CARACTÈRES DES HALLUCINATIONS PROVOQUÉES
Ces hallucinations provoquées ainsi sont d'une intensité et d'une durée différentes suivant les cas. Il nous a paru qu'à ce point de vue elles étaient d'autant plus intenses et persistantes que le degré de concentration du sujet était moindre. Chez la nommée Schey..., qui était au plus haut point concentrée dans son délire, tellement que la parole était pour elle une excitation trop complexe pour provoquer un changement dans ses hallucinations, les conceptions délirantes provoquées par les impressions sensorielles faisaient assez rapidement place au retour du délire spontané. Chez le jeune Poîgn..., au contraire, elles persistaient beaucoup plus longtemps et les scènes produites par notre intervention étaient plus complexes et plus longues. Enfin, chez de B..., elles duraient presque indéfiniment, tout en présentant toujours ce caractère spécial de ne pouvoir être modifiées ou conduites au gré de l'expérimentateur.
Il existe, en effet, dans cet état, une sorte de monoidéisme très particulier, expliquant l'inanité de toute tentative faite dans le but de changer Tordre, Tassociation des idées délirantes. C'est là une autre caractéristique bien nette du délire des somnambules hystériques- M. Mesnet l'avait déjà notée. Dans son premier mémoire, il écrit, à propos de sa malade, a que la sensation n'est éveillée en elle qu'autant que la cause qui la provoque est en rapport avec son délire. » Et plus loin il définit en quelques mots cet état de monoidéisme en disant que « la véritable caractéristique de cette affection est l'exercice des facultés et des sens dans un cercle restreint, toujours en rapport avec l'idée dominante et exclusivement limité à. son étendue. » C'est pour cela que nous ne pouvons intervenir chez ces malades que d'une façon détournée, c'est pour cela aussi qu'ils se meuvent autour de nous sans Ee préoccuper de nos personnes, sans reconnaître les objets extérieurs, ne voyant en tout ce qui les entoure que des corps sans personnalité ou des objets sans forme définie, simples obstacles matériels qu'ils tournent ou renversent suivant leurs besoins.
On rencontre un semblable état de monoidéisme dans la période cataleptique du grand hypnotisme dont il est.
HALLUCrNATlONS PROVOQUÉES DANS LA CATALEPSIE. 157
à proprement parler, la véritable caractéristique psychique, au môme titre que la flexibilité cireuse des muscles en est la caractéristique somatique (1). Au point de vue purement psychique, il y a une certaine analogie entre le somnambulisme hystérique et la catalepsie. Loin de nous ridée de vouloir identifier en tout deux états aussi dissemblables dans leurs manifestations extérieures. Nous ne pouvons, il est vrai, prétendre savoir au juste ce qui se passe dans le cerveau d'une cataleptique au repos, mais il est permis de penser qu'il est absolument inactif. Ohez le somnambule hystérique, au contraire, il n'y a pas un seul instant de tranquillité et, sans excitation aucune, celui-ci présente une spontanéité dans les conceptions délirantes qui n'est pas un des côtés les moins remarquables de cet état.
Mais si Ton suggère une idée au cataleptique, soit par le sens musculaire, soit par un sens quelconque (vue, odorat, goût, etc.), il se trouve dès ce moment en proie à une hallucination ou à une série d'hallucinations enchaînées, qui tiennent toute la scène et ne laissent de place à l'intervention d'aucune idée étrangère à l'idée provoquée. Nous avons publié ailleurs un travail sur ce sujet et montré quels sont les caractères de ces hallucinations provoquées, comment le malade s'empare à sa guise de l'impression reçue^ la transforme à son gré en dehors de la volonté de l'opérateur (2). Ce sont bien là les caractères des hallucinations provoquées dans le somnambulisme hystérique.
De plus, dans l'un et dans l'autre état, c'est par les mômes procédés que l'on peut arriver à provoquer des hallucinations : c'est-à-dire par des excitations des organes des sens. L'état cataleptique correspond àcet égard au degré le plus profond de concentration du somnam-
(1) Voir à ce s^jet : P. Janet. L*automatisme psychologique^ Paris, 1889.
(2) Georges Quinon et Sophie Woltke. — De Vinfluence des excitations sensitives et sensorielles dans les phases cataleptique et somnambulique du grand hypnotisme (Nouv. Iconogr. de fa Salpétrière, 1891, n» 1 et plus haut, n' XXV).