‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 3 sur 177 · FONCTIONS DE LA RÉGION PARAGENTRALB · texte numérisé non relu

FONCTIONS DE LA RÉGION PARAGENTRALB

eomment la grande fonction de cette région paracentraie a été déterminée. Cette détermination est l'œuvre, je puis vous le dire à l'avance, de la méthode anatomo* clinique. Vous savez que Texpérimentation a démontré que, chez les animaux, certaines parties de Técorce sont excitables, les autres ne Tétant pas, et que la destruction de ces mêmes parties excitables peut produire, du moins chez certains animaux, comme le singe par exemple, des paralysies des membres, contrairement à Topinion de Flourens et d'autres physiologistes qui prétendaient que l'écorce grise, dans toute retendue de l'encéphale, était physiologiquement homogène. Mais, je le répète, la détermination exacte, chez l'homme^ des centres moteurs pour les divers mouvements, est l'œuvre de la méthode anatomo-clinique. Ce n'est pas dans le laboratoire, c'est avant tout dans la salle d'hô« pital et à l'amphithéâtre d'autopsie qu'elle a été faite. Il a suffi d'une bonne observation clinique suivie d'une bonne autopsie, entre les mains d'un observateur attentif et éclairé.

Eh bien, on le sait, la connaissance des fonctions de la région du lobule paracentral est de date assez récente. Les observations premières, par le fait de complications multiples, n'avaient pas été favorables à l'analyse et, dans notre second travail (1) avec M. Pitres, nous disions : ce Le lobule paracentral, le tiers supérieur de la circonvolution frontale ascendante et les deux tiers supérieurs de la circonvolution pariétale ascendante président à la motilité des deux membres du côté opposé du corps. »

C'était du reste à peu prés la même conclusion que déjà nous exprimions d'une autre manière, en 1877 (Revue mensuelle^ p. 454) : c Une lésion destructive

(0 Gharcotet Pitres. — Nouvelle contribution à Vétude des localisationa dans Vécorce des hémisphères cérébraux, (Revue Mensuelle, 4878 — 1879, p. 154.)

6 MOMÔPtteiBS 6RU1IALB8.

siégeant sur le lobule paraoentral, sur le tiers supérieur de la oirconvolution frontale ascendante ou sur les deux tiers supérieurs de la circonvolution pariétale ascendante détermine une paralysie des deux membres (su* périeur et inférieur) du côté opposé, sans paralysie de la faee. ^ Et nous ajoutions : « Pour le moment, il ne nous parait pas possible de préciser davantage. Nous ne pensons pas que Ton puisse dire, par eilemple, quelle est la limite exacte et le siège précis du centre pour les mouvements isolés du membre inférieur. > Mais, cinq ans plus tard, en 1883, — il y a donc huit ans à peine^ -^ après le mémoire de M. Ballet (1) fait dans mon service et quelques autres acquisitions, nous précisions en ces termes (2) : c II résulte de ces obser • vations que les lésions corticales susceptibles de donner lieu à des monoplégies crurales, en d'autres termes que la région corticale présidant aux mouvements du membre inférieur d'un côté du corps se trouve, chez rhomme, dans le lobule paracentral. »

C'est ainsi que le rôle du lobule paraoentral, dans les mouvements des membres inférieurs, s'est trouvé enfin fixé. Je dis fixé, car, depuis cette époque, les diverses observations dont j'aurai l'occasion de vous parler dans un instant sont toutes, sans exception, conflrmatives de cette localisation,

Peut-oh aujourd'hui aller plus loin? Y a-t-il des centres spéciaux pour les mouvements du pied, pour les mouvements de tel ou tel orteil ? C'est là une ques* tien qui^ malgré certains essais récents, tentés dans ce sens, doit encore rester sans réponse certaine. Quant à

{{) Ballet. — Contribution à Vétude dea looaliBéiions moiriacs dans l'écorce du cerveau, (Relations des moyioplégies des membres inférieurs aoeo les lésions du lobule paracentral). Arch. deNeurol, 1883, p. 273.

(2) Oharcot et Pitre», — Etude critique et clinique delà doctrine des localisations^ e^c... Revue de Médecine, 1888, p. 52.

ÉTAT DV LA 6BN8IBILITÉ. 7

la grande question de Bavoir s'il y a des fibres sensitives, s'il existe un centre de la sensibilité superposé au centre moteur cortical, tout ce que Ton peut dire, c'est que, habituellement, il y a quelques fourmillements, quelques douleurs dans les lésions limitées à la région paracentrale. Mais il y a le plus souvent absence de troubles permanents de la sensibilité, tels que anesthésie, thermo-anesthésie, perte du sens musculaire, etc. Lorsqu'ils existent, c'est d ordinaire à un faible de* gré; aussi, Messieurs, lorsque vous rencontrerez des troubles de la sensibilité très prononcés, méflez-vous, c^est que la lésion n'est pas restée limitée à la circonscription paracentrale, c'est qu'elle s'est étendue en arrière, dans les régions où semblent localisés les centres de la sensibilité. Méfiez-vous aussi de la névrose hystérique qui pourrait bien être là présente, à l'état d'isolement ou d'association.

Pouvons-nous maintenant, de ces connaissances relatives aux fonctions de la région du lobule paracentrale déduire, jusqu'à un certain point, quelle sera, quant aux troubles moteurs, la symptomatologie observée dans les diverses altérations qui viendront frapper cette région ? Oui, assurément, puisque ces connaissances ne sont en quelque sorte que la synthèse de faits cliniques contrôlés par les résultats anatomopathologiques.

Grâce à ces données, nous savons que lésion destructive veut dire monoplégie crurale, sans troubles bien appréciables de la sensibilité, à moins qu'il n*y ait quelque complication. Cette monoplégie sera d'abord flaccide, sans exagération des réflexes. Cependant, à la longue, si la lésion, au lieu de se borner à de simples troubles de la circulation, à une anémie de la substance cérébrale, comme c'est le cas probable dans les paraly-

8 ÉPILBPSnS PARTIELLE CRURALE.

des transitoires, si, dis-je, la lésion amène une destruction définitive, il se produit alors une dégénération secondaire et, en même temps, de l'exagération des réflexes, de la trépidation épileptoîde, de la tendance à la contracture. Les paralysies transitoires, post-épileptoides, dites par épuisement, dues vraisemblablement à des lésions moléculaires, revêtent également ce même caractère de flaccidité. Mais ce caractère ne veut pas dire forcément lésion organique destructive ou ischémique. Si, d'aventure, vous rencontrez une monoplégie très flasque^ avec anesthésie profonde et systématique, intéressant le sens musculaire, si le membre frappé est traîné par le malade derrière lui, comme un corps inerte, soupçonnez l'hystérie et non pas une lésion organique de la région du lobule paracentraU

Lorsque la lésion est superficielle, purement irritative comme sera une lésion méningée, par exemple, elle se traduit par des secousses ou par des accès convulsifs dans le membre ; c'est pour ainsi dire la caractéristique habituelle des lésions & décharge que de provoquer ces accès convulsifs. Or, sachez bien qu'un accès d'épilepsie partielle à début crural, accompagné ou non de généralisation au bras et à la face, de perte de connaissance,etc. , suivi parfois de parésie du membre inférieur, sachez bien, dis-je, que cette épilepsie-là relève, comme la monoplégie crurale, d'une lésion de la région du lobule paracentraL De même, l'épilepsie comme la monoplégie brachiale désignerait une lésion du centre des mouvements du bras ; de même, enfin, l'épilepsie à début facial voudrait dire altération du centre cortical des mouvements de la face.

Remarquez toutefois, je vous prie, qu'il y a des monoplégies et des convulsions monoplégiques en dehors de celles qui relèvent d'une lésion en foyer des centres moteurs. Mais ce sont, dans la plupart des cas, des manifestations hystériques, faciles à reconnaître, en vérité.

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