‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 154 sur 177 · AURA ABDOMINALE · texte numérisé non relu

AURA ABDOMINALE

de plus dans les livres de Russell Reynolds (1) et de Sieveking (2), parus en 1861, ni guère davantage dans celui d'Echeverria (3), qui date de 1870. Ce dernier mentionne des sensations, des douleurs dans l'estomac, du spasme glottique, des sensations d'étranglement.

Gowers, beaucoup plus tard, a noté parfaitement Tanalogie de certaines auras épileptiques avec Taura hystérique. Dans les auras qu'il classe sous la rubrique d' auras pneumogastriques, se trouvent des phénomènes douloureux épigastriques, des sensations d'étouffement et dans un cas Taura rappelle « la sensation bien connue dans l'hystérie, et d^ns bien des cas d'épilepsie pure la sensation perçue parait exactement la même que le globus hystericus (4). » Au point de vue de la fréquence de Taura hystéroïde, on ne peut tirer aucun renseignement de la grande statistique de Qowers, car toutes ses auras pneumogastriques sont rangées sans distinction spéciale sous la même rubrique.

Enfin, plus récemment encore, M. le P' Charcot a plusieurs fois parlé dans ses leçons, à propos des auras épileptiques qu'il appelle abdominales, de l'analogie que certaines d'entre elles peuvent présenter avec l'aura hystérique. Selon lui, au degré le plus simple, le malade se plaint seulement d'avoir mal à Testomac d'une façon soit intermittente, soit continue et exagérée au moment des accès. C'est de cette sensation toute simple que dérivent toutes les auras abdominales si diverses, parmi lesquelles les coliques avec besoin d'aller à la garde-robe tout aussi bien que les phénomènes complexes de l'aura hystéroïde.

Par le nombre des cas que nous avons pu réunir, il semble qu'elle soit loin d'être rare, puisqu'elle forme à elle seule presque le quart de la totalité de nos cas avec

(1) Russell Reynolds. — Epilepay, etc. — Londres, 1861.

(2) Sieveking. — On EpHepay^ etc.. — Londres, 1861.

(3) Echeverria. — On Epilepsy. — New- York, 1870.

(4) Gowers. — Epilepsy, etc.. — Londres, 1881.

410 HYSTÉRIE ET UAL COMITIAL.

aura. Le terme par lequel nous la désignons nous parait la caractériser suffisamment. Elle ressemble à s'y méprendre à Taura de Tattaque hystérique.

Mais tandis que celle-ci est assez longue, Taura hystéroïde de Taccès épileptique est en général très courte. De plus, on y retrouve rarement au complet tous les phénomènes prodromiques de l'attaque d'hystérie. Le plus souvent on constate l'existence de la boule, partant du ventre ou de l'estomac et remontant à la gorge, où elle produit une sensation d'étouffement. Les manifestations de laura céphalique paraissent manquer beaucoup plus fréquemment. Nous les avons rencontrées cependant, mais jamais au complet.

Ainsi, rien que par les considérations portant exclusivement sur l'aura elle-même^ on trouve déjà un certain nombre de caractères différentiels entre l'aura hystéroïde comitiale et l'aura hystérique vraie : durée moins longue, absence de quelques-uns des phénomènes de l'aura complète. Néanmoins en s'en tenant à cela seulement, on aurait encore de grandes chances d'erreur dans le diagnostic. C'est surtout sur les caractères de Tattaque elle-même, sur l'absence ou la présence des stigmates hystériques, anesthésie, rétrécissement du champ visuel, points hystérogènes, que se basera le diagnostic positif entre l'hystérie et le mal comitial, diagnostic quelquefois difficile néanmoins. Mais dans les cas insolubles au premier examen il reste toujours les preuves tirées de l'évolution ultérieure de la maladie, de Tinfluence du traitement (;t en particulier du traitement bromure qui est sans action efficace sur les attaques hystériques.

Observation XXIV.

El... Amélie, 15 ans.

Début vers l'âge de 4 ou 5 ans. Accès typiques, présentant, outre les phénomènes habituels, la défécation involontaire pendant Tattaque. Ils se produisent, avec des intervalles d'un an à dix-huit mois, par séries donnant lieu à de véritables

périodes d'état de mal d'une durée de douze à quinze heures. La malade n'a pas le souvenir de Taura, mais la mère afûrme qu'avant de perdre connaissance, sa fille devient subitement très angoissée, étouffant et portant les mains à la région épigastrique et au cou. Elle paraît à ce moment souffrir de sen« sationsde douleur et d'étouffement. La perte de connaissance et raccès surviennent peu de temps après.

L'existence des phénomènes de Taura hystéroïde paraît bien avérée dans ce cas, bien que la malade ne se souvienne pas de les avoir ressentis. Mais la mère est très affirmative sur la question de savoir si les symptômesd'étouffement précèdent la perte de connaissance. Il y aurait donc chez cette jeune fille une sorte d'amnésie rétrograde, lui enlevant le souvenir des quelques instants précédant l'accès et par conséquent de l'aura qui a lieu à ce moment.

Observation XXV.

H... Charles, 29 ans, employé de commerce.

Mère nerveuse. Grand'mère maternelle nerveuse et émotive^ Grand-père du même côté alcoolique.

Sortes de crises délirantes à Tâge de 14 ans, qui ont duré quatre ans sous diverses formes et ont cessé depuis. De 20 à 22 ans, excès alcooliques et vénériens; à cette époque il vivait avec une jeune femme hystérique, sujette à des attaques de somnambulisme.

Début des accès h 24 ans. Le premier fut suivi d'une période d'excitation maniaque ayant nécessité le transport à Sainte- Anne. Accès relativement peu. fréquents, vertiges très fréquents, souvent suivis de délire.

L'aura précède particulièrement les accès de petit mal, mais non d*une façon constante. C'est une sensation douloureuse, vague, remontant de l'estomac vers la gorge.

Chez les deux malades qui précédent l'aura hystéroïde est tout à fait fruste. Mais il est loin d'en être toujours ainsi et nous allons la voir beaucoup mieux caractérisée dans les cas suivants.

Observation XXVI.

Ranch... Charlotte, 20 ans.

Début à Tàge de 14 ans, après l'apparition des premières

règles. Accès au début quotidiens, actuellement par séries mensuelles de sept à huit.

L'aura ne s'est produite qu'une seule fois, consistant en une sentation de boule remontant de Testomac à la gorge et Tétouffant. Il est bon de noter que cet accès fut de tous points semblable à tous les autres non précédés d'aura.

Observation XXVII.

Jonch... Pauline, 32 ans.

Père alcoolique, atteint de crises convulsives.

Convulsions dans Tenfance.

Début à l'âge de 7 ans, par des accès de petit mal^ précédés de l'aura hystéroîde. Les grands accès convulsifs n'ont commencé à se montrer qu'à 18 ans avec les premières règles ; généralement suivis d'une période plus ou moins courte d'automatisme.

Aura précédant tous les vertiges, mais non tous les accès. Elle sent une boule lui monter de l'estomac et lui serrer la gorge; puis tout se brouille devant ses yeux; elle est saisie d'une peur indéfinissable ; enfin perd connaissance.

Observation XXVIIL

Lem... Marie, 39 ans, femme de ménage.

Père alcoolique, très violent, mort subitement d'une affection cardiaque. Deux frères et une sœur nerveux et violents.

Convulsions dans l'enfance.

Début à 13 ans par de simples absences. Les accès convulsifs typiques n'ont commencé qu'à 29 ans. Ils se répètent à peu près régulièrement tous les mois, aux périodes menstruelles, sans compter les absences qui sont plus fréquentes.

Aura consistant en une sensation de boule qui monte de l'estomac à la gorge et l'étouffé, d'une durée assez longue pour l'avertir à temps et lui permettre d'éviter la chute.

Observation XXIX.

Mal... Maria, 45 ans, chapellère.

Début à l'âge de 4 ans, par des accès fréquents, dans l'un desquels elle s'est fait une luxation de la hanche, qui n'a jamais été réduite depuis. Puis, pendant dix ans, accès de petit mal seulement. A 14 ans, avec les premières règles, retour des grands accès qui se répètent par séries tous les quinze jours, sauf un intervalle de quatre ans (1870-74).

Aura constante, consistant en une sensation très pénible de tiraillements dans le ventre, laquelle s'irradie jusqu'au cœur^

OBSERVATIONS. 4i3

causant des palpitations, et remonte jusqu'à la gorge en Té-* touffant.

Les accès et les vertiges sont marqués par des mictions involontaires très abondantes.

Observation XXX.

Hell... Pauline, 25 ans, blanchisseuse.

Père alcoolique avéré.

Début à l'âge de 15 ans, à la suite d'une grande frayeur causée par Tincendie d*une maison voisine de la sienne. Tout d'abord petit mal, puis, au bout d'un an, grands accès, au début très fréquents, toutes les semaines, par séries de 3 à 6 ; puis moins fréquents dans la suite (toutes les trois ou quatre semaines) sous l'influence du traitement.

Aura, constante, précède les vertiges et les grands accès. Elle consiste en une sensation douloureuse de vide dans lestomao qui remonte de là à la gorge en l'étouffant.

Dans les sept cas qui précèdent, les phénomènes de l'aura se bornent à rappeler une partie, mais une partie seulement de l'aura de l'attaque hystérique. En un mot c'est la, boule. II est àpeine besoin d'ajouter que, chez tous les épileptiques, il est impossible de les provoquer et même simplement de les produire à l'état naissant par la pression sur les régions ovariennes, gastrique, mammaires, etc., ainsi que cela arrive le plus souvent dans rhystérie.

En tous cas, dans cette première série, on ne rencontre aucun des autres phénomènes qui constituent Taura céphaUque de l'attaque hystérique et qui se combinent ordinairement avec les autres pour former l'aura hystérique complète. Dans les trois cas qui vont suivre, on remarque, au contraire, une ébauche plus ou moins nettement esquissée de l'aura céphaUque associée à Tautre.

Observation XXXI.

Prop... Louise, 24 ans, couturière.

Début à 22 ans, à la suite d'une violente frayeur, causée par l'incendie d'une maison voisine de la sienne. Accès diurnes re-

lativement rares: quatre aocès ou séries d'aooès en deux ans. Accès nocturnes un peu plus fréquents.

Aura constante en ce qui concerne les accès diurnes^ mais de durée variable. Elle sent une boule voyager de l'estomac au cœur et Tétouffer; puis des bouffées de chaleur lui montent à la tète; elle éprouve de violents bourdonnements d'oreilles entremêlés de bruits indistincts (coups de tambour, voix confuses).

Observation XXXII.

Lam... Lucie, 30 ans, brunisseuse.

Convulsions dans Tenfance.

Début à 11 ans par des accès de petit mal accompagnés de quelques mouvements convulsifs et de miction involontaire. Les grands aocès n'ont commencé qu'à 26 ans. Ils sont exclusivement nocturnes et se répètent deux fois par mots.

Aura tr6s manifeste, précédant régulièrement chaque accès de petit mal. Sensation de boule qui remonte de Testomac à la gorge et bourdonnements dans les oreilles.

Observation XXXIII.

Ârr... Marie, 18 ans.

Début à Tâge de 13 ans, avec Tapparition des règles qui sont toujours restées très irrégulières. Les accès se répètent une ou deux fois par mois.

L'aura n'est pas constante. Lorsqu'elle existe, la malade a le temps de se garer d'une mauvaise chute, sinon elle ne peut le faire. Au milieu d'une sorte d'étourdissement, avec un brouillard devant les yeux, elle perçoit un bourdonnement violent dans les oreilles, en même temps qu'elle sent une boule lui monter à la gorge et Tétouffer.

Comine on le voit, chez ces trois dernières malades, les phénomènes ont acquis plus de développement et l'aura ressemble de bien près à celle de Tattaque hystérique. Mais les manifestations de Taura hystérique céphalique ne sont cependant pas encore au complet, car on n'y note pas l'existence des battements dans les tempes, qui caractérisent cette dernière. De pareils cas peuvent cependant se rencontrer, mais à la vérité ils paraissent peu fréquents, car nous n'en avons observé qu'un seul bien caractéristique. Il ne peut trou-

ver place ici, à cause de Tadj onction, dans un des accès, de phénomènes moteurs, qui faisaient deTaura, dans ce cas, une aura complexe et non une simple aura hystéroïde. Nous en donnons plus loin la relation (V. Observ. XLIII), dans laquelleon retrouvera dans leur totalité tous les éléments de l'aura hystérique complète, boule montant du ventre et de Testomac à la gorge, sensation d'étouffement, sifflements dans les oreilles et battements dans les tempes.

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, il est un point qui nous semble mériter d'attirer spécialement Tattention. C'est la fréquence relative de cette forme un peu inattendue de l'aura comitiale. Nous la trouvons en effet, en comptant cinq cas que l'on trouvera plus loin, quinze fois sur quarante-trois cas d'épilepsie avec aura, c'est-àdire dans plus du tiers ou presque 35 0/0 des cas de ce genre. C'est un chiffre sans aucun doute fort élevé, que la lecture des livres classiques et les connaissances usuelles sur ce sujet n'auraient pas permis de prévoir.

Si la présence de cette aura peut, dans certains cas, rendre singulièrement difficile le diagnostic, dans beaucoup d'autres, au contraire, il n'apportera dans son établissement qu'une hésitation de courte durée. Les autres caractères tirés tant de l'aura elle-même (brièveté, absence des éléments complets de l'aura hystérique) que de l'attaque qui la suit et de l'examen du malade au point de vue de l'hystérie, seront, dans la majorité des cas, suffisants pour éviter une regrettable confusion. En tous cas, s'il y a hésitation, on aura encore comme pierre de touche l'influence du traitement. L'hydrothérapie, les toniques sans les bromures sont à peu près inactifs dans l'épilepsie. Les bromures, au contraire, sans effet notable sur l'évolution des accidents hystériques, modifieront bien souvent d'une façon plus ou moins accentuée les accès comitiaux, surtout si on les a administrés à doses suffisantes.

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