ÉCRITURE DANS LE SOMNAMBULISME HYSTÉRIQUE
On dirait que tout se passe dans son cerveau, qu'il ne conduit pas en réalité sa main avec ses yeux, mais qu'il s'agit en tout cela d'une simple image mentale de ce qu*il accomplit. On lui a mis, je suppose, devant lui, plusieurs feuilles de papier superposées. Si on vient alors à lui retirer vivement la feuille sur laquelle il écrit, il achève, sans s'occuper de ce qui arrive, sur la feuille suivante le jambage de la lettre qu'il était en train de tracer et continue sa tâche sur cette page dont le haut est à moitié blanc. On peut même aussi lui enlever tout le paquet de papier qu'il a devant lui. Peu lui importe, il continue à écrire sur le bois de la table ou sur la toile cirée qui la recouvre.
Bien plus: une fois terminé le couplet qu'ilécrivait, il s'arrête et se prépare à relire tout ce qu'il a écrit. On lui remet alors du papier blanc devant les yeux ; il se trouve donc en présence d'un feuillet complètement vierge de caractères. Cela n'est point pour l'arrêter: ce n'est pas, nous le disons, sur le papier qu'est sa chanson, c'est dans son cerveau. Il continue donc à la voir sur cette page toute blanche et se relit, ajoutant des points, des virgules, des accents, des barres aux t. On n'a alors qu'à faire coïncider exactement les deux premières feuilles avec la troisième, on voit qu'une barre en travers, un accent aigu ou grave, marqués sur celle-ci, correspondent exactement à une lettre non accentuée, à un t non barré sur l'une ou l'autre des deux premières. Cette épreuve est tout ce qu'on peut imaginer de plus caractéristique. Nous donnons ci-contre un fac-similé de trois feuillets sur lesquels nous avons fait écrire notre malade [Fig. 1, 2 et 3).
M. Mesnct, dans son mémoire si éminemment suggestif déjà cité, décrit un fait absolument identique (1). Après avoir enlevé successivement à son malade tous les feuillets sur lesquels il avait écrit, il le voit « diriger ses yeux sur le haut de la page blanche ; relire tout ce qu'il venait d'écrire. . . , puis à diverses reprises tracer avec sa plume, sur différents
(1) Mesnel. — Loc» cit. {Un. Méd.), p. 20 du tirage à part.
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P\q^ 1. — Écriture de Po'g... pendant le somnambulisme hystérique.
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j7i^ 2 — Suite de la chanson commencée dans la Figure 1. Le feuillet sur lequel le malade écrivait la première partie, a éié soustrait Naïvement ; il continue à écrire comme si le haut de la nouvelle page n était pas vierge de tous caractères.
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Fia» 3. — Accentuation et ponctuatiop ajoutées par le malade sur ui. feuillet blanc et relatives k la chanson des deux figures précédentes, après qu'on lui eut soustrait les feuillets sur lesquels il avait écrit. Montre: & la 2* ligne la barre du t de é^ton«, de la fig. 1, qui est incomplète; deux points sur les / des 5* et 6* vers; des signes de ponctuation qui manquent aux flg. 1 et 2 : un point & la fin du titre ; une virgule à la fin du premier vers ; point et virgule à la fin du 2* ; point a la fin du 4* ; virgule k la fin des 5* et 7* vers ; point à la fin du 8* ; virgule à la fin du 9*; point et virgule à la fin du 10*; virgule à la lia du H'; point à la fin du dernier vers.
Oharcot, t. h. 9
lâO SOMNAAIBULISME HYSTÉRIQUE DU TTFB lŒSNET.
points de cette page blanche, là une virgule^ là un e, là un t, en suivant attentivement l'orthographe de chaque mot, qu'il s'applique à corriger de son mieux ; et chacune de ces corrections répond à un mot incomplet que noua retrouvons à la même hauteur, à la même distance, sur les feuillets que nous avons entre les mains. » Et M. Mesnet ajoute: « Quelle signification donnei^ à cet acte d'apparence si singulière ? Il nous semble avoir sa solution dans rétat hallucinatoire qui crée Tidée-image et donne à la pensée ou à la mémoire une telle tendance de réflexion vers les sens, que ceux-ci, entrant en exercice, donnent, soit à la pensée, soit au souvenir, une réalité extérieure?» On ne saurait mieux caractériser en quelques mots cette sorte de concentration hallucinatoire qui distingue les somnambules de ce genre. Nous avons vu ailleurs (v. p. 74 et 98) que Tobservation si intéressante de M. Mesnet contenait le germe de toutes les recherches qui ont été faites ultérieurement chez eux. Pour cette raison, il ne serait que j uste de grouper les cas de cet ordre sous la rubrique de Somnambulisme hystérique du type Mesnet , toute question de nosographie, d'ailleurs, mise à part; car cet auteur, si nous ne nous trompons, conformément aux idées qui avaient cours à cette époque, considérait le somnambulisme par lui décrit comme une névrose à part et ne l'avait pas réduit à ce qu'il est réellement, c'est-à-dire à une pure et simple manifestation de Tattaque hystérique.
Nous avons vu chez nos deux derniers malades la crise somnambulo-délirante précédée des autres phases de Tattaque hystérique nettement caractérisée. Mais il existe aussi, avons*nous dit, des cas dans lesquels ces dernières peuvent être réduites à fort peu de chose ou même manquer complètement. Dans cette dernière catégorie rentre à bon droit le deuxième cas de M. Mesnet. Chez ce malade < la transition de la santé à la maladie se fait rapidement, en quelques minutes, d'une manière insensible, sans convulsions, sans crises. » Et cependant nous voyons noté chez lui certain phénomène qui ne permetpas, si Ton veut,