuvent se présenter en clinique : tantôt au cours d'un diabète authentique, surviennent des accidents nerveux tabéliformes; tantôt, chez un tabétique avéré, on constate, à un moment donné, la présence du sucre dans les urines. Il s'agit, dans le premier cas, de déterminer si l'on a affaire au vrai ou au faux tabès, dans le second si l'on se trouve en face d'une glycosurie symptomatique du tabès ou d'un véritable diabète, dans les deux cas de savoir; en un mot, si deux entités distinctes sonten jeu,ou bien une seule. C'est là un problème clinique dont la solution exacte intéresse à la fois le pronostic et le traitement.

On sait aujourd'hui que le diabète et le tabès offrent un certain nombre de signes communs sur lesquels il est impossible de tabler pour établir le diagnostic

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