‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 90 sur 177 · SCHÉMA DE LA VCB DE MARIE HAB · texte numérisé non relu

SCHÉMA DE LA VCB DE MARIE HAB

Quant au passage de l'état  à l'état B» on n'a jamais besoin de le provoquer. Il se produit toujours spontanément et môme trop vite au gré de l'obseirvateur, qui est obligé de le faire reparaître plusieurs fois en une demiheure, pour pouvoir tenir une conversation quelque peu suivie avec la malade dans l'état A. Même par les suggestions les plus énergiques, nous n'avons îamais pu faire durer plus longtemps le retour à l'état A. Il se fait toujours de môme avec une parfaite régularité, à la faveur d'une petite attaque consistant en un cri, quelques secousses des bras et un arc de cercle.

Comme chez la précédente malade, la figure ci-contre [Fig. 9) peut servir à schématiser la vie de Marie H... De la naissance en 1884-85, la vie normale (A) existe seule comme chez tout le monde. En 1884-85 se place une phase de transition, marquée par les états de mal hystériques épileptiformes, à la faveur desquels a apparu tout d'abord puis s'est installé définitivement l'État B. Enfin, depuis 1884, jusqu'aujourd'hui, la personnalité B, interrompue par des apparitions accidentelles (a, b, c, dj d'état A, est la seule habituellement apparente. La personnalité A est latente depuis cette époque, sauf les dites réapparitions.

Cette malade est encore actuellement (décembre 1892) dans le service de M. Charcot, dans la môme situation depuis plus de sept ans.

Comme on le voit par la lecture de ces observations, nos deux malades appartiennent à la catégorie dans laquelle il y a dédoublement le plus complet en deux personnalités distinctes absolument ignorantes Tune de l'autre. Il ne paraît pas en ôtre ainsi dans la majorité des cas, tout au moins en nous bornant à ceux que nous avons rapportés et qui sont les seuls parvenus à notre connaissance dans la littérature médicale. Dans l'autre catégorie, la personnalité seconde conserve lé sou venir de la personne première, tandis que celle-ci n'a pas la moindre notion de celle-là.

Mais il n'y a pas là, ce semble, de quoi différencier profondément ces deux espèces de malades. Le dédoublement de la personnalité existe chez tous par le fait qu'il se trouve une personne ignorante des faits et gestes de l'autre. Peu importe que la seconde ait connaissance de la

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première ou non. M. Pitres (de Bordeaux), qui considère l'état second comme une manifestation d*liypnose spontanée, hypothèse que je me propose d'examiner tout à rheure,émet un avis analogue. « Peut-ôtre, dit-il, n*y a-t-il là que des différences secondaires, des degrés plus ou moins profonds d'une môme maladie. Il est môme très probable qu'il en est ainsi (1). »

Dans le somnambulisme hypnotique, on sait que le souvenir des actes accomplis ou des faits survenus pendant cet état, est absolument perdu au réveil, tandis que, au contraire, dans l'état de somnambulisme, le malade conserve non seulement la notion de sa personnalité mais encore la mémoire de tout ce qui s'est passé à Tétat de veille. Telle est la règle habituelle. Mais on sait qu'il peut exister des cas, rares à la vérité, dans lesquels le somnambule ne conserve point le souvenir des faits accomplis dans rétat normal. « Quelquefois, dit M. Pitres (2), les choses se passent autrement. Le lien qui doit rattacher en un seul faisceau le souvenir du passé aux impressions du présent est rompu ; le moi de l'état de sommeil ne reconnaît plus pour sien le moi de Tétat de veille ; la notion de l'identité morale est altérée ; la personnalité est changée. » Est-ce une raison pour cela de créer deux catégories distinctes de somnambules hypnotiques, profondément différenciées Tune de l'autre? Une pareille distinction ne parait point nécessaire et il en est de môme en ce qui concerne le dédoublement de la personnalité d'origine hystérique.

Dans tous les cas, ce qui incite encore à considérer ces malades comme dédoublés en deux personnes, c'est que, dans les deux états, il existe des modifications plus ou moins profondes, mais distinctes dans l'un et dans l'autre. D'une façon générale, dans l'état second le malade conserve la notion de son ôtre, contrairement à ce qui a lieu dans les cas d'aliénation complète de la personnalité. Il ne se prend pas non plus pour un autre individu ignorant

(1) Pitres, -^ leçons cliniques sur l'hystérie et rhypnotisme, Paris, 1891, t. II, p. 219-

(2) Pitres. — Loc. cit., p. 210.

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