DÉLIRE HT8TÉRIQ0E PROVOQUÉ
flnie, c'est un hanneton. Mais toujours même impossibilité de lui donner une suggestion.
Puis tout à coup, voyant l'interne du service qui écrit, notant au fur et à mesure Texpression de ses conceptions délirantes, il s'écrie : « Pourquoi donc ce monsieur écrit-il tout le temps?... c'est ennuyeux. » Enfin il revient à lui spontanément sans avoir annoncé son réveil. Durée : 7 minutes environ. Son teint est un peu animé, sa face un peu rouge. La pupille droite est un peu plus grande que la gauche. On a tenté pendant la crise de lui faire de nouveau ouvrir les yeux et on a pu remarquer que quand il disait regarder des objets très éloignés la pupille gardait la môme dimension que pour les objets rappro chés.
Un peu plus tard nouvelle crise provoquée par la fixation d une grosse tête d'épingle brillante. Même période de contorsions des membres ; même délire : la bête, le poteau vert où est écrit « chasse gardée ». Cette fois un nouveau tableau s'ajoute : « Si j'allais à Saint-Ouen ! trouver le jeune homme avec qui je travaillais.» D. a Qu'est-ce que tu lui veux?» R. « Je veux le trouver pour le punir. » D. « Que t'a-t-il fait? » R. ff II m'a endormi. » D. c Comment s'appelle-t-il ? » R. « Auguste Quiard... Tenez! le voilà qui passe là-bas, devant le bureau de placement. » D. « Mais non ! nous sommes à la Salpctrière. Il n'y a pas de bureau de placement ici. » R. « Je sais bien..., mais ça ne fait rien, je le vois tout de même. »
Puis mettant ses mains sur ses yeux en abat-jour, il lit dans le lointain sur un grand poteau rouge : c Jeune homme 1 on vous a endormi avec une épingle, donc vous en avez encore pour cinq secondes. » En effet, au bout de cinq sfcondes^ il revient à lui.
Quatrième expérience : Fixation d'un objet brillant, résultat identique. Mêmes hallucinations, la bête, les poteaux, Auguste Guiard, toujours séparées les unes des autres,comme des tableaux différents qui se dérouleraient successivement devant lui, sans se mélanger. Mais un nouveau tableau s'ajoute: un régiment, un colonel ; lui-même doit partir le lendemain matin avec ses hommes pour Saint-Ouen, pour prendre et punir Auguste
Guiard Puis le réveil se produit, annoncé par lui à heure
fixe, d'après la pancarte placée sur le poteau rouge, cOmme précédemment,
A ce propos, il est bon de faire remarquer que le temps qu'il fixe pour son réveil et qu'il annonce en secondes, un peu au hasard de ses conceptions délirantes, se vérifie
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tant bien que mal. C'est tantôt un peu plus, tantôt un peu moins. Ce fait est facile à comprendre et ne saurait, précisément à cause des petites erreurs, donner prise à une fiypothèse de simulation.
En ce qui concerne la lecture des lettres à travers leur enveloppe, que Ton citait comme exploit du malade, noua avons tenté un effort dans ce sens* Le malade nous a répondu en se moquant un peu : a Pourquoi me demandezvous cela? Vous savez bien que c'est impossible. » La lecture simple est elle-même impossible, et une fois que Ton voulait trop attirer Tattention du malade en le forçant à lire quelques lignes improvisées, il s'est réveillé spontanément.
Quelques jours plus tard, à 6 heures précises du soir, le malade,qui dans un des accès provoqués du matin avait indiqué rheure à laquelle il aurait sa crise spontanée du soir, s'est redressé tout à coup sur son lit. (Il B*était mis au lit aussitôt après le dîner qui a lieu à 5 heures). Il a commencé par fermer ses poings et par tordre ses bras convulsivement avec efforts ; puis il s'est étendu sur son lit ; les torsions, flexions et extensions exagérées des muscles s'accompagnaient parfois d'un soulèvement du bassin au-dessus du plan du lit. Par ce mouvement, le malade esquissait comme un arc do cercle incomplet. Tous ces mouvements ont duré quelques secondes ^ peine. Aussitôt le malade a parlé : « Ah I voilà les
soldats Attention, s. v. p. — Halte 1 » A ce moment on a
approché la lampe de son visage. Il avait les yeux fermés, et bien qu'il les ait tenus constamment fermés pendant toute la durée de l'attaque, il disait de temps à autre : « Pourquoi cette lampe? emportez-la, c'est gênant à la fin I »
Puis, seconde série de contorsion des mains; le malade cherche à déchirer sa couverture, se retourne brusquement et frappe à coup de poing son oreiller, en disant: c Tiens, tiens, me voilà vengé, sale bête. » — « Ah I Si nous allions à 5 heures diner» Mais j'ai faim. » On lui apporte du pain, il le mange avec voracité. Il rapproche ses deux mains au-dessus des yeux, prend l'attitude d'une personne qui regarde au loin : « Quel est cet homme ? Je ne distingue pas bien. Tiens, voilà un poteau. » -• D. c Quelle est la couleur de ce poteau? » R. « Rouge. 9 Et opelant une inscription la tête penchée en avants comme s'il distinguait les lettres avec difficulté; « Jeune