‹ Clinique des maladies du système nerveux v. 2, 1893Chapitre 30 sur 95 · SO · texte numérisé non relu

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emcnt. si Ton n'a pas conslalô cette amnésie particulière, d'autant plus diriicile à ilèpistor dans l)ien des cas que le malade n'attire pas spoalanéaient l'alteution surco sujet.

Dana le dédoublement de la pcrsonnalilé, tel que nous 'entendons ici, le trouble de la mémoire peut varier suiant les c.-is. Tantôt lo dédoublement n'est pas absolument complet. La deuxième personne conserve la notion de la premiôrc, do son liistoire et de ses faits et gestes, tandis que celle-ci ignore totalement celle-là. 11 en résulte ce fait que. dans les cas d'alternance bien nette, lorsque la première personne reparait elle a une vie insupportable, no uvant retrouver l'iiistoiro de sa vie que par morceaux parés les uns des autres par des périodes ignorées, qui sont Ica accès de condition seconde.

Dans d'autres cas au contraire, et les deux que j'ai eu .'occasion d'observer et qui ont ôiô l'objet de nombreuses ^monstrations de la pnrt de M. le V CKarcot pondant io urs des deux dernières années font partie de cette catégorie, le dédoublement est encore plus complet en ce sens que si la première personne ignore la seconde, celle-ci n'a pas non plus la moindre notion de celle-ln. Cependant rsquo Tune fait place à l'autre, ou plus proprement rsquc pour la première fois l'clat second (condition seconde, état Bi se substitue à Pétat prime (ctjit normal, condition piemière, état A), le sujet garde toujours queluea notions d'une grande importance.

Tout d'abord il conserve la connaissance de son être, sorte de conscience organique, « base sur laquelle Tindldualité repose » (1). Ce fondement organique de la rsonnnlité est dû, ainsi que le dit M. Ch. Richet f'2), surtout au phénomène de sensibilité et d'innervation motrice. Il consiste <Ian3 la preuve qui nous est donnée de notre existence par la sensation de nos organes, nos réactions physiques vis-à-vis dos agents extérieurs [cihiesthéiiw),

est tout autrement chez certains aliénés qui perdent

,l| Ribot. — Loc. ciK,p. 32.

2) Cb. Uicbet. — L'homme et IHntelligence. Paris, 1884.

CAS DE /B4!OrE Ft BT.

même la notion de leur personnalité physique, ignoruit leur existence propre non seulement comme personnes morales, maïs encore comme êtres matériels, ou }>arlaat d'eux à la troiaiême personne, comme s'il s'agissait d*un antre individu. II ne parait point en être jamais ainsi danâ le dédoublement de la personnalité d'origine hystérique. D'autres notions aussi subsistent la plupart du temps dans le second état. Mais je reviendrai plus loin sure» particularités, qui seront plus facilement mises en lumière après l'analyse des observations déjà publiées et l'exposition de deux nouveaux cas fort intéressants qui appartiennent au service de M. Charcot, à la Salpètrière.

Ce n*e«t pas d'aujourd'hui, en effet, que datent les premières études sur le dédoublement de la personnalité. Les premiers cas publiés, pour n'être pas très vîeux^ remontent cependant déjà à une certaine époque. Ce n'est pas à dire pour ccl;i que ce phénomène singulier n'ait pas existé dès longtemps et l'on pourrait peut-être en trouver des exemples dans les écrits anciens où il a été noté sans qu'on lui ait attribué sa véritable valeur, ou sans qu'il ait attire particulièrement l'attention, M. Oourneville a signalé le dédoublement de la personnalité chez Jeanne Féry, cctUi' rcligiouac possédée du couvent des sa'urs noires de Mons. dont il a publié l'histoire dans sa Bibliothèque diabolique (I).

Jeanne Féry venait d*ètre soumise aux pratiques de Texoroismo et le malin esprit avait abandonné son corps, en n causant un horrible trombleiuent par tous ses membres, > autrement dit elle venait d'avoir une attaque d'hystérie, lorsqu\iprès>( cetlevictoire tant divinement obtenue... lu religieuse fut remise en vraye simplesse d'onrance, et rondtie ignorante do la cosrnoisâanco, tant de Dieu, que

(1) La pottsession do Jeanne Féry, religieuêe proftf9e<iu rouvertt th's ntsurê noires de la ville île Mons (1584). ^ Diblio' tfiàque diabolique {collection Bournevillc),\S^ù,

C&& DE JEANNB FÉItV.

cronlurcs : ne pouvant prononcer autres parollcs, que, Jean, et belle Mario... »

Dans cetêtatelloaerencïilàla chapollepoury entendre la

L messe et sitôt qu'elle y fut entrée, elle a s'admiroit granlennent (à la guise des enfants) de voir tant de beaux ibleaux et imagos... Tout au long de ta messe, l'ayant isise, demeura coye, comme un petit enfant, qui n a aucune cog'noissance. i> Sortie do cet endroit elle demanda qu'on lui apporte une statuette do sainte Marie-Magdelcine qu'elle avait vue dans la chapelle el, l'ayant entre les mains, elle II donna ^rand signe de liesse. Et commença (comme les enfants jouent avec leurs poupôes) à Ihabillor et vestir de pclils drappcaux, la joii>:nant à son sein, comme si elle luy eust voulu donner le tettin. »

Pour la rendre à elle-môaie, sa;urs el prêtres exorcistes imaginent do la plonger dans un bain d'eau bénite, en lui maintenant lu tôle sous l'eau « si longtemps que naturcliment elle y pouvait estre, ^ Mai.s ce!a n'y fait rien et la lalheureuse sort do sjn bain * avec tel onlendemont ei Laîntien ([ifun enfant do quatre ans, du tout ignorante idiote. M II fallut alors tout lui apprendre de nouveau et seiirneur archevêque ■ lui feit pour la première instruclon apprendre à se siirner du signe de la croix, et dire, nomine Palris, el Filijy et Spirilus Siànctiy Amen, Et !uy convint employer trois jours pour l'apprendre parfaic-

Itemenl... Et ains, petit à petit, tous les premiers rudiments le la piété Chresticnne furent enseignes. Voire mcsmo fut liesoing recommencer dès son A B C pour la r'apprendce I lire. Et prononçait du commencement le tout avec lauj^ue npesse, et fort difficilement, à la guise d'enfant.» Cet état Qura du 10 au 19 novembre de 1 année 1584 et disparut subitement à la suite do la bénédiction par rarchovéque de sa tète, de sa langue et do toutes les parties de son corps, ^K Bien que les historiens de Jeanne Fér> n'aient pas été. ^Bftot s'en faut, de grands clercs en matière de pathologie Hjkrveusc, cependant il nous est facile de retrouver dans feur récit un certain nombre de caractères qui suffisent à distinguer le dédoublement de la personnalité, et qui se trouvent également i ndiqués dans quelques-unes des obser-

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CAS DE MITCHBLL ET KOTT.

valions publiées postérieurement, ainsi qu'on le verra ciaprès.

Je n'ai point dirigé mes recherches spécialement au point de vue historique et cherché à découvrir dans les anciens auteurs des faits de dédoublement de la personnalité ignorés ou méconnus. Il euffiL, pour l'étude de ce phénomène, de se contenter des cas publiés comme tels, et la connaissance n'en remontant pasbienloin,leplusancieiinement connu d'entre eux est encore relativement de date récente.

Le premier est celui de Mitchell et Nott, plus connu sous le nom de cas de la Daine américaine de Mac Nish (li. Il a été reproduit dans tous les livres ou travaux traitant de la question des troubles ou maladies de la personnalité. Il est en effet bien typique.

Il s'agit d'une jeune femme, instruite, qui fut prise tout à coup d'un sommeil profond, qui se prolongea plusieurs heures. A son réveil, elle avait oublié tout ce quelle savait, et il fallut tout lui enseigner à nouveau. Elle dut réapprendre à lire, à écrire, à compter, ce qu'elle fit avec une assez grande rapidité. Les personnes, les objets de son entourage lui étaient devenus totalement étrangers, mais peu à peu elle arriva à se familiariser avec eux. Elle étjiiC dans cet état depuis plusieurs mois, lorsqu'un beau jour elle fut reprise d'un sommeil analogue à celui qui avait marqué le début de CCS phénomènes.

Celte deuxième crise de sommeil fut suivie du retour à l'état normal ; mais elle n'avait conservé aucun souvenir de ce qui s'était passé pendant Tintervallo. « En un mot, dans Vétat ancien, elle ignorait l'état nouveau. C'est ainsi qu'elle nommait ses deux vies, lesquelles se continuaient isolement et alternativement par le souvenir. »

Les mêmes phénomènes se reproduisent ainsi pendant quatre ans, à peu près périodiquement, n Dans un état ou

(I) Mac Nibh. — Hhilosophij of sleep, 1831, d'après Miichell et Nolt (A/erf. reposUory^ Janvier IHIC).

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