‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 40 sur 177 · ÉCRITURE DANS LE SOMNAMBULISME HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

ÉCRITURE DANS LE SOMNAMBULISME HYSTÉRIQUE

accompagnant sa mimique d'observations souvent fort justes ou fort spirituelles. Nous avons vu que la réunion publique fait partie de son délire spontané (v. p. 121). On peut aussi lui faire jouer à volonté la scène des Mystères de Paris (v. p. 121) en lui criant à plusieurs reprises à Toreille ces mots : c Le Chourineur ! Lia Chouette ! Tortillard ! »

Malgré cette impressionnabilité à la parole, le malade est cependant encore dans un état de concentration bien profonde. Il suffit, pour s'en rendre compte, de constater ce qui se passe lorsque, dans son somnambulisme, on essaie de le faire écrire. Gela n'est pas toujours bien aisé et il faut y mettre de la patience et de la persévérance. On y arrive cependant en rasseyant sur une chaise, le plaçant devant une table, lui mettant une plume à la main et attirant par tous les moyens possibles, par la parole et par le geste, son attention sur la plume et sur du papier qu'on place devant lui. On le voit d'abord, inattentif à toutes les sollicitations, souffler sur sa plume, en faire tomber, avec des chiquenaudes, les cafards qui courent dessus, qui tombent sur la table et qu'il poursuit là de nouveau, toujours obsédé par ses visions zoopsiques, qui, nous le répétons encore, rattachent bien nettement ce somnambulisme à la phase passionnelle de l'attaque ordinaire. Cependant, en insistant, on lui fait comprendre qu'il doit écrire.

La première fois que nous fîmes cette épreuve, il commença alors à nous écrire une chanson intitulée « le vin de Marsala ». Une fois qu'il est lance dans cette occupation, il y est concentré totalement, à un degré qu'on ne peut imaginer. On peut crier à ses côtés, lui parler dans les oreilles, promener les doigts autour de sa figure et jusque sur ses conjonctives, en arrivant de côté. Si à ce moment la main qui s'agite autour de lui arrive dans ce cerclrt étroit dans lequel semble restreint le champ de sa vision, ce n'est pas une main qu'il voit en général, mais un cafard qu'il essaye d'attraper. Puis il se remet à écrire. On peut alors interposer un carton entre sa main et ses yeux, il continue sans direction, sans encre dans sa plume à la rigueur, mais ne s'occupe pas de lobstacle apporté.

Page 1