‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 20 sur 177 · HALLUCINATIONS DE LA PHASE PASSIONNELLE · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS DE LA PHASE PASSIONNELLE

La période délirante se raccourcit peu à peu, Télément convulsif devint graduellement prédominant et il rentra ainsi dans la règle, quittant ses crises somnambule-délirantes qui avaient si fort effraye son entourage (1).

Gomme on le voit par les quelques cas qui précèdent, le délire de la phase passionnelle de l'attaque hystérique chez les enfants est éminemment variable dans ses manifestations extérieures. H y a cependant un trait commun à tous ces cas, c'est que dans le délire l'initiative est laissée presque totalement au malade qui, le plus souvent, règle ses idées délirantes soit sur ses hallucinations visuelles du moment, soit sur les faits habituels de sa vie, soit sur des souvenirs qui ont plus ou moins fait impression sur son esprit. Parmi les variétés presque innombrables qu'on pourrait signaler dans ce groupe, il est une forme, pas très fréquente à la vérité, qui parait mériter une mention spéciale.Cette forme est caractérisée par le bizarre changement de la personnalité qu'on appelle la zôanthropie : les ma-

(i) Les cas de ce genre sont extrômemeut fréquents. Depuis que nous avons rédigé ce travail, nous avons eu dans nos salies, à la Salpétrière, deux enfants dont les attaques délirantes ont causé grand émoi dans les pays qu'ils habitaient. L'une était une petite (lllo de 11 ans, demeurant en Bourgogne, dans un petit hameau de quelques habitants. Elle avait des attaques dans lesquelles la période délirante prenait un développement tel que, devant Témoi des habitants, le maire du pays écrivit à M. Charcot pour demander son admission à la Salpétrière. Nous reconnûmes chez elle dès son arrivée l'attaque typique d'hystérie avec prédominance de la phase passionnelle. Trois mois d'isolement et de séjour à la Balpélrière sufiîrcnt pour la guérir complètement. L'autre est un jeune garçon de 12 ans habitant en Corse, à Bastia. Envoyé à la Salpétrière par son médecin pour consulter M. Charcot, il présentait dès son arrivée tous les signes de l'hystérie infantile avec attaques dans lesquelles la phase passionnelle prédominait d'une façon tout à fait remarquable. La crise se produisait généralement dans l'aprèsmidi ou la soirée. Après une courte période convulsive, le petit malade entrait dans son somnambulisme qui se prolongeait quelquefois jusqu'au lendemain matin. Dans cet état il mangeait, buvait, sortait dans la rue, se faisait conduire au théâtre de la ville et en rentrant racontait à son père la pièce qu'il avait vu jouer. Le lendemain matin il avait complètement perdu le souvenir de ce qu'il avait fait, niait avoir été au théâtre^ etc. Ce garçon est également en voie de guérison. (G. G.).

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lades, en pareil cas, abandonnent, comme on sait, leur propre individualité et se croient transformés en animaux divers.

Il y a trois ans environ, les journaux politiques étaient remplis d'articles ou d'entrefilets plus ou moins extraordinaires concernant la femme-chatte de la Salpétriére. Peu de gens Tout vue, cette femme-chatte, car elle est à peine restée quarante-huit heures à la Salpétriére, où elle avait été amenée par M. Charcot, qu'elle était venue consulter la veille à sa consultation de la ville. Néanmoins, M. Dutil, alors interne de la clinique des maladies nerveuses, fut prendre son observation qu'il a bien voulu nous communiquer. La voici telle qu'il Ta remise entre nos mains.

Il s'agit d'une jeune fille de 16 ans, Louise M..., exerçant la profession de couturière. Elle est enfant naturelle, née de père inconnu. Elle vivait chez son oncle maternel qui Tavait recueillie et élevée. On nie tout antécédent héréditaire du côté maternel^ le seul connu.

Elle-même a toujours été nerveuse et impressionnable à Texoes. Elle est devenue hystérique à Tâge de 13 ans, il y a par conséquent trois ans (1) ; c'est au moment de l'établissement des règles et sous Tinfluence d'une émotion qu'elle eut sa première attaque d'hystérie.

Elle était rentrée un peu tard de son atelier. Son onole, qu'elle craignait beaucoup, lui fit des reproches, la gronda; et, séance tenante, elle se mit à étouffer, elle sentit une boule lui monter du ventre à la gorge, elle entendait des bruits de cloche, ses tempes battaient et elle tomba sans connaissance. Pendant 1 h. 1/4 elle eut des convulsions, des grands mouvements, interrompus de temps en temps par un arc de cercle typique. Elle revint à elle brusquement sans avoir déliré. Le lendemain, tout était rentré dans l'ordre.

Par la suite elle eut plusieurs attaques semblables, tous les trois ou quatre mois environ, à des intervalles irréguliers.

Elle aimait beaucoup les animaux et avait des chiens et des chats dans l'appartement. Un jour, le 18 janvier 1889, en jouant avec un chat, elle fut mordue par lui à la main gauche. La main gonfla, devint rouge et resta très douloureuse pendant trois ou

(1) Cette observation date do Juillet 1889.

Ghargot, t. II.

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quatre jours. Dès le lendemain de l'aocideut et pendant les quinze jours qui suivirent la malade eut une série d'attaques convulsives, précédées d'une aura classique, avec grands mouvements, arc de cercle, etc., mais sans délire accompagnant l'attaque. Le seizième jour elle fut prise^ dans la rue, en revenant de rétablissement hydrothérapique qu'elle fréquentait, d'une attaque oonvulsive; une personne la releva, la conduisit à quelques pas de l'endroit où elle était tombée et la fit entrer chez elle en attendant que la crise fût complètement terminée.

C'est alors que pour la première fois elle fut prise de délire galéanthropique* Elle se mit donc, au grand étonnement du passant qui l'avait secourue, à courir à quatre pattes, à sauter sur les chaises^ à miauler, etc.

A partir de ce jour elle eut deux espèces d'attaques : 1* Des attaques vulgaires suivies ou accompagnées d'une phase délirante dans laquelle elle imitait le chat. 2^ Des attaques de délire, non précédées de convulsions, constituées uniquement par la phase de délire galéanthropique qui terminait les grandes attaques.

Elle fut admise à la Salpètrière le 2 juillet. Le 3 au matin, dans le cabinet d'ophtalmologie, elle eut une attaque de délire primitif dont voici la description :

Délire; galéanthropie hystérique, —La malade était debout; tout à coup, sans prodrome d'aucune sorte, sans aura, sa physionomie change. Son regard devient fixe, presque aussitôt les yeux se convulsent en strabisme convergent et brusquement elle tombe à quatre pattes ; elle court sur ses genoux et ses matns posées à plat sur le sol, la tète un peu redressée en extension; le visage a sa coloration normale ; les traits sont parfois un peu grimaçants, le regard maintenant est mobile, en ttccot'd avec les mouvements de la tète et les déplacements de la malade; le strabisme a cessé. Elle va, vient, passe avec agilité sous la table, entre les chaises, entre^les jambes des assistants et pousse de temps en temps un léger miaulement ou le pfft I pfft 1 des chats en colère. Parfois elle s'arrête, dispose ses doigts en griffes et gratte le pied de la table^ puis le sol, puis le bas de la porte. On lui jette une boule de papier et aussitôt, avec des mines de chatte, elle la pousse, la roule et la fait sauter. Deux ou trois minutes après, sa respiration devient un peu bruyante ; elle émet d'une voix un peu rauque quelques cris inarticulés; alors elle cherche à mordre la jambe de M. Charcot, court de nouveau, passant sous la table, renversant une chaise, puis elle semble flairer les jambes des gens. Son oncle dit que c'est ainsi que la crise Mnit en général, et

GARAGTÈRB8 DU DÉLIRE ZÔANTHROPIQUE. 83

on effet, brusquement, la voilà qui reprend connaissance ; elle se relève^ Tair étonné, ne sachant ce qui vient de lui arriver. L'attaque avait duré cinq ou six minutes environ,

La crise de la Salpêtrière avait été précédée par une crise en tout semblable et qui avait eu lieu la veille, dans le cabinet de M. Charcot. Âpres rattaque, rien de particulier & noter.

Ce même Jour, 3 juillet^ la malade quitta la Salpêtrière par évasion et retourna chez ses parents où je Tai revue quinze jours après. Elle n*avait pas eu de nouvelles crises d'aucune sorte.

Stigmates. — Pas de rétrécissement du champ visuel; pas d'anesthésies; ovaire gauche un peu sensible; rien autre.

Vers la fin d'août, la malade fut amenée une après-midi à la Salpêtrière par son oncle. Celui-ci me raconta que quelques jours auparavant elle avait été frappée à l'état de veille par la physionomie d'un aveugle dont les paupières battaient et qui roulait ses yeux dans les orbites. Le lendemain une attaque se produisit, suivie d'une phase de délire pendant laquelle la malade imitait son aveugle. Le délire galéanthropique ne 8*était pas reproduit.

Chez cette jeune fille nous voyons les accès se produire sous deux formes bien distinctes. Tout d'abord l'élément convulsif de l'attaque, s'il ne prédomine pas d'une fiaçon absolue, existe cependant. Puis, un beau jour, le délire zôanthropique seul éclate par crises en apparence indé* pendantes de l'attaque d'hystérie, mais qui doivent ce« pendant en être considérées comme la reproduction. Nous retrouvons dans ce délire, au suprême degré, cette sorte de concentration du sujet, mise en relief par M. Mesnet, que nous avions déjà signalée dans les cas plus hautcités^ Cette fille, transformée en chatte, se promenait à quatre pattes, ne voyait les Jambes des personnes qui étaient là que pour les mordre, s'occupait d'une boulette de papier qu'on jetait devant elle pour jouer avec, comme un chat qu'elle était, tandis qu'à l'état de veille elle n'y aurait même pas fait attention. Tout ce qui pouvait s'adresser à la femme et non à la chatte la laissait indifférente. Elle sortait de cette crise ayant perdu tout souvenir et ne se doutant pas du l)izarre spectacle qu'elle avait donné.

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Nous avons vu jusqu'ici le délire ou somnambulisme hystérique soit seul, soit associé aux autres phases plus ou moins accentuées de Tattaque d*hystérie, se développer spontanément, comme Tattaque elle-même. Eh bien, nous allons faire reconnaître maintenant que, comme celle-ci, il peut être produit artificiellement par un des moyens que nous avons à notre disposition pour la provoquer. Cette idée devait tout de suite se présentera Tesprit, lorsque le délire fait partie intégrante d'une attaque classique représentée par tous ses éléments plus ou moins nettement dessinés. Des zones hystérogènes diverses devaient, en développant Pattaque, faire éclore aussi le délire qui en fait partie. C'est, en effet, ce qui se produit, pour le moins dans beaucoup de cas : en pressant sur les zones hystérogènes, lorsqu'elles existent, on provoque des attaques en tout semblables à celles qui se produisent spontanément. Les zones hystérogènes les plus habituellement rencontrées sont: les points ovariens chez la femme, les points testiculaires et pseudo-ovariens chez Thomme, les points sous-mammaires, épigastriques, etc., chez Tun et chez l'autre.

Mais il existe certaines zones hystérogènes plus rarement observées et dont la recherche est faite moins systématiquement en clinique. Les unes peuvent être produites par quelque circonstance particulière. Tel est, par exemple, le point hystérogène se rencontrant chez un hystéro*traumatique, au niveau de la région qui a été le siège du ' traumatisme, plaie ou contusion, lequel a provoqué l'éclo* sion des accidents hystériques. Les autres se localisent, au contraire, sans raison apparente. Parmi ceux-ci, il en est un qui présente un intérêt tout spécial au point de vue du somnambulisme hystérique. C'est le point hystérogène oculaire ou rétinien. Quand il existe, la flxation quelque peu prolongée d'un objet quelconque suffit pour provoquer l'attaque chez les malades qui en sont porteurs.

L'existence de ce point hystérogène rétinien n'est point absolument rare. Outre les exemples que nous en donnerons plus loin, on en trouve dans les leçons de M. le P' Oharcot un cas absolument typique. Le malade n'avait

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