DES ACTES AUTOMATIQUES
absolument son existence, ainsi que cela se voit dans la substitution de la personnalité. Cela vient sans doute de la conservation chez lui de la cénesthésie ou sensation intime de ses organes vitaux. M. Ch. Riohet établit très nettement la distinction qui existe, à ce point de vue, entre le moi et la personnalité. « Le moi, dit il, est un phénomène de sensibilité et dUnnervation motrice ; la personnalité est un phénomène de la mémoire (1). » Nous avons déjà abordé, en commençant, cette question de la participation de la mémoire dans la constitution de la personnalité ; nous n'y reviendrons donc point.
Outre cette conscience intime de son être, le malade conserve encore dans Tétat second un certain nombre de notions acquises et devenues plus ou moins automatiques. A cet égard, il y a des différences assez grandes suivant les sujets. Tous savent marcher, parler, dans la condition seconde. Mais, tandis que les uns parlent correctement, les autres ont oublié leur grammaire et « parlent nègre » comme la dame américaine de Mac Nish, par exemple. L'écriture, l'orthographe, sont également conservées dans la plupart des cas, mais Texemple ci-dessus nous montre qu'il peut aussi en être autrement.
a Si toutes nos actions, dit M. Jules Simon (2), étaient voulues et réfléchies, nous serions capables de bien peu de choses. L'action de marcher, qui nous paraît si simple, continuerait d'être pour Thomme un sujet de préoccupation et d'étude pour toute sa vie. Nous parlerions notre propre langue avec les mêmes efforts qu'exige l'emploi d'une langue étrangère nouvellement et imparfaitement apprise. La recherche d'un mot et la préoccupation de la syntaxe empêcheraient notre esprit de se donner tout entier à la poursuite de la pensée. En écrivant, nous ressemblerions à un écolier qui copie péniblement un dessin. L'homme le mieux doué n'arriverait pas à jouer cinq mesures de piano sans perdre haleine. Tout ce qui passe inaperçu dans notre vie, et qui pourtant en fait le fond, absorberait toutes nos
(1) Cil. Richet. — L'homme et l'intelligence. Paris, 1884,
(2) J. Simon. — Le Devoir, p. 77.