‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 52 sur 177 · PERSONNALITÉ NORMALE · texte numérisé non relu

PERSONNALITÉ NORMALE

bulisme hystérique, où la parole ne produit aucun effet. Celte analogie frappante a pu être parfaitement mise en lumière chez une de nos malades, la nommée Schey..., qui était en même temps hypnotisable et sujette à des attaques de somnambulisme hystérique. Nous avons donc pu comparer facilement chez elle les hallucinations provoquées dans la catalepsie et dans la crise délirante, et nous avons remarqué que nombre d'entre elles étaient absolument identiques dans Tun et dans Tautre état. La seule différence essentielle a été que, dans la catalepsie, la malade ne rend compte de l'idée dominante que par des gestes et une mimique plus ou moins active, mais toujours parfaitement appropriée et facile à interpréter, tandis que, dans le délire hystérique, elle se sert de la parole et du geste, manifestant extérieurement de cette façon encore mieux Thallucination ou la série d'hallucinations successives, auxquelles elle est en proie. Pour plus de détails et afin d'éviter les redites, nous renvoyons le lecteur à l'observation de cette malade donnée plus haut en détail.

Quoi qu'il en soit de l'interprétation que Ion puisse essayer de donner de ces phénomènes, ce que nous ne ietir terons d'ailleurs pas de faire ici, il était cependant inté* ressaut de rapprocher Tune de l'autre ces deux manifestations morbides, la catalepsie hypnotique et le somnambulisme hystérique, toutes deux caractérisées au point de vue psychique par l'état de monoidéisme, aussi nettement appréciable dans Tune que dans l'autre.

Peut-un dire qu'il y ait chez ces malades un véritable dédoublement de la personnalité? Oui. au sens strict des mots. Mais il nous semble qu^il vaudrait mieux réserver cette dénomination à certains autres cas désignés parfois sous le nom de vigilambulisme et dont nous nous occuperons ailleurs (Voir plus loin, n*'* XXIX et XXX). Mais il n'en est pas moins vrai qu'il y a véritablement dans nos faits d'aujourd'hui deux personnes distinctes l'une de Tautre.

La première personne, qui est l'individu normal, ne conserve aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant

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l'état somnambulique, de ce qu*a pensé, exécuté la per« sonne délirante. Celle-ci a-t-elle notion de la personne norm<ale ? Voilà qui est plus difficile à dire. Avant tout, ridée de souvenir implique une comparaison latente et la conscience d'un état actuel dans lequel on évoque un fait antérieur. En un mot, pour quMl y ait souvenir du passé, il faut que le présent existe. Or, chez nos somnambules hystériques, il ne semble pas y avoir de notion de Tétat présent, ou plutôt, c'est l'hallucination du moment qui en realité constitue à elle seule tout Tétat présent. C'est ce que M. Gilles de la Tourette entend en disant que la seconde personne est délirante (1). On dit quelquefois au figuré : revivre se*s souvenirs, ses années de jeunesse, etc.. « On peut dire cela sans figure des somnambules hystériques. A proprement parler, ils revivent tel ou tel incident de leur vie passée, qui redevient un fait constituant à lui seul, à cause précisément de ce monoidéisme dont nous parlions plus haut, leur vie présente. On ne saurait donc dire strictement qu'ils se souviennent de leur vie antérieure et que la personne délirante conserve la mémoire de la personne normale. Nous ne parlons ici, bien entendu, que de faits antérieurs et non pas de notions acquises et devenues inconscientes en tant que souvenirs, telles que la lecture, l'écriture, etc.

D'autre part, la personne délirante est-elle une et toujours la même? Autrement dit, le souvenir d'un délire antérieur est-il conservé dans une période ultérieure de somnambulisme? La réponse à cette question nous est fournie par Tobservatton de notre jeune journaliste. Dans la plupart des autres cas que nous avons décrits, la succession des hallucinations spontanées ou provoquées ne permet pas, à cause du mode de réaction des sujets, de se faire une idée bien nette à ce point de vue. Mais, chez de B..., il en est tout autrement. Nous avons vu très nettement la personne délirante se maintenir la même d'une attaque sur l'autre, et cela à plusieurs jours de distance. Que l'on se rappelle les détails que nous avons donnés touchant la rédaction de la nouvelle que le malade com-

(1) Gilles do la Tourette. — L'hypnotisme ei les états analogues au point de vue mêdico- légal, !'• édition, p. 245.

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