‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 19 sur 177 · CAS DIVERS DB M. CHARGOT · texte numérisé non relu

CAS DIVERS DB M. CHARGOT

oonnu le méfait à propos duquel on l'avait confié à Texa* men médico-légal de M. Garnier. Laissant de côté ces trois derniers états qui ne nous occupent point ici, nous voyons que, dans ses accès de somnambulisme spontané, cet homme marchait, agissait d'une façon en apparence raisonnable et coordonnée. Mais il ne se mettait en contact ou en rapport avec le monde extérieur que par un côté exclusif, le mobile actuel de son délire. Une question sans corrélation avec Tidée qui était, à ce moment» maitresse de son esprit, n'était point entendue, mais si l'interrogation visait ce point précis, il devenait possible d'entrer en communication avec lui sur ce sujet étroitement limité. Ce sont bien là les caractères signalés plus haut dans les cas que nous citions. Nous y reviendrons avec quelques détails à propos de nos malades.

Depuis longtemps, M. Charcot avait fait remarquer combien fréquemment les attaques délirantes se rencontrent chez les enfants des deux sexes, peut-être môme plus particulièrement chez les garçons. Chez eux on voit souvent un délire actif, quelquefois furieux, tenir une place prépondérante dans l'attaque d'hystérie. Dans une leçon publiée en 1884 (1), il rapportait l'histoire d'une petite épidémie d'hystérie survenue chez trois frères et sœurs, à Toccasion de pratiques de spiritisme. Le plus jeune de ces enfants, âgé de onze ans, criait qu'il voyait des lions, des loups, son père mort, se battait à coups de sabre avec des ennemis imaginaires, courait, frappait les portes. L'autre se levait, fuyait, criant au voleur. Dans les Leçons du Mardis M. Charcot cite encore d'autres cas de cette espèce.

L'un d'eux (2) a trait à un jeune collégien de 14 ans qui, dans ses attaques que M. Charcot qualifiait de somnambulo -délirantes, se livrait à toutes sortes d'actes absurdes, en rapport la plupart du temps avec des hallucinations visuelles. Il grimpait après le bras de son médecin, le pre-

(i) Cliarcot. — Leçons sur les maladies du système nerveux, i. m, p. 232 et suiv.

(2) Charcot. — Leçons du Mardis 1. 1, p. 199, •

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nant pour une corde à nœuds du gymnase où dans son délire il croyait se trouver. Sous l'empire d'une hallucination de môme nature, il tentait d'emporter sa mère sur son dos, la prenant pour le portique du même gymnase.

Dans le même ordre d'idées» citons encore le cas rap* porté sous le titre d'hystérie maniaque infantile par M. Blocq (1). Dans ce cas le délire dura plusieurs jours et fut suivi par deux attaques successives qui se produisirent pendant la même journée et marquèrent la fin de la crise somnambulique.

Dans tous les cas que nous venons de citer, au point de vue nortographique, il s'agit toujours de la même chose. Mais on peut déjà voir, par la brève description que nous avons donnée, que tous ces cas, malgré les grandes analogies qui les rattachent les uns aux autres, ne se ressemblent pas cependant absolument. Les uns présentent une période délirante courte, marquée par une incoordination d'idées et d'actes saisissante. D'autres au contraire, les deux cas de M, Mesnet et celui de M. Garnier en particulier, sont remarquables par une sorte de ressemblance avec rétat de veille, et Texécution d'actes coordonnés. Entre les uns et les autres, toutes les transitions peuvent se rencontrer. C'est, à n'en pas douter, dans l'hystérie do l'enfance et en particulier dans l'hystérie des jeunes garçons que l'on rencontrera le plus grand nombre de cas de la première catégorie.

Nous avons pu observer plusieurs enfants offrant des accidents de ce genre dans le service de M. le P' Oharcot, à la Salpôtrière.

L*un d'eux, le jeune It..., âgé de 13 ans^ commençait son attaque par une aura gutturale fortement accentuée^ criant : t J'étouffe ! » Puis, perdant connaissance, sans tomber par

(1) Blocq. — Hyaiérie maniaque infantile [Soc. de méd. prat., 1890),

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terre, il était pris de quelques mouTements convulslfs des membres, véritable esquisse de la phase épileptofde, qui duraient quelques secondes. Alors commençait tout de suite le délire. Il s'adressait à son père, effaré de voir son enfant dans cet état, et lui disait : a Allez-vous-en, Monsieur. Vous n'êtes pas mon père, i Puis il sautait à cheval sur le traversin de son lit et chevauchait à travers la chambre, criant : c Hue ! bidet ! » et frappant à droite et à gauche de grands coups d'une cravache imaginaire. Ou bien encore il était furieux et cassait tout ce qui se trouvait autour do lui. Enfin, il revenait à lui, un peu fatigué, dormait quelques instants et se relevait ayant perdu tout souvenir, comme si rien ne s'était passé. Ces crises, qui au début étaient assez courtes, se prolongèrent dans la suite ; elles duraient alors jusqu'à une heure entière. Il n'y eut jamais, pendant les crises, ni morsure de la langue, ni miction ou défécation involontaire.

Cet enfant, à propos de qui ses parents niaient toute hérédité nerveuse, avait vu les premiers accidents nerveux se développer sans cause connue. Ainsi que cela se présente souvent dans Thystérie infantile, on ne constatait chez lui aucune espèce de stigmate hystérique, sauf, et cela n'était encore pas bien net, un point hypereslhésique dans la fosse iliaque gauche*

Un autre petit garçon, âgé de 12 ans, était fils d'un père qui, à la suite d'un accident survenu dans un éboulement, avait présenté les symptômes de Thystérie traumatique. Depuis cet éboulement, tous les ans, pendant deux mois environ, aux approches du jour anniversaire de son accident, il était pris de crises de nerfs qu'il nous a décrites, et qui sont, à n'en pas douter^ des attaques hystériques, durant quelquefois pendant quatre heures, et caractérisées par Taura classique et ies grands mouvements violents. A Topoque où nous avons pu Texaminer, le père du jeune Fercn... ne présentait aucun stigmate, ni ^nesthésie, ni rétrécissement du champ visuel. Outre cette tare héréditaire paternelle, le petit malade a encore une tante maternelle qui a eu la chorée à l'âge de 12 ans et un cousin germain du côté de sa mère qui est mort fou à Tasile de Villejuif.

Pour ce qui est du jeune Feren..., au mois de mai 1888 il fut assailli par un gros chien de Terre-Neuve, qui ne lui fit d'ailleurs aucun mal, mais lui arracha Técharpe blanche qu'il

portait au bras (il venait de faire sa première communion) et lui causa une vive frayeur. A partir de ce moment il était devenu poltron, pleurnicheur et presque toutes les nuits rêvait de gros chiens qui Tattaquaient. Les choses restèrent dans cet état pendant cinq mois. Un beau soir, au moment de se mettre à table pour dîner^ il tomba par terre sans connaissance, sans avoir été prévenu par aucune sensation particulière. Il se releva au bout de quelques instants et dîna comme si rien ne s'était passé. Plus tard l'aura classique laryngée et céphalique précéda toujours Tattaque. Mais pendant les premières elle manquait, phénomène d'autant plus important qu'il pouvait induire en erreur, une des attaques s'étant accompagnée de perte involontaire de Turine et des matières fécales. Mais si on avait pu alors penser à Tépilepsie en raison de ces deux phénomènes : l'absence d'aura, la miction et la défécation involontaires pendant la crise, cette hypothèse ne pouvait se soutenir longtemps. En effet bientôt apparurent des attaques dans lesquelles, rélément convulsif se bornant à quelques légers spasmes des membres, le délire atteignait au contraire une intensité considérable. D'autre part en Tabsence d'autres stigmates, tels que l'anesthésie, les points hystériques, il existait une amblyopie hystérique totale de l'œil droit constatée par M. Parinaud, et qui était survenue, au dire des parents, peu de temps après l'accident arrivé à Tenfant.

Chez ce petit malade le délire était assez actif et bruyant. Il court à droite et à gauche, demande de Teau en tendant un gobelet imaginaire et offre deux sous pour en avoir. Puis il dit: c Donnez-moi un mouchoir. Voilà quatre sous. » Tout à coup il saute sur son lit et pendant une demi-heure lé met sens dessus dessous. Il prend enfin son matelas sur sa tête et se promène ainsi dans la pièce où il se trouve. Puis cette idée le quitte, et subitement : a Je vais aller attraper des corbeaux, » dit-il, et en même temps il dispose par terre des pièges imaginaires. Pendant tout ce temps il va, vient^ les paupières baissées et vibrant de petits battements, tournant les obstacles qui se trouvent sur son chemin. Enfin il s'arme d'une gaule imaginaire et pèche à la ligne. Mais trouvant qu'il ne prend pas assez de poisson à Taide de cet engin, il se baisse et attrape les poissons à la main en comptant rapidement : « Un^ deux, trois, quatre. » Il sort de cet état soit sans transition bien accusée, soit par Tintermédiaire de quelques mouvements spasmodiques.

Dans la suite, après quoique temps dé séjour à l'hôpital, les attaques de ce petit malade se modifièrent notablement.

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