ALTEHNANCB DB DEUX PERSONNALITÉS
Te vie psychique... II ne reste de l'ancien moi que les processus complètement organisés (marche, lang'age, elcJ,
:livitês purement automatiques, presque inconscientes,
[ui sont comme des esclaves prêts à servir tous les maî-
(I). B Quelquefois, mais par exception, il persiste des
ïstiges de Tancien moi, qui donnent au sujet Tidce d'une
irsonnalitê étrangère.
Le douxicmo groupe do casi allcrnance de deux per-
tnnaliies^ diffère du premier en ce que, après l'apparl-
[on de la deuxième personnalité qui s'est maintenue pen-
'daut un temps plus ou moins long^, la personne première,
normale, reparait, pour faire place plus lard à la personne
seconde, revenir de nouveau et ainsi de suite.
Enfin la troisième catégorie de faits comprend ceux où il existe une substitution de 2â personnalise. Ce trouble est plus superficiel; le type le plus caractérisé se rencontre dans le somnambulisme hypnoti([ue où l'hypnotiseur peut niodiHcr si volonté la personnalité de l'hypnotisé, changer homme en femme, un manouvricr en roi, etc.
Ce sont les cas du second groupe qui nous occupe-
int ici. A vrai dire, la distinction qui les sépare de ceux du prcmicrestunpeu artificielle. A l'époque où ladeuxième personnalité apparaît pour la première fois, ils ne difl'êrent en rien des autres. La différence commence seulement avec la réapparition de la personnalité première. Or, à un
Bomcnt donné de révolution, avant cette réapparition, il t impossible do dire si elle se produira. De plu?, il se ncontre des cas, ainsi que nous le verrons par la suite, ins lesquels la seconde personnalité empiète constamment sur la première, dont les apparitions deviennent de plus en plus courtes et plus rares et qui, en fin de compte, arrivent à disparaître complètement. Nous retombons à ce moment dans les cas du premier type.
Mais, revenons maintenant au somnambulisme hystérique, dont nous parlions plus haut, et à propos duquel nous sommes entrés dans cette digression nécessaire. L)ans quelle catégorie pourrons-nous la classer ? Dans le second groupe, sans aucun doute, mais avec ce signe par-
ti) Ribol, ^ Loc. cit., p. Uj et »«iv.
^Ton
PEMONN ALITE SECONDE.
ticulior, k Rnvoir que la seconde personne, en proie à des hîiltuoinations continuelles et se succédant les unes aux autres sans interruptions, est véritablement délirante. Klle ne parait pas avoir conscience du lieu où elle se ^ trouve n! des personnes qui Tentourent.
Or, l'élénaent « pourvoir personnel ■ entre pour une' certaine piirt dans la conslilulion de la personnalité. Son activité consiste en ceci, que tout « nouveau Fait psychique qui tend à s'établir a été mis successivement en relation avec un grand nombre de tendances et que ces tendances, soit séparément, soit réunies, ont essayé de se , l'assimiler, Tont éprouvé pour voir s'il pouvait entrer' comme élément dans un système coordonné dont elles feraient partie (1). »
Il est évident que cet élément cet réduit à son minimum chez le somnambule hystérique, sans quoi i) ne verrait pas des lions, des ^grenouilles, des araignées dans un cabinet do médecin, et dans le môme endroit ne se croirait pas sur le passa^ d'un enterrement d'homme célèbre (voir à ce sujet, passim^ les observations dans mon travail déjà cité). C'est, h proprement parler, un automate, préci- , sèment à cause do la non-intervention du pouvoir personnel. Mais c'est aussi, pur suite, une personnalité inconi' | plôte, tout à fait particulière en ce sens.
La personne qui se manifeste dans ce somnambulisme hystérique se rapproche beaucoup plus en ce sens do la deuxième personne étudiée dans l'état normal et TéUt patholocriquo par quelques auteurs et on particulier M. Pierre Janet ^2) et M. Binet (3). Celtedeuxième personne est mise en évidence parce fait qu'un sujet distrait peut répondre automatiquocient et sans s'en rendre compte, par son intermédiaire, à des questions qui lui sont posées. Elle n'est point inconsciente d'elle-même, non plus quo de la première personne ctde ses maniroslatious dont ollo garde lo souvenir, mais celle-ci n'en a point conscience et l'ignore.
(1) Pauliian. — Loc. cit., p, 160,
h) Pierre Janet, — L'automatisme pnychotoçi que, Me., ^ Parts p \m, Alcun.
|3) Bincl. — Les altérations rfe /« personnnlitè. — {Rev. dtf«„ Deux-Mondua. 3» p<^riodo, t. ClII, tii février 1881).
AUTOM.iTlSMK.
Or. il semble démontré que cette seconde personne latente est la mémo que celle qui se manifeste d'une façon f>ré|>ODdéranto dans l'hypnotisme. Les expériences de Gurney, de l'ierrc Jancl, <lo Uinet , paraisdent à cet égard assez décisives. D'autre part, j'ai montre Tanalogie frappante qui existe au point do vue do l'état psychiquo et do la nature de la suf^gestibilité entre hi catalepsie hypnotique et le somnambulisme hystérique. Do plus, ce fait dont J'ai fourni un exemple (1 , à savoir qu'un sujet peut dans rhypnotismo se rappeler et raconter les hallucinations qui se sont imposées à lui pendant le somnambulisme hystérique, plaide en faveur de la même hypothèse.
M. Binet, M. Azam (?) pensent que cette seconde personne, qui se manifeste passagèrement dans les cas précédents, est la morne que colle qui prend une place prépondérante et se subâlitue à la porsonuo normale dans les cas de dédoublement de la personnalité. C'est possible, mais tl est bon de Caire remarcfucr ([uo ses caractères ne sont pas tout à fait identiques dans les deux catégories de ûùts.
En effet, tandis que dans le somnambulisme hystérique la deuxième personne, dénuée du contrôle du pouvoîtpersonnel et en proie à des hallucinations <fui la dirigent eo réalité, est un simple automate, vraiment déliranti dans le dédoublement de la personnalité, toi que nous l'entendons ici, elle parait absolument normale, vivant de a vie ordinaire, sans la moindre apparence d'automatisnrie véritable ni de délire.
Au rcbtc> cela n'est peut-être qu'une question de mots. J'ai montre que le degré de conccDlration du somnambole hystérique dans son délire peut varier coosidérablet&ent d'un sujet à Tautrâ. Suivant les cas, on sera
(1) Georges Oainoa eL S «pliic* Wolike. — he l influence des
Impre.^iions êensorielles dana le* phates c.ifa/t']»//«/ue et mm-
ïfiambittiquc du fjrand hypnotisme. {Wouvetle Iconogruphiû de
iSUpétriére,\HbO, n"6, "et plus haut n* XXV, p. 'l'2),
mêmes auteurs : De l'influence de.^ extûtations des
^ inc« des tiens sur les hiltucinationa de la phane passionnelle d^Tuttaque hijstàrique. {Arch. de NeuroL, 1891, n* 63, et plus Um D» XXVI, p. 36j.
i^j Azam. — Le dédoublement de la. personnalilé et /eflomnamijuli$me. (Rei\ scientif^ I8y0, p. 136], ^
DÉDOCDLEUBKT DE LA PERSOXNALITg
tenté de l'attacher pour l'empêcher do nuire à lui-même et aux autres, ou, au contraire, on te coudoiera sane prc sque s'apercevoir qu'il e&t délirant. C'est ainsi que cela se passait chez un do mes malades [Voir plus haut n" NX VI II. p. l34,obB. du nommé de B...) et dans le cas bien connu do M. Mcanot (I|. Il n'est point contraire à la raison d'Imaginer des cas encore plus simples et servant de transition, plus encore que ces deux-là, entre le somnambulisme hystérique et le dédoublement de la personnalité.
C'est qu'en effet cette ressemblance avec l'état normal estsingulierementaccentuéechez les malades de ce dernier genre^ et il est quelquefois fort difficile de s'apercevoir que l'on a affaire à une deuxième personne. On en trouvera une preuve bien convaincante dans ce fait que l'une des malades, dont l'observation est plus loin, a pu rester en observation dans le service de M. le P*^ Charcol pondant des unnéeâ, sans qu'on so soit aperçu du trouble psychique dentelle était atteinte. On avait remarqué, il est vrai, chez elle, la présence de certains phénomènes, sur lesquels nous reviendrons plus loin, mais on n'avait point vu le dédoublement de la personnalité. Cela tenait a ce qu'on ne s'était adressé chez elle qu'à l'élément somatique, physique, et que Ton n'a\ait point consulté l'élément mémoire, qui, dans lu clinique courante, constitue le meilleur, pour no pas dire le seul moyen de diagnostic, dans un caa do longue durée.
L'oubli de la personnalité normale et de ses faits et ge&tes par la deuxième personne est en effet, au point de vue psychique, le phénomène le plus saillant de cet état de dédoublement. Ainsi que le dit M. Gilles de la Tourctlo, « CCS deux phases do l'existence sont rendues distinctes l'une de l'autre par ce seul fait que foubll existe toujours au réveil \*2). » D'autres signes paraissent exister h peu prés constamment, ainsi qu'on le verra par la lecture do nos observations. Mais ils peuvent être intcrpréiéa
(IjMeanct. — De Vaulomaiisme delà yné}noir€ et du soutenir th nu le eomuambulismc pathologique {Un. méd., juillet 1874).
(?| Gilles de lu Toiircttc. — L'fii/pnoti.tme et len étala analogues nu point de vue médico-légal. — 1^ édition, Paris, 1887, p. 215.