S'* AURAS PSYCHIQUES
{Trois cas.)
Comme nous le disions en cpmmençant,nous avons éliminé de ce chapitre toutes les auras hallucinatoires, bien qu'a proprement parler on puisse à la rigueur les faire rentrer dans cette catégorie. Mais les hallucinations portant sur un sens quelconque , nous avons préféré les ranger dans le cadre des auras sensitives ou sensorielles, réservant le terme d'aura psychique aux phénomènes d'essence plus particulièrement cérébrale. Les réminiscences, par exemple, sont bien nettement de cet ordre. Nous y avons également compris certaines manifestations de nature difficile à déterminer. C'est ainsi que dans un des cas dont la relation suit, l'aura consistait en une sorte d'émotivité angoissante, phénomène d'ordre purement cérébral et qui ne saurait trouver place dans aucune des autres divisions que nous avons adoptées.
Observation XXI.
Bien... Louise^ 26 ans, lingère.
Mère nerveuse, migraineuse. Grand'mère moternelle sujette à des a faiblesses de cœur » (syncopes, attaques de nerfs??).
Convulsions dans l'enfance. Strabisme interne de Toeil droit.
Début, à l'âge de 7 ans, par des accès en séries très fréquents. Puis intervalle de 4 ans ; enfin aujourd'hui accès de fréquence irrégulière (plusieurs fois par semaine ou une ou deux fois par mois), diurnes et nocturnes. Accès de petit mal très fréquents.
Aura : Sentiment subit et irraisonné de frayeur ; elle a peur de tout ce qui l'entoure, tremblant de tous ses membres; « des idées vagues, bizarres » lui passent par la tète. A ce moment elle se couche par terre pour éviter la chute.
Quelques prodromes, consistant en secousses involontaires des bras et précédant l'accès de vingt-quatre heures.
Observation XXII.
Bourg... Gustave, 33 ans, ancien marchand de vins. Mère épileptique. Père faible d'esprit^ buveur, suicidé par pendaison.
Excès de boisson considérables (marchand de vins), ayant cessé depuis cinq ans qu'il a quitté son métier.
Début à 26 ans^ par des accès d'abord nocturnes^ dans l'un desquels il s'est cassé la jambe^ puis diurnes et nocturnes. Accès très fréquents, de un à dix par semaine. Quelques accès de petit mal.
Aura précédant régulièrement tous les accès diurnes. Il lui revient dans la tête l'air d'une vieille chanson qu'il a entendue au concert dans son enfance. Une fois les efforts mentaux qu'il fait pour chasser cette « pensée » obsédante ayant réussi, l'accès n'est pas venu.
Il s'agit bien dans ce cas d'une véritable réminiscence et non d'une hallucination auditive. En effet le malade n'entend pas dans Toreille l'air de la vieille chanson, mais cet air lui revient dans la tête. Ainsi qu'il le dit lui-même, c'est une « pensée » obsédante à laquelle il est en proie et non pas une sensation auditive. Habituellementil fait tous ses efforts pourchasser cette idée, mais il n'y réussit point, et Taccès suit après un temps plus ou moins eourt. Une seule fois il a pu se débarrasser de son obsession et alors l'accès ne s'est pas produit. Ce petit fait est intéressant à noter.
Observation XXIII.
Burg... Henri, 25 ans, tapissier.
Père suicidé par pendaison. Deux frères névropathes.
Début à l'âge de 17 ans, une semaine après l'émotion ressentie en voyant un épileptique en accès. Accès matinaux de fré« quence très variable, augmentant plutôt dans ces derniers temps.
Aura : Secousse brusque du tronc, vertige, tremblement. Puis € une idée, un souvenir » lui passent par la tète; Tantôt c'est la pensée du contremaître de son atelier et il se dit : « Tiens, le contremaître va arriver ; il faut se mettre au travail. » D autres fois c'est le souvenir de son ancien marchand de vins qui lui revient à l'esprit. Ces phénomènes sont quelquefois isolés et l'accès ne les suit pas toujours.
Bégaiement intermittent.
On pourrait faire à propos de ce cas les mêmes re-r marques que pour le cas précédent. Ce n'est pas d'hal-
408 • AURAS HYSTÉROÏDES.
lucinations véritables qu'il s'agit, mais de phénomènes purement psychiques, d'idées en un mot. Le patient ne voit pas son contremaître ni son marchand de vins, il y pense seulement et cette idée obsédante, angoissante, qu'il connaît bien, concurremment avec les quelques autres phénomènes notés, précède toujours de peu de temps la perte de connaissance et l'accès convulsif. A vrai dire l'aura chez cet individu n'est pas à proprement parler exclusivement psychique, attendu qu'il s'y mêle quelques phénomènes différents : secousses du tronc, vertige. Mais ici l'importance des manifestations psychiques est tellement prédominante que nous avons pensé plus naturel de la classer parmi les cas d'auras psychiques et non parmi ceux d'auras complexes.
6« AURAS HTSTÉROIDES.
(Dix cas.)
Cette espèce d'aura, à laquelle nous donnons le nom d'hystéroïdej n'a pas été signalée comme fréquente dans le mal comitial. On la trouve cependant citée par quelques auteurs. La mention qui en est faite par Parry (1) ne mérite plus guère aujourd'hui d'attirer l'attention, car il parle de globus hystericus qui se manifestait, chez un individu atteint d'épilepsie, longtemps avant et vingt-quatre heures après les accès. Plus tard on trouve dans le traité de Delasiauve (2) plusieurs exemples pouvant se rapporter plus ou moins nettement à l'aura gastrique hystéroïde. Il cite entre autres un cas de Herpin où il y avait constrîction douloureuse de la gorge, et plusieurs, dont un de Maisonneuve, à propos desquels il emploie les mots de : boule dans le thorax ou dans l'abdomen. On ne trouve rien
(1) Parry. — Collection of ihe unpublished médical writings — Londres, 1825.
(2) Delasiauve. — Traité de VEpilepaie. — Paris, 1854.