ÉVOLUTION DE LA MALADIE
homme, vous en aves encore pour 13 douches (le matin il avait pris la première), alors vous serez guéri (1). »
A ce moment il se redresse et fait entendre un bruit parti* oulier qu'il produit en faisant claquer ses lèvres. S'adressant aux malades, aux infirmières : c Qu'est-ce que vous faites-là ? Pourquoi tant de monde ? • Il se met à genoux sur son lit ; « Ah 1 la voilà I sale bète. » Enfin il se recouchCi ouvre les yeux et c'est fini. Cela a duré environ 20 minutes.
On voit que la crise spontanée présente absolument les mômes caractères que les crises provoquées. C'était à prévoir, mais il était bon en tous cas de le constater.
Dans les semaines qui suivirent l'entrée à Thospice, les crises somnambuliques spontanées s'allongèrent de plus en plus, l'élément convulsif restant toujours au second plan. Le même phénomène fut constaté dans les crises provoquées. C'est ainsi qu'environ un mois après l'entrée on provoqua par la fixation du doigt une attaque qui dura trois quarts d'heure, et le lendemain une autre qui dura une heure et vingt minutes. Dans ces longues attaques, le fond du délire restait toujours le même, mais de nouvelles scènes s'étaient ajoutées. Letel... avait fait connaissance avec les autres malades de la salle, il s'était mis au courant des habitudes du service, et tout cela apparaissait dans ses hallucinations.
De plus, dans une de ces deux longues attaques provo* quées on imagina de frapper, à côté de lui, à coups légers sur un gong, et on s'aperçut que le malade percevait ce son et s'appropriait cette sensation pour en faire le point de départ d'hallucinations spéciales en rapport aveo la nature du bruit produit.
Etant donc tombé en attaque par fixation du bout du doigt, il fait les quelques contorsions qui en marquent le début, puis faisant la grimace: c II n'est pas bon, ce sucre... 0*est
pas possible, il a mis des grenouilles dans sa soupe M. N. ..^
11 a beaucoup de vertiges. Il faudra qu'on lui supprime son
(1) Inutile d'ajouter que cette prédiction ne s'est nullement rôaliséo. Car un au après le malade est encore dans le service avec des attaques qui ont perdu, il est vrai, le caractère somnambuliquc, mais sont de véritables attaques de grande hystérie. (0. 0.)
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carafon à midi. » (Le nommé N... est un malade du service, atteint de vertiges, qui donne souvent son carafon de vin à ses camarades de la salle). « Ah I çà, là haut, tu ne vas donc pas descendre de ton cheval? En voilà un drôle de système! » A ce moment, il esquisse quelques convulsions et ébauche un petit arc de cercle. Aussitôt après on frappe à son oreille quel* ques coups légers sur un tam-tam. Il poursuit son délire habituel sans avoir Tair d'entendre. « En voilà des grenouilles dans ce champ... Paff ! les voilà parties, d On continue à frapper sur le gong ; il semble prêter Toreille : a II y a ici un drôle de murmure... Je suis cependant hardi..., mais j*ai peur. Au secours !... Je vais aller chercher M. Guinon. • D. « Qu'estce que tu entends? » R. c Des soldats..., ils viennent me chercher..., à moins que ça ne soit pour Eyraud... Non, c'est pour Guiard... Ah 1 chouette II Mais cette bète I... ces grenouilles 1 » D. «De quelle couleur sont-elles?» R.aCesont des grenouilles des Indes, elles sont vertes, grosses. » Il prend alors ses bretelles qu'il détache de son pantalon et frappe par terre avec à coups redoublés. « Les voilà qui arrivent..., je suis perdu !... Je vais leur donner mes bretelles et ma chemise à manger. » Il enlève sa chemise et la lance aux grenouilles avec ses bretelles. « Les voilà qui bouffent..., elles sont heureuses. »
De nouveau on frappe sur le gong. Aussitôt : c Voilà les soldats..., ils viennent chercher Eyraud. » D. « Les vois-tu, les soldats? 9 R. c Oui, ils passent là-bas..., on dirait un chaudron, leur musique... Qu'est-ce que c'est que ça? Le feu! » Avec une vive expression de frayeur, il se précipite en avant. « Il faut que je l'éteigne, car les grenouilles viendraient... Encore des soldats?... Ahl ces grenouilles, quelles grosses cuisses..., on dit que c'est pas mauvais à manger... Bon! en voilà une qui m'a mordu le doigt. » Il suce le bout de son doigt. D. « Dis donc, vois-tu ce poteau ?» R. « Où ça? » D. « Là-bas. » R. t Ah I oui..., il est vert. 1 11 abandonne aussitôt cette hallucination de poteau vert, puis : « Il y avait du bœuf, des légumes, c'était de l'herbe... Je vais pour faire une omelette ; je casse six œufs..., ils étaient pourris... J'en casse douze... Il me faut un cuisinier... G... (il s'adresse à un malade de la salle), c'était de l'urine à B... (autre malade)... Je lui demande du rhum..., c'était du jus de fumier... Fruycinet se mêle de tout ça... Il paraît qu'il fait porter aux soldats le sac sur le devant... M. N... a beaucoup de vertiges... Il faut que je lui supprime son carafon...», etc., etc.
D. « Qu'est-ce que tu faisais hier à trois heures quand on fa attaché? » (Il était en attaque.) R. t Je jouais aux dames..., je
CABACTÈaBS DE l'aTTAQUB DBURANTE. 97
causais..., je rigolais..., pois j'ai sonleTé le matelas de mon voisin et je Tai colboté (il avait, en effet, fait cela la veille dans son attaque délirante)..., et puis M. Quinon est venu nous voir..., il était en chemise... Tiens! un dragon rouge!... Non, o^est Guiard. > D. « Vois-tu !à-bas M. B...? > (un malade de la salle avec qui il cause souvent). R. « Non, ce n*est pas lui..., c'est un homme qui lui ressemble et qui plante des poteaux », etc., etc.
... Ce jeune garçon est encore à Thôpital plus d'un an après son entrée. Il n*a plus ses attaques délirantes, mais de grandes attaques convulsives revenant k intervalles de plus en plus éloignés.
Après la description longue et détaillée que nous en avons donnée, il nous paraît inutile de revenir sur les caractères de cette attaque délirante qui sont bien nettement tranchés. On peut les résumer en quelques mots :
1* Une période de contorsions, portant principalement sur les membres supérieurs, et qui semble être le vestige des phases convulsives de la grande attaque hystérique, avortée chez lui et presque réduite à la phase des attitudes passionnelles qui prédomine de beaucoup.
2* Une période de délire, caractérisée par la présence d'hallucinations et d'illusions, particulièrement et presque exclusivement de la vue, la possibilité pour le malade de communiquer avec le monde extérieur et les personnes qui Tentourent. La succession des tableaux, leur indépendance réciproque absolue, leur variété, le caractère terrifiant de quelques-uns d'entre eux, la vision d'animaux affreux, constituent aussi des caractères importants et dignes d'être notés. C'est absolument ce qu'on voit dans la phase des attitudes passionnelles de la grande attaque hystérique.
Insistons en passant sur cette zoopsie qui fait presque toujours partie de la phase passionnelle ordinaire ou prolongée. On connaît depuis longtemps (!) les analogies remarquables qui existent entre le délire alcoolique, où cette zoopsie constitue un caractère important, et le délire hystérique.
(1) Richer. — Loe. cit, Charcot, t. u