‹ Clinique des maladies du système nerveux v. 2, 1893Chapitre 74 sur 95 · AURAS MOTRICES · texte numérisé non relu

AURAS MOTRICES

{Sept eaa.)

Sous ce nom on doit comprendre tous les phénomènes moteurs précédant et annonçant l'accès et se produisant immédiatement avant la perte de la connaissance. Ils peuvent varier du simple au compliqué, depuis un simple tremblement ou un mouvement involontaire d'un membre ou d'unse^rmont de membre, jusqu'à des actes plus ou moins coordonnés très complexes. L'action de courir en avant, pai' exemple, constitue l'aura procursive; c'est une aura motrice.

Dans ce même cadre, nous avons rangé Taura à laquelle on pourrait donner le nom d'aura jacfc«onnienne, en ce qu'elle reproduit, en tout ou en partie, les principaux phénomènes de l'uttaquo d'épilepsie partielle, bien que, dans l'espèce, ceux-ci ne représentent pas Taccès lui-même, mais simplement Taura. Les ca£ de ce t^cnrc comptent pour deux dans lo total dos sept cas d^auras motrices.

OBSERVATIONS

Observatïox I.

Aur... Charles, 19 ans, sans profession.

Pas d'antêcëdenls héréditairea nerveux.

Début dans l'enfance par des accès de convulsions qui n*ont jamais cessé. De 11 à 17 ans, les accès ont revêtu la forme procursive.

Accès caractéristique : cri, pâleur, convulsions prédominant à droite, morsure do la langue, Durée ; ? ou 3 minutes. Se répète tous les mois.

Aura : Secousse brusque du bras droit, avec sensation d'un éclair qui monte du bras h la tète. Très courte.

L*accès est précédé de prodromes consistant en alternatives de dépression et de gaito et en un strabisme dû au spasme de Vabducens droit» avec diplopit\ Ces phonomènos augmentent graduellement pendant plusieurs jours et atteignent leur maximum le jour de raocès. Pupilles, acuité visuelle et fond de l'oeil normaux, aioâi que le champ visuel.

OeSBRVATlON II.

lluss... Jeanne, 28 ans, culottière.

Début à l'ïVgQ de 4 ans, un jour d'orage. Accès quotidiens pendant quinze jours, puis dimmution graduelle do fréquence.

Accès caractéristiquu : miction involontaire, morsure de la langue. Deux à trois par semaine, le matin.

Aura de durée variable, consistant en secousses brusques des bras et des jambes et un frissonnement général.

Vertiges quotidiens et accès avortés fréquents.

Observation III.

Laf... Baptiste, '22 ans, tailleur.

Un frère a eu des convulsions dans l'enfance.

A uriné quelquefois au lit jusqu'à Pige de quinze ans.

Début à 15 ans sans cause. Tout d'abord accès très éloignés (six mois), puis de plus en plus rapprochés (huit à quinze jours). Accès caractéristiques.

Aura: Il sent sa tête tourner h gauche, le corps restant immobile ; puis, entraîné en arrière, il tend involontairement les mains en avant et tombe en perdant connaissance.

Obseïivation IV.

Lin... Gabrielle, 20 ans, blanchisseuse.

Convulsions dans Penfance.

Début à I âge de 13 ans. à la suite de l'annonce delà mort de

sa mère.

3il6

0M«ftVATIO:«S.

Âcccs caractérietiques très fréquents au début (plusieurs fois par semaine), puis diminués de fréquence dans la suite <un tous les deux mois environ).

Aura: Paralysie brusque des mains, qui lui fait Uchcr les objets qu'elle tient ; puis les bras exécutent une ou deux secousses. Cela est assez rapide ; cependant elle a te temps de se coucher par terre ou de s'asseoir.

La dernière crise est la seule qui n'ait pas été précédée d'aura.à sa connaissance. Le résultat a été que, non prévenue, elle est tombée comme une masse et 8*est fortement blessé l'arcade orbilaire gauche.

Dans les intervalles des crises, quelquefois accès de tristesse, de méchanceté et même de violence.

Ob&brvation V.

Pott... Louise, 2'à ans, couturière.

Convulsions dans l'enfance.

Début à r«ige de 8 ans par un accès nocturne, puis a< mensuels nocturnes ou matinaux, depuis un an hebdomadaires.

Accès caractéristiques, souvent en séries.

Aura: Mouvements involontaires de salutation, d'une violence telle qu'elle serait renversée par terre si elle ne se faisait attacher. Ces mouvements présentent quelquefois le caractère de véritable prodrome, débutant la veille de Taccès et durant toute la journée.

Vertiges depuis quelque temps seulement.

Autrefois certains accès ont été précédés d'une autre aura: boule remontant à la fçorge, fourmillements et tortillements des bras et mouvements de la tète.

Accès de délire post-épileptique de date récente, n'ayant pas laissé de souvenir.

Obseiivatios VI.

Deool... Caroline, 34 ans, tailleuso.

Père mort d'une paralysie ('O ayant duré 20 ani.

Convulsions dans Tenfance. N'a marché et parlé que vorflr 3 ans. Strabisme interne de l'œil droit, congénital.

Début à 14 ans, au moment de l'apparition des promièroa règles.

Accès caractéristique, de fréquence variable, autrefois touSj les doux mois environ, aujourd'hui tous les huit jours, quel' quefois en séries.

Aura jachaonnienne faciale, à début lingual. La langue se tortille dans la bouche, puis suivent des mouvements de la face, des yeux et de la tète.

0D3BRVATI0NS.

Quelquefois prodTomes éloignés consistant, dès le malin du jour de raccès, en picotements de la langue.

Vertiges pas très fréquents, quelquefois équivalents d'accès consistant en ces phénomènes de l'aura non suivis de l'accès convulsif.

Récemment, à la suite d'une mauvaise nouvelle, crise de délire hallucinatoire avec impulsions, ayant duré trois jours, et dont elle n'a conservé qu'un souvenir très vague.

OflSEnVATION VII.

Gend... Hortho, 18 ans.

Un frère mort d*une méni agite à 4 ans. Une sœur nerveuse et faible. Mèro et une sœur mortes phthisiques.

Début à 7 ans. Jusqu'aux premières règles (Kl ans) accès nocturnes, précédés de grands cris.

Aujourd'hui accès caractériBtiquoSf diurnes, so répétant tous les huit ou quinze iours, quelquefois précédés do prodromes éloignés tcnngestion de la face) une heure avant l'accès. Délire post-épileptiquo à chaque accès. Récemment état de mal d'une nuit et un jour; 73 accès pendant la journée.

Aura jachsonyiienne^ tantôt à début crural, tantôt à début brachial, à droite; engourdissement douloureux partant du pied et remontant à la cuisse, puis contracture des orteils, secousse et raideur des jambes ; enfin, étouffement et accès. Plus rarement mêmes phénomènes avec début au niveau de la main et propagation au bras.

Outre les deux cas d'aura jacksonnienne, si caractéristiques dans leur précision, nous signalerons particulièrement, parmi ces auras motrices, celle qui consiste en mouvements de salutations involontaires, d'une violence telle que la malade serait renversée à terre si elle ne se faisait immédiatement attacher. C'est un phénomène qui n'est pas fréquent. Le môme cas montre en outreTaurapouvantse transformer enprodromecloi^mé, les mêmes mouvements de sensation se produisant quelquefois la veille du jour de l'accès. Il en est à peu près de même dans Tobservation VI ; seulement le phénomène constituant ce prodrome éloi^^né (|)icotement de la langue'; n'est qu'un tout petit diminutif de la crise jacksonnionne typique à début lingual, qui forme l'aura vraie.

393 AUHAS BËNStTIVES.

Au contraire los observations I et VII nous montrent des prodromes différents de l'aura proprement dite : phénomènes psychiquea et secousses des bras, dans un cas; congestion de la face et aura jacksonnienne dans Tautre.

2' AURAS SENSmVES.

Afin de ne pas multiplier les subdivisions, nous avons place sous ce titre, non seulement les auras consistant en manifestations ressortissant à lu sen-sibilitéiçénérale, mais encore celles qui unt trait aux troubles do la sensibilité thermique subjective et aussi à certaines sensations internes, viscérales en particulier.

Observation VIII.

Bouss... Louise, 10 an».

Mère épileptique, délirante, placée h. Villojuif, sur certificat de Tun de nuus.

Convulsions dans Venfanco.

Début à l'Âge de l i ans. Pendant un an il n'y a eu que des vertiges à peu près quoLidicns. Depuis un an, nceèscAraotérisliquea. Au début fréquence considérable des accès (plusieurs accès presque tous les jours). Dans la suite, aous t'influence du traitement bromuri^, ils se sont oonsidêrnblemeat espacés (tous les mois environ).

Aura: N'existe qu'avant los vertiges; les accès n'en ont jamais été précédés. Consiste en une sensation douloureuse de tiraillement dans la réj^^ion stomacale.

La malade n'est pas encore rôgléo.

Obskuvation IX.

Del.,. Cbarlotte, couturière.

Convulsions dans l'onfanoe, pendant la première dentition. Kmotive» caractère diftiuilo et violent.

Début, à l'âge de 11 ans, par une sorte d'état de mal vertigineux qui dura près d*un an et la maintint presque constamment au lit \?],

A 1A ans, avec les premlÀres règles^ débutèrent les premiers accès typiques.

Aura ; Ne manque jamais, ni avant les vertiges^ ni aranl les

OBSSRVATlOîfB.

accès. Elle se sonUprlse subitement d'une violente colique avec besoin impérieux d'aller à la gardo-robe. Elle y court Tito, mais, tantôt dans les cabinets, tantôt sur le chemin, elle est prise d'un éblouisseraent et fait son accès ou son vertige, lesquels sont toujours accompagnés de miction et do dctéralion involontaires. Cotte aura bien caractéristique no fait même pas défaut avant les accès nocturnes; la colique réveille la malade de son sommeil et l'accès se produit dans les mêmes conditions.

Observation X,

Lév... (jcorges, 16 ans.

Mère nerveuse.

Convulsions dans l'enfance. A Tàçe de 10 ans, il reçut dans la nuque un coup do pied qui semble avoir ctô sans itilluence directe sur le développement des accidents actuels.

Début, â l'âge de 1*2 ans l/.', sans cause connue.

Accôs typiques; très fréquents, doux à trois par îîcmaino et quelquefois en séries; plus souvent diurnes que nocturnes.

Aura : Très inconstante, ne précède que le plus petit nombre des accès. Consiste en une sensation do vapeur chaude qui monte du cou k la tète et fait place à une sensation de froid.

Observation XI.

Mal... Caroline. 25 ans.

Début dans la première enfance. La fréquence des accès est très variable ; il y a eu un intervalle d'un an ; surtout aux périodes menstruelles. Pas de petit mal.

Accès typiques, caractérisés, outre les phénomènes habituels, par une première phase procursive très violente.

.'lura : Non constante» ne précédant que les accès de moyenne intensité; consistant en une sensation de malaise douloureux, qu*elIo ne peut déflnir en termes bien clairs.

Prodromes éloi!»né3, deux ou trois jours avant l'accès ; tristesse, dépression, goût immodéré pour les friandises, lequel cesse le jour de l'accès.

Observation XïI.

Pi... Berthe, 31 ans.

Enfant trouvée.

Début, h l'âge de Î3 ans. par des accès toujours nocturnes, se répétant toutes les quatre ou cinq semaines. Aujourd'hui acc^s typiques, diurnes et nocturnes, aveo délire postépi* lep tique.

OBSEnVATIOXS.

Aura : Prëckle tous les accès diurnes, ^nsation de malaisa, de froid avec frissonnement, d'autant plus courte que Tacoèa est plus violent ; les tout petits accès convuUif j sont précédés d'une aura assez longue pour loi permettre d'éviter la chute en s'asscyant.

Sommeil souvent troublé par des cauchemars terriûants» surtout dans les nuits qui précèdent les accès..

OBSEnVATlON XIII.

Vry... Anatole, !y ans. épicier.

Père alcoolique, mort de delirium tremens. Sccur atteinte de petit mal comltiul.

Lhébut, à l'âge de 5 uns, par des accès de petit mal. mensuels ou bimensuels, qui ont persisté seuls jusqu'à Vk^e de 1.^ ans.

A 15 anSf accès convulsifs typiques, revenant tous les mois, plus souvent nocturnes.

Aura : Précède touQ les accc9. Fourmillements généralisés dans tout le corps. ^Vssez longue pour permettre d'éviter U chute.

Hémianopsio homonyme droite, sans aucun autre signe. 11 n'a pas été noté si l'examen du champ visuel avait été fait après un accès.

On voit, par ces quelques exemples, combien peuvent être variées les auras dans la sphère do lu sensibilité. Fourmillements, sensations de cliaud, de froid, etc., sont les plus IVcquonteià. Mais parmi les troubles visoé* raux» il en est un sur lequel nous avons entendu plu* sieurs fois M. le P' Charcot, dans ses leçons cliniques, attirer rattcntion. C'est la sensation de colique intestinale avec besoin impérieux d aller à la garde-robe, »e terminant le plus souvent par un accès accomgagnu do défécation involontaire. Ces phénomènes sont caractéristiques de l'épilepsie. « Quaïid vous entendrez parler, disait M. Charcot, de crises con\'uIsiveâ se passant daos les water-closets, c'est à Tépilepsie que vous devez songer. Bien rarement l'hystérique fait là son attaque. Il est averti à temps par l'aura, s'il s'y trouvait au moment où elle se produit, et il a le temps d*en sortir. L'épileptiquf, au contraire, y est ontrainu souvent par une aura qui prend la forme de colique et, arrivé là, il

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