‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 174 sur 177 · ÉTAT MENTAL DES CONTAGIONNÉS · texte numérisé non relu

ÉTAT MENTAL DES CONTAGIONNÉS

par la mise en jeu des moyens appropriés. Il y a donc à établir ici une importante distinction nosographique et clinique sur laquelle j'appelle toute votre attention.

La démonstration dont je viens de vous rendre témoins peut se passer de longs commentaires. Il est facile d'imaginer que, sans intervention d'hypnotisme, il puisse se produire dans une institution, dans un couvent, sous une influence de certaines préoccupations religieuses, ou du récit d'un événement propre à frapper fortement de jeunes esprits, un état psychique analogue à celui qui s'observe, sous une forme typique, dans le somnambulisme artificiel. Et dans ces conditions-là, on le comprend aisément, l'apparition, chez un des membres du groupe, d'une affection reproduisant un aboiement, un miaulement, pourra être l'occasion d'une épidémie d'imitations menaçant d'envahir le groupe tout entier. Il est clair que ladispersion,la dissémination du groupe est le plus sûr moyen qui, en pareil cas, devra être opposé à la propagation du mal ; c'est d'ailleurs là un point sur lequel tous les médecins s'entendent depuis longtemps d'un commun accord, et l'intervention ré-^ cente du mot de a suggestion » , auquel on semble aujourd'hui conférer un pouvoir explicatif, magique, à l'interprétation des phénomènes de ce genre, ne me semble pas avoir changé grand'chose à ce qu'on savait déjà.

Hémianesthésie hystérique et hémianesthésles toxiques (1). .

Messieurs,

Je voudrais profiter de la présence de deux malades pour agiter un instant devant vous les deux questions suivantes : existe-t-il une hémianesthésie saturnine, c'est-à-dire relevant directement de Tintoxication saturnine chronique? Existe-t-il une hémianesthésie alcoolique, c'est-à-dire appartenant en propre à la série des accidents nerveux de Talcoolisme chronique?

Vous savez, sans doute, que pour quelques médecins ces questions semblent résolues par l'affirmative. II existerait, suivant eux, dans le saturnisme comme dans l'alcoolisme, une hémianesthésie sensorielle et sensitive, comparable cliniquement à celle qui constitue un des grands caractères de l'hystérie, et ces hémianesthésies seraient bien et dûment des anesthésies toxiques.

Eh bien, Messieurs, un grand nombre d'exemples du genre de ceux qui vont vous être présentés, ainsi que la critique des faits allégués parles auteurs, nous conduisent à penser, au contraire, que rien n'est moins solidement établi que l'existence de ces hémianesthésies. Ce n'est pas, certes, que les anesthésies uni-latérales ne puissent se présenter combinées avec le saturnisme et l'alcoolisme, — je dirai même qu'elles s'y présentent

(1) Leçon recueillie par le D»* J. Babinski.

assez fréquemment, — mais la question est celle-ci, je le répète : les hémianesthésies en question font-elles réellement partie de la nosographie de ces intoxications chroniques? Voilà ce dont je doute fortement, pour ne pas dire plus. Mais je ne veux rien préjuger et je passe à rétude analytique des faits.

Le premier.de nos malades est un homme de 27 ans, peintre en bâtiments, du nom de Kauff...^ entré dans service le 15 juin 1886..

Sa mère, âgée de 65 ans^ aurait, par périodes de quatre à cinq jours, des crampes, des douleurs violentes dans les membres inférieurs, la nuit surtout; sa vue se serait très affaiblie ; peut-être s'agit- il là d'un, tabès ?

Une des sœurs de notre malade, actuellement âgée de 38 ans, aurait eu, depuis Tâge de 18 ans, des attaques con vulsives vraisemblablement hystériques , pendant lesquelles elle criait et se débattait sans jamais ni se mordre la langue, ni avoir d'incontinence d'urine. Ces crises disparurent après qu'elle se fut mariée, à l'âge de 29 ans.

Kauff... lui-même paraît bien constitué; il n'est ni syphilitique ni alcoolique ; comme affections antérieures il n'accuse (à part une maladie assez grave qu'il aurait eue vers Tâge de 7 ans et au sujet de laquelle il nous donne peu de renseignements) qu'une fièvre typhoïde il y a 10 ans. C'est à Tâge de 15 ans 1/2 qu'il a commencé à exercer son métier de peintre en bâtiments, et il n'a jamais fait autre chose depuis. Il n'a jamais eu ni coliques de plomb, ni douleurs articulaires, ni paralysie des extenseurs, mais il présente à un haut degré la décoloration saturnine du tégument externe avec le liseré caractéristique, et, de plus, il est anémique.

Il y a dix-huit mois, sans aucun motif, un matin en se mettant au travail, il sentit tout à coup sa jambe gauche « se plier » , se contracturer, et quelque chose lui remonter vers l'abdomen et la poitrine ; il avait une sen-

sation de serrement du ventre, de constriction du. cou, et des bourdonnements d'oreilles, mais pas de battements dans les tempes. Puis, au bout de quelques se; condes, il poussa un cri et perdit connaissance; il serait tombé si on ne l'avait soutenu. Il resta près d'une demi-heure immobile, comme endormi, et, au sortir de cet état, il eut la jambe gauche parésiée.

A partir de cette époque et pendant un mois environ, les attaques revinrent à peu près tous les jours, constituées de la même façon que la première : aura, partant de la jambe gauche ; perte de connaissance quelques instants après; pas de mouvements violents; cependant, parfois, le malade ne portant sur le lit que par les pieds et. par la nuque prenait Tattitude dite en arc de cercle.

Mais il lui arrivait aussi d'avoir des attaques incomplètes, ressemblant à de Tépilepsie partielle : la jambe gauche se raidissait, était agitée de secousses convulsives, et c'était tout. Généralement, en pareil cas, l'attaque complète survenait quelques heures après.

Un traitement bromure et ioduré et des bains sulfu- -reux amenèrent au bout de peu de temps une diminution considérable du nombre de ces attaques ; elles ne surviennent plus guère que tous les quinze jours.

Le malade se plaint, en outre, d'avoir souvent des contractures dans le membre supérieur gauche; sa main se fléchit quand il travaille et garde cette attitude pendant plusieurs minutes, parfois pendant quelques heures.

Depuis un an ou un an et demi il y aurait aussi un peu de tremblement des mains, surtout à gauche.

Le côté gauche, et particulièrement le membre inférieur, est un peu plus faible à gauche qu'à droite.

L'examen de la sensibilité révèle l'existence d'une hémianesthésie gauche totale au froid ou à la piqûre ; la sensibilité profonde et le sens musculaire sont atteints aussi. La force musculaire est diminuée de ce côté.

ENCÈPHALOPATHIE SATURNINE. 463

A r examen campimétrique, on constate un rétrécissement du champ visuel des deux côtés, mais surtout à droite; le malade, de ce côté-là, ne voit que le rouge.

L'ouïe est affaiblie des deux côtés, mais davantage à droite.

L'odorat et le goût sont abolis du côté droit et la sensibilité pharyngienne un peu diminuée du même côté.

On a constaté, de plus, que l'application de la bande d'Ësmarch au membre supérieur gauche déterminait l'apparition de la contracture spasmodique.

L'examen des organes viscéraux n'a permis de découvrir aucune lésion ; rien dans les urines. Les réflexes sont normaux.

En entendant cette description d'attaques avec chute et perte de connaissance, la première idée qui viendra peut-être à l'esprit sera de chercher à rattacher ces accidents et l'hémianesthésie constatée sur le malade au saturnisme. En effet, l'anémie, la coloration spéciale de la peau, le liseré gingival caractéristique» établissent nettement que le malade est saturnin, malgré l'absence des manifestations vulgaires du saturnisme, telles que coliques, paralysie des extenseurs, arthralgies, etc. On sait, d'ailleurs, que les accidents cérébraux encéphalopathiques du saturnisme peuvent survenir d'emblée, sans être précédés d'autres affections que l'anémie saturnine.

Les accidents convulsifs que présente notre malade appartiennent-ils donc au saturnisme ?

Eh bien, Messieurs, la connaissance un peu profonde de la nosographie saturnine ne permet pas, je pense, de s'arrêter à cette vue.

Puisons, en effet, la description de l'encéphalopathie saturnine aux sources les plus pures, dans Grisolle {Journal Hebdomadaire^ 1836, t. IV). C'est là que la pathologie de ces accidents a été tracée pour la pre-

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mière fois, et de main de maître, car on n'y a rien ajouté de bien important depuis, ce me semble.

Cet auteur décrit trois formes d'encéphalopathie saturnine; ce sont les formes délirante, comateuse et convulsive. La forme convulsive, ou épilepsie saturnine, est la plus fréquente de toutes. Les attaques de K... ne rentrent-elles pas dans cette catégorie? Je n'hésite pas à répondre négativement, pour les raisons que Voici. Les caractères des attaques de K... ne sont pas ceux de l'épilepsie saturnine. Jamais les malades, dans ce cas, ne décrivent d'arc de cercle dans leurs mouvements, comme cela se présente parfois chez K... L'épilepsie saturnine peut être, il est vrai, constituée par des convulsions partielles affectant la face et un côté du corps, et chez K..., il y a aussi, parfois, des attaques à forme d' épilepsie partielle ; mais, dans l'épilepsie saturnine, il n'y a jamais, ce semble, d'aura ni de conservation initiale de la connaissance, comme dans les attaques de K...

Contrairement à ce qu'on observe généralement dans l'épilepsie saturnine, il semble bien que chez K... la face n'a jamais participé aux convulsions. Enfin, voici un dernier argument que je crois puissant contre l'hypothèse d'épilepsie saturnine : cette dernière affection est très grave; lorsque la terminaison fatale doit survenir, elle ne se fait pas attendre plus de 5 à 6 jours ; sinon, au bout d'un mois au plus, le malade est guéri, et s'il est soustrait à Tinfluence du plomb, l'épilepsie ne récidive pas. Or, notre malade qui a commencé à avoir des convulsions, il y a de cela 1 8 mois, vit encore, et son état général est satisfaisant.

D'autre part, quoiqu'il ait suspendu depuis longtemps ses occupations habituelles, il est encore sujet aux attaques convulsives. Si on voulait à toute force mettre ces attaques sur le compte du saturnisme, il faudrait créer une forme nouvelle d*épilepsie saturnine, différente, à tous les points de vue, de l'épilepsie saturnine

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classique, d'une durée beaucoup plus longue et aussi d'une gravité beaucoup moins grande ; ce qui, dans l'espèce, ne paraîtra certes pas motivé.

Quelle est donc la nature de ces attaques? Sont-elles sous la dépendance d'une lésion cérébrale?

On ne peut guère incriminer la syphilis, puisque le malade paraît n'avoir jamais présenté aucune manifestation syphilitique.

Il ne pourrait être question en tout cas que d'une lésion corticale qui devrait siéger dans ou vers le lobule paracentral, puisque les mouvements convulsifs prédominent dans le membre inférieur, qui est même un peu parésié en dehors des attaques.

Mais avant de discuter cette question, occupons-nous des troubles de la sensibilité que présente le malade.

II existe, comme nous l'avons vu plus haut, une hémianesthésie sensitivo-sensorielle offrant cette particularité, déjàplusieurs fois observée dans rhystérie,que Tanesthésie sensitive occupe le côté gauche, tandis que l'anesthésie sensorielle prédomine du côté droit. Quelle est la nature de cette anesthésie? Est-elle due à une lésion organique du cerveau? Cela n'est guère admissible si l'on considère le croisement des deux espèces d'anesthésie que nous venons d'indiquer. Mais supposons qu'il s'agisse ici d'une anesthésie sensitivo-sensorielle régulière. Si l'on veut la faire dépendre d'une lésion encéphalique, il faut localiser celle-ci dans la partie postérieure de la capsule interne, dans le carrefour sensitif. Or, on sait que les lésions qui provoquent l'épilepsie partielle résident dans l'écorce, tandis que les lésions de la capsule interne, d'après les recherches de MM. G. Ballet et Pitres, ne produisent pas ce genre d'éj)ilepsie.

Il résulte de ce rapprochement que si Ton veut mettre les accidents convulsifs et l'hémianesthésie de notre malade sur le compte d'une seule et même affection — Charcot, t. il 30

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hypothèse la plus simple — on ne peut attribuer ces phénomènes à une altération organique du cerveau, à moins d'admettre deux lésions distinctes, l'une dans la capsule interne, l'autre dans Técorce, ce qui serait bien peu vraisemblable.

Quelle est donc la nature de ces convulsions, si elles ne sont imputables ni au saturnisme, ni à une lésion organique do Tcncéphale ?

Ceux d'entre vous qui sont familiarisés avec nos études actuelles l'ont déjà établi dans leur esprit; c'est de l'hystérie qu'il s'agit. Ces attaques-là sont hystériques. Ce sont des attaques anomales, sans doute, simulant Tépilepsie partielle jusqu'à un certain point, mais c'est une anomalie prévue, classée, décrite par MM. Ballet et Crespin, dans leur travail sur les attaques d'hystérie à forme d'épilepsie partielle.

L'an dernier j'ai montré encore un cas de ce genre {Progr. méd.^ 1885, t. II, p. 88), où la nature hystérique de l'affection ne peut faire l'ombre d'un doute.

D'ailleurs, si le fait de l'épilepsie partielle au début est anomal, nous retrouvons l'aura hystérique, la sensation de serrement du cou, les bourdonnements d'oreilles, et, à un moment donné, cette attitude si spéciale, si caractéristique, que l'on appelle l'arc de cercle. Et si, maintenant, nous considérons les choses dans l'ensemble, voyez comme l'hystérie serait simple et facile à légitimer, sans faire intervenir aucun artifice. Le malade présente des phénomènes qui constituent les stigmates do l'hystérie. En effet, on peut provoquer chez lui la contracture artificielle; de plus, il a, comme nous l'avons fait ressortir déjà plusieurs fois, une hémianesthésie sensitivo-sensorielle avec abolition de la sensibilité profonde, ce qui n'existe peut-être jamais à ce degré dans les lésions du carrefour sensitif. Je crois inutile de répondre à ceux qui m'objecteraient qu'il s'agit ici d'un homme et que l'hystérie est exceptionnelle dans le sexe masculin. On sait, en effet,

HYSTÉRO-SATURNISMB. 467

actuellement, d'une façon pérenaptoire, que Thystérie est chez rhomme beaucoup plus fréquente qu'on ne l'avait supposé.

Mais il y a encore une hypothèse que l'on pourrait émettre. On pourrait dire que les convulsions dépendent de rhystérie et que Tanesthésie doit être mise sur le compte du saturnisme ; car, outre les troubles de la sensibilité décrits par Beau et Manouvrier, et consistant en plaques d'anesthésie disséminées, il existerait quelquefois dans le saturnisme une hémianesthésie sensitivo-sensorielle, en tout semblable à Thémianesthésie hystérique. >I. Raymond, en 1874, signala cette variété d'anesthésie chez les saturnins et chercha à établir entre elle et le saturnisme une relation de cause à effet. Des observations analogues à celles de Raymond furent publiées depuis par Anassieff, élève do Lasègue, en 1878, par Ilanot, Hément et quelques autres. Cette hémianesthésie présentant, d'après les descriptions de ces auteurs, exactement les mêmes caractères que l'hémianesthésie hystérique, la nature del'hémianesthésie, dans un cas donné, ne peut, en général, être établie que par la considération des symptômes concomitants. Or, dans le cas prosent, le malade étant en même temps hystérique et saturnin, il me semble beaucoup plus logique de rattacher Tanesthésie à Thystcrie qu'au saturnisme ; car l'existence de Thémianesthésie hystérique est établie sur des milliers d'observations, tandis que rhémianesthésie saturnine, si tant est qu'elle existe, est, relativement à la précédente, vraiment exceptionnelle.

Le saturnisme a-t-il pourtant joué un rôle dans la production des troubles nerveux que présente notre malade? Cela me parait vraisemblable.

Je pense que, chez un sujet prédisposé, l'hystérie peut être mise en jeu par le développement de l'intoxication saturnine.

Ne savons-nous pas, en effet, qu'il en est ainsi pour

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d'autres affections vis-à-vis du saturnisme, pour la goutte par exemple? La goutte, en réalité, dans ces cas, n'est pas une affection saturnine au même titre que la paralysie et les coliques, mais le saturnisme détermine un trouble de nutrition qui, chez tels sujets prédisposés héréditairement ou par constitution, fait éclater la goutte ; ajoutons que la goutte, affection arthritique par excellence, et l'hystérie, membre important de la grande famille neuropathologique, sont deux affections qui coïncident assez souvent chez un même sujet.

Donc, dans notre cas particulier, c'est de l'hystérie qu'il s'agit. L'appellerons-nous saturnine? Oui, si vous voulez seulement rappeler l'influence de la cause occasionnelle; ce sera alors une expression prise dans un sens analogue à celle d'ataxie syphilitique, de chorée rhumatismale.

J'aimerais mieux dire hystérie chez un saturnin, ataxie chez un syphilitique, chorée chez un rhumatisant.

Cela étant bien établi, si nous jetons un coup d'œil sur les observations d'hémiplégie avec anesthésie saturnine publiées dans ces dernières années et sur lesquelles repose l'existence, en nosographie, de l'hémianesthésie cérébrale saturnine, j'en viens à me demander si la plupart de ces observations, pour ne pas dire plus, ne se prêtent pas à l'interprétation que j'ai donnée de mon cas ?

Ne s'agirait-il pas, alors, je le répète, le plus souvent d'hystérie ?

Eh bien, je vois, en examinant ces observations, des hémiplégies affectant le même côté que les hémîanesthésies et dans lesquelles il n*y a pas participation de la face (caractère, vous le savez, que l'on retrouve dans les hémiplégies hystériques) ; je vois encore des attaques convulsives ou comateuses, parfois accompagnées de perte des urines (ce qui n'est pas absolument contraire à l'idée d'hystéro-épilepsie), mais n'étant jamais mor-

ARTHRITISMB BT NÉVROPATHIE. 469

telles et s'établissant parfois, en quelque sorte, à titre de maladie habituelle. Je relève enfin des hémianesthésies ne différant en rien de l'hémianesthésie hystérique, modifiées parfois par l'application de Taimant, avec transfert ; en un mot, tellement semblables à celles de rhystérie que, lorsqu'elles existent isolées, le seul argument sérieux, en apparence, des auteurs qui plaident pour leur origine saturnine est qu'il s'agit de l'homme! Eh bien, aujourd'hui, ce n'est pas là un argument ; et nous savons qu'il y a des hommes de trente, quarante, cinquante ans, qui sont hystériques, même dans la classe ouvrière.

La conclusion que je tire de tout ce qui précède, la voici. A la question : existe-t-il une hémianesthésie saturnine? je répondrai : un certain nombre de cas d'hémianesthésies qui ont reçu ce nom relèvent de l'hystérie (1) ; la chose est certaine pour plusieurs cas et il est probable qu'il en est de même pour tous les autres, bien que ce ne soit pas absolument démontré.

C'est donc une question à reprendre en se plaçant au point de vue que je viens d'indiquer.

Un autre fait important paraît se dégager de notre étude, c'est que, en raison du nombre des cas où il existe de l'hémianesthésie dans le saturnisme, il semble établi que l'intoxication saturnine provoque le développement de l'hystérie, au même titre que celui de la goutte ; le rapprochement n'est pas sans intérêt quand on songe, je le répète, que la famille névropathique à laquelle appartient l'hystérie, et la famille arthritique dont fait partie la goutte, ont entre elles d'étroites relations.

Avant de terminer, je crois qu'il ne sera pas sans

(1) M. Debove a plusieurs fois reconnu la nature hystérique de l'hémianesthésie observée chez des sujets saturnins. Tout récemment, un élève de M. Debove, M. Achard, a signalé le même fait dans son mémoire sur Tapoplexie hystérique (Archives de Médecine, 1887).

470 OBSBRVATÎON ANCIENNE.

intérêt de rapporter ici une observation que j*ai recueillie, il y a plus de trente ans, et qui m'avait alors beaucoup préoccupé.

Il s'agit d'un saturnin qui avait des attaques convulsives et de Thémianesthésie. J'avoue qu'à cette époque je ne savais guère comment interpréter ces phénomènes. Aujourd'hui, je suis convaincu qu'il s'agit là, comme aujourd'hui, de Thystérie chez un saturnin. Cette observation a d'étroites relations avec celle de Kauf... La voici à peu très telle qu'elle a été recueillie :

€ J'ai observé, le 4 août 1854, service de M. Cruveilhier, à la Charité, un homme d'une quarantaine d'années, peintre en bâtiments depuis son enfance. Cet homme a déjà eu la colique de plomb, il y a un an environ, mais il en a été complètement guéri. Cette première attaque ne s'est d'ailleurs accompagnée d'aucun autre phénomène saturnin.

Il y a 5 semaines, ce malade a été pris de nouveau d'un accès de colique. Il était alors employé au grattage des maisons de Paris. Pendant un mois, à partir du début de l'attaque, il n'a pas discontinué son travail ; il combattait sa maladie par des purgatifs qu'il s'administrait de son chef. Cependant le mal ne fit qu'empirer, et il lui fallut se rendre à l'hôpital où il entra il y a 1 5 jours. A cette époque Taffection saturnine ne se traduisait que par une colique bien dessinée qui fut combattue avec succès par des purgatifs et qui cessa complètement au bout de 10 jours.

Il y a 6 jours, le malade se croyait complètement guéri, il mangeait et se promenait dans les salles, lorsque, sans cause connue, il éprouva un matin un sentiment de fatigue et d'abattement extraordinaire ; ce jour-là, il garda le lit, son sommeil fut interrompu et agité. Le lendemain matin, c'est-à-dire ily a 5 jours, il se trouvait mieux et se leva ; il se promenait dans les salles lorsqu'il se sentit tout à coup frappé d'hémiplégie du côté droit ; on fut obligé de le porter dans son lit.

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