‹ Clinique des maladies du système nerveux; leçons du professeur, mémoires, notes et observations parus pendant les années 1889-90 et 1890-91Chapitre 95 sur 177 · CONDITION PSYCHIQUE DANS LES DEUX ÉTATS · texte numérisé non relu

CONDITION PSYCHIQUE DANS LES DEUX ÉTATS

Le cas le plus typique, à ce point de vue, est celui de Camuset. Dans un état donné son malade était méchant, emporté, voleur; dans un autre, il était bon^ docile, travail* leur, et ces modifications se reproduisaient, à coup sûr, chaque fois que Tétat correspondant revenait, soit spontanément, soit artificiellement. La malade de Dufay était communicative, gaie dans Tétat second et jouissait également dans cet état d^une hyperacuité sensorielle considérable, tandis que dans Télat normal elle était plus triste, plus renfermée. Celle de Bonamaison était plus vive, plus adroite, plus intelligente dans la condition seconde; celle de Ladame, au contraire, était mal élevée et donnait, en état second, des gifles à son fiancé, ce qu'elle n'eût jamais fait à rétat normal. Chez les sujets de Verriest et d'Azam, on constatait la gaieté dans le vigilambulisme et, au contraire, la tristesse dans la condition normale.

Comme on le voit, dans presque tous les cas, le malade est, si l'on peut ainsi parler, en meilleure situation dans son état second ; il s'y sent plus à Taise et éprouve un sentiment de bien-ôtre qu'il n'a pas dans l'état normal. Cela peut provenir de doux causes qui n'expliquent évidemment pas entièrement le changement constaté, mais qui semblent en rendre compte dans une certaine mesure.

Tout d'abord, dans les cas comme celui de Félida, où la mémoire de l'état prime persiste dans Tétat second, le fait est très compréhensible. Dans la condition seconde, il n'y a point de lacunes de mémoire. Dans les périodes d'état normal, au contraire, il y a des lacunes plus ou moins grandes, correspondant aux périodes de vigilambulisme antécédentes. D'où un état de malaise facile à imaginer et qui n'existe point dans l'autre état. Les quelques exemples empruntés à l'histoire de Félida, que j'ai rapportés dans son observation, montrent à quel point ce phénomène peut être accentué. Cette malheureuse, se retrouvant subitement en état I dans une voiture de deuil et ne sachant point le nom de la personne qu'elle va enterrer, oubliant dans son métier de mcdiste le prix des étoffes et des rubans, doit évidemment se sentir bien plus à l'aise dans l'état vigilambulique, dans lequel elle n'a point à craindre de pareilles mésavent ures.

Charcot, t. II. 17

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