‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 75 sur 177 · OBSERVATION DE MAR&UERITE D · texte numérisé non relu

OBSERVATION DE MAR&UERITE D

Je ne dis rien ici touchant les antécédents personnels et la vie antérieure de Marguerite. L'interrogatoire de la malade mettra ultérieurement les faits en lumière. C'est d'ailleurs, comme on le verra, l'existence fort peu mouvementée d'une jeune fille de seize ans.

Les accidents qui Tont amenée à la 8alpètrière ont débuté au mois d'octobre 1889. Elle souffrait à cette époque d'une pneumonie (?) et sa famille, croyant sa vie en danger, voulut lui faire administrer les sacrements et lui amena un prêtre. Elle en fut fort effrayée et malgré ses refus on voulut la faire confesser. C'est à Témotion ressentie alors qu'elle attribue le développement des premiers accidents.

Ce furent d'abord des attaques de nerfs avec perte de connaissance» convulsions, pendant lesquelles elle se renversait en arrière en faisant l'arc de cercle. Peu à peu, à la suite de ces attaques, on s'aperçut qu'elle était bizarre. Elle restait pendant de longues heures les yeux fermés, marchant et se conduisant comme d'habitude ; puis cette espèce de somnambulisme se jugeait par une attaque et tout rentrait dans Tordre. Cet état bizarre finit, au bout de quelque temps, par se pro« longer la plus grande partie de la journée ; les yeux n'étaient plus toujours fermés mais bien ouverts, et cependant l'enfant paraissait indifférente à tout ce qui se passait autour d'elle. Elle ne semblait pas reconnaître ceux qui l'entouraient et s*absorbait dans des lectures interminables. Quand cet état cessait, interrompu par quelque attaque convulsive, on s'aperçut que la malade ne pouvait plus marcher, qu'elle avait les jambes comme paralysées.

C'est dans ces conditions qu'on Tamena à la Salpêtrière. Quelques minutes après son admission, je la pris avec moi dans le cabinet du médecin et passai quelques heures en tète à tète avec elle, à l'examiner. En sortant de là, sans m'être rendu compte de tous les détails que l'on découvrit par la suite, j'en avais assez vu pour acquérir la certitude que cette jeune fille présentait deux états bien distincts : l'un, état A, état prime, état normal, état de veille pendant lequel elle ne pouvait marcher et conservait le souvenir des faits de toute sa vie antérieure ; l'autre, état B, état second, condition seconde, état anormal, état de vigilambulisme, dans lequel elle avait le libre usage de ses membres inférieurs, avec une perte absolue de la mémoire de tous les faits antérieurs au mois précédent, et présentait spontanément un certain nombre de manifestations que Ton est habitué à rencontrer dans le grand hypnotisme, tels que hyperexcitabilité neuro-musculaire, pho-

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nomènea cataleptiques, contracture somnambulique, suggestibilité.

J'insiste sur ce point : c*est le jour même de l'entrée à rhospice, quelques instants après Tadmission, alors que la malade, encore entourée de sa famille, avait eu tout juste le temps de pénétrer dans la salle des malades pour y déposer ses affaires, que je l'ai prise des mains de ses parents, et, rayant emmenée avec moi, ai constaté d'emblée les principaux phénomènes qui caractérisent chacun des deux états. On comprend quelle importance ce fait doit acquérir au point de vue de la légitimité des phénomènes observés, surtout quand on sait que cette enfantarrivait d'une petite ville de province, où tout foyer de contagion nerveuse ou d'imitation simple faisait absolument défaut.

Dans la suite, on étudia plus minutieusement les phénomènes caractérisant chacun des deux états, et l'on arriva aux résultats suivants :

lo Ktat B (État anormal^ condition seconde^ état de • vigilambulisme).

Je commence par décrire cet état parce que c'est celui dans lequel la malade se trouve le plus ordinairement. En réalité, bien que ce soit un état anormal, c'est son état habituel. Elle y entre à son lever et n'en sort qu'une fois couchée.

Elle y présente tout à fait l'aspect d'une personne normale. Sa physionomie est expressive; elle paraît tout à fait à son aise et exempte de toute souffrance. Elle va, vient, court, saute, parle comme une personne ordinaire. J'ai même pu constater à l'occasion du bal annuel de la Salpôtrière, le jour de la mi-caréme, qu'elle savait encore danser et n'avait point oublié les rhythmes ni les pas des diverses danses qu'on lui avait apprises autrefois. Elle a parfaite notion de son existence et d'elle-même ; elle sait parfaitement bien qu'elle est Marguerite D... et non une autre personne et dit sans hésiter son nom et son prénom. Mais si on veut pousser plus loin l'interrogatoire et lui demander des renseignements sur sa famille, on voit déjà apparaître les premières lacunes de mémoire dont l'en-

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