CARACTÈRE DANS L'ÉTAT B
description de l'état A, que la malade dans celui-ci ne prend pas de la môme manière, par exemple^ Thallucination grotesque de l'élève coiffé d'un casque à plumes. Dans Tctat B, elle rit comme une folle ; dans lëtat A, elle s'indigne, et s'adressant à moi, par exemple, mç demande o comment ce monsieur a eu l'audace de commettre une telle inconvenance et de se présenter dans une pareille tenue devant son chef de service, M. Charcot. » Il y a là une petite nuance de sentiments assez intéressante à noter et qui montre bien cette indifférence de la malade dans rétat B, à laquelle je faisais allusion plus haut.
Tels sont les phénomènes qui caractérisent Tétat de vigilambulisme chez cette jeune fille. Voyons maintenant quels sont ceux de 1 état A ou état normal.
2° Etat A {état normal^ état prime, état de veille).
Dans les conditions ordinaires, l'état A, Tctat normal, rétat de veille, n'apparaît point spontanément aux yeux do l'observateur. En effet, il n'existe habituellement que pendant la nuit, commençant peu de temps après le coucher de la malade et cessant le matin au moment du réveil, pour faire place au retour spontané de l'état B. Il dure donc seulement oendant la nuit, de sorte que la malade dort sa vie normale. Mais après quelques investigations, on s'aperçut que cet état de veille pouvait revenir accidentellement de temps en temps, soit spontanément, après une attaque par exemple, soit provoqué par certaines manœuvres sur lesquelles nous reviendrons plus loin. En tous cas, les périodes accidentelles d'état A, tant spontanées que provoquées, sont toujours fort courtes. Elles atteignent rarement un quart d'heure. Une seule fois, on a vu une période spontanée consécutive à une attaque, dans la journée, durer environ une heure. En moyenne elles sont à peu près de dix minutes.
J'ai étudié moi-môme Tétat A, non seulement dans ses manifestations accidentelles, les seules, on le comprend, dans lesquelles on puisse faire quelques recherches, mais encore pendant la nuit et le sommeil. J'ai pu ainsi me
PHÉNOMÈNES PHYSIQUES DE l'ÉTAT A. 227
convaincre qu'il n'y avait aucune différence entre les diverses périodes et qu'il s'agissait bien là d'un état unique, toujours comparable à lui-même dans toutes ses apparitions.
Le phénomène le plus caractéristique qui distingue cet état et empêche dès Tabord toute confusion avec l'autre, est un trouble particulier de la motilité. La malade ne peut pas marcher. Elle n'est pas paraplégique, à vrai dire, et en éprouvant la force musculaire des différents segments des membres inférieurs, on s'aperçoit qu'ils ont conservé toute leur énergie. Cependant, elle peut à peine rester debout, est obligée de s'appuyer contre quelque meuble pour ne pas tomber, et est à peu près incapable de marcher. Il s'agit là fort vraisemblablement d'une sorte d'astasie-abasie.
Peut-être en partie à cause de ce trouble de la marche qui la gêne grandement, Marguer jte a, dans l'état A, un air soucieux, ennuyé, qui fait un frappant contraste avec sa physionomie éveillée et expressive de tout à l'heure. Elle ne parait d'ailleurs pas bien à son aise dans cet état. Elle se sent « toute drôle (1). »
Elle est agacée et répond avec impatience aux questions qu'on lui pose. Mais on s'aperçoit tout de suite qu'elle a conscience de sa vie antérieure, d'après les renseignements qu'elle donne sur sa famille et sur son enfance (voir plus loin). Elle sait lire, écrire et fait couramment des opérations d'arithmétique assez compliquées.
Si on vient alors à rechercher chez elle les phénomènes morbides notés dans l'état B, on constate un changement complet. En ce qui concerne les attaques de nerls, nous
\1) f Je sais toute drôle — je me sens drôle » sont des expres- Bions que Ton rencontre souvent dans la bouche des somnambules hystériques^ qui expriment ainsi l'espèce de changement inconscient survenu chez elles. Voir à ce sujet Pierre Janet {VAutomBtisme psychologique, p. 430), qui cite également (p. 10^) quelques cas de malades paraplégiques à Tétat de veille et parfaitement agiles dans le somnambulisme hypnotique. Mais c'est d'hypnose provoquée vraie qu'il s'agit dans ces cas et non de vigilamhulisme hystérique. Il n*en est pas moins intéressant de les rapprocher du nôtre en raison de cette dissociation des troubles de la motilité dans l'un et l'autre état.
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ne lui en avons jamais vu dans cet état, sauf celles qui en marquent la fin, et à Taide desquelles elle repasse spontanément dans le vigîlambulisme. Pendant la nuit, où elle est, même éveillée, dans Tétat A, on n'a jamais constaté d'attaques.
Quant aux autres stigmates de Thystérie, ils sont aussi profondément modifiés. Au lieu d'une anesthésie cutanée totale, elle ne présente plus qu'une hémianesthésie du côté gauche. Elle conserve Touïe et l'odorat intacts, seul le goût est diminué du côté gauche. Le rétrécissement du champ visuel est beaucoup moins prononcé (60<^ à gauche, 70*^ à droite) et la malade distingue parfaitement bien toutes les couleurs (v. Fig. 5).
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Fig. 5. — Champ visuel de Marguerite Din... dans l'état normal (on voit que le rétrécissement est moins prononcé que dans le vigîlambulisme).
Mais le changement est encore bien plus accentué si Ton s'adresse à la mémoire. Elle connaît tous les détails de sa vie antérieure jusqu'au mois d'octobre 1889. C'est ainsi qu'elle nous dit être née à P... et avoir été en pension tout d'abord à h\.. chez Mlle B..., puisa P... chez Mlle D...;ce qu'elle était incapable de faire, on s'en souvient, dans l'état B. De plus, elle donne sur sa famille et ses antécédents des détails précis (je les ai reproduits au début de l'observation) qui ont pu être contrôlés par les renseignements